@Hervé Hum
-J’écris que l’Etat est un outil, une structure d’organisation de toute
société complexe
------> Je suis d’ accord
là-dessus.
-la nation ou peuple étant sa représentation du « moi »
collectif.
------> C’est là que vous
vous trompez.
Premièrement, on a connu des
peuples sans Etats, donc l’Etat n’est
pas indissociable des peuples. Ensuite, l’Etat nait d’une certaine
représentation mentale qui met la volonté de puissance au sein des interactions
sociales et il en découle la naissance de l’armée, de la guerre, de la propriété et bien entendu les
oligarchies.
On ne peut pas dissocier l’oligarchie,
l’armée, la guerre, la propriété etc. des Etats car c’est leur émergence est
corrélée à celles des Etats.
L’Etat est un outil d’organisation,
il est vrai mais surtout un outil de domination.
Ainsi la réalité politique n’est pas la gestion de l’Etat mais la gestion des
rapports de domination, tant sur le plan intérieur qu’extérieur.
Tant que l’Etat existera, la
volonté de domination et de puissance existeront aussi.
-La volonté de puissance dans le sens de domination et d’exploitation
d’autrui est le fait d’une extrême minorité,
------> Mais qu’est ce
qui vous fait dire ça ? Cette volonté de puissance, on peut la voir et la
constater tous les jours, y compris chez les petites gens.
A notre ère capitaliste, il
se manifeste par le désir de s’enrichir, la maximisation du profit, est l’expression économique et financière de
la volonté de puissance, elle est un dérivé.
Ca va même plus loin que cela :
quatre chercheurs américains ont publié
une étude qui explique que si les pauvres
ont peur qu’une politique sociale généreuse profite à encore plus démuni qu’eux
les faisant du même coup descendre tout en bas de l’échelle sociale.
Pour le démontrer, ils ont procédé à quelques expériences sociales, par exemple
chacun devait choisir de donner un dollar soit à celui qui le précédait (un peu
plus riche) ou le suivait (un peu plus pauvre), les « avant
derniers » préféraient systématiquement enrichir leur
« supérieur » direct plutôt que de voir leur suivant atteindre leur
rang.
http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/pourquoi-les-pauvres-votent-contre-133037
Ces études confirment ce qu’
en disait Rousseau, de La Boétie : Il est très difficile de réduire à
l’obéissance celui qui ne cherche point à dominer, le politique le
plus adroit ne parviendrait pas à assujettir des hommes qui ne voudraient
qu’être libre mais la domination s’étend sans peine parmi les
âmes ambitieuses. Quiconque veut être
libre ne doit pas vouloir être un conquérant .Les hommes ne se
laissent dominer qu’autant entraîné par une aveugle ambition et
regardant plus au-dessous d’eux qu’au-dessus, la domination devient
plus chère que la liberté et ils consentent à porter des fers pour pouvoir en
donner à leur tour.
Ces mots que Nietzche met dans la bouche de son personnage
Zarathoustra sont évocateurs :
« Où j’ai trouvé du vivant, j’ai trouvé de la volonté de
puissance. Et même dans la volonté du servant, je trouvais la volonté
de devenir maître. Que ce qui est plus faible serve ce qui
est plus fort, ce qui l’en persuade, c’est sa volonté d’être à son
tour le maître de ce qui est plus faible encore , c’est le
seul plaisir auquel il ne veuille pas renoncer ».
Cher Herve , je ne sais pas
ou vous vivez , ni même ou vous travaillez mais en ce qui me concerne , je le
constate chaque jours , parfois même parmi les enfants.
-La servilité n’est pas la
caractéristique de la volonté de puissance, mais de la soumission à la volonté
de puissance.
------> Les deux sont
liés comme je viens de l’expliquer. On peut même aller plus loin : dans la
volonté de puissance, il y’ a de la servilité.
Le Maître porte le
poids de tous ceux qui obéissent et ce poids facilement l’écrase. Il
devient l’esclave de sa propre domination, le possédant est aussi le
possédé.
Il ne saurait exercer un
pouvoir sans se faire des créatures auxquelles il est forcé de céder quelques
parties, dont il devient dépendant et qui le forcent à accroitre indéfiniment
la taille des miettes qui tombent de sa table. Il n’est que le pantin du plus
haut étage de la structure de domination. Il se crée donc des créatures
capables de menacer sa position, ce qui l’inquiète à un tel point qu’il
tremble en permanence et vit dans la hantise de perdre sa place.
Cette description n’est pas
seulement celle de la domination qui soumet la volonté de certains hommes (les
gentilles victimes) à celle d’autres hommes (les méchants bourreaux), elle est l’histoire de leur commune
soumission à un ordre des choses qui les contraint. La dynamique collective
fait le reste.Et c’ est elle qui donne naissance à l’ Etat.
-Enfin, expliquez moi en
quoi un utopiste est plus dangereux qu’un réactionnaire ou un conservateur qui
refuse toute évolution alors même qu’il vit dans une société en
évolution ?
------> Un utopiste peut être réactionnaire,
les deux ne sont pas opposés : un homme qui idéalise un passé
fantasmagorique et qui a pour projet politique de retourner à cet état qui n’a
jamais existé est un utopiste réactionnaire (ce type d’utopiste pullulent sur ago).
Un utopiste peut aussi être progressiste
évidemment.
L’utopiste st dangereux car il essaie de plaquer
ses fantasmes et bonnes intentions sur la réalité alors que sa pensée en est déconnecté,
il en ressort des mesures hors sols qui produisent des catastrophes.
Le réel est implacable, on ne peut s’en émanciper,
et si on essaie, on en paie le prix.
Quant à votre évolution, elle est technologique,
mais elle ne concerne pas la volonté de puissance qui fonde nos relations
sociales depuis des millénaires.
-Expliquez moi donc pourquoi
vous choisissez le maintien de l’’aliénation plutôt que l’utopie de la
libération ?
------> Je ne choisi rien, la
réalité est là et je l’accepte, je préfère ouvrir les yeux et voir ce qui est même
si c’est laid plutôt que de fermer les yeux en imaginant quelque chose de beau
alors même que cela n’existe pas. Pourquoi ? Pour survivre : quiconque ferme les yeux sur ce qui est et ne veut
voir que ce qui devrait être apprend plutôt à se perdre qu’à se conserver ...
-Croyez vous que, même si
vous vous en défendez, l’idéologie de la soumission et de la fatalité soit
mieux ?
------> Je n’aime pas non plus l’idéologie de
la soumission et de la fatalité, c’est le défaitisme.
Mais je n’aime pas non plus l’optimisme niais.
Je préfère le réalisme : prendre en compte
le réel tel qu’il est et faire de son mieux avec. La volonté de puissance est là,
on doit donc trouver à s’en accommoder aux mieux …
Ce serait mieux qu’elle n’ existe pas mais c’est
comme ça …