Nette progression des attentes de décentralisation
Réalisée en septembre à la demande de Régions et Peuples Solidaires et publiée le 19 octobre, une enquête Ifop montre que, plus de 10 ans après le redécoupage territorial administratif de notre pays – il est entré en vigueur le 1er janvier 2016 –, les attentes de décentralisation et de reconnaissance culturelle ont nettement progressé dans les régions françaises à forte identité…
Régions et Peuples Solidaires (R&PS) n’est pas une association mais un parti politique fédéral fondé en 1994 qui regroupe des partis régionalistes et autonomistes implantés dans des terroirs à forte identité : Alsace, Bretagne, Catalogne, Corse, Moselle, Occitanie, Pays basque et Savoie. Son objet : faire évoluer l’organisation territoriale de notre pays vers un modèle décentralisé dans lequel les régions disposeraient d’une plus grande autonomie en matière de gestion et de promotion de la diversité culturelle et linguistique.
L’influence politique des partis membres de R&PS reste à ce jour très marginale. Seuls 4 députés et 1 sénateur siègent en effet sous cette bannière, de même que 29 conseillers régionaux et quelques dizaines d’élus municipaux. L’enquête réalisée par l’Ifop* à la demande de R&PS en amont de son Université d’automne (Colmar, du 22 au 25 octobre), n’en est pas moins riche d’enseignements sociologiques et politiques à quelques mois de l’élection présidentielle et des législatives qui devraient suivre.
Il en ressort que les trois-quarts des Français sont demandeurs d’une reconnaissance des spécificités régionales, et par conséquent d’un statut plus décentralisé. Ce que confirme François Kraus, directeur du pôle « Politique / Actualités » de l’Ifop : « La demande de pouvoir local est massive [et] transpartisane ». Un phénomène « boosté par une dynamique de rejet de l’État central » qui n’a fait que s’amplifier au fil du temps. En résumé, c’est une aspiration marquée à une véritable « décentralisation » qui est exprimée dans l’opinion.
François Alfonsi, président de Régions et Peuples solidaires, ne dit pas autre chose, si ce n’est pour pointer du doigt les blocages induits par les « intégristes constitutionnalistes » et réclamer, pour l’ensemble des régions en quête d’une autonomie de gestion liée à leurs spécificités, une accélération du processus de décentralisation : « Il est plus que temps pour la France de sortir de sa posture jacobine, pour faire droit aux revendications démocratiques issues de la diversité de ses territoires. »
De fait, l’enquête montre que 74 % des Français « [souhaitent] qu’à l’avenir, les pouvoirs de décision se situent dans les régions ». Ils n’étaient que 46 % en 2002 à soutenir la demande d’un processus accru de décentralisation. Une majorité de nos compatriotes va même plus loin : 58% des Français sont en effet favorables à ce que « le système politique français évolue vers un fédéralisme où chaque région pourrait adopter ses propres lois et ses propres normes dans certains domaines ».
Malgré cette nette évolution des esprits, il n’est pas évident que cela puisse être peu ou prou concrétisé dans les années à venir. À cet égard, l’exemple de la Corse est édifiant : en dépit des contraintes liées à l’insularité qui pénalisent les habitants, et d’un soutien de 62 % des Français au projet de loi portant sur l’autonomie de cette région, les sénateurs ont, par 181 voix contre 134, largement rejeté ce texte dans la soirée du 26 octobre et, de ce fait, enterré le « processus de Beauvau ». Au risque de ranimer les tensions sur l’île.
Reste l’avenir de la Nouvelle-Calédonie à propos duquel nos compatriotes ont également été questionnés. Là aussi, la réponse est claire : 69 % des Français « ayant une opinion sur le sujet approuvent l’objectif de ¨poursuivre la trajectoire de décolonisation de la Nouvelle-Calédonie¨. » Rappelons que les accords « Élysée-Oudinot » signés en janvier 2026 ont été rejetés par les membres du FNLKS malgré les avancées en matière d’autonomie. Leur objectif reste l’indépendance pleine et entière de la « Kanaky ».
À noter que les questions portant sur la Nouvelle-Calédonie ont mis en évidence un très net clivage entre les réponses venant de la gauche (favorables) et de la droite-extrême-droite (défavorables). Un clivage différent de celui qui prévaut pour la Corse où les réponses positives sont majoritairement venues des extrêmes tandis que les sondés du bloc central étaient plutôt dans l’opposition à l’autonomie de l’île. Pour ce qui est des autres régions, les réponses ont, dans l’ensemble, été globalement consensuelles et transpartisanes.
Toutes les questions et réponses concernant cette enquête sont à retrouver dans ce document : Les Français face aux enjeux de régionalisme et de décentralisation.
* Étude Ifop pour Régions et Peuples Solidaires réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 25 au 30 septembre 2026 auprès d'un échantillon de 9 689 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, complétée par une enquête réalisée par téléphone du 28 septembre au 3 octobre 2026 auprès d'un échantillon de 516 personnes représentatif de la population corse âgée de 18 ans et plus.
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