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Commentaire de Luniterre

sur Monique Pinçon-Charlot, désormais parmi les « dinosaures » de la pseudo-« critique anticapitaliste »


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Luniterre Luniterre 10 juin 2025 21:46

@La Bête du Gévaudan



Une idée qui revient souvent dans vos posts, c’est celle selon laquelle les échanges économiques se résumeraient à des échanges de services. Dans la mesure où nous avons déjà débattu de l’importance croissante, et en fait, désormais, quasi hégémonique du secteur des services par rapport aux autres, je ne comprenais pas si votre avis sur ce point venait de là ou de vos lectures. Ce qui m’a donc amené à chercher dans l’œuvre de Bastiat, et à découvrir que ce concept chez vous semble plutôt provenir de là que de la réalité actuelle, même s’il peut sembler y avoir une sorte de « convergence » formelle entre cette approche de Bastiat et la situation économique au XXIème siècle.

 

A travers la notion d’échange de services, qui assimile, pour évacuer la notion de valeur-travail, les produits uniquement aux services qu’ils peuvent rendre, Bastiat ramène donc essentiellement la valeur à la notion d’usage, et la valeur d’échange à la notion d’échanges d’utilités.

 

Ce qui pourrait avoir une certaine pertinence, mais n’est qu’une façon, en réalité, de contourner le problème, vu qu’à son époque, qui est aussi celle où Marx rédigeait ses carnets de notes ultérieurement regroupés sous le titre des Grundrisse, le contexte de production matérielle ou de réalisation d’un service est en grande partie le même, vu qu’ils reposent néanmoins l’un et l’autre sur le travail.

 

Le service, au-delà du travail immédiat qu’il représente, fait généralement également appel au fruit de travaux antérieurs, sous forme de matériel et/ou de produits utilisés, et éventuellement, de bâtiments comme lieux de travail.

 

Evidemment c’est encore plus flagrant pour la production matérielle, qui est encore, à cette époque, une somme cumulée de travail immédiat et de produits de travaux antérieurs.

 

Le paradoxe est donc que si Bastiat donne du capital une définition plus sommaire que celle de Marx, elle n’en est pas moins quasi identique, quant au fond :

 

Extrait du Tome 5 des œuvres complètes de Bastiat :


Sources :

https://image.eklablog.com/-T3XEhpJImmvvK2uNwxVHTst_2Q=/filters:no_upscale()/image%2F1241236%2F20250610%2Fob_4dddcd_bastiat-capital-definition.png

 

http://www.catallaxia.free.fr/www.liberaux.org%20-%20ebook%20-%20Oeuvres%20compl%e8tes%20de%20Fr%e9d%e9ric%20Bastiat%20-%20Tome%205%20%5b%20Sophismes%20%e9conomiques%20-%20Petits%20pamphlets%20II%20%5d.pdf

 

Pour Bastiat comme pour Marx, donc, le capital est le résultat d’une accumulation de travaux antérieurs.

 

Pour moi comme pour Marx, au sens où c’est une idée que j’ai commencé à forger par ma propre étude de l’économie avant de la retrouver dans les Grundrisse, il y a une dialectique constante entre ce qui est valeur d’usage et devient valeur d’échange, avant de redevenir valeur d’usage, au moment de la consommation finale. Le moment valeur d’échange étant celui qui fait circuler le capital et permet son élargissement, dans la mesure où il y a une différence entre la valeur ajoutée par le travail et la valeur d’échange de ce travail lui-même (le plus souvent, salaire), figurée, dans la définition sommaire de Bastiat, par ce qu’il appelle les « provisions », c’est-à-dire l’ensemble des biens consommés par le travailleur pour pouvoir être en état de produire et de renouveler sa force de travail, même s’il « escamote » cette évidence de sa courte liste, selon laquelle il ne peut donc pas nier que la force de travail soit à la base une partie essentielle du capital productif, et que la valeur d’échange du produit fini résulte d’une somme de travaux cumulés, soit immédiatement, soit sous la forme de productions antérieures réutilisées et à nouveau transformées.

 

Ce n’est donc que par des jeux de mots simplistes dans ses petites fables récitées bout à bout à la suite que Bastiat peu escamoter cette évidence qu’il a lui-même « résumée » dans sa définition du capital, alors qu’aucune de ses « petites histoires » ne tient debout sans l’ingrédient essentiel qui est le travail productif.

 

Mais si Marx et Bastiat ont une définition aussi proche l’une de l’autre du capital, au milieu du XIXème siècle, c’est bien qu’ils parlent tous les deux du même contexte de rapports de production.

 

Un contexte qui est donc radicalement différent du nôtre, au XXIème siècle, où si les « échanges de services » sont hyperdéveloppés, les biens matériels qui permettent la reproduction de la force de travail, donc même et surtout essentiellement, de celle du secteur tertiaire archi-majoritaire, ne proviennent plus essentiellement, et c’est là le « paradoxe », mais pourtant une évidence, de la force du travail humain productif, mais de celle des machines, reproductions elles-mêmes d’autres machines, et ainsi de suite, sur suffisamment de « générations » déjà, pour que la notion de travail accumulé ait perdu son sens en termes de valeur.

 

Et donc le fait est bien que même si les « échanges de services » sont plus ou moins « équilibrés » entre eux, il y a nécessité d’une masse monétaire « excédentaire » en circulation, non seulement pour assurer l’amortissement du capital fixe constitué par les lignes de production robotisées et automatisées, mais aussi d’un « excédent supplémentaire », si l’on peut dire, pour assurer la « rentabilité » du capital engagé dans ces lignes de production.

 

Dans la mesure où les « échanges de services » ne sont jamais possible que s’il existe par ailleurs une production suffisante pour les rendre matériellement et même « biologiquement » viables, on voit donc bien que si ces « échanges de services » sont à peu près équilibrés entre eux, ils ne sont néanmoins possibles que par une dette, même si généralement indirecte, à l’égard du secteur productif, dette qui est donc, en réalité, la nouvelle « cheville ouvrière » de la circulation du pseudo-« capital » dans l’économie moderne, et même la véritable source de son apparente « rentabilité », y compris en termes de « superprofits », qui ne sont finalement qu’une partie minoritaire de la dette circulant dans la société contemporaine.

 

La création monétaire banco-centraliste soutenant la dette étant devenue, depuis la crise de 2007-2008, le « poumon artificiel » permanent de la circulation de la dette, qui a, en réalité, remplacé la circulation du capital, comme base de l’activité économique.

 

La dette étant devenue une composante structurelle de la société moderne, reste à savoir ce qu’il est possible de faire pour la limiter et la contrôler au service de l’intérêt social collectif, et non pour celui d’une nouvelle bourgeoisie banco-centraliste bureaucratique usuraire et parasite, et à vocation nécessairement totalitaire, afin de pouvoir masquer autoritairement l’origine de son imposture.

 

Luniterre


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