Article hyper-passionnant, et j’applaudis de mes sept mains de mutant.
C’est vrai que dans les années soixante on était porté vers l’avenir. Dans mon petit quartier il y avait un "Bar de l’Avenir" (minuscule et tenu par deux petits vieux), on voyait des voitures aux lignes futuristes, des feuilletons dont l’action se déroulait dans le futur, des bandes dessinées mettant en scène des personnages bardés de gadgets, flanqués de lieutenants extraterrestres et de robots, partant à la conquête de planètes lointaines et de dimensions parallèle, bref, on se projetait.
Là, depuis une petite dizaine d’années, on voit se mélanger toutes les époques de l’après-guerre au niveau du style, on nous ressort des Fiat 500, des Cox, des Thunderbird et des Mustang à peine redessinées, certaines bagnoles ont un design inspiré des années 30, les nanas retrouvent un look seventies, les ados découvrent les 33 tours de leurs parents, on baigne dans une espèce de nostalgie béate de ce qui n’a en fait jamais été... Car quiconque a un peu connu les années 60 et 70 peut dire que ce n’était pas, loin s’en faut, une époque si transcendante qu’ont l’air de le croire ceux qui n’étaient pas né en ce temps-là. Notez que ma génération (je suis né en 60) est tombée dans le même piège à propos des années 50, et qu’il se trouvait fort heureusement des contemporains de cette décennie pour nous rappeler qu’on voyait rarement des Cadillac bicolores pilotées par des rockers dans les rues de Massy-Palaiseau et qu’on entendait davantage Piaf et Chevalier sur Europe N°1 que MM Presley ou Gene Vincent.
Le fait est qu’aujourd’hui, non seulement on peine à se projeter dans l’avenir, mais on a du mal à vivre le présent. Aucun courant artistique, littéraire, musical ne se dégage de la masse de micro-courants existants. Politiquement on a l’impression d’avoir fait le tour de toutes les utopies pour se rabattre sur un néolibéralisme par défaut qui, moi, me fait penser à cette obsession de l’argent qu’ont certaines vieilles dames qui ont été belles et qui sont revenues de tout.
La quête prise au sens initiatique, ou la quête du mendiant ?
Dans la première occurrence, si on se livre à cette quête, fût-ce sans même s’en rendre compte, on risque fort d’aboutir au dégoût de tout... l’ataraxie, le nihilisme. Eet peut-être même à la seconde occurrence, la quête du mendiant.
Apprendre, au travers de sa quête, à savoir y mettre un terme au bon moment.
Dans un système aussi féodal que le nôtre, des tas de gens très brillants dans leur partie ont toutes les chances de croupir dans du sous-emploi si ce n’est le chômage. Mais là on touche à un débat plus vaste et inépuisable dans ces colonnes, d’autant qu’il tourne en rond, alors je n’irai pas plus loin.
Mais il faux d’avancer que l’effort est toujours récompensé, que persévérer permet d’avancer... alors qu’entrent en ligne de compte, dans la société qui est la nôtre, des notions d’appartenance à tel ou tel réseau, de connivence, de cooptation, d’accointances, de situation aussi. Quelqu’un de talentueux dans sa partie, mais qui aura le malheur de vivre en Auvergne ou dans le Loir-et-Cher, est polur ainsi dire condamné à vivoter. Il pourra fournir tous les efforts du monde, s’il n’a pas dans sa poche les bonnes personnes, c’est comme s’il passait ses journées à glander.
On imagine l’imbroglio juridique qu’une telle mesure engendrerait. Que vaudrait l’arrestation en flag par un flic privé d’un criminel de droit commun ? Aux yeux d’un juge responsable, cela se solderait pas un non-lieu. Et d’une façon ou d’une autre, si pareil dispositif était mis en place, il y aurait une telle résistance de la part des syndicats de la magistrature comme du Barreau que le dispositif avorterait bien vite.
Déjà, il y a eu de la part du pouvoir en place une tentative d’instaurer une sorte de système de ce genre sur le mode du volontarisme citoyen (autrement dit du bénévolat), où tout un chacun est invité à devenir un sous-flic sans prérogatives ni arme mais soumis à sa hiérarchie et disponible à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, comme un pompier volontaire. On ne nous renseigne guère sur le succès ou sur l’échec de cette initiative auprès du public, et d’ailleurs j’ai remarqué que les affiches et encarts de recrutement ont rapidement disparu.