Vi, vi, vi, elle est tellement pour le choix qu’elle a parlé de l’allaitement qui nous réduirait à l’état de mammifères (avec une inflexion de voix franchement péjorative) : c’est à ce moment que j’ai manqué finir ma journée dans le fossé ! Et je le répète, pour la plupart des femmes, il y a que dalle comme choix !
Merci à toi d’avoir tout lu et compris dans cette démarche qui n’est, effectivement, pas évidente. ceux qui me lisent depuis des années (chez moi depuis 2004) savent que cette thématique est récente, mais je la ressens aussi comme une nécessité, non pas pour m’autopsychanalyser en public (comme tu le notes justement, c’est parce que je suis en train de dépasser tout ça que je peux écrire) mais pour sensibiliser, faire prendre conscience du chemin que la cause féministe doit encore parcourir. Sinon, allez aussi voir La domination masculine au ciné : ça éclairera tous ceux qui pensent encore que le féminisme est un combat d’arrière-garde ou une victoire acquise depuis longtemps !
Et tu ne ressens justement pas un profond malaise à te rendre compte que 40 ans plus tard, pour tes propres filles, rien n’a vraiment changé ? Ça ne t’interpelle pas ? Moi si. Ça m’affole. Et si je ne veux pas que ma fille écrive un texte similaire dans une vingtaine d’année, va falloir qu’on œuvre sérieusement à faire bouger les choses, à commencer par les mentalités. Sinon, la réponse que je laisse au commentaire au-dessus du tien est plus complète.
Je donne à lire un cheminement, une base de réflexion non pas sur moi (effectivement, on s’en fout un peu, de moi), mais sur la condition humaine à laquelle je suis aussi soumise. Ce texte est relié par lien à des textes précédents qui explorent certaines problématiques propres à la condition féminine contemporaine. J’ai mis du temps à explorer cet aspect des choses, parce que, justement, il y a comme l’idée tacite dans cette société que la cause des femmes n’est presque plus à défendre, que nous avons l’égalité (sauf pour les salaires, cette broutille), que nous avons le meilleur système de santé au monde (oups, ça donne pas envie de savoir ce qui se passe ailleurs) et tout ce genre de choses qui laissent à penser qu’il faut nécessairement se taire. Le premier papier sur ce thème est assez récent dans ma trajectoire d’écriture, c’est La Sorcière des mers, et il fait parti de ces papiers qui devaient sortir absolument, ne serait-ce que pour exprimer la colère profonde que j’ai ressenti en me rendant compte à quel point le corps médical et social m’avait floué de ma propre existence, alors que je croyais en effet sincèrement que ce genre de problème était derrière nous. Je ne pensais vraiment pas continuer à écrire sur ce thème, mais j’ai reçu tellement de témoignages affolants, tellement d’histoires qui corroboraient la mienne que j’ai compris que cette histoire dépassait très largement le cadre de mon nombril et qu’il y avait encore bien des combats à mener.
Alors, je prends ma pelle et je creuse, quitte à y laisser quelques plumes, quitte à en faire chier certains, parce que je pense que ces textes sont au-delà du déballage indécent, ils participent à la hauteur de mes faibles moyens, à poursuivre un combat que les mères et les grandes-sœurs ont pensé un peu hâtivement avoir gagné.
C’était une boutade : j’aime bien aussi ce qu’écrit Nothomb. C’est juste que les comparaisons et les étiquettes me mettent parfois un peu mal à l’aise.