• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Et Après ? (part 3)

Et Après ? (part 3)

 Suite de la série-fiction sur les issues envisageables du quinquennat Macron, avec des hypothèses plus « conventionnelles », fondées sur un clivage « droite-gauche » qui pourrait fort bien survivre au « macronisme » 1.

 

Hypothèses n° 3 : Un nouveau Mitterrand (ou l’heure de Jean-Luc Mélenchon) ?

 

On l’a vu, le Macron de 2017 a enfourché le vieux discours centriste unanimiste qui prétendait être « en même temps » de droite et de gauche pour « surmonter les vieux clivages inopérants ».

Difficile toutefois de soutenir qu’en matière économique et sociale, la politique de Macron doivent beaucoup aux fondements (bons ou mauvais, justes ou démagogiques, là n’est pas la question) de ce qu’on nomme « la gauche ».

Malgré la crise des gilets jaunes, qui a révélé une forte demande de protection sociale, il a spectaculairement et continuellement feint de croire que son programme d’adaptation néo libérale, aussi convenu que destructeur, avait été approuvé par 65 % des électeurs du 2e tour.

On l’a dit aussi, les européennes ont montré que le Macron de 2019 est porté par une clientèle conservatrice et aisée, celle qui a fait François Fillon, son programme punitif et son échec final.

Difficile là aussi d’imaginer qu’après 5 ans, les Français n’essaient pas de déplacer le curseur.

 

Le potentiel électoral existe : les 29 % d’électeurs de François Hollande en 2012 ne se sont pas évaporés, pas plus que, en 2017, les 19 % de Jean-Luc Mélenchon ajoutés aux 6 % de Benoît Hamon.

 

Et, à ce jour, qui d’autre que Jean-Luc Mélenchon ?

Objectivement, pas grand monde dans le milieu politique, et encore moins à gauche, ne peut se vanter d’avoir mené un tel travail, et d’avoir autant bougé les lignes.

Apparatchik socialiste pendant des décennies, ayant quitté sur le tard son parti, en 20082, pour atterrir parmi les (beaux) restes militants du parti communiste, il réussit, en 2012, à rassembler autour de lui l’essentiel des groupuscules de la gauche « mouvementiste ».

La stratégie paye, près de 12 % des voix le suivent, les autres candidats trotskistes sont ramenés à pas grand chose.

Nouvelle posture en 2016, où il se présente en tribun charismatique qui parle directement au peuple en dehors les chicaneries partisanes 3.

Parti de quelques pourcents dans les sondages, il bénéficie de l’effondrement d’un parti socialiste vidé par 5 ans de hollandisme, une « Primaire » tard venue et une candidature improvisée. Il termine à presque 20 %, seulement 4e mais juste derrière Fillon et à une marche de Macron.

 

Les résultats forts décevants des dernières européennes, où la liste France insoumise retrouve un étiage à 6 % ne semblent certes pas confirmer cette 3e hypothèse.

Il est vrai que certains atouts du « tribun Mélenchon » peuvent se retourner contre lui.

Ainsi des soutiens gauchistes ou indigénistes, des discours démagogiques sur les bienfaits de l’immigration, ou des coups de menton autoritaires, qui, s’ils ont séduit le noyau dur de la première heure, risquent d’être rédhibitoires pour prétendre rassembler large.

 

Comment élargir sa base sans paraître renier ses premiers soutiens, tel est le dilemme, mais il reste encore du temps pour corriger le tir, et soyons sûrs que Mélenchon, qui sait que la 3e fois risque d’être la dernière, y réfléchi fortement.

D’aucuns ont ainsi pu prétendre, avoir « changé » dans la dernière ligne droite, ce qui était faux, évidemment, mais qui faisait au moins une preuve qu’ils avaient un minimum entendu certaines critiques.

 

À rebours de « l’archipellisation » française évoquée par Jérôme Fourquet, le mouvement des gilets jaunes pour brouillon qu’il ait été, a (ré)affirmé la volonté qu’on croyait noyée dans la mondialisation d’une (ré)union nationale à tendance unanimiste (rappelons nous le « 80 % des Français sont d’accord avec nous » des débuts), traduite par des propositions ou des slogans plastiques très (trop) consensuels, presque hors du politique (démocratie directe et RIC dans lesquels chacun peut mettre ce qu’il veut, hostilité envers des « paratonnerres institutionnels » - Macron, impôts, violences policières, éventuellement très très riches - qui permettent à l’immense majorité de ne pas se sentir visée).

En mettant en première ligne un changement institutionnel qui a l’avantage d’éviter les questions qui fâchent, Constituante bavarde et 6e République parfaite à venir, le programme « insoumis » de 2017, quoi qu’on en pense, était sans doute le plus proche de ce qui est survenu 2 ans plus tard. Y compris dans la forme et les attaques grossières contre le président.

Alors, même si les résultats électoraux n’ont pas suivi immédiatement4, qui peut dire aujourd'hui que l’ombre portée des gilets jaunes ne profitera jamais à celui qui demeure la personnalité majeure à gauche ?

 

À suivre.

 

1 Tout comme il a semble-t-il survécu à l’alliance entre les mouvements « alternatifs » italiens, la récente rupture entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles pouvant en tout cas s’interpréter comme un réalignement selon le clivage « droite gauche », puisque Salvini prévoyait de trouver ses alliés « à droite », tandis que le Mouvement 5 étoiles s’est finalement rapproché des « démocrates de centre-gauche ».

2 Voir https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/jean-luc-melenchon-candidat-au-109769

3 Ne dites pas aux mélenchonistes qu’il s’agit d’une approche somme toute gaulliste de la légitimité politique !

4 Une analyse plus optimiste du résultat des européennes serait d’ailleurs qu’il traduise, plus qu’un franc rejet du mélenchonisme, l’attentisme des Français.


Moyenne des avis sur cet article :  2.1/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 6 septembre 10:15

    Dans le monde merveilleux des votants, tout est possible, c’est beau comme...heu.. comme la république tiens ^^


    • Parrhesia Parrhesia 6 septembre 10:35

      Le clivage droit-gauche mental survivra évidemment longtemps dans les esprits, car il correspond à la nécessité d’un débat permanent intellectuellement honnête !

      Par contre, ce qui est mort depuis longtemps, c’est la pratique de politiques réelles et honnêtes de droite ou de gauche dans le comportement politicien de la « représentation nationale » !!!

      Au fait ! Quelle représentation « nationale » ???


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 6 septembre 13:18

        Macron est ultralibéral, car il est européiste, il applique sagement, comme Hollande et Sarkozy, la feuille de route envoyée chaque année par la Commission européenne.  : privatisations, baisse des dépenses publiques, destruction des services publics, réforme des retraites, avec la destruction de la Sécurité sociale en ligne de mire etc . Voilà le programme pour 2019/2020.

        Après avoir détruit le Droit du travail avec Hollande et vendu Alstom aux Américains. Triste bilan.

        La question qu’il faudrait poser : qu’est devenue la Gauche dans son ensemble, la FI comprise ? Un ensemble morcelé qui a abandonné les classes populaires, au profit des femmes, des migrants et des LGBT, comme le lui a conseillé Terra Nova.

        Plus un soutien fanatique à la construction européenne.

        Rien de bien folichon pour attirer les électeurs de Gauche. Et ce n’est pas en surfant sur l’écologie et en draguant les Gilets jaunes pour faire semblant de soutenir les classes populaires que cela changera le fond de sauce de la Gauche.

        D’ailleurs, la question ne se joue plus entre Droite et Gauche, mais entre pro et anti sortie de l’ UE.


        • Olivier Perriet Olivier Perriet 7 septembre 12:16

          @Fifi Brind_acier
          D’ailleurs, la question ne se joue plus entre Droite et Gauche, mais entre pro et anti sortie de l’ UE.


          C’est tellement vrai que les mouvements qui demandent ouvertement la sortie de l’UE font 2% (estimation large), et les autres 98% donc.

          Alors qu’il y a vraisemblablement quand même plus de 2% des Français qui seraient prêts à s’engager sur cette voie. Effet repoussoir de l’UPR. Vous confondez trop vos rêves et la réalité.


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 7 septembre 19:28

          @Olivier Perriet
          Il est dommage que la FI, si populaire, ne songe pas à sortir de l’UE !
          Sans Plan A, ni Plan B, sans sortie de l’ UE, il ne reste à Mélenchon qu’à vous réciter des poèmes ...


        • troletbuse troletbuse 6 septembre 13:55

          Article reposant vu la longueur du titre.


          • leypanou 6 septembre 15:19

            que Mélenchon, qui sait que la 3e fois risque d’être la dernière, y réfléchi fortement 

             : vous croyez vous qu’en demandant au gouvernement de décréter l’état d’urgence climatique il y aura une 3ème fois ?

            Il termine à presque 20 %, seulement 4e mais juste derrière Fillon et à une marche de Macron 

             : il n’aurait pas sorti le fameux « d’après l’ONU, en 2050, il y aura 250 millions de réfugiés climatiques qu’il faudra bien se partager », à mon avis, il aurait été au 2ème tour. Et c’est çà qui l’a plombé définitivement, d’autant plus qu’il en a rajouté une couche supplémentaire avec l’autre fameux « l’Aquarius sauve des vies ».

            Que LFI continue à faire la courte échelle à EELV avec par exemple « on n’a plus que 12 ans pour éviter la catastrophe climatique », faire la courte échelle au PS et autre Glucksman avec l’humanisme cr.tin pour Sea Watch, SOS Méditerranée ou autre Open Borders, en 2022, elle n’aura même pas 10% car le bouffon d’EELV il s’est senti les ailes avec les 13% aux Européennes.

            Personnellement, je ne miserais pas un kopek sur un canard boiteux : une minute de silence pour les migrants morts en Méditerranée peut faire élire député des Bouches du Rhône mais çà ne va pas plus loin.

            PS dernier exploit : qualifier ce qui se passe à Hong-Kong de révolution citoyenne, détails ici. Cela étant, c’est dans la même lignée que dire « il faut briser le tyran », parlant de Khaddafi en 2011.


            • Olivier Perriet Olivier Perriet 7 septembre 12:13

              @leypanou

              Je suis d’accord, mais les mots peuvent changer, les gens oublient vite, et il y a aussi le contexte :

              n’est pas élu le meilleur dans l’absolu, mais le moins mauvais du lot ; les autres peuvent être pires.

              Il y a la chance aussi : j’aurais pas parié non plus un kopek sur Macron lorsqu’il s’est déclaré au printemps 2016. Mais avec une bonne de dose de chance, l’auto plantage de Fillon, le retrait de Hollande, le soutien de Bayrou, ça a marché ;


            • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 6 septembre 18:26

              J’ai retrouvé un billet de Paul Leleu de septembre 2018 sur la France Insoumise et la sortie de l’ Union européenne.

              Contrairement à Leleu, je ne considère pas que l’UPR est de Droite. Ou alors il faut démontrer que le Conseil National de la Résistance était de Droite, ce qui est faux. Il était largement dominé par le PCF et la CGT. Le programme de l’ UPR est un copié/coller de celui du CNR. Ceci dit, le billet garde tout son intérêt un an plus tard.

              "Europe : Mélenchon abandonne le Frexit à la droite.

              L’université d’été de la France insoumise a mis fin aux équivoques de Mélenchon sur l’Europe. Dans son discours de clôture, il a très clairement repoussé la possibilité même d’un « plan B », qui aussi trouble qu’il fût, promouvait au moins l’idée d’une sortie institutionnelle de l’Europe. Mélenchon -et par voie de conséquence ses troupes- marche maintenant à fond dans l’Union européenne. Deux conclusions s’imposent. D’une part, sans « plan B » dissuasif et crédible, Mélenchon se propose de négocier à Bruxelles sans rapport de force, ce qui est peut-être pire que tout (voir Tsipras en Grèce). D’autre part, avec lui, la gauche radicale officielle laisse définitivement le « Frexit » au bénéfice des souverainistes de droite.(...)


              • Le421 Le421 7 septembre 13:38

                Et après ?

                La France qui vote est indécrottablement à droite.

                Normal.

                La France qui vote a quelque chose à perdre.

                Ceux qui auraient intérêt à voter pour combattre leurs oppresseurs restent sagement à la maison devant BFMTV , en bouffant du Nutella.

                Alors, cette France là, si elle est dans la merde, je pense que je vais garder mes convictions mais aussi renoncer définitivement à l’en sortir

                Un petit coup d’extrême droite, ça serait la droite avec encore plus de conneries à la clé.

                Ce peut-être rigolo pour ceux qui sont planqués...

                On comptera les points.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès