@Alex
Non, relisez moi, mon principal argument ne consiste pas à vous qualifier de
rigide. Et cependant vous l’êtes quand vous dites que les dessins n’ « ont pas fait sourire l’athée que je suis » :
comme si votre réaction propre constituait un argument définitif contre une
caricature parce que, même un athée, vous ne parvenez pas à en rire. Il y a
aussi des athées qui se marrent en lisant Charlie. Je veux même croire qu’il y
a des cathos et j’en connais ! Donc aucune force probante de ce côté-là.
Oui, vous citer en exemple procède d’une certaine rigidité d’esprit, par
occultation d’autres réactions envisageables (je ne vous conteste pas le droit
de ne pas rire comme, je le suppose vous ne me contestez pas celui de me marrer
…).
1 - Pour ce qui est de votre charge sur mon déficit de courage intellectuel :
je pourrais tout comme vous, me citer en exemple et vous dire que ce n’est pas,
en règle générale, la dernière qualité qu’on me reconnaît et que je l’ai souvent
payé : affirmation péremptoire qui ne démontre rien … Ainsi, donc, je ne
suis définitivement pas courageux puisque « je ne distribue pas CH dans les banlieues » (il y a beaucoup
de choses définitives dans ce que vous affirmez). Equation du 1er
degré, très facile à comprendre mais encore une fois, de peu d’effet sur
la démonstration : d’abord je suis un lecteur de Charlie et j’espère ne jamais
passer pour « courageux » ni
pour un héros pour cela sinon nous aurons cessé de vivre en République. C’est
un acte de « courage » que je ne souhaite pour personne.
Ensuite je passe aux aveux : non je ne distribue pas CH ni dans les
banlieues ni dans le XVIème arrondissement de Paris au demeurant, ni à mon
travail ni à ma tante Elise catho intégriste. Et si vous allez par là je ne
distribue pas non plus l’Huma à la sortie des usines, je salue des tas de gens
que je n’inviterai pas à dîner par respect pour les usages sociaux et je fais
pire : j’emprunte parfois le Figaro à des amis pour voir un peu ce que les
gens qui pensent au contraire de moi peuvent bien y écrire … Comme tout un
chacun. Cela, je suppose, me fait sombrer dans la dernière des turpitudes à vos
yeux. Je réclame l’indulgence devant le Tribunal, votre honneur qui vous érigez
en juge des « grands trouillards ». Car il y a pire : si pour vous
convaincre je dois risquer la décapitation devant quelques Mosquée, j’avoue ma
lâcheté … Et après ?
2 - Que certains musulmans de votre fréquentation « se foutent de notre espace républicain » bon d’accord et après ?
Qu’ils n’ « apprécient pas »
mon propos … bon et alors ? Qu’ils me qualifient de « nasranis »
(c’est une marque de spaghettis ?) ou de mangeur de camembert mécréant grand
bien leur fasse. Il faut que tout un chacun coexiste avec son capital d’intelligence
s’il en a un peu à revendiquer.
3 - Le comble du non sens est dans l’argument qui consiste à dire qu’ « on
ne verra plus certaines caricatures dans CH après ce qui s’est passé : en
effet c’est à craindre. Mais alors ce
sera bien affligeant. Cela signifiera que d’une certaine façon la barbarie aura
gagné contre des faiseurs d’image. De gagner votre « pari », vous n’aurez
pas davantage raison : vous démontrez seulement que la barbarie marque des
points et vous encouragez l’auto-censure en disant que s’ils ne deviennent pas
des caricaturistes respectables, ils devront changer de métier.
A ce sujet et pour revenir à Voltaire dont vous êtes décidément un
inconditionnel (je n’ai rien contre le port de la Perruque : c’était une
image pour indiquer qu’à chaque époque son mode de caricature - cf. votre avant-dernier post), il y a
simplement plusieurs genres de caricatures. La veine de CH ne vous plaît pas ?
Passez chemin et trouvez autre caricature à votre pied puisque vous avez l’orteil
du Prophète sensible.
Moi en tous cas, je ne me prends pas pour le Messie pour « faire entrer
ces principes dans les têtes en privilégiant avant tout l’efficacité ». Je
ne fais pas croisade non plus pour chasser le musulman. Je respecte tout le
monde si tout le monde respecte mon droit de m’esclaffer devant un journal qui
place les étoiles où bon lui semble – sauf votre respect votre Honneur. Les grands principes c’est pas non plus ma tasse de thé. je les rappelle un peu, faut pas m’en vouloir, quand on vient assassiner sur le pas de ma porte des gens que je trouve plutôt sympas et libre de ton. C’est un point qu’on a en commun. Faut pas vous fâcher pour ça.
Pour finir vos lettres capitales et autres « smileys » dans le texte ne donnent
pas plus de force à vos irritations : apprenez à être contredit sans vous
énerver, c’est un travail sur soi qui ne vous mènera pas au ciel mais vous
rapprochera un peu du « sens critique » que je pratique au quotidien
et que vous invoquez en pure perte, à l’appui de vos procès en lèse-caricature.
Bien à vous
Adrien