Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox Mobile
  • Agoravox TV

Accueil du site > Actualités > Société > Empathie, conscience morale et psychopathie – le développement moral (...)

Empathie, conscience morale et psychopathie – le développement moral (partie 1/3)

« La raison est et ne doit qu’être l’esclave des passions ; elle ne peut jamais prétendre remplir un autre office que celui de les servir et de leur obéir » (David HUME, Dissertation sur les passions et traité de la nature humaine Livre II).

Ce qui fut réinterprété par certains en : « la raison est l’esclave des passions », prenant ainsi le contrepied de penseurs inspirés par René DESCARTES et son Discours de la méthode introduit par la célèbre citation : « Le bon sens (Nda : la raison) est la chose du monde la mieux partagée », ou de psychologues tels que Jean PIAGET ou Lawrence KOHLBERG, fortement influencé par la philosophie d’Emmanuel KANT, qui « considéraient que la raison est notre meilleur juge, bien meilleur que notre sensibilité qui décide selon nos goûts et nos préférences et qui peut amener à des conduites injustes »[1].

La question qui a animé les débats philosophiques et psychologiques depuis des siècles se pose alors en ces termes : la raison (le bon sens) était-elle maître ou esclave des passions (des émotions) ?

Si la croyance en la toute puissance de la raison, très bien représentée aujourd’hui par le mythe de l’homo œconomicus défendu par l’idéologie néolibérale, a gouverné nos politiques depuis l’avènement du Siècle des lumières jusqu’à nos jours, les récents travaux de psychologues, philosophes, économistes, etc., effectués sur la base des dernières découvertes en neuroscience, épigénétique, psychosomatique, etc., tendent à corriger ce dogme tant et si bien que le rapport de 2007 rédigé par le CERI[2] pour le compte de l’OCDE précise à cet effet que : « au centre du cerveau humain se trouve un ensemble de structures parfois appelé “cerveau émotionnel” : le système limbique. On sait aujourd’hui que nos émotions “sculptent” le tissu neural. »

En d’autres termes, et comme nous l’apprennent les recherches en psychologie morale contemporaine étayées en cela par les progrès des sciences modernes, « la raison n’est que l’attachée de presse des émotions »[3].

Or, pas de conscience[4] sans une raison juste.

Ce constat suppose qu’un raisonnement juste est directement proportionnel au degré de conscience d’un individu. Ce niveau de conscience, étroitement liée à la maturité émotionnelle de celui qui raisonne en raison du fait que les « émotions sculptent le tissu neural », est donc un bon indicateur de la justesse des décisions qu’un individu peut prendre dans les fonctions qu’ils occupent. Mais comment alors déterminer la maturité émotionnelle de quelqu’un afin de connaître ses capacités à prendre des décisions justes ?

C’est en fait assez simple et nous avons les outils pour cela, il suffit que nous puissions estimer correctement le degré d’empathie dont nous pouvons faire preuve faisons preuve dans nos interactions sociales, car, comme le démontrent toutes les études actuelles, l’empathie est le substrat sur lequel se développe la maturité émotionnelle.

Ainsi, sont indubitablement liées trois notions, empathie, maturité émotionnelle et conscience, qui déterminent notre capacité à raisonner.

Cette série d’articles propose une introduction à ces trois aspects importants de la personnalité en commençant par celui de la conscience.

Telle qu’ici comprise, la conscience implique notre capacité de jugement moral dont nous pressentons bien qu’il existe des divergences, car nul ne les ignore lorsque nous portons notre regard sur les situations de la vie quotidienne passées au filtre de nos croyances et interprétations puisqu’elles se manifestent par de nombreuses divergences d’opinions pouvant déboucher sur des conflits interindividuels ou intergroupes, etc.

Ses ‘divergences’ ont particulièrement été étudiées par Lawrence KOHLBERG dont les travaux ont abouti à une modélisation par différents niveaux de jugement moral selon une approche constructiviste. Malgré l’erreur qui lui est reprochée concernant l’importance qu’il accorde à la raison au détriment des passions, il n’en demeure pas moins que les stades du développement moral des individus, tel qu’il put les décrire, restent pertinents vis-à-vis du raisonnement moral. Mais…

 

Les stades du jugement moral chez Lawrence KOHLBERG :

Précisons tout d’abord que L. KOHLBERG, bien que relativement peu connu du grand public en France, est l'un des psychologues les plus fréquemment cités dans la littérature des sciences sociales contemporaines. Trente ans après ses travaux précurseurs, on estimait à 5 000 le nombre d'études effectuées dans la mouvance kohlbergienne dans des champs variés tels que : l'éducation, le monde médical, le marketing, la relation thérapeutique, la criminologie, la religion, la philosophie et la sociobiologie[5].

Ceci donne un aperçu de l'exceptionnelle répercussion de sa théorie et explique le choix de sa présentation.

Pour mesurer le niveau de développement moral parmi la population, Lawrence KOHLBERG a utilisé des dilemmes moraux dont le plus célèbre est le dilemme de HEINZ qui se résume ainsi : « La femme de Heinz est très malade. Elle peut mourir d’un instant à l’autre si elle
ne prend pas un médicament X. Celui-ci est hors de prix et Heinz ne peut le payer. Il se rend néanmoins chez le pharmacien et lui demande le médicament, ne fût-ce qu’à crédit. Le pharmacien refuse. Que devrait faire Heinz ? Laisser mourir sa femme ou voler le médicament ? »
[6]

En fonction de la structure du raisonnement ayant conduit à une réponse à ce problème, L. KOHLBERG distingua six stades du développement moral regroupés, par deux, en trois grands niveaux de progression[7] :

  • Le niveau I – préconventionnel – se caractérise par l'égocentrisme, c'est-à-dire que l'individu ne se soucie que de son intérêt propre, les règles lui sont extérieures et il ne les perçoit qu'à travers la punition et la récompense.
  • Au niveau II – conventionnel – l'altérité prend de l'importance. L'individu apprend à satisfaire des attentes, obéir à des lois, des règles générales.
  • Au niveau III – postconventionnel – l'individu fonde son jugement moral sur sa propre évaluation des valeurs morales. Il est prêt à enfreindre une loi s'il juge celle-ci mauvaise ou, à l'inverse, est prêt à condamner moralement certaines activités et à se les interdire alors même que la loi les autorise.

 

STADES

I

  1. Obéir pour éviter la punition

Age

2-6

L'individu adapte son comportement pour fuir les punitions. Les normes morales ne sont pas intégrées.

  1. Faire valoir son intérêt égocentrique

5-7

À ce stade, l'individu intègre les récompenses en plus des punitions. Il réfléchit

II

  1. Satisfaire aux attentes du milieu

7-12

L'individu intègre les règles du groupe restreint auquel il appartient. Sa principale interrogation est : que va-t-on penser de moi ?

  1. Répondre aux règles sociales

10-15

L'individu intègre les normes sociales. Il respecte les lois même si cela va contre son intérêt et qu'il sait pouvoir échapper à la sanction. On peut parler d'amour des lois ou de souci pour le bien commun.

III

  1. Principes du contrat social et droits à la Vie et à la Liberté

 

L'individu se sent engagé vis-à-vis de ses proches. Il se soucie de leur bien-être et agit pour concilier ses intérêts aux leurs.

  1. Principes éthiques universels de justice valables pour toute l’humanité.

 

Le jugement moral se fonde sur des valeurs morales à portée universelle et est adopté personnellement par le sujet à la suite d'une réflexion éthique (égalité des droits, courage, honnêteté, respect du consentement, non-violence, etc.). Ces valeurs morales que se donne le sujet priment sur le respect des lois. Ainsi, la personne est prête à défendre un jugement moral minoritaire. Elle est capable de juger bonne une action illicite ou au contraire de juger mauvaise une action licite.

Tableau 1 : Les différents stades de développement du jugement moral

Les recherches de L. KOHLBERG réparties sur plus de quarante ans ont permis d’établir certaines caractéristiques du développement moral qu’il convient également de relever [8] :

  1. La séquence de développement est invariable, même si des facteurs d’ordre socioculturels peuvent accélérer, stopper ou infléchir le mouvement.
  2. À chaque stade, il y a réorganisation de l’équipement cognitif, l’ancien s’avérant dépassé dans la relation au monde et à autrui ; le changement est qualifié de structurel et s’opère d’un point de vue qualitatif et non quantitatif, c’est-à-dire qu’il y a une restructuration des capacités cognitives du sujet en un nouveau mode d’expression plus adapté. Ceci implique que cette maturation soit irréversible (sauf accident ou maladie dégénérative).
  3. Une personne ayant acquis un stade supérieur est à même de comprendre les raisonnements des individus ayant atteint les stades inférieurs mais non l’inverse : l’échange des justifications morales peut faire progresser un individu d’un stade (+ 1), mais pas de deux. Cette capacité est dite intégrative, or nous avons déjà vu dans notre précédent article que nos capacités d’intégration dépendent en grande partie de notre niveau mental (à ne pas confondre avec une quelconque intelligence ou QI, cf. Tous traumatisés ? Comment sortir de l’emprise psychologique).
  4. Les personnes sont généralement cohérentes, c’est-à-dire qu’elles prennent la moitié de leurs décisions à un stade précis et un quart à chacun des stades adjacents.
  5. Il existe une certaine corrélation entre le jugement moral et le comportement moral à l’exception d’un certain type de personnalité comme nous le verrons plus bas.
  6. Un certain parallélisme a été mis en évidence entre la maturité morale et l’âge avec une période de développement accéléré se situant entre 11 et 16 ans. Cependant, même si en règle générale le développement logique précède le développement moral, cela ne signifie pas qu’un progrès dans la pensée logique entraine une progression du jugement moral. Il peut y avoir rupture ou discontinuité entre ces deux échelles de développement mental.
  7. La stagnation est possible. À titre d’exemple, la population adulte agit en général d’après des motivations correspondant au niveau conventionnel (troisième et quatrième stades) et un faible pourcentage parvient au stade postconventionnel[9].
  8. Le développement moral suit les mêmes étapes dans toutes les cultures. Il est transculturel.

Cependant, si le tableau 1 et les caractéristiques ci-dessus donnent un aperçu des différents stades du développement moral tel qu’envisagé par L. KOHLBERG, contrairement à ce qu’il pensait, et comme se sont attachés à le démontrer les recherches actuelles en psychologie sociale, « le raisonnement moral ne jouerait quasiment aucun rôle causal sur la détermination des jugements et comportements, mais viendrait en renfort de l’intuition pour maintenir une cohérence cognitive »[10].

Ce détail est d’une importance capitale, car cela suggère qu’une personne peut très bien avoir un raisonnement moral très développé tout en adoptant des comportements totalement immoraux et trouver à les justifier après coup.

C’est exactement ce que nous démontre les études sur les psychopathies que les neurosciences ont permis de mieux comprendre et qui reste une ‘énigme’ aux yeux de la majorité de la population, car en vertu de quel principe peut-on se faire l’apôtre d’une déontologie que l’on s’empresse de transgresser à la première occasion venue ?

Autrement dit, le niveau de raisonnement moral n’est nullement en adéquation avec la conscience morale comme cela fut sous-entendu par les travaux de L. KOHLBERG.

 

Psychopathie et jugement moral :

La psychopathie (dont fait partie la perversion narcissique)[11] se caractérise par un déficit émotionnel que le psychopathe compense par mimétisme en parvenant à exprimer des sentiments, verbalement ou physiquement, sans toutefois les ressentir comme le démontrent les scans cérébraux réalisés sur ce type d’individu.

Lorsque paru son premier ouvrage en 1994 (traduit en français sous le titre L’erreur de DESCARTES, la raison des émotions), Antonio DAMASIO ne se doutait pas un seul instant de l’accueil que le public et la communauté scientifique allaient réserver à son travail, car la question des émotions, en tant que sujet de recherche, était, nous explique-t-il, quelque peu tombée dans l’oubli (à l’exception de ‘rares’[12] cas comme celui de la psychanalyse de Sigmund FREUD).

Toute la thèse de L’erreur de DESCARTES tourne autour de ce constat : « lorsque l’émotion est laissée totalement à l’écart du raisonnement, comme cela arrive dans certains troubles neurologiques, la raison se fourvoie encore plus que lorsque l’émotion nous joue des mauvais tours dans le processus de prise de décision  »[13].

Les recherches d’A. DAMASIO ont débuté par un cas d’école dont l’histoire fut très largement documentée dans les revues et autres journaux de l’époque. Ce qui offrit à A. DAMASIO et son équipe un important matériel d’étude.

Phineas GAGE, chef d’équipe d’une compagnie spécialisée dans la construction des chemins de fer et respecté par ses pairs pour ses compétences, son habileté et son savoir-vivre, fut victime d’un terrible accident de chantier. À la suite d’une erreur de manipulation, il eut le crâne traversé de part en part par une barre de fer de 3 centimètres de diamètre, pesant six kilos et mesurant un mètre dix[14]. Contre toute attente, Phineas GAGE survécut à ses blessures. Cependant, le plus étonnant de ce dénouement, précise Antonio DAMASIO, va être dépassé de loin par l’extraordinaire changement de personnalité que cet homme connaîtra par la suite : « Son caractère, ses goûts et ses antipathies, ses rêves et ses ambitions, tout cela va changer. Le corps de GAGE sera bien vivant, mais c’est une nouvelle âme qui l’habitera »[15]. En d’autres termes, le comportement de Phineas GAGE changea radicalement : alors qu’il était jovial et pacifique, il devint irascible et violent à tel point que son employeur du s’en séparer.

Ce fut le premier cas connu de psychopathie acquise rigoureusement décrit par la médecine, mais ce n’est que plus d’un siècle et demi plus tard, sous l’impulsion de chercheurs tels qu’Antonio DAMASIO, que les neurosciences, aidées en cela par les formidables progrès techniques des instruments d’observation du cerveau humain, ont pu localiser les zones cérébrales atteintes à l’origine du changement de personnalité de GAGE et de son absence de moralité.

Par la suite, les études de patients ayant subi des dommages cérébraux (après un AVC, un accident ou une maladie neurologique, une tumeur, etc.), similaires à ceux de Phineas GAGE, ont confirmé que la dissociation de la personnalité, observée chez ce dernier, était un trait caractéristique[16] de cette pathologie.

Les bases d’un dysfonctionnement cérébral de la régulation des émotions furent ainsi jetées et la recherche s’orienta très rapidement, en l’espace de quelques décennies (les années 1990, c’était hier), vers l’élaboration de théories impliquant les émotions dans la conscience morale. Ces théories sont donc des antithèses à ce qui est encore couramment admis de nos jours dans le droit fil de la philosophie de DESCARTES ou de KANT.

C’est l’hypothèse des marqueurs somatiques[17] d’Antonio DAMASIO.

 

Émotions et conscience morale :

Après le dilemme de HEINZ qui servit à Lawrence KOHLBERG pour construire son schéma des différents stades du développement moral, les nouveaux philosophes de la morale et les psychologues sociaux, considérant que nos jugements moraux dépendent avant tout de nos émotions, ont à leur tour imaginé des dilemmes moraux faisant intervenir les sentiments dans la prise de décision. Compte tenu du développement de ce nouveau domaine d’investigation, les chercheurs lui ont même donné un nom dont l’homonymie ne manquera pas d’en inspirer certains puisqu’il s’agit de la ‘trolleyologie’. Non pas en référence à l’étude des trolls rencontrés de-ci de-là sur différents sites et forums Internet (quoique…), mais plus sérieusement parce que ce champ d’études est basé sur de multiples variantes du dilemme du tramway (trolley problem en anglais) ainsi posé : « Imaginez une situation – que j'appellerai “Homme obèse” – où vous êtes sur un pont sous lequel va passer un tramway hors de contrôle se dirigeant vers cinq ouvriers situés de l'autre côté du pont. Que faites-vous ? Étant un expert en tramways, vous savez qu'une manière sûre d'en arrêter un hors de contrôle est de placer un objet très lourd sur son chemin. Mais où en trouver un ? Au moment des événements, il y a un homme obèse, vraiment très obèse, à côté de vous sur le pont. Il est penché au-dessus du chemin pour regarder le tramway. Tout ce que vous avez à faire est de lui donner une petite poussée pour qu'il tombe sur les rails et bloque le tramway dans sa course. Devriez-vous poser ce geste ? »[18]

Dans une autre version où il ne faut qu’actionner un levier d’aiguillage pour sauver cinq personnes tout en sacrifiant une, une grande majorité d’interviewés jugent moral de rediriger le tramway, alors que dans la version de l’homme obèse, toutes les personnes interrogées ont refusé de pousser un être humain sur la voie ferrée pour en sauver cinq.

Les longs débats et études autour de ce paradoxe ont conduit Jonathan HAIDT, psychologue social à l’Université de New-York, à mettre en évidence quatre familles d'émotions morales impliquées dans la prise de décision :

Famille

Émotion

Déclencheur

Tendance à l’action

Émotions de souffrance d’autrui

Compassion / Empathie

Perception de la souffrance ou de la tristesse chez une autre personne

Aider, réconforter et diminuer la souffrance de l’autre

Émotions autoconscientes

Honte & Embarras

Dans les sociétés occidentales :

  • violation de normes morales (Honte)
  • violation de conventions sociales (Embarras)

Dans les sociétés orientales :

  • pas de différence entre honte et embarras. Les deux correspondent à la violation d’un standard culturel de comportement devant autrui.

Réduire sa présence sociale : se cacher, fuir, disparaître, faire des mouvements, avoir du mal à parler, rougir… La honte peut également conduire au suicide.

Sentiment de culpabilité

Violation de règles morales causant du tort à autrui.

Réparation du tort commis, aide à une personne en détresse, actions prosociales, excuses, confessions.

Émotions de condamnation d’autrui

Indignation

Injustice

Vengeance, demande de réparation, de compensation

Dégout socio-moral

Perception d’individus se rabaissant à une sous-classe (ex : les intouchables dans la société indienne).

Évitement du contact avec l’objet du dégoût (souvent associé à une volonté de se purifie, de se laver…)

Condamnation des gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font, ostracisme, exclusion.

Mépris

Sentiment de supériorité morale par rapport à autrui.

Moquerie, irrespect.

Émotions de louange d’autrui

Gratitude

Perception qu’un autre individu a réalisé quelque chose de positif pour soi-même, intentionnellement et volontairement.

Amitié à l’égard du bienfaiteur, tendance à exprimer ses remerciements et à « retourner l’ascenseur ».

Respect et Admiration

Beauté morale, acte de charité, bonté, loyauté, sacrifice de soi…

Chaleur et affection envers la personne à l’origine de l’émotion. Désir de devenir soi-même une personne meilleure et de suivre l’exemple moral.

Tableau 2 : Caractéristiques des principales émotions morales appartenant aux quatre grandes familles.

Ainsi, contrairement à la direction prise par Lawrence KOHLBERG et ses partisans, d’autres chercheurs ont pu développer différents modèles représentatifs du jugement moral basés, non plus sur la raison, mais sur l’importance des émotions ressenties avant l’acte de juger et la tendance à l’action qu’elles entrainent.

Toutefois, si ces modèles sont présentés en opposition les uns aux autres, une troisième voie s’est également dessinée qui associe les émotions et la raison. C’est le parti-pris développé par les théories basées sur l’empathie, comprise dans ce cas non pas comme une émotion ou un sentiment, mais comme un système interactif permettant le décryptage de toute la palette des états affectifs que nous pouvons exprimer tout au long de notre processus de développement.

 

Conclusion :

Si les diverses approches telles que succinctement présentées ci-dessus peuvent paraître antagonistes, ce qu’elles démontrent avant tout, c’est que le jugement moral n’est pas équitablement réparti entre tous les individus d’une société donnée. Pire encore, des personnes possédant un raisonnement hautement moral, et donc jugées par des tiers comme très ‘fiables’, peuvent très bien se comporter de manière totalement inique et malhonnête. Nous en rencontrons des cas de plus en plus nombreux dans les infos quotidiennes qui révèlent la couardise de nombreuses personnes ayant occupé des postes à hautes responsabilités.

Ainsi, et contrairement à ce qu’avaient affirmé de nombreux philosophes ayant toujours pignon sur rue et à leur suite de nombreux psychologues, l’hypothèse des marqueurs somatiques d’Antonio DAMASIO suppose que les émotions participent à la raison et qu’elles peuvent assister le processus du raisonnement au lieu de l’entraver.

Les nier reviendrait donc, selon les intéressants travaux d’Antonio DAMASIO, à « se fourvoyer encore plus que lorsque l’émotion nous joue des mauvais tours dans le processus de prise de décision ».

Ceci implique que l’évolution de notre système de raisonnement complexe n’a pu se faire que parce qu’il est une extension du système émotionnel automatique comme le démontrent les données issues de l’imagerie cérébrale mettant en évidence les connexions neurales entre les zones du cerveau subcortical et le néocortex. Dans cette optique, nous pouvons comprendre que la participation indispensable de l’émotion au processus de raisonnement, qui peut être bénéfique ou néfaste, dépend tout autant des circonstances dans lesquelles la décision est prise que du vécu de celui qui décide.

En pratique, cela signifie que l’honnêteté d’un interlocuteur qui nous vend les mérites d’une idéologie à laquelle nous sommes sensés adhérer n’est pas fonction des qualités morales qu’il semble afficher, de son instruction ou de son élocution, mais possède un lien direct avec ce que l’on nomme « l’intelligence émotionnelle »[19] qui peut être parfaitement imitée en toute « fausse innocence »[20] comme nous le révèle l’étude des psychopathies.

Cette « fausse innocence » est caractéristique d’une ‘dissociation’ entre ce que les psychotraumatologues nomment la partie apparemment normale (PAN) et la partie émotionnelle (PE) de la personnalité et a le don de susciter une indignation quasi unanime lorsque nous la constatons chez nos dirigeants, comme ce fut le cas dans l’affaire de notre ex-sinistre du budget sous l’actuel gouvernement (auquel nous pourrions rajouter certains ex-sinistres du précédent gouvernement qui occupaient, soit les mêmes fonctions, soit des postes clefs comme le ministère de l’Intérieur par exemple), mais paradoxalement, cette « fausse innocence » est niée par une large majorité d’entre nous lorsqu’elle est dénoncée chez tout autre individu. Comme si l’exigence de probité ne devait être satisfaite que par les gens que nous nommons au pouvoir au travers du processus d’élection. C’est à croire qu’un bulletin de vote a acquis l’étrange pouvoir de transférer notre capacité de discernement sur les épaules de l’élu que nous avons désigné.

Par ailleurs, et selon la thèse défendue par certains philosophes étayant leur réflexion sur les recherches contemporaines en psychologie sociale, tout le mal que notre société peut produire n’a que pour seule origine « l’absence à soi »[21] qui caractérise bon nombre de nos édiles. Développer notre présence à soi (ou conscience de soi) constituerait donc un ‘remède’ aux émissions toxiques diffusées dans notre société par la ‘novlangue’ de ceux qui nous gouvernent et qui prêchent des règles, des normes ou des évaluations dont ils estiment être absous.

A suivre…

 

Philippe VERGNES


[1] Gayannée KÉDIA, La morale et les émotions, Revue électronique de Psychologie Sociale, 2009, No. 4, pp. 47-53, consultable à l’adresse suivante : http://RePS.psychologie-sociale.org/.

[2] CERI – Centre pour la Recherche et l’Innovation dans l’Enseignement – & OCDE, Comprendre le cerveau : la naissance d’une science de l’apprentissage, 2007, p. 14.

[3] Selon une expression citée par Normand BAILLARGEON, professeur en science de l’éducation, Introduction à l’éthique – Science et éthique 4/5.

[4] Les recherches scientifiques actuelles sur l’origine de la conscience et sa localisation distinguent plusieurs types de conscience (de soi, d’objet ou morale), mais qu’une seule de ces consciences soit déficiente et c’est l’ensemble de la personnalité qui se trouve altérée. Bien que cet article ne traite que de la conscience morale et de son développement, il est important de souligner que toutes les consciences sont inexorablement liées entre elles et qu’un faible niveau de l’une indique également que les autres sont peu développées. Cependant, et jusqu’à très récemment, le niveau de développement moral des individus n’a que peu intéressé les psychologues qui de ce fait se sont privés d’un élément important permettant une meilleure compréhension de la personnalité et de ses troubles, car l’homme n’est qu’un tout dans son environnement et le jugement moral, fluctuant par rapport au développement moral d’un individu, est une composante cruciale de la vie en société.

[5] D’après Laurent BÈGUE, De la « cognition morale » à l'étude des stratégies du positionnement moral : aperçu théorique et controverses actuelles en psychologie morale. In : L'année psychologique, 1998 vol. 98, n°2, pp. 296-297.

[7] D’après une synthèse de l’article de Claudine LELEUX, Théorie du développement moral de Lawrence KOHLBERG et ses critiques (GILLIGAN et HABERMAS) dans Jean-Marc FERRY et Boris LIBOIS (dir.), Pour une éducation postnationale. Bruxelles, 2003, et l’article de Wikipédia.

[8] Ibidem.

[9] Selon des études statistiques citées par Antonio DAMASIO dans son livre L’erreur de DESCARTES, p. 74 : « Des études ont montrés qu’à l’âge de 36 ans, quatre-vingt-neuf pour cent des Américains de sexe masculin atteignent le stade conventionnel de jugement moral et onze pour cent le stade postconventionnel ».

[10] Gayannée KÉDIA, La morale et les émotions, Revue électronique de Psychologie Sociale, 2009, No. 4, pp. 47-53, disponible à l’adresse suivante : http://RePS.psychologie-sociale.org/. Pour approfondir ce sujet, voir également le concept de « dissonance cognitive » de Léon FESTINGER présenté dans l’article Le ‘pouvoir’, les ‘crises’, la communication paradoxale et l’effort pour rendre l’autre fou.

[12] L’adjectif ‘rare’ peut paraître inapproprié pour un public français qui sait que la psychanalyse exerce en France une hégémonie à nulle autre pareil dans les sciences de l’esprit. N’oublions cependant pas que cette discipline est tout simplement anecdotique dans des pays comme les Etats-Unis ou le Canada actuellement leader dans la recherche en psychologie.

[13] Antonio DAMASIO, L’erreur de DESCARTES – La raison des émotions, p. IV.

[14] Le crâne de Phineas GAGE et la barre à mine qui l’a traversé sont conservés au Warren Anatomical Museum de l'université de Harvard. C’est à partir de la reconstitution 3D de sa trajectoire par ordinateur qu’Antonio DAMASIO et son épouse ont commencé à étudier les zones cérébrales impliquées dans le jugement moral.

[15] Ibidem, p. 23. La description de cet accident et de ses suites occupe tout le premier chapitre du livre d’Antonio DAMASIO.

[16] Remarque importante : j’ai longuement développé le concept de dissociation dans le précédent article Tous traumatisés ? Comment sortir de l’emprise psychologique, mais il ne faut pas confondre la dissociation dont souffre les victimes de psychopathe primaire (ou pervers narcissique) avec la dissociation qui caractérise ces derniers. Il existe une gradation dans cette dissociation qui au-delà d’un certain seuil ne semble plus réversible en l’état actuel de nos connaissances et dont les limites sont sans cesse repoussées. C’est la raison pour laquelle il m’est apparu nécessaire d’apporter des précisions à cet exposé qui ne sont malheureusement consultables que sur mon blog : Quelle prise en charge pour les victimes de violences psychologiques ?

[17] Description : « L'hypothèse des « marqueurs somatiques » d'Antonio DAMASIO est le fondement de toutes les théories des émotions en neurosciences. Tout part du constat expérimental que deux mécanismes (agissant seuls ou de manière combinée) sont à l'œuvre dans une prise de décision : la voie de la raison, qui utilise les connaissances et la logique, et un mécanisme par lequel l'émotion rétrécit le champ de la décision, simplifiant la tâche de la raison. Le souvenir des émotions passées, réactivé par un circuit neuronal qui prend en compte les modifications corporelles liées à l'émotion, va ainsi influencer – marquer – la décision finale en attirant l'attention sur les conséquences à venir ou en interférant avec la raison. Ces marqueurs sont issus de notre mémoire émotionnelle, qui crée peu à peu des catégories (joie, deuil ...) reliant l'image d'objets ou d'événements avec des états corporels (somatiques) plaisants ou déplaisants. Le rappel des informations contenues dans ces marqueurs peut être conscient ou inconscient ».

Remarque : La mémoire émotionnelle telle qu’ici mentionnée est également aussi connu en France grâce aux recherche du Dr Muriel SALMONA sur la mémoire traumatique présentée dans l’article Perversion narcissique et traumatisme psychique : l’approche biologisante.

[18] Ce dilemme fut posé par la philosophe Judith Jarvis THOMSON dans un article intitulé « Trolley problem » paru au Yale Law Journal, vol. 94, 1985.

[19] Cf. Daniel GOLEMAN, L’intelligence émotionnelle : comment transformer ses émotions en intelligence.

[20] Concept défini par P.-C. RACAMIER dans sa théorie de la perversion narcissique et dont la définition est la suivante : « Désigne une apparence singulière d’innocence, offerte par certaines personnalités à narcissisme pervers, qui parviennent à présenter des clivages internes sans en rien laisser paraître et sans aucunement en souffrir, les faisant “co-agir” et “calfater” par l’entourage. Cette innocence est particulièrement trompeuse et redoutable ; elle signale l’organisation caractérielle d’une perversion narcissique le plus souvent inamovible ; l’air de tranquillité résulte de la triple “impasse” effectuée aux dépens d’autrui par le moi de la fausse innocente : impasse sur son surmoi (la considération pour autrui est privée d’importance) ; impasse sur le clivage (dont le calfatage est assuré à grand frais par les soins d’autrui, qui, lui, ne s’y retrouve plus) ; impasse enfin sur le deuil des illusions narcissiques (la personne étant fermement persuadée d’incarner la petite merveille imaginée par sa mère). Ainsi se réalise pleinement les conditions requises par la perversion narcissique », in Cortège conceptuel, pp. 47-48.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

54 réactions à cet article    


  • Xtf17 Xtf17 26 décembre 2013 11:21

    Excellent article, vivement la suite !
    Aborderez-vous justement la suite des travaux de Damasio « Spinoza avait raison » ?
    Merci et bonnes fêtes.


    • Philippe VERGNES 26 décembre 2013 18:54

      Bonsoir Xtf17,

      Merci pour votre commentaire et votre appréciation.

      Je n’ai rédigé qu’un tiers du prochain article et j’ignore comment je vais l’aborder. Compte tenu de son thème (la maturité émotionnelle), des références aux travaux d’A. DAMASIO me paraissent encore indispensables, mais il y a bien d’autres auteurs desquels je pourrais m’inspirer et comme d’ordinaire, lorsque j’écris un article je déroule le fil d’une idée comme elle me vient sur le moment, je ne sais pas encore ce que cela va donner, car pour l’heure, je suis en mode pause. Mais j’espère ne pas vous faire trop attendre pour la suite ni même vous décevoir parce que sur le coup et avec les quelques commentaires des autres intervenants, j’ai un peu la pression. smiley

      Bonnes fêtes également !


    • César Castique César Castique 26 décembre 2013 11:52

      « Ces valeurs morales que se donne le sujet priment sur le respect des lois. Ainsi, la personne est prête à défendre un jugement moral minoritaire. Elle est capable de juger bonne une action illicite ou au contraire de juger mauvaise une action licite. »


      Voilà qui me fait penser à ces pédophiles affirmant aimer les enfants d’amour, et leur donner du plaisir en leur permettre d’avoir une sexualité épanouie qu’ils seraient bien incapables d’atteindre par eux-mêmes. 

      Et à Al Capone aussi, se plaignant du harcèlement policier qu’il subissait au motif qu’il consacrait sa vie à procurer de l’agrément à ses contemporains. Et à Rousseau encore, le gommeux mettant ses cinq rejetons aux Enfants-Trouvés « pour les soustraire à l’influence mauvaise de sa belle-famille » ! Qu’est-ce qu’elle te dit, Zazie ?

      Bref, voilà qui nous signifie clairement que l’homme n’est pas un être de Raison, mais de raisons, celles qu’il se donne pour justifier ses faiblesses, ses manquements, ses égarements, ses lâchetés, ses méfaits et, le cas échéant, ses crimes.


      • Philippe VERGNES 26 décembre 2013 19:02

        Bonsoir César Castique, smiley

        Oui !

        Toutefois, attention à ne pas confondre les individus qui en imitent d’autres en développant un haut degré de raisonnement moral tout en manifestant une absence de conscience morale.

        C’est toute la difficulté que nous rencontrons lorsque nous avons à faire à des cas de psychopathie tels que vous les évoquez.

        Quoi qu’il en soit, merci pour votre intervention.


      • Morpheus Morpheus 26 décembre 2013 12:38

        [Ce détail est d’une importance capitale, car cela suggère qu’une personne peut très bien avoir un raisonnement moral très développé tout en adoptant des comportements totalement immoraux et trouver à les justifier après coup.]

        Pas très loin de ce que disait Sénèque  : « La raison veut décider ce qui est juste ; la colère veut qu’on trouve juste ce qu’elle a décidé. »

        Sinon, comme d’habitude, article très intéressant, merci Philippe.

        Est-ce que tu aurais un (ou des) lien(s) vers un modèle de test de Kohlberg ?

        Morpheus


        • Philippe VERGNES 26 décembre 2013 19:29

          Bonsoir Morpheus,

          Malheureusement non, si ce n’est celui-ci qui ne propose qu’un aperçu de la façon dont le jugement moral peut-être évaluer : Construction d’une échelle pour la mesure du développement du jugement moral.

          Cependant, il existe plusieurs questionnaires permettant d’évaluer l’empathie, la maturité émotionnelle ou l’alexithymie. Tous ces tests sont très étroitement corrélés avec nos aptitudes sociales, mais ils ne donnent que des ’aperçus’ et ne circonscrivent pas le problème directement (comme toujours lorsque l’on traite de cette problématique).

          Bien à toi.

          P.S. : Merci à toi pour tes derniers articles que j’ai trouvé excellents et très instructifs à plus d’un titre. N’ayant pas trop le temps de me plonger dans ces sujets qui pourtant m’intéressent également, c’est toujours appréciable de pouvoir lire des synthèses érudites sur de tels thèmes.


        • claude-michel claude-michel 26 décembre 2013 12:42

          la raison (le bon sens)...Un concept selon les individus.. ?

          Quand on regarde notre civilisation en 2013 on peut se poser des questions sur le bon sens des gens.. ?
          Chacun pensera détenir le vérité..alors que personne ne la détient...elle n’est que relative.. !
          Notre société est un exemple cinglant des idées reçues par lavage de cerveau..l’homme devient machine.. !

          • Philippe VERGNES 26 décembre 2013 19:42

            Bonsoir claude-michel ,

            Effectivement, à observer le fonctionnement de notre société actuelle et des individus qui la compose, on peut se poser beaucoup de questions. Mais c’est peut-être aussi l’une des conditions de notre évolution ?

            Quant au lavage de cerveau... oui, mais peut-être faudrait-il également que nous nous prenions en main pour ne pas ’ingurgiter’ sans discernement toutes les ’fadaises’ de nos dirigeants ?

            En tout état de cause, merci pour votre commentaire.


          • Hervé Hum Hervé Hum 26 décembre 2013 12:47

            Bonjour Philippe,

            Articles toujours instructifs !

            c’’est la 2ème fois que j’entends parler du dilemme du tramway en peu de jours.

            L’autre fois c’était pour étayer l’idée qu’un dirigeant pouvait « sacrifier » une minorité pour sauver une majorité.

            Sauf que le test est en lui même « pervers », dans le sens où il pose un choix qui n’éprouve pas la morale en elle même. En effet, quel que soit le choix, celui ci est défendable moralement et donc, on à deux choix moraux et non pas un choix moral contre un autre immoral.

            La vrai question du choix moral consiste à dire, vous avez d’un coté 5 personnes innocentes mais pauvres ouvriers, et de l’autre une seule personne, responsable de la situation, mais très riche et prête à vous récompenser très généreusement si vous la sauvez elle et pas les autres. Votre choix porte donc entre la valeur morale pure, mais où vous resterez pauvre et l’autre, gagner des millions en renonçant à la valeur morale pure, mais en arguant d’une société donnant la primauté à l’argent, contre la valeur morale. Ici, la position conventionnelle, consiste donc à préférer l’argent à la morale. Signe d’un société perverse où la morale est un signe de faiblesse.

            Le cas d’Edouard Martin est très révélateur. Voilà un syndicaliste qui doit faire le choix entre rester fidèle à ses valeurs morales ou bien les travestir, pour accéder à un statut le sortant de sa condition ouvrière et lui assurant un confort de vie supérieure. Autrement dit, entre se laisser acheter ou non. Et si les premiers à se défier des ouvriers, sont les ouvriers eux mêmes, c’est peut être parce qu’ils sont les plus facile à acheter et donc pervertir.

            En fait, pour les gens ayant une morale conventionnelle, peut on parler de morale sans parler de l’argent, son élément corrupteur ?

            Pour finir, je me donnerai en exemple, je me suis fais un mauvais tour à moi même ces derniers jours. J’ai été victime de ma propre ignorance alors même que je pensais agir en connaissance acquise. Résultat, toute ma conscience s’est trouvé faussé par cette méconnaissance. J’avais alors le choix entre accepter le fait et donc le ridicule qui va avec, ou bien le refuser et risquer de dériver dans les attaques personnelles par déni de la réalité.

            J’ai préféré la 1ere solution, bien que le contenu soit tout à fait pertinent, le fait d’avoir ainsi confondu entre désir et réalité rendait tout approfondissement impossible. Je m’étais fourvoyé et donc pour éviter de dévier le débat dans des attaques personnelles, où le coeur de ce que je voulais dire n’aurait plus été audible, le mieux était de faire profil bas... Sans me laisser fusiller ! 


            • Philippe VERGNES 26 décembre 2013 20:12

              Bonsoir Hervé,

              C’est justement l’article sous lequel tu étais intervenu qui m’a fait précipiter la parution de celui-ci (je l’ai rédigé depuis plus d’un mois, mais j’ai du mal à écrire les suites, du coup, j’vais être contraint de m’y replonger sérieusement).

              Le dilemme du trolley que je présente ici a été rédigé pour répondre à la vision utilitariste telle qu’exposée dans l’article que tu as commenté. En fait, dans ce billet, l’auteur tombe dans le piège de ce que la classification ’taxinomique’ de la morale appelle la morale utilitariste. Mais ce genre de classification élude l’épistémologie de la morale, ce qui donne l’illusion que tout le monde possède un type de morale qui lui est propre. Or, si c’est bien le cas par rapport à un niveau de développement moral, tout le monde n’a pas une conscience morale suffisamment développer pour prendre des décisions équitable pour le bien commun.

              Comme tu l’as très bien perçu, ceux qui se revendiquent de cette morale n’ont rien de moral. Bien au contraire, ils sont amoraux mais prétextent de ce type de morale pour justifier leurs exactions. Ce qui est d’une véritable hypocrisie qui passe comme une lettre à la poste en raison de l’ignorance des personnes auxquelles ce type de justification s’adresse.

              La véritable morale utilitariste est très différentes de celle qui est présentée comme telle par nos dirigeants. La morale utilitariste dont ils se revendiquent n’est qu’un artefact de la véritable morale utilitariste : une perversion qui leurs permet de justifier l’injustifiable.

              D’où l’importance d’être en mesure de distinguer ceux qui présentent un raisonnement moral les situant au plus haut stade du développement moral tout en ne possédant aucune conscience morale, de ceux qui ont réellement un jugement moral postconventionnel.

              C’est tout le drame de notre société actuelle : nous élisons des gens qui nous gouvernent qui n’ont aucun sens moral sur la base de leur raisonnement moral dont nous imaginons qu’il sera cohérent avec leurs actes alors que ce n’est jamais le cas.

              (Désolé, j’ai pas trop de temps, je fais vite, mais j’espère que j’ai été assez explicite. Il y aurait encore tant à dire sur ton intervention).

              Bien à toi.


            • abelard 27 décembre 2013 08:58

              @ Hervé Hum,

              Votre intervention me semble pertinente à ceci près :

              "Et si les premiers à se défier des ouvriers, sont les ouvriers eux mêmes, c’est peut être parce qu’ils sont les plus facile à acheter et donc pervertir.« 

              Votre raisonnement semble logique, il s’articule ainsi : les ouvriers sont les plus désargentés donc ils sont plus sensibles à tout ce qui leur permet de gagner de l’argent donc ils sont les plus corruptibles.

              Logique, oui, mais faux. Il n’y a pas plus d’ouvriers corrompus que de membres de l’élite pervertis, il y en a même beaucoup moins. Les classes populaires étant beaucoup plus facilement liées par ce qu’Orwell appelait la »décence commune" que les classes dirigeantes qui elles sont dressées à admirer l’argent quelle qu’en soit la provenance. Par exemple un BHL peut donner des leçons de morale au monde entier en oubliant que sa fortune provient de l’exploitation éhontée de l’Afrique...

              La défiance des ouvriers dont vous parlez est issue de la conscience de groupe : un ouvrier accédant à un statut supérieur est considéré comme un traitre.
              Ce phénomène est bien connu chez les mineurs du siècle dernier où celui qui acceptait le poste de Porion se voyait exclu du groupe de ses camarades et donc de ses réseaux de solidarité. Ce qui explique au passage pourquoi nombre de mineurs refusaient de se voir promus...


            • Hervé Hum Hervé Hum 27 décembre 2013 11:24

              Salut Abelard, 

              vous avez raison et j’ai écris cette phrase en pensant à ce que vous dites.

              Seulement la situation n’est pas ou plus la même que celle du XIXème siècle, entre temps les ouvriers ont obtenus la satisfaction des droits sociaux et de salaire qu’ils revendiquaient au XIXème On peut même dire qu’ils ont obtenus 10 fois plus que le maximum qu’ils espéraient à l’époque. L’ouvrier occidental n’est plus un prolétaire du XIXème siècle, c’est un capitaliste qui défend son épargne, son petit bout de terrain et son « pouvoir de consommateur » qui se fait au détriment d’autres ouvrier, vivant eux dans les conditions des ouvrier français du XIX ème siècle.

              Si c’était la volonté d’égalité et de morale qui présidait la classe ouvrière, celle ci renoncerait à acheter des produits chinois et lutterait pour que tous les ouvriers aient les mêmes droits sociaux. La notion d’égalité et d’éthique sont des notions universelles, si vous les réservez à votre seul groupe au détriment des autres, votre morale est réduite au seul critère d’intérêt particulier.

              Le monde ouvrier est vide, parce qu’il ne regarde plus en terme de valeurs morales, mais en terme de défense de pouvoir d’achat, de consommateur aveuglé. Ici on entre dans la manipulation et a perversité de nos dirigeants pour maintenir cette population sous contrôle.


            • Hervé Hum Hervé Hum 27 décembre 2013 12:04

              Bonjour Philippe,

              avant l’article en question et le tiens, je ne connaissais pas bien cette morale utilitariste.

              Cela dit, je retiens une chose, c’est que cette pensée n’a de sens que si elle se veut universaliste, car sinon, elle n’aurait d’autre morale que la loi du plus fort et non du bien commun.

              Or, dans l’article en question, il s’agissait uniquement de défendre la prospérité des uns au détriment des autres où la morale dans son principe universel est absente.

              Bref, je suis totalement d’accord avec toi.

              D’où l’importance d’être en mesure de distinguer ceux qui présentent un raisonnement moral les situant au plus haut stade du développement moral tout en ne possédant aucune conscience morale, de ceux qui ont réellement un jugement moral postconventionnel.

              En effet, il est plus qu’urgent de donner les moyens de distinguer le raisonnement de la conscience. Le seul hic, c’est que ma définition de la conscience ne place pas celle ci d’un coté ou de l’autre de la morale, mais simplement détermine la capacité à se situer par rapport à elle (la morale). Ainsi, on peut utiliser son raisonnement moral pour tromper les autres en toute conscience que sa manière d’agir est immorale pour le sens commun, mais où on aura déterminé que le sens de cette action à pour but de tromper l’autre pour en tirer profit. Ceux qui nous dirigent sont parfaitement conscient qu’ils manipulent ainsi la majorité des citoyens avec la morale, dans le but « utilitariste » de défendre leur propre position dominante. Chose qu’ils ne peuvent pas avouer, mais doivent bien évidemment cacher en présentant leur action comme utile à toute la société. La dernière théorie du genre pour justifier les inégalités sociales s’appelle « la théorie du ruissellement » .

              Je terminerai en commentant cette phrase :

              tout le monde n’a pas une conscience morale suffisamment développer pour prendre des décisions équitable pour le bien commun.

              Cela est vrai, mais pour la majorité des gens ce n’est pas dû à une incapacité, mais à l’ignorance. Et la conséquence de cette ignorance, c’est un raisonnement moral simpliste, réducteur et réactionnaire. Donc, très facilement manipulable.

              Mais il est clair que l’utilitarisme est sans doute le meilleur moyen de partager une éthique commune à toute l’humanité. Car en dehors, on touche au particularisme culturel.


            • Morpheus Morpheus 27 décembre 2013 12:50

              Je suis d’accord avec Abelard concernant la notion de « décence commune de l’ouvrier », et j’en veux encore pour exemple deux cas récents. Le premier, à Las Vegas, un client de casino avait oublié un paquet contenant... 300.000$ : le taximen a appelé sa centrale afin de restituer le paquet. La seconde, en France, un montagnard s’est présenté à la gendarmerie après avoir trouvé une boîte sortie du glacier et contenant des pierres précieuses (la boîte provenait des possession d’un passager d’un vol qui s’était craché dans les années 1960). Dans le premier cas, on peut encore se dire que c’est par prudence que le taximen a rendu l’argent, mais dans le second cas, le type aurait tout aussi bien pu empocher les pierres précieuses, personne n’y aurait rien vu.

              Je suis CERTAIN qu’un riche aurait empoché le pognon ou les bijoux dans les deux cas.


            • Philippe VERGNES 28 décembre 2013 10:19

              Bonjour Hervé,

              Pour rebondir sur ton dernier message à mon attention parfaitement clair pour moi et auquel j’adhère, je soulignerais deux points que tu soulèves :

              « En effet, il est plus qu’urgent de donner les moyens de distinguer le raisonnement de la conscience. Le seul hic, c’est que ma définition de la conscience ne place pas celle ci d’un coté ou de l’autre de la morale, mais simplement détermine la capacité à se situer par rapport à elle (la morale). »

              C’est effectivement une urgence, mais nous en sommes très loin. D’où ma modeste contribution et ma motivation à écrire sur le principal sujet que je développe au travers de mes articles. Mais d’où il importe également de mieux comprendre ce qu’est la conscience que je n’ai pas pris soin de définir dans cet article car cela aurait de trop égarer le lecteur du sujet que je souhaitais traiter. Mais la conscience se développe exactement à l’image du développement moral.

              Autrement dit à chaque stade de jugement moral correspond une conscience qui lui est propre. C’est dans ce sens là qu’il faut interpréter ce que disait KOHLBERG au sujet des capacités du jugement moral (point b, dans l’article) : « À chaque stade, il y a réorganisation de l’équipement cognitif, l’ancien s’avérant dépassé dans la relation au monde et à autrui ; le changement est qualifié de structurel et s’opère d’un point de vue qualitatif et non quantitatif, c’est-à-dire qu’il y a une restructuration des capacités cognitives du sujet en un nouveau mode d’expression plus adapté ».

              Il me semble que vu ainsi ce changement correspond à ton concept de DCE appliqué non pas universellement mais individuellement.

              Quoiqu’il en soit, je crois qu’il serait intéressant de rédiger un article portant uniquement sur la conscience en effectuant une synthèse des recherches telles que les ont menées des auteurs comme Antonio DAMASIO, Gérald EDELMAN, Jean-Pierre CHANGEUX, etc., etc., etc. et bien d’autres encore (cf. ma réponse à Gollum de ce jour à 9:41).

              « Cela est vrai, mais pour la majorité des gens ce n’est pas dû à une incapacité, mais à l’ignorance. »

              Oui ! Je crois que tu pointes là une des principales causes de notre marasme actuel. L’ignorance est un fléau dénoncée comme étant l’un des trois poisons de l’existence humaine par le bouddhisme. D’où l’importance de communiquer sur de tel sujet comme celui évoqué par cet article, car la morale est au cœur de toute société.

              Pire encore, de récentes recherches ont démontré qu’il existait une morale innée et qu’en l’absence de celle-ci il ne pourrait y avoir de société. Des recherches ont également démontré que l’on pouvait ’éteindre’ cette morale innée comme c’est souvent le cas chez les psychopathes. D’où l’importance également de dénoncer le problème de la psychopathie qui se caractérise par des agissements amoraux et qui vont donc à l’encontre des intérêts de la société. Et pour justifier leurs comportements les psychopathes au pouvoir ont même réinventé le concept de morale ’utilitariste’ en le déformant et en se l’appropriant. Rien de plus pervers !


            • Hermes Hermes 30 décembre 2013 23:30

              Bonjour Hervé, bonjour Philippe, bonjour à tous.

              J’apprécie beaucoup la conclusion de l’artice et la contribution d’Hervé que je trouve très complémentaires. La conscience à soi-même n’est pas accessible tant que l’émotion sert à s’identifier aux événements, mais elle n’est pas non plus accessible quand l’émotion ne peux pas s’identifier aux événements. smiley

              D’un côté c’est le monde de la morale, de l’autre celui des psychopathes.

              PS : au fait, j’ai vu que l’article d’Hervé sur la droite des entiers est passé, je l’ai lu et commenté (avec un peu de retard).


            • Philippe VERGNES 31 décembre 2013 06:51
              Bonjour Hermès,

              "La conscience à soi-même n’est pas accessible tant que l’émotion sert à s’identifier aux événements, mais elle n’est pas non plus accessible quand l’émotion ne peux pas s’identifier aux événements. D’un côté c’est le monde de la morale, de l’autre celui des psychopathes."

              C’est exactement ça !

              La question devient alors : comment transcender cette dualité pour accéder à une véritable liberté ?

              Pour les premiers dont l’émotion sert à s’identifier aux évènements (c’est le problème des ’empathes’ ou hyperempathiques), il faut trouver les ressources pour sortir de cette contagion émotionnelle. Pour les seconds dont l’émotion ne peut leur permettre de s’identifier aux évènements (c’est le problème des psychopathes qui manque d’empathie), il leur faut développer ce qui leur fait défaut, c’est-à-dire l’empathie.

              Merci pour votre passage ici et cette précision.


            • Hermes Hermes 1er janvier 2014 01:55

              Oui, et cette duaité est indispensable, et surtout la circulation entre les poles. Cette capacité de circulation a à voir avec l’état de la conscience.

              Bonne continuation !


            • lionel 26 décembre 2013 13:58

              Excellent article, merci.


              • Philippe VERGNES 27 décembre 2013 07:55

                Bonjour Lionel,

                Merci à vous pour votre passage ici.


              • GrandGuignol GrandGuignol 26 décembre 2013 15:38

                Super article, merci.

                "Développer notre présence à soi (ou conscience de soi) constituerait donc un ‘remède’ aux émissions toxiques diffusées dans notre société par la ‘novlangue’ de ceux qui nous gouvernent et qui prêchent des règles, des normes ou des évaluations dont ils estiment être absous".

                Exactement ce que je pense et ressent.


                • Philippe VERGNES 27 décembre 2013 08:02

                  Bonjour GrandGuignol,

                  Merci pour votre commentaire.

                  La suite de cet article devrait normalement porter sur cet aspect du problème, mais j’ignore encore à ce jour comment je vais articuler le ’truc’. Le plus problématique à mes yeux consiste à trouver le moyen de rendre compréhensible au plus grand nombre des concepts aussi subjectifs que ceux qui font l’objet de cet article. Pas si simple en fait !


                • Gollum Gollum 27 décembre 2013 09:24

                  Cela milite en faveur du bouddhisme qui propose cette « thérapie » depuis 2500 ans maintenant. De plus en plus de sommités médicales recommandent l’attention vigilante. On peut citer le psychiatre Christophe André en France. Les thérapies cognitives d’ailleurs laissent une grande place à la vigilance.


                • Philippe VERGNES 28 décembre 2013 09:41

                  Bonjour Gollum,

                  Absolument !

                  « Cela milite en faveur du bouddhisme qui propose cette « thérapie » depuis 2500 ans maintenant... ».

                  Ce n’est pas un hasard si j’ai parlé de l’intelligence émotionnelle dans mon article. Savez-vous que l’auteur de ce livre, Daniel GOLEMAN, psychologue et journaliste, est également administrateur du Mind and Life Institute, association chargée d’organiser chaque année depuis 1987 des conférences entre scientifique de renoms et le Dalaï-lama. Les compte-rendus de ces rencontres sont dès plus instructifs.

                  En 1990, le thème de la conférence porta sur les émotions et la santé. C’est à la suite de cet échange que les études neuroscientifiques des méditants fut mis en place (relatée dans le livre l’intelligence émotionnelle) ; le Mind and Life Institute avait initialement pour but de faciliter ce projet.

                  Un des membres du conseil d’administration du MLI, Jon KABAT-ZIN, docteur émérite en médecine, a écrit plusieurs ouvrages majeurs (parus en français en 2012 et 2013) sur les bienfaits de la méditation de pleine conscience dont de récentes études ont pu prouver qu’elle modifiait l’expression de nos gènes.

                  Le truc, c’est que les sciences humaines modernes, aidées en cela par les progrès techniques des instruments de mesure de l’activité cérébrale, sont en train de prouver scientifiquement ce que les initiés bouddhistes et quelques autres ’disciplines’ connaissent depuis déjà 2500 ans au moins.

                  Quelles curieuses découvertes pour notre civilisation occidentale. smiley


                • Yao 1989 26 décembre 2013 16:34

                  L’article est très intéressant et pertinent pour plusieurs points de vue développe ci-dessus, même si ce sujet me parait assez technique du fait des concepts philosophique, sociologique et psychologique, j’ai bien saisi le fond de la question mais il y a un point qui me paraît crucial et que j’ai pu remarquer sur moi-même et à autrui aussi.


                  Ce détail est d’une importance capitale, car cela suggère qu’une personne peut très bien avoir un raisonnement moral très développé tout en adoptant des comportements totalement immoraux et trouver à les justifier après coup.

                  Tout à fait juste, j’en ai moi même été victime dans mon plus jeune âge même si je fais toujours parti de cette tranche de population. Mais j’ai eu la chance de faire une autocritique de moi-même ce que vous appelez la « conscience de soi », mais c’est un travail de soi quotidien et pour vous dire j’en ai pas encore terminé avec ma conscience.

                  Excellente démonstration, j’attend la suite .. 

                  Bien à vous 



                   



                  • Philippe VERGNES 27 décembre 2013 08:09

                    Bonjour Yao1989,

                    Merci pour cette remarque. Le problème de la conscience est un très, très vaste sujet et exceptés quelques grands ’initiés’, je crois bien que le travail sur soi prend toute une vie entière. Mais cela susciterait une réflexion plus métaphysique que celle de cet article. smiley


                  • volpa volpa 26 décembre 2013 18:08

                    Article intéressant mais très ardu.


                    • Philippe VERGNES 27 décembre 2013 08:12

                      Bonjour Volpa,

                      M’en parlait pas... Si vous saviez comme j’ai hésité à le rédiger et ensuite à le proposer à la modé d’Agoravox. Mais bon, finalement, vu les commentaires... j’ai apparemment bien fait. smiley


                    • Castel Castel 26 décembre 2013 18:35

                      Je trouve aussi l’article très intéressant. Cependant, je pense que la notion de raison aurait mérité une définition. Parfois la raison est un processus conscient, parfois c’est un processus purement inconscient. Les personnes intuitives se basent souvent sur la raison, mais une raison difficile à extérioriser. Ainsi, il n’existe pas que la raison communicable.
                      Je suis d’accord sur le fond de l’article et sur le développement moral. Après avoir découvert la portée universelle du jugement, n’y a t’il pas un intérêt à revenir à une empathie moins ouverte, notamment pour réaliser pleinement ce que nous recherchons ? Il me semble que les gens qui maitrisent leur empathie ont une forme de supériorité sur les autres, ce qui ne signifie nullement qu’ils soit méchants ou mauvais.


                      • Philippe VERGNES 27 décembre 2013 08:53

                        Bonjour Castel,

                        Merci pour votre intervention. Vous soulevez plusieurs points important.

                        Comme j’ai pu le dire précédemment, j’ai beaucoup hésité à proposer cet article tel quel pour la raison que vous évoquez : certaines notions mériteraient des définitions. Le problème auquel je me suis heurté, c’est que compte tenu du nombre de concepts très subjectifs que j’ai utilisé dans cet article, ces précisions l’auraient tellement alourdi qu’il en serait devenu ’imbuvable’. J’ai donc fait le choix occulter ce détail en considérant que nous possédions tous une certaine connaissance ’intuitive’ des notions évoquées dans ce texte.

                        L’empathie sera le thème de la troisième partie de cet opus et il me sera alors nécessaire de la définir pour mieux comprendre ce dont il s’agit, car ce concept a tellement évolué depuis son invention que plus personne ne parle du même sujet lorsque le mot empathie est employé. En fait, si l’on tient compte de la définition telle qu’actuellement comprise par les chercheurs qui se sont spécialisés dans l’étude de ce sentiment, nous avons tout intérêt à développer notre empathie (mais son développement aux stades les plus élevés inclut sa maitrise).

                        Sur la raison, j’ai parlé de raison juste en disant : « Pas de conscience sans une raison juste ». Pour définir la raison, il m’aurait donc fallu définir ce que j’entends par conscience, mais pour cela, un article entier n’y suffirait pas.

                        Si vous avez l’occasion de lire les ouvrages d’Antonio DAMASIO ne vous en privez pas. Il définit bien la problématique de la conscience et c’est en me référant principalement à ses écrits que j’emploie ici le terme de conscience. Le seul truc pour lire de tels livres : il est préférable d’avoir au préalable une carte mentale du cerveau et de son fonctionnement. Autrement dit, il faut faire l’effort d’apprendre quelles sont les différentes zones du cerveau dont il parle dans ses écrits, sinon, la lecture devient vite fastidieuse et l’on ne retient plus grand chose de ses importantes découvertes.

                        Mais tout ceci est un vaste débat qui commence à peine à se développer dans la communauté scientifique, car les émotions n’ont jusqu’à présent jamais été la préoccupation première des chercheurs en sciences humaines.


                      • foufouille foufouille 26 décembre 2013 20:41

                        article très intéressant
                        merci


                        • Philippe VERGNES 27 décembre 2013 08:54

                          Bonjour foufouille,

                          Pas de quoi, avec plaisir.


                        • Laurenzola Laurenzola 26 décembre 2013 20:46

                          @L’auteur,

                          Merci pour votre article, je l’ai trouvé passionnant.

                          Si je devais faire un parallèle sur les travaux d’Eric Berne et l’analyse transactionnelle, je mettrais volontiers l’état du Moi Enfant comme central (les émotions), la raison quant à elle se place dans l’état du Moi Adulte, mais n’est qu’un vecteur d’équilibre et non une finalité. Quant à l’état du Moi Parent, il est associé à la notion de convention, le cadre imposé par les lois et règles.

                          Atteindre le niveau postconventionnel nécessite implicitement d’atteindre l’équilibre de nos trois états du Moi, ils sont complémentaires et nécessaire à une vie sociale épanouie.


                          • Xtf17 Xtf17 26 décembre 2013 21:18

                            A compléter peut-être par les approches de Ferenczi et Winnicott sur les transitions enfant-adulte !


                          • Laurenzola Laurenzola 26 décembre 2013 23:12

                            @Xtf17,

                            Merci pour votre commentaire, j’irai de ce pas faire un tour sur Aldébaran pour parfaire mes modestes connaissances sur l’analyse transactionnelle. smiley


                          • Philippe VERGNES 27 décembre 2013 09:02

                            Bonjour Laurenzola,

                            Merci à vous pour votre appréciation.

                            Je n’avais jamais songé à mettre les travaux d’Eric BERNE dans une telle perspective, mais cela m’apparait évident maintenant que vous le dîtes. Bon à ma décharge, l’AT n’est pas une grille de lecture que j’ai bien développée dans mes acquis même si je m’y réfère quelques fois lorsque j’aborde la problématique de fond évoquée dans cet article du point de vue de la communication.

                            En tout cas merci pour l’idée, car du coup, j’ai quelques éléments de puzzle qui se mettent en place dans ma petite cervelle. smiley


                          • Xtf17 Xtf17 27 décembre 2013 09:27

                            Ne voyez pas rouge Laurenzola, les commentaires s’adressent à tous.
                            Les apports de Ferenczi sur la dynamique transférentielle, et ceux de Winnicott sur les espaces et objets transitionnels, traitent des classiques mécanismes psychologiques qui complètent sans les recouvrir les réflexions sur les modèles cognitivo-comportementaux. A moins que ce ne soit l’inverse ? Il parait que c’est toujours un débat...


                          • Laurenzola Laurenzola 27 décembre 2013 10:22

                            @Xtf17

                            Vous vous méprenez, j’ai très bien pris votre commentaire, je laisse la science infuse aux amateurs de thé, ça fait bien longtemps que je ne joue plus à l’ego (pour faire un jeu de mot ludique).

                            Effectivement, la référence à Aldébaran n’a rien d’une attaque personnelle, juste un clin d’œil au passionné d’astronomie que vous êtes.


                          • JL JL 27 décembre 2013 08:59

                            Bonjour à tous,

                            je pense qu’on peut résumer cet article par cette simple formule : ’’ La compréhension est une adéquation à nos intentions ’’.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès