J’avais bien compris que vous aviez des compétences en la matière.
Les expériences vécues façonnent les conditions développementales subséquentes. Ainsi, on parlera d’épigenèse probabiliste et de canalisation expérientielle pour comprendre les différentes trajectoires développementales, notamment celles menant à des troubles du comportement externalisés ou internalisés (les cas auxquels vous faites référence). Les processus liant individu et environnement sont simultanés et bi-directionnels : l’individu contribue à l’environnement et en même temps cet environnement a une incidence sur l’individu et le développement de ses capacités à agir dans cet environnement.
Ainsi, la qualité des interactions précoces, et particulièrement lors de l’attachement, ont des conséquences sur le développement biopsychologique de l’individu. Cependant, le développement n’est pas linéaire, il présente des sauts qualitatifs indéniables qui modifient la relation individu-environnement. De même, les différents environnements (contextes, systèmes) peuvent connaître des changements brutaux qui obligent à des réaménagements profonds plus ou moins acceptables et/ou accessibles selon les individus (Idée de chaos, de point de bifurcation).
Les manifestations comportementales peuvent donc différer d’un individu à l’autre même si leur origine est similaire. On parlera ainsi de facteurs de protection et de facteurs de risque pour rendre compte de cette complexité multifactorielle affectant le comportement et l’adaptation des individus. C’est par cette compréhension de ce qui caractérise l’individu, dans toute la singularité de son histoire et de sa situation présente, que l’on peut comprendre de quels leviers nous disposons pour l’aider. Comme vous le faites vous-même remarquer, l’interruption des prises médicamenteuses fait resurgir immédiatement les problématiques. La situation était donc neutralisée, mais pas désactivée, et c’est bien là le problème.
Au Québec un programme de prévention des troubles du comportement et de la violence chez l’enfant de 8 à 12 ans qui a fait ses preuves ne limite pas son intervention auprès de l’enfant, ou de ses parents, mais à l’ensemble des partenaires interactifs de l’enfant, pairs et personnels éducatifs compris et par une prise en compte des caractéristiques de leurs contextes.
J’espère que j’ai mieux expliqué les conceptions sur lesquelles je fonde mes commentaires et que, si cela ne vous convainc pas, cela vous aura au moins intéressé !!
Certes, les béquilles chimiques sont utiles, mais si elles contiennent les manifestations comportementales indésirables de façon transitoire, elles ne constituent généralement pas une réponse suffisante.
Je ne remets nullement en cause la multifactorialité, bien au contraire (relisez donc mes commentaires de façon attentive). Je m’inscris dans une approche écologique du développement (Bronfenbrenner, 1977, 1993), modèle qui se conforme aux principes énoncés par Bertalanffy dans La théorie générale des systèmes dynamiques (dont le chapitre 7 il me semble est consacré à la théorie du chaos). Donc, non linéiare et non paramétrique.
L’ensemble des symptômes évoqués et quelques informations contextuelles me font pencher effectivement pour une problématique à laquelle la psychiatrie me semble peu susceptible d’apporter une solution pérenne, sans doute par expérience, mais encore une fois, en l’occurrence bien des informations sont manquantes pour pouvoir dresser un diagnostic suffisamment fiable.
Comme vous semblez intéressé, je vous conseille cet excellent ouvrage d’une amie : « Les troubles de l’enfant à l’école. prévention, évaluation et intervention ». de Massé, Desbiens et Lanaris, 2013, 2e édition, Gaétan Morin editeur.