@rosemar
De quoi souffre Argan, d’une maladie imaginaire ou de l’imaginaire ? De la maladie ou des
médecins ? D’une angoisse éperdue de la mort ? Ce qu’on appellerait aujourd’hui
« névrose » et qu’on appelait alors « hypochondrie » est
mis en scène pour faire rire le public dont une partie ne voit que le côté
ridicule du personnage. Mais, de la même manière que La Fontaine utilisait la
métaphore animalesque pour dépeindre les courtisans, Molière utilisait les
portraits et les farces pour démasquer les impostures. Et de même que les
lecteurs les plus avisés de La Fontaine savouraient les piques cachées de l’auteur,
les spectateurs les plus avertis du théâtre de Molière se délectaient de ces
caricatures dont la principale victime n’était pas toujours celle qu’on
croyait.
Les chanteurs de blues traditionnels du sud des Etats-Unis
employaient la même astuce quand l’esclavage sévissait encore : la douleur
qu’ils exprimaient à propos de la cruauté de leur bien-aimée qui les maltraitait
était en fait la douleur de leur condition et la figure de la matrone ou de la
garce n’était que le symbole du planteur de coton qui s’amusait en écoutant ces
chansons sans savoir qu’elles parlaient de lui.