• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Notre avenir dépend-il de la technique ?

Notre avenir dépend-il de la technique ?

Bien que le sujet ait été donné cette année, ce travail n'est pas un modèle de copie de Terminale à l'épreuve de Philosophie du Baccalauréat, mais plutôt une synthèse d'un travail de recherche et de notes de lecture. Les références à tel ou tel penseur (Aristote, Heidegger, Marcuse, Habermas, Jonas...) ne sont pas "incontournables".

Selon le Dictionnaire philosophique Lalande, la technique est l'ensemble des procédés bien définis et transmissibles, destinés à produire certains résultats jugés utiles.

Avec le langage articulé, la science et l'art, la technique caractérise le monde humain, le monde de la culture et le distingue du monde de la nature. 

"Notre avenir dépend-il de la technique ?" La présence de l'adjectif possessif "notre" suppose que l'avenir a une dimension collective et pas seulement individuelle. 

Les stoïciens distinguaient entre "ce qui dépend de nous" et "ce qui ne dépend pas de nous". Mon avenir dépend en partie de moi, de mes choix, de ma liberté, mais l'avenir collectif - notre avenir - n'en dépend que dans une moindre mesure.

L'adjectif possessif "notre" pointe vers une dimension collective de l'avenir et de la technique. Mais dans quelle mesure notre avenir dépend-il de la technique ? Une telle dépendance est-elle inéluctable ? 

Dans L'Aventure, L'Ennui, le Sérieux, Vladimir Jankélévitch distingue le futur de l'avenir. L'un, ce qui sera, est abstrait, objectif, certain, indépendant de la conscience du sujet. Quoi qu'il arrive, il y aura un futur en vertu de l'irréversibilité du temps. C'est cette progression temporelle que Jankélévitch nomme futurition. Par contre l'avenir, ce qui adviendra, sera ce que l'on en aura fait. Il est concret, subjectif, incertain car dépendant de moi et du geste inaugural que je pose. Il est l'espace de la destinée que j'assume.

Se demander si "notre avenir dépend de la technique", c'est en même temps se demander si nous disposons d'un espace de liberté pour échapper à notre dépendance à la technique.

Notre avenir a toujours dépendu et dépend de la technique, ainsi que notre présent et notre passé, puisqu'en tant qu'êtres humains, nous n'avons pas d'essence prédéfinie, mais la possibilité de créer sans cesse un monde humain qui se caractérise essentiellement par la plasticité.

Comme le fait dire Pic de la Mirandole au Créateur dans le Discours sur la dignité de l'homme (1494) : "la nature définie (des animaux) est tenue en bride par des lois que nous avons prescrites : toi, aucune restriction ne te bride, c'est ton propre jugement, auquel je t'ai confié, qui te permettra de définir ta nature."

La question relève également de l'éthique, elle est axiologique : est-ce une bonne chose que notre avenir dépende de la technique ? La dépendance de notre avenir à la technique est-elle neutre, positive ou négative ? Devons-nous nous abandonner à des forces qui nous dépassent ou bien poser des limites à la technique. Mais quelles limites ? Et qui doit les poser ? Et dans quelle mesure poser des limites est-il désirable, est-ce seulement possible ? La question porte sur la notion de liberté : sommes-nous libres de faire en sorte que notre avenir ne dépende pas ou moins ou autrement de la technique ?

"Dépendre de" signifie être subordonné à, devoir son existence à... L'enfant dépend jusqu'à un âge avancé de ses parents pour sa nourriture, son logement, sa santé, etc. Dans une société organisée selon la division du travail, nous dépendons les uns des autres. 

"Notre avenir dépend-il de la technique ?" La question signifie-t-elle que la technique est indispensable à notre existence, que sans elle nous n'aurions pas d'avenir ou que notre avenir serait plus ou moins compromis, selon que la technique serait plus ou moins dévelopée ? ou bien signifie-t-elle que la développement des sciences et des techniques, indissociables les unes des autres pourraient éventuellement compromettre ou du moins infléchir de façon néfaste notre avenir commun ?

Technique et développement humain :

D'un point de vue historique, on peut dire, rétrospectivement que l'avenir des civilisations a largement dépendu de l'évolution des techniques. Le passage de l'âge de pierre à l'âge de bronze par exemple. La maîtrise du feu a été un "progrès" essentiel dans l'histoire de l'humanité ; le développement de l'agriculture et la maitrise des techniques telles que le sélection des semences ou la domestication des animaux a permis à l'humanité de passer de tribus nomades de chasseurs-cueilleurs à des sociétés sédentaires ; on lui doit notamment l'invention de l'écriture et du calcul, de la monnaie et du commerce. Les "sociétés premières" étudiées par Claude Lévi-Strauss ont, elles aussi, développé des techniques. Elles fabriquent des outils, des instruments de musique, etc.. D'un point de vue anthropologique, le développement humain et l'acquisition des techniques vont de pair. "Homo sapiens" accompagne "homo faber" sur la longue route de l'évolution.

On pourrait difficilement se passer de nos jours de téléphones portables, de machines à laver, d'automobiles, etc. L'environnement technologique nous est devenu "naturel". 

Le mot "technique" vient du grec "techné" : "disposition à produire accompagnée d'une règle vraie", selon Aristote. Les quatre causes (aïtiaï) pour Aristote pouvant rendre compte de l'existence d'un objet produit par l'homme, par exemple une coupe en argent sont la cause matérielle (la matière dans laquelle l'objet est fait), la cause formelle (la forme que l'orfèvre donne à la coupe), la cause finale (ce à quoi la coupe va servir) et la cause efficiente (le travail de l'orfèvre).

La technique est l'ensemble des règles permettant d'ordonner ces causes dans un art donné ; une règle technique nous explique comment travailler telle matière, quelle forme lui donner, comment adapter des moyens à une fin.

Les Grecs ne faisaient pas de différence entre l'artiste et l'artisan, cette distinction n'apparaît qu'à partir du XVIIIème siècle, au début de l'êre industrielle et ce n'est évidemment pas un hasard.

Pour Heidegger, la technique moderne, dans son "essence" est bien différente de ce que les Grecs entendaient par "techné" : l'ensemble des règles qui définissent les moyens à employer en vue de la réalisation d'une fin. Elle est un mode de pensée qui repose sur une modification profonde (ontologique) de la conception des rapports entre l'homme et la nature : l'homme ne pense plus qu'à gérer, à calculer, à prévoir. La "pensée calculante" veut dominer la nature en "l'arraisonnant", en la dépouillant de toute épaisseur qualitative et en la rendant transparente à la pensée mathématique.

Le danger de la technique ne réside pas seulement dans la bombe atomique ou un accident dans une centrale nucléaire, mais dans le fait que la technique est devenue l'unique mode de pensée de l'homme moderne.

La technique n'est plus un projet dont l'homme serait encore le maître, comme à la Renaissance et même jusqu'au XVIIème siècle lorsque Descartes formait, dans le Discours de la Méthode, le projet de "devenir maîtres et possesseurs de la nature", mais c'est bien plutôt l'homme qui s'est mis au service de la technique.

Devant ce danger, Heidegger s'est tourné vers les poètes et les artistes, ce qu'il nomme "l'autre pensée" afin de transformer la philosophie, prompte à se mettre au service de la technique (ne serait-ce qu'en refusant de considérer la technique comme un "problème philosophique"), en "pensée méditante".

Des penseurs, comme Marcuse, Habermas ou Jonas, insisteront sur d'autres aspects de la technique, notamment sa dimension politique, à travers la notion "d'aliénation".

"Mais où est le péril, là grandit

Lui aussi ce qui sauve." (Hölderlin)

Pour Herbert Marcuse, l’homme unidimensionnel de la société avancée a perdu sa puissance de négation, sa possibilité du grand refus. La société absorbe les oppositions et présente l’irrationnel comme étant rationnel. Il s’agit par conséquent de démasquer la fausse conscience unidimensionnelle qui voit dans la technique un inévitable destin de la productivité, de l’allègement du fardeau de la vie.

La "société industrielle avancée" crée des besoins illusoires (false needs) qui permettent d'intégrer les individus au système de production et de consommation par le truchement des mass media, de la publicité et de la morale.

La conséquence en est un univers de pensée et de comportement "unidimensionnel", au sein duquel l'esprit critique ou les comportements antisystémiques sont progressivement écartés

Pour Marcuse, "une des réalisations de la civilisation industrielle avancée est la régression de la liberté vers la non-liberté, efficace, lisse, raisonnable qui semble plonger ses racines dans le progrès technique même." (H. Marcuse, Le problème du changement social dans la société technologique)

Il préconise l'éclosion des désirs, la transformation de la sexualité en Eros, l'abolition du travail aliéné et l'avènement d'une science et d'une technique nouvelles, qui seront au service de l'être humain.

Marcuse est important pour les mouvements écologistes aujourd'hui, car il fut l'un des seuls à penser qu'une société non-répressive impliquait aussi un changement dans les techniques, là où Marx pensait qu'un changement dans les rapports de production était suffisant.

La technique et la science comme idéologie est consacré à une discussion de la thèse développée par Herbert Marcuse : "La puissance libératrice de la technologie – l’instrumentalisation des choses – se convertit en obstacle à la libération, elle tourne à l’instrumentalisation de l’homme."

Le positivisme est cette façon d’hypostasier la science au point d’en faire comme l’équivalent d’une nouvelle foi, donnant réponse à tout. Le technicisme aboutit en quelque sorte à faire fonctionner le savoir scientifique et plus encore la technique, qui en est l’application, en tant qu’idéologie et à en attendre des solutions pour la totalité des problèmes qui se posent à nous.

Ce système de représentations est d’autant plus convaincant qu’il n’est pas seulement un masquage idéologique de la réalité. Problèmes et solutions, les deux sont liés : cette double lutte est le combat mené contre les deux visages que montre le même adversaire, c’est-à-dire un certain modernisme, précisément "idéologique".

Habermas s'interroge plus particulièrement sur l'incidence de la science et de la technique sur le "monde social vécu" et la compatibilité entre technocratie et démocratie.

Il ne s’agit pas de proposer un volontarisme qui soit seulement l’inverse de la technocratie. La technique n’est pas un "tigre de papier", elle doit être éminemment prise au sérieux. 

"Le complexe scientifico-technique se politise en quelque sorte, au même titre que la politique se scientificise". Les investissements en matière stratégique ont là une importance décisive ; ce sont eux qui déterminent des priorités qui finissent par se répercuter sur l’ensemble du système. Aux États-Unis, on le sait, la Défense et l’Université travaillent en symbiose. Par ailleurs, les sociologues américains ont attiré l’attention sur l’existence d’un "complexe militaro-industriel". Aux Etats-Unis, le ministère de la Défense et la NASA. sont les deux plus importants commanditaires en matière de recherche scientifique…

A tel point qu’on a maintenant tout un complexe science-technique-industrie-armée-administration intégré, avec un processus de feed-back généralisé, que l’auteur compare à un système de vases communicants. C’est ainsi que science et technique deviennent la première force productive. Après quelques autres, J. Habermas en tire la conséquence que la théorie marxiste de la valeur travail devra faire l’objet d’une révision, car c’est le travail intellectuel "sophistiqué" qui est maintenant à la base effective de notre économie."

La technique et la science constituent désormais les forces productives les plus importantes des sociétés développées. Cette situation nouvelle pose le problème de leur relation avec la pratique sociale, telle qu’elle doit s’exercer dans un monde où l’information est elle-même un produit de la technique.

Habermas aborde du même coup l'une des plus grandes questions de notre temps : comment le consensus social que postule la démocratie peut-il s’opérer dans les sociétés industrielles avancées ? »

Le danger provenant de l'avenir

Chez Hans Jonas, la réflexion sur la technique prend un aspect plus "dramatique" et plus prophétique que chez Heidegger, Marcuse ou Habermas.

A l'opposé, aussi bien Luc Ferry que Michel Onfray, tout en reconnaissant la gravité des problèmes environnementaux, refusent aujourd'hui d'associer la question écologique et la notion de "peur", qui est, selon eux, un sentiment contraire à la raison.

Hans Jonas répondrait sans doute qu'on a raison d'avoir peur et que seule la peur, celle de la disparition de l'espèce humaine, peut nous inciter à réagir.

On a fait à Hans Jonas le même reproche qu'à Günther Anders, le penseur de l'ère atomique, le reproche d'exagérer. On peut effectivement parler dans les deux cas "d'exagération philosophique".

Un microscope ou un télescope "exagèrent" ce que nos yeux perçoivent. Sans l'aide d'un microscope, nos yeux sont incapables de voir les cellules qui composent notre corps et la surface des planètes sans l'aide d'un télescope.

Nous avons l'impression que Hans Jonas "exagère" parce qu'il nous montre ce que nous sommes incapables de voir, parce qu'il nous fait voir des choses qui pour nous n'existent pas car nous ne les voyons pas. 

Hans Jonas nous incite à prendre conscience de la fragilité de la nature, du "danger provenant de l'avenir" et de nos responsabilités vis-à-vis des générations futures. Il nomme cette prise de conscience "heuristique de la peur".

Note : L'heuristique (du grec ancien εὑρίσκω, eurisko, « je trouve », parfois orthographiée euristique, signifie « l'art d'inventer, de faire des découvertes ».

La nature, objet de la responsabilité humaine :

L'ouvrage de Hans Jonas, Le principe responsabilité, s'ouvre sur un commentaire du choeur d'Antigone de Sophocle dans lequel le dramaturge grec du Vème siècle avant J.-C. s'émerveille des "capacités humaines" et recommande la prudence :

Ce que Sophocle évoquait avec émerveillement, mais non sans un certain effroi : la domination de l'homme sur la nature, "la plus ancienne des divinités", s'est entièrement réalisé et dans des proportions inouïes que les Anciens ne pouvaient pas imaginer. Ce qui caractérise le citoyen grec, ce n'est pas le rapport à la nature, mais le rapport à la Cité, c'est vis-à-vis d'elle qu'il a des droits et des devoirs. La nature n'était pas un objet de la responsabilité humaine.

L'éthique, tel que nous la concevons ne tient pas compte de la question de la technique ; elle est adapté à un certain état de la civilisation. Essentiellement liée au présent et au "prochain", elle ne peut suffire à faire face aux nouveaux enjeux engendrés par la technique ; la technique moderne engendre des responsabilités nouvelles.

Le rapport entre l'homme et la nature a été entièrement inversé par la technique moderne. Ce n'est plus l'homme qui est "vulnérable", mais la nature ; cette configuration exige un renouvellement du savoir ; ce savoir doit être intégré dans l'éthique. Certes, dans l'Ethique d'Aristote, par exemple, l'intelligence se marie à la moralité, mais la moralité demeure dans un cadre "interhumain" et ne porte pas sur le "long terme".

Hans Jonas reproche à Kant d'avoir minimisé la dimension cognitive de l'éthique au profit de la volonté et de la loi morale (l'impératif catégorique).

L'éthique doit acquérir une dimension cognitive - nous n'avons pas le droit de refuser de savoir, par exemple au sujet du dérèglement climatique, des déchets nucléaires, de la déforestation, de l'utilisation des pesticides, de la condition animale dans l'industrie agro-alimentaire, des manipulations génétiques... Hans Jonas se pose la question de savoir si la nature a des droits, au même titre que l'homme. Il est étrange, bien qu'inévitable que cette question fasse scandale, au même titre que la question des "droits des animaux" ...

La morale traditionnelle est "anthropocentrique" et ne s'occupe pas des conséquences à long terme de l'agir humain. La sphère dont elle s'occupe est limitée, aussi bien dans l'espace que dans le temps.

Aucune éthique, aucune métaphysique passées ne sont à la hauteur de l'enjeu : la condition globale de la vie et de la survie de l'espèce.

La domination de la technique et L'obsolescence de la morale traditionnelle : 

Les distinctions traditionnelles entre nature et cité, nature et artifice sont dépassées ; l'environnement humain est devenu presque entièrement artificiel, y compris ce que l'on appelle "la nature" et la cité universelle une seconde nature.

La domination de la technique et les effets collectifs et à long terme de l'action humaine a frappé la morale kantienne d'obsolescence : "Agis de telle sorte que tu puisses vouloir que ta maxime devienne une loi universelle." (Emmanuel Kant, Fondement de la Métaphysique des moeurs). 

Hans Jonas propose de lui en substituer une autre : "Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la Permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre." 

L'éthique traditionnelle a pris en compte la dimension du futur, soit dans l'idée religieuse d'un accomplissement dans l'au-delà, soit dans l'idée d'une responsabilité des hommes politiques pour l'avenir, soit enfin dans l'utopie marxiste.

Mais aucune de ces visées ne correspond aux enjeux de la technique planétaire, parce que l'éthique nous enjoint de préserver la survie du monde, plutôt que d'assurer notre salut individuel, parce qu'il est désormais impossible, comme du temps de la Cité grecque de ne s'occuper que des hommes : la survie de l'Humanité est inséparable de celle de la biosphère et parce que la "solution" marxiste, le "développement des forces productives" est justement la cause du problème.

"La nature, sous l'influence de la technique est de moins en moins la grande puissance mythique sur laquelle l'homme n'a aucune prise et qui le renvoie inexorablement aux limites de son pouvoir. A partir du moment où le pouvoir technologique rend la nature elle-même manipulable et de plus en plus altérable à volonté, elle devient elle-même un être fragile et menacé, presque sans défense, à l'instar de n'importe quel être humain et donc objet de responsabilité."

"Notre avenir dépend-il de la technique ?". Contrairement au futur, l'avenir est la dimension de la liberté, de l'action sur le monde, sur les choses et sur les êtres. Nous pouvons quelque chose contre l'inéluctable, nous avons le choix de ne pas nous laisser porter par le courant, le "c'est ainsi", "on n'y peut rien", etc. nous avons un pouvoir personnel et collectif de refus et/ou de transformation même de façon infime.

 


Moyenne des avis sur cet article :  2/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

15 réactions à cet article    


  • Eric F Eric F 17 juillet 2025 15:38

    Belle démonstration de dissertation avec maintes références et citations.

    On peut aussi voir d’autres aspects :

    Est-ce que les anciens étaient moins dépendants de la technique que nous le sommes ? Ainsi le chasseur muni de lanceur de silex par rapport à celui qui chassait à mains nues, ou le cultivateur ayant un boeuf tirant son araire par rapport à celui qui grattait la terre avec un mauvais bâton ?

    La technique asservit-elle plus qu’elle ne libère ? Nos anciens peinaient chaque jour de l’année à tirer de leur lopin de quoi nourrir le foyer ; nous bossons cinq tiers de journées par semaine, quarante cinq semaines par an, la moitié de nos années, et sommes assistés par notre électroménager et accessoires pour nos activités domestiques, disposons de moyens de transports et communication, etc. Disons qu’on a bien plus de marge que naguère.

    A propos du choix évoqué en fin d’article, le problème du ’’nous’’ (’’Nous pouvons quelque chose contre l’inéluctable’’) est qu’il faudrait pour être efficace qu’il s’applique à tous -ou à un très grand nombre-, ce qui est assez incantatoire. 


    • Eric F Eric F 17 juillet 2025 15:44

      précision : ’’la moitié de nos années...’’ -> ’’la moitié de nos années

      de vie...’’


    • Mustik 17 juillet 2025 16:55

      Notre avenir dépend des ressources alimentaires...

      Comme le jour du dépassement se situe désormais en juillet, intuitivement ça donne une idée de l’urgence.

      Ceci posé on peut philosopher comme à l’épreuve du bachot pendant 4 pages..

      écologie, consumérisme etc etc...


      • Spartacus Lequidam Spartacus Lequidam 17 juillet 2025 17:43

        @Mustik
        Le « jour du dépassement » c’est surement la plus grosse imbécilité répétée et répétée chaque année.

        C’est a ces références qu’on dicerne les décallés Malthusiens et les conneries philosopho-sociologiques qui ont engendré l’ignorance du réel de l’économie et du bon sens.

        Attention en aout tu vas ouvrir ton frigo et y’aura plus de tomates. Le monde entier va mourrir de faim et la famine sera de retour. Ton jour sera dépassé. 


      • Mustik 18 juillet 2025 00:17

        @Spartacus Lequidam
        tu en sais des choses toi !
        Impressionnant.


      • mmbbb 18 juillet 2025 10:16

        @Mustik un peu de déférence pour ce grand scientifique !!! 


      • hans-de-lunéville 1 18 juillet 2025 10:26

        @mmbbb
        oui et il fait bien rire, surtout avec une faute par mot... smiley


      • perlseb 17 juillet 2025 19:35

        est-ce une bonne chose que notre avenir dépende de la technique ?

        Non, mais c’est la preuve que le monde est dirigé par des barbares, par des individus sans morale. Il y a eu de nombreux génocides sur Terre, et être en avance techniquement signifiait qu’on était le bourreau, le liquidateur. Mais si on avait des systèmes démocratiques généralisés (aucun homme de pouvoir, par nature sans aucune compassion ni morale), une peuplade qui découvre une nouvelle technique en ferait profiter immédiatement les autres et réciproquement. Pourquoi se faire la guerre si on n’a pas de chef pour la déclarer ? Comme les hommes sont manipulés comme des troupeaux (système pyramidal) et que la technique est une arme redoutable pour le chef du troupeau, alors le troupeau n’a pas la liberté de ne pas utiliser la technique (car le chef voisin risque de prendre le dessus en l’utilisant, ce que ne veut pas le chef local).

        la technique est devenue l’unique mode de pensée de l’homme moderne

        Dans un système autoritaire (pyramidal), forcément. Un système démocratique où la liberté serait sacrée n’imposerait rien à personne. On devrait pouvoir vivre avec beaucoup moins de matériel plus proche de la nature si on n’avait pas des impôts à payer à une structure qu’on ne choisit pas (elle même en lutte avec d’autres structures autoritaires).

        c’est le travail intellectuel « sophistiqué » qui est maintenant à la base effective de notre économie

        Avec l’avènement de l’IA, nous allons assister beaucoup plus rapidement à l’obsolescence économique de l’homme. Ce qui rend la technique (recherche en IA) encore plus capitale que l’homme et son travail (puisque la machine sera entièrement autonome).

        comment le consensus social que postule la démocratie peut-il s’opérer dans les sociétés industrielles avancées ?

        Il n’y a aucune démocratie à l’heure actuelle, donc strictement aucun consensus. La technique permettrait largement à chacun d’être logé et nourri décemment, mais sans grande pauvreté et le risque d’y tomber, difficile de soumettre les foules.

        La domination de la technique et L’obsolescence de la morale traditionnelle

        La technique est un outil, elle n’a pas de morale. C’est la tête de la pyramide (dans un système autoritaire) qui décide de la manière d’utiliser la technique. Si on veut exploiter au maximum le troupeau, il faut qu’il passe le moins de temps à s’occuper de lui-même (nourriture industrielle empoisonnée, pollution par gain de temps) pour travailler et enrichir au maximum ceux qui décident. Si des pauvres fabriquent des objets de luxe, ils peuvent manger des pesticides, mais dans une société démocratique, ils passeraient plus de temps à cultiver sans pesticide pour être en meilleure santé et ils ne produiraient aucun objet de luxe.

        la « solution » marxiste, le « développement des forces productives » est justement la cause du problème

        On pourrait tout aussi bien dire que le capitalisme (système pyramidal par essence) est également la cause du problème. Ce sont ceux qui possèdent tout qui décident des investissements futurs et de l’utilisation de la technique. La vraie solution, c’est une démocratie qui met la liberté (et la tolérance qui l’accompagne) bien avant la dictature de la majorité qu’il ne faut utiliser qu’en dernier recours.

        Vous n’avez pas parlé de l’IA et de ces répercussions sur l’homme. Mais soit l’homme deviendra totalement inutile économiquement et se transformera en imbécile, soit le troupeau sera abattu (pourquoi l’entretenir ?). Une autre possibilité serait de transformer l’homme en cyborg avec des implants (voir Neuralink), mais encore une fois, s’il faut avoir des capacités surhumaines pour exister économiquement demain, ce ne sera pas le choix du peuple, mais d’une minorité transhumaniste.


        • LeMerou 18 juillet 2025 07:45

          Bonjour, 

          Notre avenir dépend-il de la technique ?

          La question porte surtout sur l’avenir, qu’elle est la définition de l’avenir pour l’espèce humaine, comment le conçoit elle ? Comment cette dernière envisage son avenir est la véritable question qui fait sens.

          Son avenir sur la planète ? Ou son avenir entre elle ? 

          A l’évidence l’avenir ne dépend pas de la « technique », car bien d’autres espèces sont présentes sur terre et leur avenir, c’est à dire leur durabilité dans le temps est constante et n’est en rien relié à la « technique », elles vivent, elles sont. Certes cette constance peut être affectée par des évolutions terrestres majeures, ou hélas par la présence d’une autre espèce ayant tendance à faire tout disparaître.

          A mon sens seul son avenir sur la planète à un sens, car ou pourrions nous l’envisager ailleurs ? 

          La technique, n’est donc en rien nécessaire à l’avenir, je note que « L’évolution » humaine s’est faite au détriment de toutes les autres et de ce qui l’entoure, avec une accélération prodigieuse et n’ayant point de prédateurs pour limiter son expansion, elle a engendrer progressivement une destruction de la quasi totalité de ce qui l’entoure, oeuvre nommée ou qualifiée de « progrès » ou « évolution ».

          Bouleversant une sorte d’équilibre naturel établi depuis des millénaires. 

          Qu’est donc l’avenir de l’espèce humaine ? douée de raison paraît il.

          De la survie existentielle à son apparition, elle à lentement « évoluée » rendant le concept de « survie » anecdotique voir inexistant. Les impacts de Dame Nature et les autres espèces présentes n’influant plus beaucoup.
          L’espèce en quelque sorte s’était « stabilisée » arrivant à vivre et non plus survivre. Faisant presque communion avec ce qui l’entoure, s’adaptant tout de même comme toutes les autres pour exister ou ne pas disparaître. La conscience de n’être peu chose par rapport à la planète faisait sens.

          Seulement voilà, l’espèce humaine à l’instar de toutes les autres, est mue par un comportement dont je ne m’explique pas les fondements. Elle est animée d’un concept fou de « domination », son « avenir semble être lié à un concept du »toujours plus !« et dans bien des domaines, ne se satisfaisant jamais de ce qu’elle possède, de sa vie, de ses conditions de vie.


          Bref, depuis quelques temps, apparaît une peur viscérale, liée tout d’abord à une perte de »confort« et à sa possible disparition. L’espèce dominante prenant un peu conscience de sa faiblesse face à ce qui l’entoure, face à la planète.

          J’ai repris cette phrase de votre article, que je trouve pleine de bon sens.

           »la technique est l’ensemble des procédés bien définis et transmissibles, destinés à produire certains résultats jugés utiles« 

           »Utile« est sans doute le mot le plus important, Force est de constater qu’aujourd’hui bon nombre d’évolutions, de progrès »techniques« ne sont pas tous fondamentalement utiles à la vie de l’espèce humaine sur la planète.

          Ensuite, l’espèce quasi toute entière semble être dans le déni complet de sa faiblesse, se réfugiant pour se rassurer au vu des »progrès accomplis« que la »technique« viendra à son secours.
          L’espèce malgré tout son »savoir« ayant gonflé son ego bien au delà du raisonnable ne se rend pas compte que sur l’échelle de temps planétaire, elle n’est rien, qu’un infime maillon, que des forces nous dépassent largement, pouvant la faire disparaître, sans qu’elle ne puisse les contrecarrer.

          Elle pense pouvoir poursuivre sa présence en dominant une fois de plus ce qu’il reste de la »Nature« et ses millions d’années d’évolution grâce à sa »technologie« .

          Faisant naître alors des idées complètement folles.

          Pour ma part je dirais que la »technique« pourra préserver la vie d’une partie mais pour combien de temps ?

          Regardant par la porte fenêtre de ma cuisine des fourmis oeuvrer, présentes depuis 120 millions d’années environ et nous depuis seulement 3 millions d’année.

          J’en déduis modestement donc, que la »technique" n’en concoure en rien à l’avenir d’une espèce, certainement pas la notre.

          • mmbbb 18 juillet 2025 10:06

            @LeMerou  la technique et surtout la technique contemporaine qui découle de la science a permis à l homme de s adapter à son environnement ..


            L auteur omet une donnée essentielle , son exposé est documenté et fait appel à à de nombreuses références de philosophes mais il aurait dû noter l apport des sciences fondamentales .

            Ce sont les sciences fondamentales notamment depuis l essor de la Renaissance qui ont apporte les fondements de notre monde moderne .

            Un exemple citons Leibniz outre qu il fut philosophe , il fut un mathématicien ( calcul différentiel, calcul infinitésimal )  il accomplit déjà des travaux sur le calcul en base binaire , le socle de l informatique .

            et durant les siecles suivant l avènement de la médecine ( Galien etait encore enseigne ) la chimie , la physique ; les sciences dures  apportèrent évidement le fondement de notre monde moderne . Et ces sciences fondamentales sont récentes , Le microscope electronique ne date que des années 1943


            Et comment ne pas mettre en corrélation l explosion démographique récente et les sciences .dont la technique en est l application .

            Un exemple :la moralité infantile a baissé , ce sont les mesures hygiénistes et la médecine qui ont permis ce résultat .

            et la définition citée par l auteur parait surannée , Exemple le laser est désormais une technique largement utilisé , mais cette technique est issue de travaux fondamentaux en physique qui a valu le prix nobel à M Maiman .

            et la technique n est plus la transmission de méthodes empiriques ,

            Quant à l évolution de l homme, il faudrait s écarter du monde philosophique et citer l anthropologue , Jean Jacques Hublin , l homo sapiens s est tellement bien adapté qu il a conquis la terre mais en ne ne souciant peu de son environnement .

            et cet environnement n est pas son principal intérêt — Ferry et Onfray devraient rester  dans le domaine de la philosophie parce que l évolution de l espece humaine n est pas rationnelle . Onfray parle trop et Ferry aurait du dispenser ses cours au lieu de nous rebattre les oreilles avec sa philosophie !

            Et bien que nous ayons pu conquérir cette terre , notre cerveau est toujours reptilien , le rapport de force domine quels que soient les domaines et le missile nucléaire a remplacé le jet de pierre .

            Et un autre grand scientifique , prix Nobel , Francois Jacob , constatait que notre cerveau , c etait du bricolage évolutif . Un cortex certes évolué le plus évolué du regne animal englobant un cerveau limbique primaire .

            In fine , notre avenir dépendra de la technique puisque qu homo sapiens a su s adapter a l apport de la technique .

            et c est technique qui devrait permettre sa survie puisqu il aura à faire face à de nombreuses problématiques crées par son évolution trop rapide .

            Homo sapiens a crée de facto « l homme augmenté » par l outil .



          • Tolzan Tolzan 19 juillet 2025 09:28

            @mmbbb
            Merci pour votre contribution et j’ajouterai : enfin un commentaire pertinent, documenté et rédigé par une personne qui connaît l’Histoire des sciences et techniques. Il faut en effet expliquer que l’on ne peut RIEN comprendre aux XIXe et XXe siècles si l’on ne connaît pas l’histoire des sciences et techniques. Un simple exemple, parfaitement illustratif, est l’histoire des moteurs ! Eh oui : l’invention de la machine à vapeur change le destin de l’humanité… suivi par l’invention du moteur à combustion interne,…. puis du moteur électrique… puis du moteur à réaction… puis du moteur-fusée…. Et les moteurs (avec mille autres découvertes et inventions en médecine, biologie, chimie, physique, etc ... sans oublier les mathématiques) expliquent la domination (pour le meilleur et le pire) de l’Occident sur le monde…..


          • mmbbb 19 juillet 2025 10:47

            @Tolzan evidemment j acquiesce  et c est la que l exposé de l auteur est lacunaire .
            L agriculture , les famines etaient une menace lorsqu elle ne fut pas rationalisée . et elles etaent accompagnées d epidemie 

            etc ect 

            La technique fut le plus souvent empirique ( par exemple les releves au laser de certaines cathédrales ont démontre que le calcul des forces etait mal maitrise , arc boutant place a tort et fissure , la Cathedrale de Strasbourg , le soutenement renforce par les Allemands puisque la fleche exercait une pression sur le sol au fil du temps ).

            Plus pres de nous l aviation, les avions s éclataient en vol lorsqu il atteignaient le mur du son ; La loi des aires fut ensuite déterminee et le probleme resolu 
            idem pour les avions de ligne , la pressurisation etait mal comprise .
             
            Comme vous le soulignez la machine a vapeur a revolutionne le monde 

            C est l énergie et ses lois ( la thermodynamique )  qui a permis a l homme de s affranchir du travail laborieux .

            et l homme moderne est entoure de « robots esclaves » qui lui permet de vivre plus aisément .

            Les romains avaient des esclaves humains .

            bien a vous 

            PS j aurais pu mieux structurer ce commentaire  et en complément 

            et un des premier a avoir formaliser les mathématiques est Viète 16 siecle : et les mathématiques est l outil indispensable a la science , Ce que Ferry Luc ne semblait pas comprendre , 
            Selon lui « les mathématiques ne servent à rien au quotidien »  on pourrait aussi avancer qu Aristote ne sert a rien au quotidien.......

            on peut etre philosophe est avancer des conneries .


          • JulietFox 19 juillet 2025 11:09

            @Tolzan
            Alphons

            On peut aussi citer Beau de Rochas (1815/1893) a été l’inventeur du moteur à combustion interne, le fameux 4 temps.
            En 1857 il définit certains principes du moteur à réaction.

            On peut aussi poser la question : La guerre est elle facteur de progrès ?


          • Sylfaën.H. Sylfaën.H. 24 juillet 2025 13:09

            ... nous avons le choix de ne pas nous laisser porter par le courant,

            Ce « courant » a 3 voies, comme çà (pdf-3pages) ?


            • Sylfaën.H. Sylfaën.H. 24 juillet 2025 13:13

              ou en 2 fils :
               Le FRIK, La Valeur, La Junon, problème des millénaires ;
               Le sciento-militaro, directeur d’un technicisme chaosmotique .
              ou 3 pour certains religieux, par La Faute

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité




Palmarès



Publicité