"Je demeure persuadé qu’un professeur n’a pas à être aimé de ses élèves."
Ben, c’est votre opinion : ça va quand même mieux quand le prof est aimé de ses élèves. Et ça se sait ! En outre, un enseignant peut très bien être aimé sans pour autant être laxiste. J’irai jusqu’à dire le contraire : l’enseignant qui sait se faire aimer n’aura pas de problèmes de discipline, fera passer plus facilement le contenu de son enseignement. Situation vécue, aussi bien en tant qu’élève qu’en tant qu’enseignant. Pour arriver à ce résultat, il n’y a pas de secret : du travail, encore du travail.
Pour le reste, parlez de ce que vous connaissez : vous n’avez jamais été enseignant. Une commission de discipline s’appelle un "conseil de discipline", la loi de 1983 n’est pas systématiquement violée par l’administration, mais copieusement ignorée. Enfin, un enseignant, s’il n’est pas maître de ses programmes est en revanche libre de ses méthodes.
Concernant l’ "obéissance aveugle" des enseignants à la hiérarchie, celle-ci est toute relative : l’enseignement est un métier qui comporte une large part d’initiative personnelle ou collective incompatible avec un quelconque "conditionnement" : seul le résultat compte et un maître qui est aimé de ses élèves, bien considéré par les parents d’élèves, dans une classe où le travail est effectif et efficace, aura peu de probabilités de se faire empoisonner la vie par sa hiérarchie.
Je ne m’étendrai pas sur le reste de vos commentaires.
"Les ’gauchistes’ existaient avant Mai68 mais sous un autre nom et ce sont bien eux les responsables du désastre actuel."
Tout à fait, ils étaient connus sous un autre nom : on les appelait "gaullistes".
"MAI 68 a torpillé le pays, ses instigateurs trotskystes et tous ceux qui les ont soutenus sont à l’origine de notre déclin."
En complet désaccord : c’est la volonté de scolariser tout le monde, en masse dans le secondaire, qui est à l’origine du problème. C’était en 1963, et les trotsko-gôchistes n’y sont pour rien. La "dictature des maths" est une idée purement gaulliste.
Désolé cher confrère, mais le latin s’accomode mal d’approximations : nous avons ici un futur (facio, feci, factum), ce qui change quelque peu le sens de votre phrase.
""Ut sementem feceris, ita metes" disaient les Romains (comme tu fais la semence, tu fais la moisson - pour les non latinistes)."
Il fallait donc traduire : "Comme tu auras fait les semailles, tu récolteras." L’expression est d’ailleurs de Cicéron lui-même ("L’Orateur".) Il s’agit donc d’une formule de mise en garde et non de regret.
Tout ceci pour vous dire que le latin, je m’en fous totalement, en étant rempli jusqu’aux yeux et n’en ayant pas l’utilité !
En revanche, votre phrase"On peut remercier les gauchistes de tout poil !" montre à l’évidence que vous n’avez rien compris aux changements qui se sont opérés dans l’Educatrion Nationale, depuis 1963 ! Et en 1963, la gauche n’était pas au pouvoir, en la personne de M. Christian Fouchet, ministre de l’Education Nationale ! Pas davantage sous M. René Haby, le génial inventeur du "Collège Unique" et de la théorie des patates expliquées à des enfants de CE1.
Les gauchistes, dites-vous ! Mais qui a décrété qu’il n’y avait pas d’élèves faibles, mais uniquement des incompris, des enfants "à problèmes" ? Oui, je crois que vous avez deviné. Le problème vient de très loin, et même bien avant 1968 ! Alors, abstenez-vous de désigner comme responsable une fraction du corps enseignant : le problème vient "d’ "en haut", de ces ministres, aidés de pédagogos, qui vous pondent de grandes théories et une réforme tous les deux ans. Voilà où est le problème de l’école : elle ne doit plus dispenser des savoirs et encore moins les transmettre (horribile auditu !). Elle n’est plus là que pour "éveiller les petits des hommes", en faire des "citoyens", le tout, si possible sans aucun effort. Et si d’aventure un élève est "en difficulté", ce n’est pas qu’il soit stupide, qu’il ne comprenne pas ce qu’on lui explique ! Cette attitude est à bannir, inconstructive, archaïque ! Si l’élève ne comprend pas, c’est le maître qui est mauvais. Voilà le principe suprême de notre institution scolaire : culpabiliser l’enseignant qui ne tire pas d’affaire les 30 "apprenants" qu’il a devant lui ! Un super héros.
L’enseignant a donc déjà un lourd fardeau à porter. En fait, tous les péchés de notre civilisation, ce qui est déjà très lourd et tout enseignant n’est pas forcément taillé dans l’étoffe des héros. Et si jamais il est débordé par le bordel ambiant créé de toutes pièces par les pédagogos, c’est qu’il est encore plus mauvais qu’on le supposait. Qu’il se débrouille seul ! Mais à bien y regarder, l’école ne serait-elle pas à l’image d’une société qui ne sait plus quoi faire pour se sortir de ses problèmes et de ses contradictions et qui rejette sur l’autre la responsabilité de ses échecs ? Ce que subissent les enseigants aujourd’hui, toute la société le subira demain, mais ce n’est pas grave, on connaît déjà le coupable : c’est la faute de cette espèce de gauchiste mal fringué bien que royalement payé qui passe plus de la moitié de son temps en vacances et qui a la sécurité de l’emploi. Vous avez dit "sécurité" ?
Je me demande si vous croyez un instant à tout ce que vous avez écrit. Vos enfants ont plus de besoins que les nôtres ? Vous vous moquez de qui ? Ils auraient surtout besoin de travailler autant que nous l’avons fait : ce n’était pas la semaine des quatre jeudis, à cette époque !
Quant aux "bien-être" que notre génération se serait accordé, j’ose espérer que vous ne pensez pas ce que vous écrivez.
Vous êtes l’archétype du citoyen manipulé : les difficultés que vous rencontrez ont pour origine mai 68. Le lider maximo l’a dit ! Il aurait tout aussi bien pu désigner comme bouc émissaire la défaite de la guerre d’Algérie, cela aurait pu faire l’affaire : l’important, c’est de trouver un coupable. Ou la crise du pétrole de 73. Oui, mais ce coup dur ne permet pas de dresser deux générations l’une contre l’autre, alors que mai 68, c’est du nanan !
L’important, dans tout ça, c’est que vous puissiez vous exprimer, ce que vous devez justement à la génération de 68.