• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile


Commentaire de Layly Victor

sur Echec et... MATHS


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Layly Victor Layly Victor 15 mars 2015 10:31

a l’auteur

Je crois que vous n’avez pas compris une chose importante, et qui me paraît évidente, quoique difficile à croire, c’est qu’il n’y a plus d’enseignement. Du tout. Sauf pour une très petite élite hors norme. Pour la masse des élèves, l’enseignement est un système de tri pour les répartir dans des cases, un peu comme des pommes calibrées dans une coopérative agricole.
Dans ce système de tri, une préférence est donnée aux mathématiques, ce qui masque la réalité : l’effondrement complet de l’enseignement des mathématiques en France, et en Europe d’ailleurs.
Les professeurs d’université en sciences physiques sont consternés par l’effarante nullité des connaissances des étudiants en ce qui concerne les maths. J’ai constaté aussi que dans le monde de l’industrie, les jeunes ingénieurs ne sont plus capables d’aligner et de comprendre deux équations : ils font tourner des codes de calcul sans savoir de quoi ils sont faits.
J’ai vu aussi des élèves de terminale S, classés bons élèves, qui ne savent pas ce que nous les vieux savions en troisième (sous peine de colle).
Donc, le système de tri des maths au bac S est une épreuve dans laquelle il suffit d’avoir fait les exercices des annales pour avoir une bonne note. Quand on me confiait un élève en difficulté, moi qui ne suis pas prof et n’ai pas de « formation pédagogique », je lui disais d’emblée : « le but est que tu aies entre 15 et 20 au bac ». Pari réussi à tous les coups. Il me suffisait de l’encourager à réfléchir un minimum et à accepter l’idée que le système de devinette ne peut pas remplacer un minimum d’efforts. En l’occurrence, il suffisait de ne pas apprendre les annales par coeur mais de s’efforcer de comprendre les démonstrations. Ce qui, sur le programme d’une année, demandait relativement peu de temps. Je leur disais même : « si tu fais bien ton travail en maths, tu pourras te consacrer à ce qui demande vraiment du temps : les langues, le Français, l’histoire, etc... » J’apprends que les nouvelles directives des « pédagogistes » à l’école primaire préconisent la méthode de la devinette, « pour ne pas se prendre la tête ».
Un tel pari, du 15 minimum au bac, eut été impossible dans les années 60, car l’épreuve du bac en maths était réellement une épreuve. En 2012, l’épreuve de maths du bac S demandait un peu plus de réflexion : ce fut une hécatombe : relèvement massif des notes pour atteindre les 90% de réussite obligatoire, protestations véhémentes des APEM (associations de parents d’élèves médiocres), etc..
Les mathématiques, c’est l’étude de la beauté. La beauté sans fard et sans artifice. C’est aussi l’apprentissage de la liberté : que votre raisonnement soit juste ou faux, vous en êtes le seul juge, et personne ne peut vous imposer ce choix.
Dans ce contexte, les mathématiques devraient être comprises comme faisant partie de l’enseignement général, au même titre que la littérature ou l’histoire, et pas comme un système de tri des pommes. Qu’il y ait des élèves ayant plus d’aptitude ou de goût pour un domaine, c’est autre chose. Après, c’est une question de préparation aux études spécifiques, qui demande un petit bagage initial.
Je vous ferai remarquer qu’à l’inverse, ceux qu’on appelle de nos jour des « littéraires » ne sont pas spécialement des gens qui ont du goût pour la littérature. Ce sont souvent, hélas, des gens qui n’ont pas envie de se « prendre la tête » avec la rigueur scientifique.
Je me souviens toujours avec émotion de mes vieux professeurs d’autrefois, et je sais tout ce que je leur dois. Quelle que soit mon amertume envers la société, je n’oublie jamais qu’elle m’a offert des professeurs, et par eux un trésor inestimable. Et, en ce qui concerne les mathématiques, en plus de l’excellence de leur enseignement sur le plan technique, je me souviens de ce qu’il nous ont transmis sur le plan de la morale et de l’humanisme.
Mais, comme dit le sinistre Attali :« tout ceci, c’est du passé, il ne faut pas regarder dans le rétroviseur ».


Voir ce commentaire dans son contexte





Palmarès