Je ne veux pas répondre à la place de notre ami John Lloyds, mais à mon sens, il n’est plus rien à attendre de valable du suffrage universel, du moins dans l’immédiat.
On peut imaginer qu’à l’occasion d’une crise de régime qui entraînerait des conséquences très graves, la France soit placée sous la tutelle d’un "collège de sages" formé de personnalités européennes appartenant à la société civile (universitaires, juristes, intellectuels, scientifiques, représentants du monde ouvrier... choisies et dirigées par l’une de celles-ci (par exemple Eva Joly, comme je l’avais écrit par ailleurs), avec pour mission, entre autres, de redéfinir une constitution réellement démocratique fondée, par exemple, sur le référendum d’initiative populaire et le mandat électif unique et non renouvelable... via une nécessaire épuration de la classe politique, cela va de soi.
Mais c’est juste une vision personnelle, que j’estime des plus sages. Nous pressentons tous que quelque chose de déterminant va se produire dans les mois qui viennent, mais nul ne peut dire comment cela se passera ni ce qui en découlera.
Bon, Michael Jackson, un génie, moi je veux bien, mais à la façon dont on concevait le génie dans les années 80. Ainsi Gainsbourg était un génie parce qu’il savait écrire des chansons intelligentes et connes et faire du reggae comme de la house ou du jazz tout en ayant l’air d’un clodo. Jackson avait surtout le génie du clip bien torché (avec le concours de John Landis), mais pour moi, après "Thriller", que l’on peut objectivement qualifier d’album culte, en ce qu’il était réellement un joyau de disco/funk, il n’a plus fait que du remix de remix de... Jackson. En somme, il a surfé sur la vague qu’il avait lui même initiée, histoire aussi de (re)lancer son frangin et sa petite soeur, quasiment oubliés aujourd’hui après n’avoir rien produit qui soit de nature à effacer le souvenir d’un Marvin Gaye, d’une Diana Ross ou d’un Barry White.
Je reconnais que quand on est fan on a du mal à être objectif. Mais bon, Jackson n’était pas le seul à son époque à produire une funk à réveiller les morts. Il n’était pas le seul non plus, à son époque également, à produire de la ballade soul à vous provoquer des orgasmes spontanés chez une missionnaire des Témoins de Jéhovah ! Luther Vandross excellait aussi sur ce dernier registre. Earth, Wind and Fire, Creative Source, en matière de funk policée, ce n’était pas mal non plus, les assommantes boîtes à rythme préprogrammées, typiques des années 80, en moins.
Le problèlme avec Jackson c’est qu’il a voulu à un moment donné trop en faire, et à mon sens le délire a pris le pas sur le talent. Il n’était pas de ces figures fabriquées de toutes pièces comme son challenger Prince, qu’on a bombardé star du jour au lendemain (ce qui préfigurait ce qui deviendrait la norme dans les années 90/2000), il y avait réellement quelque chose de plus chez ce type, qu’il a complètement gâché.
Il peut revenir, il reviendra sûrement comme sont revenus les Guns n’Roses récemment, et beaucoup d’autres, mais avec la même fortune, je le crains... Les années 80 sont loin derrière nous, Jackson est un quinquagénaire, la funk est aux années 2010 ce que le fox-trot était aux années 50, le public n’est plus le même, la musique s’écoute autrement. Bref, cessons de jouer aux anciens combattants et allons de l’avant, sous peine de devenir le public bavocheur du Pascal Sevran des années 2020.
De votre exposé à propos de cet essai de Todd que j’avoue ne pas avoir lu, je retiens le schéma suivant :
Sarkozy est devenu le président d’un électorat qui lui ressemble, et dont par conséquent il procède.
Nous sommes dans le jeu de la projection, et cela me paraît évident dans un monde où l’image a tellement d’importance. Ce président ressemble à ceux qui l’ont élu, il est le produit du système qui l’a mis en place, il est en même temps le symptôme le plus criant de la crise de société dont il procède. Et l’un des symptômes vivants, avec selon moi un GW Bush, un Jorg Haider et un Berlusconi, du danger qui guette la démocratie.
Si l’on considère que le populisme est une déviance de la démocratie en même temps que son antidote le plus efficace, la démocratie est bel et bien en danger dans la mesure où des personnalités telles que Sarkozy et celles que je viens de citer sont les produits d’un vote populiste, et d’un système mêlant cliéntélisme et délit d’initiés.
Que peut-il se passer ? L’absence d’un contre-projet de société qui tienne la route, le défaut d’alternative à ce qui est proposé peuvent conduire, comme ce fut le cas par le passé aux Etats-Unis, la fraction la plus évoluée, culturellement parlant, de la société à se détourner du politique... à la laisser, en somme, à ceux qui continueront de toute manière à voter et à s’exprimer de façon irréfléchie, épidermique, sans souci ni notion du long terme.
Le vote sarkozyste se situe dans cette perspective. Idem pour le vote Royal. A droite, un de Villepin, plus réfléchi, plus distant, trop intellectuel, n’aurait pas été élu. A gauche, un DSK serait passé pour ainsi dire inaperçu. Un Jospin aurait été ignoré, raillé, éconduit Un Hamon n’aurait recueilli qu’une poignée de voix.
La foire d’empoigne qui s’est tenue entre deux egos flirtant avec le désordre mental avait la couleur du temps qu’il faisait. Elle collait à merveille avec l’état d’esprit du moment.
Sur le "péril islamique", je serais aussi modéré que Todd. Le danger terroriste est le fait d’une extrême minorité de fanatiques... et cela n’a rien à voir avec le fait que l’on trouve des dindes hallal dans nos grandes surfaces, ce qui moi ne me gène pas, puisqu’on y trouve aussi des produits casher et des pâtés pour végétariens. De plus, on ne sait pas très bien si ce terrorisme islamique n’est pas, quelque part, une sorte de parade orchestrée par les services secrets américains, dans un dessein que chacun peut concevoir assez facilement. L’Islam fondamentaliste est en vigueur dans les Emirats où l’on adhère à un mode de vie excessivement occidental, je dirais même américanisé à l’extrême. Course au gratte-ciel le plus haut, mégapoles érigées en plein désert, immobilier de prestige et islamisme d’obédience wahabite. Alliage bizarre où un violeur peut être décapité au sabre. Mais on est très loin des divagations d’un Bin Laden et des échappées en mobylette d’un non moins fantômatique mollah Omar...
Le niveau de vie aux Etats-Unis... au-dessus du nôtre. Yeah, Man, surtout depuis les frasques de Bush et la descente en flammes du dollar. Encore faut-il savoir de qui et de quoi on parle. Le niveau de vie du trader de Wall Street ? Disons qu’il fluctue, en ce moment. Celui du banquier ? Idem. Celui de Tom Cruise ou de Madonna ? Celui du camionneur à son compte ? Celui de l’ajusteur de chez General Motors ? Celui de la mémé septuagénaire employée à empaqueter les provisions des légèrement moins pauvres qu’elle à la sortie de la caisse de la Grocery ? Celui du chômeur privé du même coup de Sécu et de points retraite ? Celui qui se retrouve, à l’âge de se retirer, sans un dime vaillant parce que le fonds de pension sensé lui assurer une retraite dorée a coulé, ou a été siphonné par un Madox ?
Vous ne savez pas de quoi vous parlez, hurlevent. So, let’s make a deal, rookie ! Allez donc bosser chez Amtrack, c’est dans vos cordes puisque vous êtes dans les rails. Le directeur n’est certes pas nommé par la Maison-Blanche, mais ils ont sûrement un job qui devrait vous convenir. Peut-être pas payé comme à la SNCF, et sans les garanties que vous pouvez retirer de celui que vous occupez actuellement, mais ça vaut peut-être de tenter le coup, non ? Vous bosserez évidemment les dimanches et les jours fériés, à votre convenance ou pas, et ne prendrez votre retraite qu’au bord de l’agonie, si ça vous chante.
Mais de quelle liberté parlez-vous ? Sarkozy était encore à l’état de projet de coït que le travail du dimanche existait déjà sous nos latitudes. Dans la restauration, l’hôtellerie, les métiers de bouche, dans les hôpitaux, chez les pompiers, l’armée, les aiguilleurs du ciel, les professionnels du spectacle, les agriculteurs, les ambulanciers, sans oublier les forces de l’ordre, que vous devez affectionner, et à la SNCF qui est votre employeur, semble-t-il. J’ajoute de nombreuses grandes surfaces, qui sont ouvertes le dimanche matin.
Qui ne travaille pas le dimanche ? Le domaine administratif, qui ne travaille pas non plus le samedi et qui nous pompe l’air le reste du temps. Les banques et les assurances. La Bourse ne sévit pas le dimanche non plus. Les politiciens travaillent peu le dimanche (si tant est que l’on puisse dire que ces gens-là travaillent). Le salarié des usines, enfin celles qui n’ont pas délocalisé du fait de la globalisation néolibérale pour quoi vous militez. La petite caissière de la grande distribution encore fermée le dimanche, mais Sarkozy va y remédier, il a toujours renvoyé l’ascenseur à ceux qui l’ont aidé à devenir ce qu’il est... pour quelques temps.