@pemile
Bonjour et merci pour votre visite.
Puis-je me permettre une incise ?
Qu’est-ce qu’une révolution ? C’est la situation où les forces de
l’ordre, les CRS, les policiers et les gendarmes mettent la crosse en
l’air, soulèvent la visière de leur casque et disent à la foule : nous
sommes avec vous.
Nous n’en sommes plus très loin.
M.Macron n’a donc plus que deux choix réalistes : se soumettre
(dissoudre ou a minima changer de gouvernement pour organiser des
élections) ou se démettre (démissionner).
La révolution de 2018 a
débuté.
Extrait du texte qui suit :https://www.causeur.fr/police-revolution-gilets-jaunes-156804?utm_source=Envoi+Newsletter&utm_campaign=ffe678fe88-Newsletter_14_juin_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_6ea50029f3-ffe678fe88-57275213
Les révolutions populaires et
spontanées sont-elles devenues impossibles avec l’apparition de la
modernité ? En théorie, les moyens techniques dont disposent les forces
de l’ordre sont aujourd’hui suffisants pour repousser une
foule. Seulement, la police n’est pas séparée du peuple…
"Qu’est-ce
qu’une révolution ? Il est simple de répondre à cette question, en
apparence, fort complexe et très actuelle. Et, afin de comprendre
comment le mouvement des gilets jaunes peut évoluer, il est essentiel
d’y répondre. Au sens technique.L’un des plus grands écrivains
italiens du vingtième siècle, Curzio Malaparte, va nous y aider. Dans un
petit ouvrage au titre transparent, Technique du coup d’Etat,
l’un des esprits politiques les plus pénétrants de l’entre-deux-guerres,
expliquait, en 1931, que la geste romantique, à la mode de 1789, était
devenue impossible à l’ère moderne.
La mitrailleuse tenant le peuple
Selon
Malaparte, la révolution, entendue comme le renversement d’un
gouvernement par une foule incarnant le peuple (une vision symbolisée
par la toile d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple) aurait été en quelque sorte dés-inventée par la mitrailleuse.
Dans
son essai, il s’appuie sur la répression de la Commune, sur
l’écrasement de la révolution spartakiste pour asseoir sa démonstration.
La révolution serait devenue anachronique. Et l’auteur de Kapput d’enfoncer
le clou avec le marteau de la révolution de 1917 dont il montre, sans
peine, que le putsch de Lénine n’eut de révolutionnaire que le nom.Pour Malaparte, il suffirait, pour tout pouvoir confronté à des
émeutes populaires, de positionner, suivant les bons angles de tir, des
mitrailleuses devant les bâtiments officiels pour tenir.
Armes modernes contre foules sentimentales
Depuis
la révolution d’octobre, les techniques de maintien de l’ordre se sont
largement perfectionnées. Il n’est plus indispensable de hacher menu les
manifestants pour protéger les bâtiments publics et les principaux
centres névralgiques du pouvoir (les sièges des ministères et des grands
médias mais aussi les dépôts de carburant, les ports, etc.).Des
compagnies de CRS bien formées, utilisant toute la panoplie du maintien
de l’ordre, des grenades au gaz en passant par le canon à eau, sans
oublier la matraque et le Taser, peuvent dresser un mur infranchissable
face à une foule innombrable et désarmée. Seuls ceux qui ne l’ont jamais
vécu croient que des civils, même surmotivés, peuvent résister à une
charge de gardes mobiles.Et
même lorsque la foule est prête à en découdre, Malaparte a encore
raison : les armes modernes, concentrées entre les mains d’un appareil
d’État résolu, peuvent stopper net une émeute. Ce fut le cas en 2004, à
Abidjan, lorsque des centaines de milliers d’Ivoiriens fous furieux et
munis d’armes de petit calibre et de machettes tentèrent de franchir un
pont et d’attaquer l’hôtel. Une section de marsouins bien entraînés et
armés de Famas put tenir la foule en respect tandis que l’intervention
d’un de nos hélicoptères a achevé de transformer ce bloc de haine
humaine en volée de moineaux.
Tous les flics ont une mère
Si
la situation inédite créée par les gilets jaunes dégénère, compte tenu
de l’exercice du monopole légal de la violence légitime dont il dispose,
le président de la République peut espérer calmer la furia francese en activant l’article 16 ou en décrétant l’état d’urgence.Mais
comme disait Lacan, l’espoir précède le désespoir. Car si le
raisonnement de Malaparte semble d’une implacable logique, il omet
toutefois un détail essentiel qui doit faire perdre tout optimisme au
pouvoir en place. Ce détail, c’est la psychologie sociale.
Nulle
part, surtout pas dans notre République, les forces de répression ne
demeurent isolées du reste de la population. Même dans les régimes les
plus autoritaires, l’armée, les CRS, la police, même les services de
renseignement, ne vivent « hors sol ».
Dans
l’Iran du Shah, la féroce savak, dans l’Égypte de Moubarak, les très
redoutés moukhabaraths, dans l’Allemagne de l’Est de Honecker, la
terrible Stasi étaient insérées dans le tissu social et national. Même
surpayés et choyés par l’État, ces garants du maintien de l’ordre,
appartiennent au peuple qu’ils sont censés surveiller et réprimer. Ils
ont des frères, des mères, des oncles et des nièces. Ils ne peuvent donc
rester insensibles aux mouvements de l’opinion. C’est ce qui explique
la permanence des révolutions.
Comme la chute du mur de Berlin ou
les printemps arabes l’ont encore rappelé, les événements se mettent
subitement en branle. Sans crier gare, l’opinion publique, qui était
encore une mer d’huile 48h plus tôt, peut laisser place à une tempête
qui balaye tout. « History is on the move again », disait le
grand historien britannique Arnold Toynbee. Les changements de cette
ampleur sont lents à incuber. Ils correspondent à des courants
souterrains et invisibles. Et puis soudain, ils débouchent et le décor
change alors instantanément.
Servir et fraterniser
Pour
comprendre ce qui va se passer dans les semaines et les mois à venir en
France, il faut garder à l’esprit que les forces de l’ordre habitent le
même pays et vivent dans le même présent que les émeutiers. Ce cordon
de sécurité que forment les forces de l’ordre, le pouvoir actuel et les
pouvoirs depuis des décennies ont beaucoup tiré dessus. Effectifs
réduits, peu ou pas augmentées, peu ou mal considérées (cf. l’épisode du
général de Villiers) : les épisodes de fraternisation avec la foule
risquent de se multiplier.A #Pau les #CRS retirent leurs casques face aux #GiletsJaunes . Applaudissements, Marseillaise, dispersion des manifestants dans le calme. pic.twitter.com/T1qdfQZATo— Quentin Top (@Quentin_TOP) 1 décembre 2018
Malaparte
a raison : si des soldats ou des policiers déterminés à appuyer sur la
queue de détente veulent tenir le peuple en joug, il ne se passe rien.
Et le pouvoir politique est souvent prêt à réprimer au nom du maintien
de l’ordre. Mais Malaparte a tort car le véritable changement d’époque
implique qu’un matin, les soldats ou les policiers refusent de tirer.
C’est ce qui s’était passé en 1789.A lire aussi : Les gilets jaunes, une révolution anti-Macron
Nous
arrivons donc à notre conclusion : qu’est-ce qu’une révolution ? C’est
la situation où les forces de l’ordre, les CRS, les policiers et les
gendarmes mettent la crosse en l’air, soulèvent la visière de leur
casque et disent à la foule : nous sommes avec vous.
Nous n’en sommes plus très loin.
Macron n’a donc plus que deux choix réalistes : se soumettre
(dissoudre ou a minima changer de gouvernement pour organiser des
élections) ou se démettre (démissionner). La révolution de 2018 a
débuté."