Le sens de la vie : on pourrait parler, en jouant les intellos blasés, du resurgissement d’un vieux questionnement baba.
Personnellement j’en suis revenu de ce questionnement. Le carpe diem, cultiver sa créativité, se détacher du matériel, les convictions, la spiritualité, courir le monde... sont le fonds de commerce des boîtes de développement personnel qui puisent leur clientèle parmi les mémères aisées qui ont peur de vieillir et les bobos qui s’emmerdent au volant de leur Mini Cooper décapotable, le dernier "Hotel Costes" dans l’autoradio MP3.
Ce serait quoi, vivre ? Renoncer à ses rêves de gosse conditionnés par l’environnement et les media, sous prétexte qu’ils sont factieux ? Mon gendre rêve d’une Lamborghini, il n’a qu’une Fiat mais rêver d’une Lamborghini meuble ses loisirs et l’aide à supporter son boulot, les soucis d’argent qui en découlent et ses problèmes de famille recomposée. Lâché dans la nature, mon gendre est perdu. Bien sûr il trouve ça beau la flore, la faune, les lois de l’équilibre naturel, mais il ne sait pas quoi en faire de cette beauté. Parlez-lui de spiritualité, il vous répondra très justement que ça n’a jamais rempli une assiette, la spiritualité, ni empêché les gens de s’entretuer pour des conneries. Mais participer à des concours sur le web, gratter un ticket, collectionner des points de remise sur tel ou tel produit cela permet d’arrondir le salaire minable et déjà, de vivre un peu mieux. Vivre un peu mieux c’est quoi à ses yeux ? Sortir, se faire un petit week end de temps en temps, s’offrir une fringue, un gadget dont on a envie, à défaut d’une Lamborghini. Mais la Lamborghini c’est l’objectif presque inaccessible quoique réel, c’est la barre placée haut mais qu’il n’est pas impossible de franchir, certain jour, après tout pourquoi pas, à la faveur d’un tirage favorable des six bons numéros. C’est tout con mais je me sens plus proche de ce rêve que de celui de l’artiste qui court après quelque chose qui court plus vite que lui (sachant que se réaliser dans ce domaine est d’abord affaire d’appartenance) ou que le frustré inavoué qui se replie sur la spiritualité pour se faire croire qu’il y a une justice transcendante, la maigre possibilité d’un bonheur à chercher en-dedans de soi comme il est écrit dans les best-seller de Paolo Coelho.
Vivre sans avoir de quoi vivre, j’ai un copain qui y a cru longtemps. Il irait vivre dans une caverne. Au menu, chasse au javelot, pêche à la main, cueillette de fruits et de légumes, racines. Objectif : Madagascar.
Lorsqu’il s’est retrouvé là-bas, à quatre ou cinq reprises, il s’est empressé de louer un truc confortable au bord de la mer et de visiter le coin sur un scoot de location. Il a essayé par chez lui de s’installer dans une caverne, tout un été, mais il était sans cesse dérangé par des promeneurs et des équipes de spéléologues. Pas foutu de se tailler un javelot, il s’est aperçu qu’il ne l’était pas non plus de tordre le cou à un volatile. La pêche à la main ? Mise en échec par la pratique du canyoning. Les racines, les fruits, les légumes sauvages ? Laisse tomber. La spiritualité ? Chez lui elle s’arrête à l’herbe. Autrement c’est de la connerie.
Conclusion tirée par un autre de mes potes qui s’est adonné un temps à ce bouddhisme d’opérette que l’on pratique en occident. D’emblée il n’a pas pigé pourquoi les ashram regorgeaient de dorures et de préciosités, alors que le bouddhisme est sensé prôner le détachement des choses de ce monde. Et puis il s’est aperçu que c’était un vaste business, bouquins, tee-shirts, stages d’enseignement, tout avait un prix.
Ce pote a ensuite renoué avec le syndicalisme ouvrier. Mais là aussi, on était loin de la conviction d’antan, où l’esprit de solidarité faisait qu’on était prêt à se lever à cinq heures du mat’ pour aller coller des affiches. Un syndicat c’est une hiérarchie et des parlottes dont la base est un peu exclue. Un syndicat il vous dit d’aller manifester là en file indienne et de revendiquer ça. Lui était contre le travail, il l’a dit et ç’a été très mal vu. Alors il a laissé tomber.
Le sens de la vie est une vaine quête. Vivre en tant qu’humain sans la civilisation est un leurre idiot. S’en rendre compte nous rend, je crois, infiniment plus humains.
J’ajouterais qu’un "bon votant" se sert après coup des outils mis à sa disposition, à savoir les permanences des députés, des partis, lorsqu’il s’agit de contester un projet de loi, un dispositif, de témoigner de son indignation lorsqu’il y a bavure, abus, magouille. Ce qui passe par les permanences remonte immanquablement dans la hiérarchie des partis, dès lors qu’un certain nombre de gens viennent l’exprimer. Certains députés UMP se plaignent d’ailleurs publiquement d’être harcelés par leurs propres électeurs à leurs permanences. Même si ça ne sert pas à grand chose, c’est une trace laissée, et une trace + une trace + une trace ça finit par pourrir un climat, surtout s’il y a menace de la part du citoyen de renvoyer sa carte d’électeur, voire de solliciter sa radiation des listes électorales.
Je trouve que le dégoût des politiciens qui s’exprime ici et ailleurs (et non le dégoût de la politique, bien au contraire !) gagnerait à davantage aller s’exprimer sur le terrain des politiques eux-mêmes. Nous devrions tous passer nous chauffer une petite demi-heure par semaine dans les permanences UMPS de nos villes, solliciter des entrevues à répétitions et à plusieurs avec celle, celui qu’après tout, nous avons élu(e) -ou non- comme le (la) représentant(e) de l’intérêt public. Reconquérir la démocratie en passe peut-être par l’utilisation par le citoyen des outils mis à sa disposition. Or un élu n’est pas autre chose, dans l’absolu, qu’un outil de transmission, et une permanence pas autre chose qu’une mini-caisse de résonance.
Si on commençait par la revendication du mandat électif unique et non-renouvelable ? Je vous promets que si nous sommes déjà un petit millier à nous bouger le cul pour aller titiller nos députés à ce sujet, en brandissant le chantage au refus de voter, certains visages vont commencer à pâlir...
Vrai, je crois comme vous que la démocratie, telle qu’on l’entend idéologiquement, et selon l’étymologie du mot, nous montre avec le vote populiste qu’elle est au bout du rouleau. Elle ne peut pas fonctionner avec une partie du peuple qui serait consciente des enjeux collectifs et de ce qui est bon ou mauvais pour l’intérêt public, et une autre partie qui se contente de voter pour la mieux habillée, le plus "distingué", ou celui qui promet aux petits vieux, comme je l’ai entendu des tas de fois, "de virer les étrangers". Avec au milieu toute la palette des magouilleurs opportunistes et en bout de course, les gagas qu’on va chercher dans les hospices pour les faire voter "ce qui est bon pour vous, mémé".
Je sais que c’est moche de dire ça, mais à quoi bon jouer à faire semblant ? Poursuivre sur ce terrain, vous le dites très bien, ne pourrait nous mener qu’à un désastre plus terrible encore que celui que nous connaissons.
On imagine très bien un Brice Horefeux jouant à Sarkozy le tour que celui-ci a joué à Balladur...