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Absurde

Absurde

Bourlingueur en quête d’un absolu mêlant intelligence, optimisme, émancipation à l’endroit des pouvoirs et soif de vivre demain.

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  • Absurde Absurde 3 décembre 2008 18:35

    @Foufouille :

    Froid, galère, fierté... de crever seul ? en martyr d’un jour ? La fierté, Foufouille, c’est comme l’honnêteté : une vertu de cadavre.
    Tous les mecs à la rue que j’ai connu, à part un ou deux barges vraiment atteints, auraient fait le tapin, s’ils avaient eu le physique adéquat, pour retrouver le confort et la tiédeur d’un plumard aux draps propres entre quatre murs en parpaings véritables. Et une femme, et une bagnole, et la petite vie qu’on vit presque tous ici, nous qui n’avons pas la plus traître conscience de la chance qu’on a de n’avoir que ça à faire, taper nos conneries sur des ordinateurs rutilants. 

    Je les voyais loucher sur l’Alfa-Roméo de passage, s’exorbiter sur les cuisses de la fille qui passait, envier le manard à l’arrière de son camion, se dire que le vaguemestre de la BNP qui passait tous les jours devant eux avec son gros sac plein de courrier et ses problèmes de gonzesse qu’il ne trouvait pas et de magnétoscope qui lui bouffait les bandes, il avait quand même une sacrée putain de vie autrement plus joyce que la leur. 

    C’est quoi les conneries mielleuses du travailleur social, comparé à cette régression au stade néandertalien ? Ce que pèsent en concret les mots de ces pauvres gens, du baragouin de réunion, moyennant quoi on en retire de menus avantages si on juge pertinent de faire un petit peu la pute. C’est comme le sermon que se tapaient les clodos du Bronx contre une soupe servie par les moines capucins qui les recueillaient. Lis Henry Miller, mon pote. Avant de devenir une institution vivante, il a passé du temps à la rue. Il en a même profité pour nous y pondre ses meilleurs volumes. 



  • Absurde Absurde 3 décembre 2008 18:11

    Merci. 



  • Absurde Absurde 3 décembre 2008 18:07

    Quin internera Sarkozy avant qu’il ne commette l’irréparable ?



  • Absurde Absurde 3 décembre 2008 16:32

    Bon, tout ça on le sait, on le voit, on le constate, on le vérifie... m’enfin tout bien pesé, le sarkozysme m’évoque davantage un étalage de connerie lourde que l’Allemagne de 1933. Toute la politique sarkozyste est centrée autour des thèmes de prédilection du beaufisme. La haine des étrangers, des jeunes, des gosses, des pauvres, des étudiants, de la culture, l’exaltation du patriotisme, des vertus du sport, du travail, du fric, des flics, de l’ordre et du tape-à-l’oeil, la mise en avant de taches telles que Laporte, Hortefeux, Morano (au passage je me demande ce qu’a pu faire Devedjian pour être tenu hors du coup !), les amitiés vachement connotées (Reno, Barbelivien, Clavier, Doc Gyneco), l’apparition de la Bruni, archétype de la nana bobo, comme pour faire contrepoids... et tout ça pour quoi ? Pour masquer quoi ? L’échec retentissant d’une politique lamentable, faite par des guignols élus par des gogos, au service d’une poignée de mafieux. Tout cela, et ce qui ne va pas manquer de suivre, n’est pas dépourvu de sens en ce que quelque part, nous en sommes tous partie prenante. En effet, ce gouvernement de minables, cette ligne politique grotesque, ce panpan-cucul de chaque jour, c’est nous qui nous le sommes infligé. Oh, pas en 2007, non. Avant. Parce que Sarkozy et ses sbires représentent la phase terminale d’un processus de décomposition de notre société entamé il y a déjà un sacré bout de temps. Je situerais cette époque sous le second septennat Mitterrand. Le septennat de trop. Celui de toutes les dérives, celui de toutes les outrances dont nous essuyons aujourd’hui les plâtres. Sous ce septennat, la loi, disait-on à l’étranger, s’écrivait chez nous dans la rue. Les syndicats, qui n’étaient pas encore vendus, pouvaient du jour au lendemain mobiliser des masses de gens et faire plier les patrons. On nous qualifiait encore de gaulois. Rien n’était moins vrai. Nous étions déjà ce ramassis de lâches qui se détestent cordialement les uns les autres pour éviter de s’avouer leur impuissance. Rappelez-vous ce septennat maudit. Les affaires qui se sont succédées. Le sang contaminé. Urba. Le faux assassinat de Bérégovoy. Les magouilles de Tapie. La Société Générale. L’insolence de tous ces ministres vérolés et députaillons bouffés aux vers dont certains sont encore en circulation. Et notre passivité d’alors. Notre incapacité à virer cette racaille d’un massif et solidaire coup de pied au cul. Notre je-m’en-foutisme, en fait. C’est là que ça a commencé. Nous n’aurions jamais dû laisser cette pègre s’en tirer avec les honneurs, nous mener en bateau des mois durant avec leurs pantalonnades judiciaires, leurs avocaillons-vedettes, leurs juges complices, les verdicts de complaisance que nous avons écoutés s’énoncer en haussant les épaules. Ce fatalisme-là, qui était de la veulerie, nous le payons aujourd’hui, et pas au prix d’ami. Il fallait faire quoi ? Descendre dans la rue en masse et réclamer leurs têtes. Nous étions cocus, trompés, entubés, trahis mais nous continuions à nous faire croire que Mitterrand était autre chose que ce qu’il fut toute sa vie, nous continuions à nous la raconter sur les Lang, les Fabius, les Jospin, les Strauss-Kahn, les Tapie, sa garde rapprochée, au lieu de nous remuer le fion pour exiger d’une même voix que ces gens nous rendent les comptes qu’ils nous devaient. Au lieu de ça on a élu Chirac, dont on savait pertinemment quelle fripouille il était. Puis on s’est apitoyés quand la Momie a calanché. Bien sûr chacun de nous disait à l’autre que cette classe politique était pourrie à l’os. Nous étions en train de creuser le lit du sarkozysme. Ceux-là étaient alors des puceaux aux dents longues, pas encore bien aguerris mais leur regard était affuté. Les failles de l’adversaire, c’est à dire nous tous, il ne fallait pas s’être levé à l’aube pour les distinguer. Notre fatalisme pouvait passer pour de la docilité. Il trahissait surtout notre impuissance collective. Du nanan pour les tyrans, un peuple pareil. Fallait le voir en juillet 98 la bouille repeinte en tricolore. Tous dans la rue pour porter en triomphe un groupuscule de milliardaires du ballon rond. Mais ça n’avait même pas été fichu de remuer une phalange pour virer la voyoucratie mitterrandienne qui les avait mis jusqu’au trognon. Sarko n’a même pas eu besoin d’apprendre à parler sans faire de fautes. Ni à avoir de la classe. Encore moins à prendre des gants. Il va serrer encore la vis et on dira amen. Il va s’occuper de nos gosses et on dira amen. Il rouvrira le bagne et on dira amen. Il remettra en cause l’abolition de la peine de mort et on dira amen. Il créera des goulags et on dira amen. En mars 2012, il nous promettra d’envoyer les étrangers dans la lune, on dira Alleluia, et il sera réélu. Et moi je serai passé à l’ouest.



  • Absurde Absurde 3 décembre 2008 12:15

    Je ferais un parallèle avec les gitans (je n’aime pas le terme "gens du voyage", qui ne veut rien dire, la plupart des gitans étant aujourd’hui sédentarisée), qui dans les années 60 habitaient d’infâmes bidonvilles et qui à force d’opiniâtreté des associations qui les ont pris en charge ont fini par accéder, dans certaines villes, à un habitat "en dur" (petites cités pavillonnaires indépendantes) adapté à leur mode de vie communautaire. 

    Les gitans, la bureaucratie française a fini par renoncer à vouloir les transformer en quidams ordinaires. Ils ont une identité forte et beaucoup ont une réelle incapacité à "marcher dans les clous" (ce n’est pas un reproche à leur égard, c’est une constatation), même si les jeunes générations évoluent peu à peu vers un mode de vie disons normalisé. 

    Quelqu’un qui s’est retrouvé à la rue, et plus généralement quiconque a tâté de l’exclusion sociale ne marchera plus jamais "dans les clous". Pour cela, il faut avoir confiance en le système dans lequel on est. L’exclu est en guerre contre celui qui devrait logiquement être son allié, appelons-le, pour simplifier, le guichetier. Le guichetier c’est celui par qui, indirectement, il s’est retrouvé dans la mouscaille. Le guichetier est là pour appliquer la loi, et c’est la loi qui a mis l’exclu à la rue, c’est la loi qui en a fait un exclu.

    C’est la loi aussi qui lui a donné droit au RMI. Mais le RMI c’est la survie. Le RSA est dangereux en ce qu’il remet en cause le filet de sécurité qui, tout en garantissant cette survie, est aussi le garant d’une relative paix sociale. 

    A la différence de nos gitans, l’exclu est seul. Les associations sont des entités à peu près comparables, pour l’exclu, au guichetier. Elles sont un pis-aller. Les gitans sont un système communautaire. Je vous prie de croire que quand une famille entière se pointe dans une antenne de la CAF parce qu’un dossier est en souffrance, il y a de fortes chances que le dossier soit régularisé sur l’heure. Sans quoi, le guichetier sait très bien qu’il y aura des représailles. Moyennant quoi le gitan a satisfaction quand l’exclu solitaire n’a qu’à ronger son frein.

    Actuellement, le gros de la population gitane est au RMI. Je me pose la question de l’intérêt pour les gitans non forains de s’inscrire à l’ANPE dans le cadre du RSA, et le risque pris plus généralement de voir de nombreux RMIstes objectivement inemployables privés de ressources suite à quelque décision arbitraire de je ne sais quelle commission payée à faire de la statistique.

    Hirsch postule, en gros, que tout droit alloué par la collectivité se doit d’être assorti d’un devoir rendu à la collectivité. Principe néolibéral s’il en est, mais qui se passe allègrement des contraintes du réel. Qui va embaucher qui, selon quels critères, dans quels cadres et surtout, pour quel salaire ? 

    Rien n’est défini, rien n’est chiffré, la loi sur le RSA a été adoptée sans que les principaux intéressés aient la moindre idée de ce qui, tout de même, est le plus important. A quoi les livre le RSA ? 

    Pour en revenir à nos gitans RMIstes, ceux que je connais s’en sortent à peu près bien grâce à de menus services rendus au black. S’ils déclaraient ce que leur rapporte ces petits boulots, on le déduirait de leur RMI et ils perdraient du même coup leur droit à l’APL et à la CMU... Le raisonnement est valable pour tous les autres RMIstes. Comme on ne peut pas s’en sortir avec le seul RMI, on se débrouille au black. Avec le RSA, idée louable au départ, on sera sans cesse tenu de rendre des comptes et de se prêter à des stages-bidon genre mise à niveau, tests psychotechniques, qui coûtent du fric et ne mènent à rien, sans compter les continuels passages en commissions et contrôles Anpe. Toujours plus de bureaucratie, toujours plus de contrôles, toujours plus de mises en péril, et pas un mot sur les effets de seuil qui pourraient priver certains de leur CMU et de leur APL... 

    Martin Hirsch est bel et bien un requin déguisé en curé. 

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