Noël est depuis longtemps la cible des partisans de la
décroissance. Vous devriez songer à rejoindre l’église de la Très Sainte Consommation qui se présente par
provocation comme un « culte mondial qui prône le
bonheur dans l’acte d’achat » et a pour slogan : « consomme pour
être heureux car le reste n’a finalement pas d’importance ». Ce groupe organise
principalement des actions-prières qui tournent en dérision la société de
consommation.
En fait, la critique de Noël comme fête devenue trop
mercantile n’est pas récente. En
1951, des prêtres ont brulé une effigie du Père Noël devant les enfants d’un
patronage parce qu’ils considèraient que c’était un personnage païen, et trop
américain.
La polémique qui s’en est suivie a même intéressé
Claude Lévi-Strauss, le célèbre ethnologue, alors directeur d’études à l’École
pratique des hautes études qui a écrit dans les Temps Modernes un texte de 20
pages sur la naissance d’un rite, et même d’un
culte, intitulé « Le
Père Noël supplicié » qui apporte un éclairage intéressant sur les
raisons que nous avons de fêter Noël, et ce besoin d’un rituel pour sortir de
la période sombre de Novembre où l’on craignait que les morts ne partent à
l’assaut des vivants : « Cette croyance où
nous gardons nos enfants, que leurs jouets viennent de l’au-delà, apporte un
alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, à les offrir à l’au-delà,
sous prétexte de les donner aux enfants. Par ce moyen, les cadeaux de Noël
restent un sacrifice véritable à la douceur de vivre, laquelle consiste d’abord
à ne pas mourir. »