Sur l’article commenté :
J’avoue que je partage votre impression. Mais il me semble qu’il s’agit d’une croyance en partie erronée (que je ne laisse pas d’entretenir pourtant...).
Le propos me semble être le suivant : de la science aristotélicienne qui expliquait les phénomènes par la cause finale (le pourquoi et le pour quoi) et par la cause efficiente (le comment), la science moderne n’a retenu que la cause efficiente. Expliquer un phénomène, pour cette dernière, c’est en donner la loi mathématique qui relie l’effet à sa cause, et rien d’autre.
Votre thèse me semble être la suivante : ce principe d’explication mécaniste est nécessaire en biologie, mais insuffisant pour saisir l’ensemble du phénomène vivant : on explique certes le mécanisme biochimique de la vie, mais on rate l’essence de la Vie.
La thèse se double alors d’une explication de sa genèse historique, explication d’inspiration Heideggerienne : si la science épouse un tel réductionnisme, c’est qu’elle est en réalité la servante de la technique, qui voit dans ce réductionnisme le moyen le plus commode de plier le vivant à ses aspirations manipulatrices.
Mon argument est celui-ci : les biologistes ayant opté pour le réductionnisme (=explication du vivant par des processus chimiques) l’ont fait par choix méthodologique. Le réductionnisme est réductionnisme méthodologique, non l’expression d’un abrutissement de la science pliant sous les coups de l’écervelante technique.
Autrement dit : en finir avec les explications finalistes et les questionnements métaphysiques sur l’essence de la Vie était une condition préalable pour la constitution de la biologie comme science.
Pour affirmer le contraire, il faudrait dès lors reprocher au physicien d’avoir perdu toute trace des grands raisonnements métaphysiques sur la substance, ainsi que de ne pas maîtriser la conception aristotélicienne de la matière. Lors même que la physique s’est de part en part constituée en se séparant de tels questionnements.
Je soutiens donc un dualisme des approches : la biologie use du réductionnisme méthodologique pour comprendre les lois qui régissent le phénomène du vivant, et la philosophie argumente à partir des données empiriques pour proposer une définition du concept métaphysique de Vie.
Toutefois je partage les propositions : un philosophe qui ne se pencherait pas sur les résultats des sciences expérimentales serait conduit à se perdre dans des abstractions vides. Mais un biologiste qui n’aurait jamais ouvert un ouvrage d’épistémologie de la biologie pourra être légitimement accusé de n’avoir été toute sa vie qu’un « fonctionnaire de la technique ».