@NICOPOL (2)
— Je crois que celui qui n’a pas fait l’expérience d’un régime totalitaire ne parvient pas à percer ce qui peut se cacher derrière un acte à priori anodin— V.H.
Interview accordée par l’ancien dissident et ex-président de la République tchèque , Vaclav Havel au quotidien Le Monde , le 23 février 2005. Je précise le 23 février 2005.
-Jacques Rupnik : « La situation a-t-elle changé en Russie ou est-ce notre regard qui a évolué ?
-Vaclav H : » Nous assistons en Russie à une dérive autoritaire du régime de M.Poutine. Nous constatons une limitations raffinée de la liberté de parole , une manipulation des médias , une lutte un peu spéciale contre les oligarques , une répression violente en Tchétchénie , des nominations des gouverneurs auparavant élus.
-Jacques Rupnik : Les pays d’Europe centrale ont-ils sur la Russie un regard différend de celui des autres Occidentaux ?
-Vaclav H : « Dans les pays qui ont connu la domination soviétique , il y a réellement une sensibilité à certains dangers qui ne sont pas toujours perceptibles par les personnes extérieures. C’est particulièrement vrai pour les pays Baltes , qui ont été si proches du pouvoir communiste soviétique . Ceux qui ont eu l’expérience des régimes totalitaires , des conséquences des »politiques d’apaisement« et du » fermer yeux « devraient justement tirer la sonnette d’alarme.
Je ne pense pas qu’il existe un ressentiment profond envers les Russes chez les Polonais ,les Tchèques ou tous ceux qui ont appartenu à cet empire. Mais il existe une bonne connaissance des méthodes et aussi une plus grande résistance à la manipulation.
Lorsque nous étions dissidents et que nous rencontrions des dirigeants occidentaux , nous avions l’impression qu’ils avaient été enivrés par les paroles de leurs hôtes communistes et nous considéraient comme des drôles d’empêcheurs de tourner en rond. Je crois que celui qui n’a pas fait l’expérience d’un régime totalitaire ne parvient pas à percer ce qui peut se cacher derrière un acte à priori anodin » fin de citation.