Le problème du tableau que vous tracez, c’est qu’il ne montre qu’une petite partie du décor. Durant l’antiquité, il y avait beaucoup beaucoup plus d’hommes accablés de misère matérielle ou en esclavage, que d’hommes capable de faire usage de leur « liberté » et de ne pas subir leur condition : difficile dans ce cas de « déployer sa nature » et de cultiver sa noblesse. Vision très élitiste.
En même temps, je vous donne partiellement raison.
Le monde moderne a prétendu mettre l’homme au centre, et le rendre libre et égal en droit par la « démocratie ». On sait que la démocratie est un leurre (les grandes familles ne meurent quasiment jamais), et que le monde moderne a été sauvé par le développement exponentiel de la technique qui a permis de distribuer des prébendes à la masse tout en l’affranchissant progressivement des taches les plus pénibles, prenant ainsi en charge les plus faibles dans la continuité du christianisme. Le monde moderne, ça a d’abord été cela, avant la « liberté », « l’égalité » ou autre « fraternité ». Mais l’homme, étant un animal dont la nature primaire est de convoiter tout ce qui est convoitable, est progressivement devenu obsessif devant la multiplicités des possibles exposés du soir au matin par les innombrables canaux de transmission de l’enviable, bien plus que dans les temps anciens. Cette obsession devient criante lorsque comme aujourd’hui le matérialisme et l’argent ont remplacé tous les totems, lorsque tout ce qui s’apparente à la noblesse et à la générosité gratuite est considéré publiquement comme une faiblesse et ridiculisé dans la lutte de tous contre tous : le temps consacré à la réflexion gratuite et au spirituel, temps qui peut permettre à l’homme de transcender sa condition, est aujourd’hui totalement dévalorisé avec toute la puissance des moyens d’influence contemporains.
Aux nobles aventuriers libres qui dirigeaient le monde antique, ont désormais succédé une caste d’adorateurs de Mammon aux instincts malsains, qui imposent leur vision étriquée et médiocre à l’ensemble de la plèbe. L’élévation de l’esprit étant normalement le chemin le plus accessible pour le commun des mortels cherchant à améliorer sa condition, il n’est pas étonnant que le dogme de la médiocrité mis en exergue dans le monde moderne laisse un goût amer à tous ceux qui ne sont pas encore décérébrés.