Pour moi, il n’y a peut-être pas un choc des civilisations au sens où l’entendait Huntington, mais un choc des cultures qui s’opère au sein même de nos sociétés. A la fois c’est une réactualisation de la lutte des classes et un choc générationel.
Le XXème siècle a connu une formidable accélération technologique qui a atteint son apogée avec la démocratisation du web dans la décennie 1990-2000, en même temps que resugissait un conservatisme réactionnaire pur et dur été qui a contribué à la globalisation d’un système économique dit néolibéral, dont nous constatons aujourd’hui à quel point il est nuisible aux plans humain et écologique.
Le XXème siècle a marqué aussi la chute de l’idéal socialiste, l’effondrement du catholicisme, la mise en abîme des espoirs révolutionnaires, la disparition progressive des idéologies humanistes par leur éclatement, leur dispersion en autant de micro-idéologies incapables de cohésion, et souvent contradictoires... au profit là encore de la nébuleuse capitaliste assortie de sa morale régressive/répressive.
Le choc des cultures se vit dans cet antagonisme entre tenants d’idéologies disparues (humanistes) et d’idéologies vouées à s’effondrer à leur tour (capitalisme, néolibéralisme, néoconservatisme), antagonisme qui trahit notre incapacité à envisager d’autres lendemains, en fait à inventer la civilisation qui irait avec l’époque que nous vivons, une nouvelle société dont les fondements seraient disons techno-scientifiques, et qui serait centrée sur le devenir et l’émancipation de chacun et non plus sur la mémoire, le souvenir, la Nation, une morale héritée du judéo-chistianisme où la soumission à une autorité fictive, qu’elle soit l’Etat, le Marché, Dieu, le Capital ou la Loi, fait de chacun d’entre nous des pions contraints à la docilité, de gré ou de force.
Il se passe que pour la première fois de l’Histoire de l’Humanité, les ressortissants de trois siècles sont voués à cohabiter. Il se trouve encore parmi nous des personnes nées au XIXème siècle, un plus grand nombre de personnes nées dans la première moitié du XXème siècle, un plus grand nombre encore de personnes appartenant aux générations de l’après-Seconde guerre mondiale, etc. Quels repères culturels peuvent avoir en commun un employé des Chemins de fer né en 1919, patriote, un brin xénophobe et eurosceptique, une intellectuelle née en 1950 et qui aura "fait 68" et qui sera restée écolo, un père de famille né en 1973 qui enchaîne les CDD et rejette les syndicats traditionnels, une étudiante en sciences-éco née à la fin des années 80 et envisageant de s’expatrier à Londres ou Ottawa à la fin de son cursus, et un ado né en France de parents originaires d’Afrique du nord accroc à son portable 3G, passant quatre heures par jours à chatter sur MSN et pour qui les études sont une perte de temps ? Tous ont la capacité de se rendre au bureau de vote et d’y exprimer leur choix pour ce qui nous est toujours présenté comme un "projet de société", une "vision de progrès", un "changement nécessaire". Tous ne peuvent avoir la même vision de ce que peuvent être des nécessités d’intérêt général. Le choc culturel il est là. Une confrontation de générations si différentes qu’elles ne peuvent plus objectivement communiquer, échanger, se comprendre, "vivre ensemble".
Ce schéma est planétaire. Je le crois aussi vrai pour les nations occidentales industrialisées que pour les pays dits émergents et les sociétés entendues comme traditionnelle. Il me paraît plus criant, et certainement plus explicite quant à la situation de chaos que nous traversons, que le "choc des civilisations" défendu par Huntington, en ce que l’Islam traditionnaliste pur et dur (mouvance Al qaeda, GIA...) est ultra-minoritaire au regard d’un Islam aussi traditionnaliste et féodal, mais qui s’est lancé dans une course au gratte-ciel le plus haut, qui construit des mégapoles en plein désert et se nourrit d’un capitalisme mafieux à faire pâlir tous les Madoff de la création.
Que Guy Gilbert soit ou paraisse de gauche ou de droite, peu importe. Ce qui me gène c’est ce qu’est devenu le bonhomme par rapport à son projet de départ, la surabondance de bondieuseries qui n’apparaissait pas il y a seulement dix ans, le côté démago (je cause comme les keums des quartiers), les effets de manche (je l’entendais un jour sur France-Inter où il la jouait gourou avec chambre d’échos), son identification quasi pathologique au personnage de Léo Ferré, dont on sait qu’il lui vouait une admiration sans bornes.
Sur son "amitié" avec Sarkozy, rien d’étonnant de la part d’un type qui affectionne les voyous. Mais qu’en fait-il de cette amitié, par rapport à la cause qu’il prétend défendre ? Sarkozy veut fiche des mômes en taule, et lui il en dit quoi ? Sur l’état des prisons françaises, il se tait, Guy Gilbert. Sur les brutalités policières il ferme sa gueule.
Il est tout simplement gaga, c’est la nature qui opère, comme d’autres de sa génération qui ont soutenu Sarko pendant sa campagne, et dont certains, comme Max Gallo et Simone Veil, ont déjà eu droit à leur renvoi d’ascenseur en forme de hochet. Sûr que Gilbert décrochera une rue à son nom dans quelque banlieue pourrie, peut-être même écopera-t-il d’un siège à l’Académie française, sans doute bénéficiera-t-il de funérailles nationales avec quelques loubards triés sur le volet comme figurants télégéniques.
Eu égard aux responsabilités dont vous nous dites qu’elles ont été les siennes si longtemps, j’estime que votre ami ne peut pas s’en tenir au constat que vous décrivez. Il a été un élu, il estime que ce qui se passe en ce moment est grave, il est de son devoir d’agir.
Reste à savoir dans quelle mesure Sarkozy va utiliser la psychiatrie, charlatanisme parapolicier, et les psychiatres, détraqués professionnels à la solde des multinationales de la dope légale, à ses propres fins...