Excellent article qui a le mérite d’ouvrir les yeux... à quiconque aura le courage de ne pas les garder fermés.
Une remarque : il faut avoir pas mal bourlingué à l’intérieur de nos frontières pour prendre conscience de ce que si la France a un jour compté au regard des autres nations, si elle a eu un renom international, si elle a existé en tant que nation-phare économiquement et culturellement parlant, si elle a existé en tant que modèle social, cela s’est fait sans son peuple, à son insu, je dirais même à son corps défendant. Car il y a une immense cassure entre ce qu’a pu représenter la France à l’extérieur de ses frontières et l’idée que se font les français de leur propre pays. Il y a un gouffre entre ce que représente encore ce pays dans l’imaginaire de l’Américain, de l’Allemand, de l’Italien, du Britannique, du Danois, de l’Australien, de l’Irlandais moyens... et ce qu’est le Français dans son milieu naturel, ou ce qu’il prend pour tel.
Un peuple qu’il faut bien reconnaître comme majoritairement assis sur ses vieilles certitudes, incapable d’ouverture sur le monde extérieur, pire que ça : méprisant du monde extérieur jusqu’à la xénophobie. Un peuple majoritairement incapable de s’exprimer dans une langue étrangère, et quelquefois même dans sa propre langue. Un peuple majoritairement sans culture, ni littéraire ni musicale, n’entendant rien aux Beaux-Arts, ignorant tout de l’architecture, plus enclin à s’intéresser à l’astrologie qu’aux sciences exactes, à l’anecdote qu’à l’Histoire, au cliché qu’à l’examen approfondi, au dénigrement systématique de tout et du reste qu’à leur critique éventuellement constructive.
Certes, on débat beaucoup, en France. On ne fait même que ça, persuadé que l’on est de ce que le bavardage, pardon, le dialogue, peut tout résoudre. Comme forcément il ne se passe rien, alors on débat sur le rien. Pendant ce temps, les prédateurs que l’on aura élu sur d’éternelles promesses, leur verbiage "accessible au plus grand nombre" ou même leur talent à savoir porter le costard, pendant ce temps les prédateurs agissent, forts de la légitimité d’un suffrage universel qui, nous sommes en train de le vérifier, est dans un tel contexte une véritable arme de destruction massive.
De l’ignorance à l’impuissance, le peuple de France mène sa barque au naufrage. Nous sommes quelques-uns à nous en rendre compte mais pas d’inquiétude pour tous les autres : du moment qu’ils ont leur ration de variétés à deux balles, leurs footeux, leur pastaga, leurs amuseurs patentés, leurs journaleux vendus et leurs siliconnasses télévisuelles pour les distraire, ils n’en ont rien à fiche de savoir que nous basculons jour après jours vers le totalitarisme. D’ailleurs, si vous leur demandez ce que c’est que le totalitarisme, la plupart vous répondront que ça doit avoir un rapport avec le pétrolier Total. A part ça... ils descendront peut-être dans la rue si on les empêche de sortir la bagnole le dimanche, si on leur augmente la redevance télé, ou pour protester contre les allocations versées aux étrangers. Mais pour le reste, la précarité, les pauvres types qui crèvent à la rue, les milliards d’argent public dilapidés par la sinistre clique de leur cher président depuis qu’ils l’ont élu, la mise sous surveillance de nos gosses dissipés, l’omniprésence des flics qui font de nos rues le pendant de celles de Bucarest sous Ceaucescu, ils ferment leur gueule.
Personne dans ce pays, ou si peu, pour s’étonner de ce que le nombre de morts de sans-abris et de suicides dans les prisons françaises n’entraîne pas la venue d’observateurs d’organismes supra-nationaux. Personne dans ce pays, ou si peu, pour s’inquiéter de la nomination prochaine d’un Brice Hortefeux aux affaires sociales. Personne dans ce pays, ou si peu, pour mettre en avant le passé d’un Devedjian, ou d’un Hortefeux, déjà nommé, au regard des responsabilités qui leur sont confiées.
Mais une immense déprime, paraît-il. De la morosité. Pourquoi, au juste ? De très mal gagner sa vie dans un pays que l’on dit riche ? De ne plus pouvoir s’acheter de bagnole neuve et de pavillon en parpaing pour faire le propriétaire ? Ou de piger enfin que si on en est là, c’est qu’on n’y est peut-être pas pour rien ?
Je ne bois pas, pour les mêmes raisons que vous, mais je fume la pipe, dans mon bureau quand je suis seul (je travaille chez moi) et pas dans les lieux publics fermés. Les bistrots je n’y mets plus les pieds depuis longtemps, non pas parce qu’il est interdit d’y fumer, mais parce que les consos sans alcool, caoua compris, sont devenus chers et que la plupart sont devenus des lieux bruyants famés de gueulards abiérés.
Je fume la pipe en extérieur, et parfois des gens m’accostent pour me dire que ça sent bon, que c’est sympa et "moins dangereux que la cigarette". Tu parles.
Mais dans un repas en groupe, quand on me voit monopoliser la carafe d’eau, les commentaires vont bon train, d’autant que je ne conduis pas. Et quand je dis les commentaires, ça va de l’ironie à la perplexité. On ne pige pas, sous nos latitudes de tradition viticole, qu’un quidam puisse ne jamais toucher au vin ni à quelque alcool que ce soit. Pour aggraver mon cas, je suis un gros buveur de lait.
Je fume la pipe, je bois du lait, conclusion : j’ai subi une influence anglo-saxonne dont il me faut me guérir.
Ben oui, c’est comme ça qu’on voit la chose.
Moi, je me marre quand je vois ce que ça donne, les sorties de repas bien arrosés, précédés de l’apéro de rigueur et conclus par le pouss-café pour la route, dans la vie des couples de je côtoie.
Ben ouais Antonin, c’est de toi que je parle, un peu plus haut. Je ne sais pas si Polimeris fait dans l’intellectualisme, mais l’impression que j’ai à propos des adeptes de face-de-bouc et consorts, c’est qu’ils font dans l’internement volontaire.
Face-de-bouc devient payant, on se repliera sur le concurrent "gratuit" à qui on refilera à l’oeil tous les renseignements possibles sur son compte, histoire de leur permettre de les fourguer à la plus offrante des banques de fichiers-clients - et là je reste optimiste, refusant, comme un autre intervenant, par souci de confort intellectuel, l’obsession du complot qui fait partie des fantasmes majeurs de l’univers internautique.
Je constate à tes dires que tu es conscient de la chose. C’est au moins ça de gagné.
T’arrive-t-il (si je ne suis pas indiscret) d’entretenir des relations réelles avec de vraies gens, autour d’une passion, d’un projet, d’un idéal, d’un sport ? Si oui, est-ce que tu n’as pas l’impression que c’est plus enrichissant que de collectionner les amitiés virtuelles du web ?
Alors là, félicitations d’un autre vieux con (qui se félicite d’être un vieux con vivant) pour le travail que vous faites, et dont je me souviens que j’en ai bénéficié lorsque je me suis mis à l’informatique, il y a une quinzaine d’années, grâce à un chic type comme vous qui avait envie de transmettre ses connaissances et de les donner à partager.
Soit dit en passant, cette pratique-là de l’outil informatique va exactement à l’opposé de l’addiction aux réseaux asociaux et à leurs faux-semblants dont il est question dans ce débat. Un jeune intervenant reproche à un anti-face-de-bouc son intellectualisme, arguant qu’il y a des petits plaisirs dans la vie, ceci cela... Mais le petit plaisir bien concret de se retrouver entre vrais potes autour d’une activité qu’on aime bien, sportive, intellectuelle, ludique, planter des choux, monter un fanzine, une chorégraphie, un ciné-club de cambrousse, mixer des sons, faire la cuisine, créer une web radio en live, se retrouver pour faire du vélo, du foot, du roller, de la spéléo ensemble ? Bien sûr on n’a guère de chances de croiser je ne sais quel vedet ou quelle siliconnasse people dans ce genre d’activités très terre-à-terre, mais qui ont au moins l’avantage de faire se rencontrer des bipèdes en trois dimensions, concrets et pourvus de qualités, de défauts, de talents, de sales manies et d’envie de se dépasser qui sont autant d’outils à fabriquer du lien social, et ça c’est du concret, et ça permet même de draguer "pour de vrai".
Mais peut-être que ça fait peur, au jour d’aujourd’hui, les rapports entre vraies gens ?
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