A ajouter au dossier sur la reddition de Tsipras devant la Troïka...
Comme le dit Daniel Tanuro : « Un peu de précision sur le contenu du « compromis ». Désolé d’être
brutal : cela s’appelle une trahison. Non seulement par rapport au
programme électoral de Syriza, mais aussi par rapport aux "lignes
rouges" tracées par Tsipras lui-même pour la négociation. Toute la
droite européenne va savourer sa revanche sur le référendum, et elle ne
s’arrêtera pas là ! Le pire est que les fascistes voient un boulevard
s’élargir devant eux...
Yannis Youlountas
Vendredi
10 juillet 2015 au petit matin. Alexis Tsipras vient de faire un choix
cornélien qui peut mettre en péril son parti à tous les niveaux : groupe
parlementaire, comité central,
militants, sympathisants, électeurs et popularité, cinq mois seulement
après la victoire du 25 janvier. Il est difficile d’en mesurer toutes
les conséquences. La journée qui commence sera cruciale, dans le
parlement comme à l’extérieur.
TSIPRAS SUR UN VOLCAN : LE GOUVERNEMENT VIENT D’ACCEPTER LA FEUILLE DE
ROUTE DE LA TROÏKA ET DEMANDE 50 MILLIARDS SUR TROIS ANS EN ÉCHANGE.
Bien qu’appuyé par plusieurs des dirigeants politiques d’opposition,
qu’il a lui-même réunis ce lundi au lendemain du référendum, Alexis
Tsipras risque un séisme politique dont l’onde de choc pourrait
largement dépasser les frontières de la Grèce.
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VOICI TOUT D’ABORD LE DOSSIER TEL QU’IL A ÉTÉ TRANSMIS AUX DÉPUTÉS
GRECS. C’est-à-dire en anglais et sans clarté ni confort de lecture. Un
texte qui, selon de nombreuses sources, a été réalisé AVEC LA
PARTICIPATION D’EXPERTS FRANÇAIS, proches collaborateurs du gouvernement
socialiste :
http://www.hellenicparliament.gr/…/c8827c35-439…/9292390.pdf
CÔTÉ DEMANDES : aide de 50 milliards d’euros sur trois ans dont plan
d’investissement urgent de 35 milliards d’euros (principalement le
déblocage de tous les fonds structurels bloqués) + restructuration de la
dette pour la rendre soutenable après 2022 (décote, étalement, etc.).
CÔTÉ PROPOSITIONS : économies à hauteur de 13 milliards d’euros sur deux ans. Quelques détails :
- hausse de la TVA (alimentation, énergie, hôtels 13%, restaurants 23%,
dans les îles, décote de 30% sur la TVA progressivement supprimée).
- réduction du budget de la Défense (baisse de 300 millions d’euros d’ici fin 2016).
- réforme de la fonction publique (peu détaillée, pas de coupe sur les salaires).
- réforme des retraites (très peu de coupes, réduction progressive de
la dépense de 0,25% à 1% du PIB et augmentation de la cotisation santé
de 4% à 6%, réduction des départs à la retraites anticipés, âge de
départ à la retraite reculé jusqu’à 67 ans en 2022, suppression très
progressive du complément de retraite pour les plus modestes en 2019).
- quelques privatisations
- taxe sur les sociétés (passage de 26% à 28%, augmentation des impôts
spécifiques pour les compagnies maritimes et le marché du luxe).
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VOUS REMARQUEREZ, AU DÉBUT DU DOCUMENT, QUE, PARMI LES SIGNATURES DES
MINISTRES, IL MANQUE CELLE DE PANOS KAMMENOS, ministre de la défense et
président du petit parti des Grecs indépendants (ANEL).
IL
MANQUE ÉGALEMENT CELLE DE PANAGIOTIS LAFAZANIS, CE QUI EST BEAUCOUP PLUS
GRAVE. Lafazanis est un ancien membre de l’insurrection de l’Ecole
Polytechnique contre la Dictature des Colonels en 1973, devenu,
quarante-deux ans plus tard, ministre de l’écologie et de l’énergie.
Lafazanis venait d’ailleurs de signer un accord pour un gazoduc de plus
de deux milliards d’euros avec la Russie. Et Lafazanis représente,
surtout, plus du tiers des députés Syriza au parlement, c’est-à-dire
toute l’aile gauche de Syriza.
Manolis GLÉZOS, ancien résistant
et député européen, et Stathis KOUVÉLAKIS, philosophe militant du comité
central, deux figures très reconnues et influentes de cette même aile
gauche, ont d’ores-et-déjà exprimé leur profond désaccord. Stathis Kouvelakis,
déjà auteur d’un appel très entendu le 23 juin dernier* qui avait
freiné un processus similaire et favorisé l’issue du référendum, vient
cette nuit d’appeler les députés de Syriza à voter contre ces
propositions : « Μαζί με τον λαό που θέλει να σταθεί όρθιος και να
ζήσει, υψώστε το ανάστημά σας, πείτε ΟΧΙ ! »
« AVEC LE PEUPLE QUI VEUT VIVRE DEBOUT, LEVEZ-VOUS ET DITES NON ! »
En ce jour décisif, gageons que les débats seront vifs au parlement,
ainsi qu’à l’extérieur dans la population, notamment dans la jeunesse,
les syndicats, les collectifs et les autres mouvements politiques,
modéré et radicaux.
L’une des questions majeures : avec quelles
voix ce texte sera-t-il voté au parlement grec, aujourd’hui, et quelles
en seront les conséquences, d’une part politiques et d’autre part
sociales ? Si la cassure survenait avec la plateforme de gauche de
Syriza, Tsipras choisirait-il la coalition avec des partis du OUI ou
bien la dissolution de l’assemblée en prenant le risque de perdre sa
place de premier ministre au terme de nouvelles élections législatives ?
Dans les deux cas, une recomposition politique ou une dissolution
correspondrait à une victoire totale de la Troïka. En particulier, suite
à son changement de stratégie, peu après l’annonce du référendum,
nouvelle stratégie de la Troïka résumée ici il y a huit jours :
http://bxl.indymedia.org/spip.php?article7984
Et, pour aller plus loin, QUELLES CONCLUSIONS LES GRECS ET, AU-DELÀ,
LES EUROPÉENS DE LA VRAIE GAUCHE OPPOSÉS À L’AUSTÉRITÉ DEVRONT-ILS
TITRER DE CETTE EXPÉRIENCE ? N’y a-t-il pas un paradoxe à être, comme
les Grecs, 61% contre l’austérité mais 72% pour rester dans la zone
euro, quand on connait précisément le fonctionnement de cette zone
ultra-autoritaire et totalement inflexible ? Sujet délicat, explosif
même, que s’empressent de récupérer et de déformer les souverainistes de
droite et, surtout, l’extrême-droite. Posons-nous franchement la
question : peut-on construire réellement une alternative sans faire un
pas-de-côté, sans prendre du recul, sans reprendre sa destinée en main ?
On semble loin, si loin de la société sans classe de MARX, de la
conscience écologiste aiguë de René DUMONT et de la proposition d’une
Europe fédérale par BAKOUNINE**. Et pourtant, il n’y a qu’un pas à
faire. Un seul pas. Un pas pour franchir le rubicon, briser les tabous
et oser autre chose, notamment à la lumière de ces trois continents
idéologiques entre lesquels des ponts existent, si on veut bien les
lire, prendre parfois et laisser souvent, penser par soi-même et agir
ensemble. Marx, Dumont, Bakounine, parmi d’autres. Beaucoup d’autres. Et
parmi nous.
Finalement, Varoufakis, qui aimait bien soigner son
image, a peut-être eu raison de passer la main précipitamment. Car si
les Bourses réagissent avec une forte hausse, quelle sera la réaction
des Grecs, notamment DES OPPOSANTS À L’AUSTÉRITÉ qui AVAIENT PRÉVU DE SE
RASSEMBLER CE VENDREDI SOIR (19h30) « pour fêter le OXI », place du
Syntagma devant le parlement ?
La joie d’avoir gagné dimanche
dernier ? La déception d’avoir concédé autant depuis ? La tristesse de
la division ? Ou la colère d’avoir peut-être raté une belle occasion ?
Quoiqu’il en soit CE N’EST PAS LA FIN DE L’HISTOIRE, LOIN DE LÀ. Nous
sommes loin d’avoir dit notre dernier mot, tou-te-s, par-delà nos
différences.
En Grèce comme ailleurs, rien n’est fini, tout commence !
Yannis Youlountas