23 ans, je fais des statistiques en recherche agronomique.
J'essaie de m'intéresser à l'actualité pour voir ce qui va m'arriver en pleine poire. Je ne devrais certainement pas :-)
Votre remarque est toute aussi fausse que de dire que les OGMs sont mortels.
Les cultures d’OGM aujourd’hui ne sont pas du tout vivrières mais destinées à l’élevage ou l’exportation. Le maïs, le coton, le soja et le colza regroupent la grande majorité des OGMs produits aujourd’hui. Le coton, c’est du textile ; le soja, c’est pour l’industrie agro-alimentaire et le fourrage ; le maïs, c’est pour le fourrage, le biocarburant et l’industrie (amidon), et un peu pour l’alimentation au Mexique et en Amérique du Sud, et le colza pour l’huile.
Mr. Chalot, je suis choqué par l’islamophobie de votre titre. Blague à part, ce site me rappelle tous les jours à quel point l’extrême gauche et l’extrême droite sont similaires, avec simplement des boucs émissaires différents. Pas si sur que les votes classiques UMP et PS soient seulement dus à l’habitude, de fait.
@Isga, je peux vous répondre en partie. Pour étiqueter les OGM, il faut faire en sorte que les filières OGM et non-OGM restent séparées. La question n’est pas simple, si l’on considère qu’il peut y avoir des croisements lors de la floraison, que des récoltes de toute une région se retrouvent dans le même silo (et qu’un silo, ce n’est pas gratuit), etc... Pour avoir connaissance de ces mécanismes, il faut pouvoir passer en champ à un moment donné.
C’est grâce à des essais sur paysage agricole réel qu’on a pu mesurer par exemple que le pollen de maïs n’est plus fertile au delà de 200 mètres et que décaler le semis de 15 jours décale les floraisons et empêche les croisements. Que par contre, le pollen du boulot reste actif longtemps et peut polliniser des arbres à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, et que c’est en partie pour cette raison qu’on développe des OGM stériles. Ce genre d’information ne peut pas être acquis en laboratoire.
Par contre, il est évident qu’une variété OGM est créée en laboratoire et que c’est en chambre isolée qu’on teste la stabilité de la variété, pour s’assurer de sa viabilité dans les conditions optimales du laboratoires avant de passer à l’étape plein champ où on est confronté aux maladies, insectes, à la météo aléatoire, à un sol pas optimal...
Mon coup de gueule va au principe de précaution à la française. Le principe de précaution, à la base, c’est prendre des mesures pour éviter des risques inconnus d’ordre environnemental uniquement. On a transformé ça en risque sanitaire pour faire peur au public largement plus soucieux de leur estomac que de l’environnement, et pas crédule pour un sou. Maintenant, si on ramène le débat en terme environnemental, une question que je pose c’est : vaut il mieux un OGM qui produit son pesticide ou un épandage de pesticide ? Et la réponse est nette, l’OGM c’est bien plus sain. En théorie. En pratique on ne saura pas parce que les parcelles sont fauchées. Une autre question à se poser, c’est : quels sont les dégâts sur la faune et la flore sauvage. Et là il y a autant de réponses que d’OGM existants : le coton transgénique en Chine, c’est une catastrophe écologique, mais tout le monde s’en fout parce que ça n’arrive pas dans les assiettes. Le maïs transgénique en France, pas de problème puisqu’il n’y a pas de maïs sauvage en France et que les maïs qui sont cultivés sont déjà des clones sans variabilité génétique. Là où ça craint vraiment, c’est les conséquences que cette peur stupide peut amener : arrêter le développement en France et revendre tous les brevets à Monsanto pour que ça se fasse loin de chez nous. Ah bah ils peuvent être fiers les écolos, maintenant les gens sont encore plus flippés et pour les mauvaises causes.
@jarnicoton : Je fais un constat très terre à terre sur le progrès en général. Les découvertes se font de toutes façon, que ce soit chez nous ou ailleurs. En fauchant les parcelles expérimentales de l’INRA, les écolos préfèrent que la recherche soit faite par Monsanto, même si c’est involontaire. Après, pour acquérir des données, vu qu’on a plus nos parcelles la recherche publique doit en acheter à Monsanto, c’est tout bénef pour les écolos qui peuvent dire sans honte « tous pourris » à l’égard de l’INRA.
Deux petites anecdotes pour rappeler que le problème n’est pas simple.
-> Jusque dans le milieu des années 80, les pionniers de l’OGM étaient la recherche publique française. Sous la pression de mouvements écolos, tous les brevets et techniques développés par l’INRA ont été abandonnés, puis rachetés par Monsanto. Cette histoire est là pour dire merde au principe de précaution à la française et merde aux faucheurs.
-> Une anecdote malgache sur l’utilisation des pesticides. Il faut savoir qu’à Madagascar, les protocoles ne sont pas des plus hygiéniques et les agriculteurs épandent leurs pesticides au vaporisateur, sans masque, le nez dedans, bref tout pour crever vite. De plus, le pays est tellement pauvre que les jerricans qui contiennent les pesticides sont réutilisés pour transporter de l’eau dans la foulée, par simple manque de containers en plastique ; souvent sans être rincés. On obtient une situation sanitaire catastrophe bien entendu et pas seulement limitée aux agriculteurs. Dans ces conditions, je préfèrerais largement faire cultiver un OGM qui produit son propre pesticide que ce qui est pratiqué encore aujourd’hui.
Deux autres remarques : contrairement à ce que dit spartacus, on ne produit pas de l’OGM depuis 60 ans mais depuis le début de l’agriculture. Regardez ne serait-ce qu’une bouture et vous avez un croisement génétique entre deux arbres. Le changement, c’est d’aller manipuler directement dans le génome, et d’apporter des modifications inter-espèces. Ensuite, je rappelle aussi que la remarque de docdory sur l’augmentation des résistances est aussi malheureusement valable pour les pesticides, et que l’alternative en agriculture intensive pour le moment, c’est pesticides ou OGM. Personnellement je suis intéressé pour voir quelles pratiques peut on tirer de la permaculture, et c’est aussi dans ce sens que sont conduits des travaux de l’INRA. Mais on reste dans une optique de rendement qui n’est pas celle des essais en permaculture actuels.
Bref pour moi les problèmes concernant les OGM sont : la brevetabilité du vivant, et je rejoins le point de vue de docdory ; le conflit d’intérêts soulevé par bubu123 entre fabricants d’OGM et de pesticides, qui justifie l’impopularité de Monsanto, mais qui, comme je l’ai écrit en premier paragraphe, a été aidé par l’action sans réflexion de nos écolos.