Moi, ce qui me fait sourire ou rager selon les circonstances, c’est de voir tous ces « laics républicains » penser qu’ils ne sont pas porteurs d’une croyance forte et aliénante susceptible d’être manipulée, et que ces pauvres religieux sont quelque part un peu demeurés et gênants à coté des modernistes libres et lucides.
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Propos de Dany-Robert Dufour, philosophe :
"La permanence du sentiment religieux chez l’homme à travers
les siècles est une donnée que le philosophe ne peut
ignorer. Il s’agit d’une vérité anthropologique.
L’homme est un « néotène ». Cette donnée
anthropologique, introduite il y a environ un siècle, exprime
le fait que l’homme, contrairement aux animaux, naît prématuré
et inachevé dans la nature : cloisons cardiaques non fermées
à la naissance, immaturité postnatale du système
nerveux pyramidal, insuffisance des alvéoles pulmonaires,
boîte crânienne non fermée, absence de système
pileux et de dentition de lait, etc. Cette prématuration
implique notamment un allongement considérable de la période
de maternage. Dès la naissance, l’homme se trouve donc dans
un état de non-finition. De plus, il n’occupe pas de place
particulière dans la hiérarchie des espèces.
L’homme n’est pas fait pour vivre en plaine plutôt qu’en montagne,
il n’est pas spécialement adapté à la course
ou à l’escalade des arbres, il n’est pas finalisé
pour manger du poisson plutôt que de la viande, il est inadapté
à tout milieu et à tout environnement. Il éprouve
donc le besoin de s’achever ailleurs, dans la culture. Pour survivre
et se rendre le monde habitable, il a recours à des prothèses,
comme la technique ou la fiction. Son besoin de croyances tient
à cette nécessité d’un achèvement dans
la culture.
L’homme est un animal politique et il a besoin de construire une
figure centrale pour organiser et assumer sa grégarité.
En clair : à l’instar des animaux, il a besoin d’un mâle
dominant. Cependant, il ne peut trouver cette figure dominante parmi
ses semblables. Il va donc l’inventer, par la parole et l’imaginaire.
Cette figure, le Grand Sujet, a pris différentes formes au
cours de l’histoire : le Totem, la Physis des Grecs, le Dieu des
monothéismes, le Prolétariat, etc. L’homme est un
être profondément religieux parce qu’il a besoin de
ce détour symbolique pour se construire. Son manque au niveau
de la nature l’oblige à créer une surnature, et à
croire à cette chimère."