Extraordinairement vrai, ce que vous écrivez là. On est au coeur même du problème que posent toutes ces fausses représentations, fût-ce au simple niveau d’une municipalité de village.
C’est le principe du vivier. Par exemple, on nous dit souvent qu’il ne se fait plus rien d’intéressant en matière musicale. Chez les artistes connus, sans doute, mais pas chez les bidouilleurs anonymes qui composent des petites merveilles sur leur ordinateur, mais qu’aucun producteur n’irait jamais signer. Eh bien les non-votants au sens large sont peut-être un vivier d’idées et d’idéaux sur lesquels ils serait bon de se pencher, tels la décroissance, la non-productivité, le recentrage de la société autour de l’humain, du pouvoir autour du vouloir et du savoir. Au fond ça les arrange bien, les politiciens, que tous ces gens choisissent de ne pas s’exprimer. Mais s’ils s’exprimaient, ce serait en vain et ils le savent. Alors, ils sont en exil de la démocratie.
Je crois que s’il y a lieu d’exprimer un vote contestataire, c’est dans l’abstention, le vote blanc, le bulletin nul. D’extrême-gauche ou d’extrême-droite, un bulletin est toujours orienté, il veut dire quelque chose qui va dans le sens soit de la révolution s’il est d’extrême-gauche, soit du nationalisme xénophobe s’il est d’extrême-droite. Celle, celui qui vote blanc, qui trace une caricature, écrit un chapelet d’insultes sur son bulletin ou le souille délibérément, celle-là, celui-là est dans la contestation, le rejet pur et dur de tout ce qui est proposé. L’abstentionniste va encore au-delà, surtout lorsqu’il n’est même plus inscrit sur les listes électorales.
Ce pourrait êre la définition du populisme, et c’est là où le peuple devient l’ennemi du peuple, ou du moins de ses intérêts. Ce laisser-faire, ce fatalisme, cette presque-indifférence, s’en remettre à l’autre pour que quelque chose se passe, attendre du voisin qu’il balance le premier pavé... Voter pour celui qui gueule et gesticule avec un parler de marchand de tapis et des fautes de français qui font "candidat de proximité"... alors qu’il joue le jeu des tycoons mafieux de la finance véreuse, ce que tout le monde savait déjà.
Pour s’en plaindre ensuite.... et c’est ça qui a la limite est rassurant.