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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Courbet et « Le retour de la conférence »

Courbet et « Le retour de la conférence »

Le peintre naturaliste Gustave Courbet a toujours aimé, par le biais de son art, défier l’ordre établi et le conformisme bourgeois. Le comble en matière de provocation a bien sûr été son tableau « L’origine du monde », cette œuvre sulfureuse qui, pour la première fois dans l’art pictural, montrait en gros plan un sexe de femme. L’artiste franc-comtois n’en était pas à son coup d’essai : quelques années plus tôt, un autre de ses tableaux avait fait scandale. Pas de nu en la circonstance, mais un groupe de prêtres ivres et grotesques, de retour d’une « conférence » ecclésiastique bien arrosée...

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Le retour de la conférence

En réalité, le scandale a toujours plus ou moins accompagné Gustave Courbet (1819-1877) depuis qu’ayant abandonné les portraits aux abords de la trentaine, il s’est mis à peindre les gens de condition modeste dans leur environnement. Un enterrement à Ornans est présenté à Paris au Salon de peinture de 1850. La toile monumentale (6,68 x 3,15 m) est accueillie avec une grande sévérité par la plupart des critiques d’art qui en dénoncent la « vulgarité ». Cela tombe bien : Courbet entend précisément « peindre le vulgaire et le moderne ».

En l’occurrence, l’on reproche à Courbet – ce provincial instinctif – sa rupture radicale avec les usages académiques du temps qui imposent aux peintres de s’en tenir, soit aux sujets historiques, mythologiques, allégoriques ou religieux, soit à la représentation des grands de la société. Rien de tel avec ces obsèques « triviales » où l’on ne voit, peints grandeur nature tels des puissants personnages, que des gens ordinaires de la petite localité du Doubs où est né l’artiste. Comble de la provocation, deux hommes, font face au prêtre de l’autre côté de la fosse, et l’un d’eux, main ouverte tendue vers la tombe, donne l’impression d’officier à sa manière, résolument laïque comme le suggèrent implicitement les vêtements de ces deux personnages habillés à la mode des révolutionnaires de la Première république.

Un enterrement à Ornans n’est d’ailleurs pas la seule toile de Courbet à heurter les esprits conventionnels de ses contemporains de la grande bourgeoisie et du monde des arts en cette année 1850 marquée par les soubresauts de l’éphémère Deuxième République. Figurent également au Salon deux autres tableaux tout aussi « triviaux » : le premier met en scène les Paysans de Flagey de retour de la foire ; le second, intitulé Les casseurs de pierre, heurte encore plus les bons apôtres de l’académisme et.la bien-pensance bourgeoise.

Sont représentés sur cette toile de 2,57 x 1,65 m deux ouvriers, grandeur nature là aussi, en charge de briser des blocs de roche à la massette. Tous deux sont éclairés par un soleil cru sur un fond sombre. Pauvrement habillés de vêtements rapiécés et déchirés, l’un chaussé de galoches, l’autre de sabots, les deux hommes sont totalement accaparés par un rude labeur semblable à celui des forçats. L’absence d’expression faciale – l’homme de gauche est de dos, et celui de droite de profil, le visage masqué par l’ombre de son chapeau – vient en outre renforcer l’impression d’anonymat liée à cette ingrate condition.

Vivement contesté, ce tableau – considéré de nos jours comme l’œuvre fondatrice de la « peinture réaliste  » – alimente les critiques acerbes des tenants de l’académisme. D’aucuns jugent même cette toile d’inspiration « socialiste »*. Et cela bien que Courbet ait jusque-là été peu engagé en politique, malgré sa rencontre quelques années plus tôt avec Pierre-Joseph Proud’hon (1809-1865), originaire comme lui du Doubs, et la fréquentation des intellectuels progressistes qu’il fréquente à la brasserie Andler, à deux pas de son atelier parisien de la rue Hautefeuille.

Détruire cette cochonnerie !

Tandis que Proud’hon purge une peine de trois ans à la prison Sainte-Pélagie (Paris 5e) pour avoir publié un pamphlet anti-gouvernemental, Courbet fait un séjour à Saintes. Comme le théoricien du « socialisme libertaire », mais aussi comme son grand-père maternel – un sans-culotte réputé « bouffeur de curés » –, le peintre est un anticlérical convaincu, ce qui ne l’empêchera pas, au titre de ses fonctions de Président de la Fédération des Artistes, de tout faire durant la Commune de Paris en 1871 pour protéger des bombardements versaillais les œuvres religieuses. Mais on n’en est pas là en 1863. Une fois de plus, Courbet entend provoquer, et c’est en conscience de la colère qu’il va provoquer qu’il peint en Saintonge un tableau dénommé Le retour de la conférence.

C’est un groupe de sept prêtres avinés qui est exposé sur cette œuvre satirique de grande taille (3,30 x 2,30 m) que Courbet a située dans la vallée de la Loue, près de l’ermitage Notre-Dame du Chêne. L’un des prélats est juché sur un âne dans une posture grotesque, soutenu par un compagnon de beuverie pour ne pas chuter ; les autres prêtres, non moins ridicules, vont à pieds, l’un d’eux étant lui aussi en soutien d’un compagnon complètement ivre et incapable de marcher seul. Aucun doute possible : ce retour d’une conférence ecclésiastique, où l’on a manifestement plus sacrifié à Bacchus qu’à Dieu, est destiné à se moquer de la religion et de ses serviteurs. L’attitude du couple de paysans qui figure sur la gauche du tableau vient d’ailleurs renforcer la parodie, l’homme étant saisi de fou-rire à ce spectacle saugrenu.

« J’avais fait ce tableau pour qu’il soit refusé. J’ai réussi. » Comme il l’avait espéré, le peintre est recalé au Salon de peinture 1863. Il l’est même au Salon des refusés, créé cette année-là à l’initiative de Napoléon III alors qu’ Édouard Manet s’y fait un nom avec Le déjeuner sur l’herbe, œuvre qui déclenche l’une des plus violentes polémiques de l’époque, plus forte encore que celle qu’a provoquée « l’immoralité » des curés en goguette. Qu’à cela ne tienne, Courbet est satisfait : il entendait défier le pouvoir impérial et ses alliés cléricaux, « savoir le degré de liberté que nous accorde notre temps », écrivait-t-il au critique Albert de la Fizelière. Voilà qui est fait : avec ces deux refus, le peintre est comblé. Il l’est d’autant plus que de nombreux visiteurs se pressent dans son atelier de la rue Hautefeuille pour admirer l’objet du scandale, et qu’en 1865 Proud’hon lui apporte un soutien sans réserve dans son ouvrage posthume intitulé Du principe de l’art et de sa destination sociale.

Hélas pour le patrimoine national, après avoir été vendu en 1881 à l’ Hôtel Drouot puis exposé à Gand et à Paris dans la galerie Georges Petit, le tableau est, si l’on en croit le Bulletin de la vie artistique de 1920, acquis par un financier catholique fortuné désireux de détruire « cette cochonnerie, impie et scandaleuse ». Et de fait, Le retour de la conférence a bel et bien disparu depuis cette date, tout comme Les casseurs de pierre, détruit lors d’un bombardement de Dresde en 1945. Il reste par chance quelques photographies et esquisses de ces deux œuvres, sans compter les documents conservés au musée Courbet d’Ornans, dans la maison natale du peintre comtois.

Louis de Geofroy y fait cette allusion dans un article de la Revue des Deux-Mondes consacré au Salon de 1850 : « J’ai entendu dire que c’était là de la peinture socialiste. Je n’en serais pas surpris, le propre de ces sortes de doctrines étant, comme on sait, de donner pour grandes découvertes et derniers perfectionnements les procédés les plus élémentaires et toutes les folies qui, depuis le commencement du monde, ont traversé la cervelle de l’humanité. Dans tous les cas, tant pis pour le socialisme ! les tableaux de M. Courbet ne sont pas pour le rendre attrayant. »

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24 réactions à cet article    


  • gruni gruni 14 février 08:51
    Bonjour Fergus


    Excellent article Fergus. Tant il est vrai que décrire ou peindre son époque avec réalisme ne plaît pas à tout le monde. Encore aujourd’hui d’ailleurs, la bien-pensance veille toujours.

    • Fergus Fergus 14 février 09:24

      Bonjour, gruni

      « Encore aujourd’hui d’ailleurs, la bien-pensance veille toujours. »

      Il existe toujours effectivement une forme de « bien-pensance ». Pour autant les choses ont bien changé, car ce sont désormais plutôt les œuvres conceptuelles qui ont les faveurs de l’intelligentsia de nos jours (cf. fondation Pinault par exemple), les peintures plus figuratives étant considérées avec un superbe mépris alors qu’il y a tant d’artistes de talent !

      Une réalité qui, en termes de notoriété et de richesse, fait le bonheur de gens comme Koons ou Kapour qui ne sont pourtant que de purs produits marketing !


    • Saint Rata de l'himalaya Ratatouille 15 février 11:50

      bonjours les gens
      .
      Les peintres actuel ont aussi de sérieux problèmes s’il ne passent pas par des réseaux marchants d’art ,copinage,c’est.RSA à vie,logement socio,pas de foyer femme et enfant,inconnu totalement ,sauf par quelques asso qu’ils ont crée eux même ,et encore .reste les petite aquarelles avec la mer et des petits bateaux qui ce vendent facilement ,quand l’ont à de l’argent l’on peut louer des locaux pour exposer,et inviter à un vernissage arrosé et petit fours.
      l’on ne te met plus en prison,l’on t’ignore .
       


      • Fergus Fergus 15 février 13:48

        Bonjour, Ratatouille

        Les difficultés ont toujours existé.

        De nos jours, ce sont les marchands d’art et les médias spécialisés, souvent en relation avec les spéculateurs, qui font le marché.

        Autrefois, les peintres étaient totalement dépendants des commandes de nobles et de riches négociants, et sans le soutien de personnages éminents dans cours royales ou princières, ils connaissaient eux aussi de grandes difficultés économiques.


      • velosolex velosolex 15 février 14:29

        @Ratatouille
        La création, version rapport, cela tient relativement peu à la qualité, surtout à une époque où l’important est le CV, le carnet d’adresse, et le verbiage. C’est l’artiste supposé qui décrète ce qui est art ou pas. Ainsi un extincteur peut se voir transformer en cinq minutes en création « bluffante », par les nouvelles académies. Ou une tête de cheval, un porc balancé.....

        On observe ainsi finalement que l’un des dernières certitudes de la qualité a explosé. L’oeuvre d’art n’a pas à plaire au commun. C’est même rédhibitoire. Seul le carnet de chèques de monsieur Pinaud fait loi, et donne un sens à la signature. L’effondrement des valeurs de ce pauvre monde, incapable de dénoncer le roi nu, est patent.

      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 15 février 14:53

        @velosolex

        (Bakerstreet ...) Tout est dit sur l’AC dans le blog « Schtroumpf émergent »


      • velosolex velosolex 15 février 15:53

        @Aita Pea Pea
        Gloire à Clovis Trouille !


      • velosolex velosolex 15 février 14:20

        Bonjour...Bon article. Courbet est un grand peintre...Bien vivant, bon vivant, avec la manière, à l’image de Flaubert et de Maupassant pour les lettres. Comme eux, Il a toujours aimé la provocation. ..

        L’art et le statut d’artiste ne vous protégeait pas de la justice à l’époque. Celle ci de nos jours servant parfois à masquer justement un déficit de création : Le scandale rapporte, à moins qu’il ne vous emporte......Comme sur une toile tout est affaire d’équilibre. 

        C’était une époque sûrement incandescente pour l’art. Rimbaud et Van Gogh vont bientôt apparaître, et traverser leur saison en enfer, comme tant d’autres. Ceux qui ont fait dans le pompier s’en sont mieux tirés en honneurs, avant d’être oubliés. Les caves du Louvre sont remplies de tableaux pompiers acheté à l’époque à prix d’or...

        Cela me fait penser au destin probable qui attend nos contemporains auto proclamés, qui eux confondent scandale et qualité, ne retenant qu’une partie de l’histoire de leurs aînés ! 



        • Fergus Fergus 15 février 15:37

          Bonjour, velosolex

          D’accord avec ce commentaire.

          A noter que l’« art pompier » a lui aussi produit de très belles choses, tant sur la forme qu’en termes de témoignages sur l’époque contemporaine des peintres. A cet égard les toiles de Carnavalet sont précieuses pour illustrer l’histoire de Paris.

          Quant au « destin probable qui attend nos contemporains auto proclamés », nul doute que quelques noms portés au pinacle à grand renfort de coups marketing sont appelés à voir dans l’avenir leur cote s’effondrer.


        • velosolex velosolex 15 février 14:22
          Tintin et le secret de l’origine du monde
          Je me permet de mettre un article que j’avais écrit il y a quelque temps, et qui reprenait deux autres de ces provocations, voir de ses mystifications. La chute de la colonne Vendôme tombera au moins autant sur lui, que sur les pavés de Paris. Il ne s’en relèvera pas, à l’image de Lord Byron......
          Courbet sera le parfait bouc émissaire donc, et devra rembourser la colonne vendôme...... 
           Pour le reste Lacan gardera pendant longtemps derrière un petit rouge « l’origine du monde », qui vaut bien le sourire de la Joconde, et qui certainement ne passerait pas au musée de Téhéran..
          Un petit régal pour ceux qui ne connaissent pas : Tous les soir passe sur arte, « amusez vous amusez moi », qui donne la parole aux modèles des tableaux. On peut les voir en postcast sur arte + 7 : Voilà comment on peut faire aimer la peinture, et aussi l’histoire. Un modèle de pédagogie : 
          A Musée Vous, A Musée Moi - Culture et pop | ARTE

          • Fergus Fergus 15 février 16:02

            @ velosolex

            Merci pour le lien sur cet excellent article consacré à « L’origine du monde », mais aussi pour cet autre lien sur cette non moins excellente mini-série d’Arte.

            « Courbet parfait bouc émissaire », c’est un fait car comme il l’indiqua dans un courrier au ministre Jules Simon sur son rôle dans l’affaire de la colonne Vendôme « j’émettais le vœu que cette colonne soit déboulonnée et transportée pour être disposée en musée dans la cour des Invalides ».

            « Déboulonnée et transportée », non pas détruite ! Courbet n’en fut pas moins condamné aux frais de restauration de cette colonne. Mais contrairement à ce qui est souvent affirmé, il n’en paya jamais le moindre franc !


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 15 février 14:34

            Une peinture socialiste. Je me vois mal prendre mes pinceaux ou mes crayons et m’installer dans la salle d’attente de le FGTB de Belgique (syndicat belge). Quoique,... quand à l’origine du Monde. Il s’agit pour moi d’un raté,...Dire que Turner a peint de nombreuses scènes érotiques dans des« claques » et qu’un héritier puritain, les a tout brûlés,... Quelle perte,...


            • Fergus Fergus 15 février 16:11

              Bonjour, Mélusine ou la Robe de Saphir.

              Ce qualificatif de « socialiste » pour les tableaux de Courbet dédiés à la représentation des gens humbles relevait d’une forme d’insulte à ce peintre ami de Proud’hon, lui même ami de Bakounine et, un temps, de Marx. Le pouvoir et la bourgeoisie voyait dans ces tableaux des sortes de manifestes contre l’ordre établi.

              Je n’ai jamais entendu parler de ces œuvres érotiques de Turner. Mais cela m’intrigue, je vais me renseigner...


            • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 15 février 15:48

              Je me fais une toute autre idée de la peinture socialiste plus proche de ceci :http://www.1-jour.fr/30-dec-1922-fondation-de-lurss/&nbsp ;. Je me vois mal prendre mes pinceaux ou mes crayons et m’installer dans la salle d’attente de la FGTB de Belgique (syndicat belge). Quoique,... Quant à l’origine du Monde, il s’agit pour moi d’un raté,...Dire que Turner a peint de nombreuses scènes érotiques dans des« claques » et qu’un héritier puritain, les a tout brûlés,... Quelle perte,..Parlons plutôt de peinture de genre. Elle fut souvent critiquée sous la dénomination de : « misérabilisme ». Rappelez-vous : Les Mangeurs de pommes de terre de Van Gogh. Plutôt peinure de la vie quotidienne (Vermeer était spécialiste). Parfois sublime et sublimée souvent plus proche du grossier,...


              • Fergus Fergus 15 février 16:18

                @ Mélusine ou la Robe de Saphir.

                Le lien ne semble pas fonctionner.

                Les toiles de Van Gogh sont venues des décennies après les tableaux incriminés de Courbet : le Hollandais n’était même pas né au moment de l’exposition d’« Un enterrement à Ornans » ou des « Casseurs de pierre » ! On ne peut donc pas comparer leur effet sur les puissances dominantes de leurs temps respectifs.


              • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 15 février 16:22

                @Fergus


                Le lien concerne l’« art » de l’URSS qui vantait la beauté du travailleur de manière figée et académique (propagandiste). Je préfère alors encore, un certain futurisme fascisant, pas pour l’idéologie, mais pour le point de vue « artistique »

              • velosolex velosolex 15 février 18:34

                @Mélusine ou la Robe de Saphir.


                Gotlib en son temps s’est pas mal moqué de ces postures sublimes, avec son superdupont, ressemblant comme deux gouttes d’eau, ou de vin qui tache, à Hollande, à l’époque où celui ci traversait la nuit de walpergis sur son scooter en baby gros. 
                Le style pompier plait beaucoup aux enfants. C’est normal, ils aiment bien les casques et les chaussures qui brillent.... Enfin, de mon temps ; Je viens de l’époque d’avant Nike, casquette à l’endroit avec pare soleil, et égarement des sens au malabar. 
                Il y eut toute une époque où les intellectuels se prenaient la tête avec l’art, et ses possibilités éducatives destinées aux masses. Merde à l’art bourgeois et décadent., disaient ils..... Hitler était du même avis. Il nous fit le musée des dégénérés. Là aussi on a brûlé des chefs d’oeuvre en se marrant et en buvant du schnaps.....
                Coté des soviets, du pareil au même : La Joconde devait marcher au pas, et pointer à l’usine pour être politiquement correcte....Quand à Manet, il devait refaire son « déjeuner sur l’herbe », le reconsidérer en bleu de travail, et la bouffe et la dive bouteille sur la table de la cantine de l’usine....
                . Les masses étaient sensées être frustres, abruties par le travail, et l’origine du monde ne pouvait être lié qu’à la dictature du prolétariat....L’art devait ressembler plus ou moins à un marteau, du moins forcément à quelque chose d’utile, voir de grandiose et de lubrifié sous les bras musclés ! Semblablement à la kalash, ou à une puissante moissonneuse- batteuse. 
                La nuit dernière j’ai rêvé que j’étais au volant d’une de ces machines. Un drapeau se déroulait au vent, comme un foulard, et deux ou trois égéries aux seins nus ressemblant à des Fmen ou à des Marianne soviétiques me montraient la voie victorieuse ! 
                Que penser de tout cela ?....Il est bien tard pour prendre ma carte au parti. Et tout autant pour m’allonger sur une divan. 
                Ce matin pourtant je me suis perdu dans les bois. Entre rochers, nuages, rivières et arbres, jouant aux quatre coins. 
                 Ce n’était donc pas un rêve prémonitoire. 
                Juste un almanach des postes soviétiques...Pas terrible au fond. On est séduit au premier regard, mais ça ne tient pas. Les honnêtes chatons ou encore mieux les paysannes des almanachs des PTT à mon avis sont bien plus artistiques. 
                Car l’oeuvre d’art doit continuer à vous poursuivre longtemps après que vous l’avez laissé dans son cadre. 
                S’il ne vous reste plus qu’un casque pompier dans les mains, un extincteur, ou une tête de cheval, c’est raté  !

              • velosolex velosolex 15 février 18:43

                @Fergus
                Ce qui fait la beauté des « mangeurs de pomme de terre » c’est que le tableau est réalisé consécutivement à une expérience d’immersion de van Gogh dans le brabant belge. Il s’est fait prêtre, et cette vision de pauvreté lyrique est le témoignage empathique de sa condition, lui même dans un grand dénuement à l’époque. 

                Viviane Forrester ( l’auteure de l’horreur économique) a fait un bon bouquin sur vincent « L’enterrement dans les blés »

              • Fergus Fergus 15 février 19:25

                @ velosolex

                « la beauté des « mangeurs de pomme de terre » » 

                J’aime beaucoup ce tableau : je le trouve très fort symboliquement.


              • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 15 février 23:34

                @Fergus
                Peu connaissent Anto Carte, un peintre belge (groupe NERVIA). C’est un de mes préférés,....Pourquoi, !!!!???


              • Fergus Fergus 16 février 09:22

                Bonjour, Mélusine ou la Robe de Saphir.

                Je ne connaissais pas ce peintre. Merci pour lui !


              • alinea alinea 15 février 22:55

                Je les trouve bien ces Francs-Comtois !! Ils ont payé cher leur annexion à la France, en gardent probablement un esprit taquin ! smiley

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