La génétique est une science exacte qui fournit des données brutes. Une interprêtation raciste de la génétique ne résiste pas à un examen logique. Le racisme naît effectivement d’une erreur de logique —volontaire ou pas selon que l’on est ignorant ou mal intentionné— qui consiste à confonfre identité et appartenance. Ma seule identité, c’est moi, et cette identité est composée d’une mosaïque d’appartenances à des groupes : le groupe des femmes, le groupe des français, le groupe des brunes, des gens nés le 12 janvier, des gens de couleur noire, des fumeurs, des adeptes de David Lynch, des gens qui habitent Lyon, qui ne parlent pas espagnol, qui croient en dieu, ect. Confondre une de ces appartenances, même dominante, avec mon identité, c’est réduire celle-ci, c’est nier toutes les autres appartenances qui constituent la mosaïque de mon identité et qui font mon humanité, et c’est donc commencer à nier celle-ci. Le raciste réduit l’autre à une appartenance afin de nier son humanité pour pouvoir potentiellement le détruire -le fanatique, qui confond sa propre identité à une appartenance, nie sa propre humanité pour mieux pouvoir détruire l’autre. Quant les deux sont réunis, ça donne des choses comme le nazisme.
C’est pourquoi, qu’on le veuille ou non, le concept d’identité nationale sera toujours quelque chose de dangereux.
La différence entre identité et appartenance est fondamentale. La confusion quotidienne conduit au racisme.
Que dit le raciste ? s’écrie Michel Serres : “Il vous traite comme si votre identité s’épuisait en l’une de vos appartenances ; pour lui, vous êtes noir ou mâle ou catholique ou roux. Il adore le verbe être, aussi flou que réducteur. Le racisme puise sa puissance dans une ontologie dont l’acte premier de parole réduit, ici, la personne à une catégorie ou l’individu à un collectif. Il vous cloue dans une case comme un entomologiste pique d’une aiguille tel insecte dans sa collection : chassé, tué, traversé d’acier, il incarne une espèce”
http://www.canalacademie.com/+-Michel-Serres-+.html