Que
cet enseignement ait pu subir, par la suite, des déformations ou des
interprétations fausses n’y change rien. » Qu’en
faites-vous ? Vous me parlez de magie noire
et
de pouvoirs occultes. Personne ne nie que la fascination pour les
pouvoirs occultes ait
toujours existé. Mais
pourquoi
mettre tout le monde dans le même panier ? Si on suit votre
logique, si Jésus avait vécu au Moyen Âge il aurait fallu le
brûler pour hérésie. Idem pour Thomas et pour Marie Madeleine. Et
qui juge si la connaissance est mal orientée ? Ceux qui ne la
connaissent pas ? Bizarre...ou plutôt absurde.
Le
Dieu de Jésus, le Père, n’est pas le dieu de l’Ancien
Testament. Il le dit lui-même. Même s’il ne l’avait pas dit,
c’est pour moi une telle évidence que je n’arrive pas à
comprendre qu’on puisse les associer. C’est pourtant ce qu’a
fait le christianisme. Il a réussi l’exploit de mélanger l’eau
et l’huile. Je
vous conseille les livres de Mauro Biglino, vous comprendrez ce que
je veux dire.
La
religion et le mal. Les puissances de ce monde, pour être plus
précis les puissances invisibles de ce monde, ne sont pas totalement
stupides, elles savent qu’il faut mélanger un peu de bien dans le
mal pour perpétuer leur domination sans que ce soit la dévastation
et le chaos permanents. À quoi serviraient des esclaves morts ?
Il faut se nourrir en tuant quelques brebis, mais il ne faut pas tuer
tout le troupeau. À vous lire, la religion, prenons par exemple la
religion catholique, est du côté du bien et elle combat le mal.
Elle chercherait à contenir les mauvaises pulsions mais,
étrangement, elle n’en aurait pas elle-même. Vous
escamotez le problème, vous contentant
d’admettre, du bout des lèvres, qu’elle
a « pu le faire d’une manière violente parfois ». Elle
a tué des centaines de milliers de gens, directement ou
indirectement, mais bon, c’était pour la bonne cause. Je me
demande dans quoi se trouve le Malin dont vous voulez protéger les
brebis égarées par les « fausses » croyances ou les savoirs mal orientés…
Vous
dites que le cognitif est toujours orienté par le conatif. Je le
vois bien en vous lisant : vous prélevez les éléments qui
vous intéressent pour défendre votre idéologie et occultez ou
déformez tout ce qui ne cadre pas avec elle.
Les
simples en esprit ne sont pas ceux qui sont pauvres en esprit ou
dénués d’esprit. C’est même le contraire : ce sont ceux
qui ont un esprit simple, c’est-à-dire non composé, non complexe,
non tarabiscoté,
non parasité
par une érudition et
un intellect qui
plongent
la personne
dans la confusion et qui
lui masquent sa lumière naturelle.
Apparemment
nous avons entre nous un miroir pivotant. Je le tourne vers vous,
puis c’est votre tour de le tourner vers moi. On va le laisser
tranquille. Je crois que, sans m’en rendre compte, j’ai cédé au
désir d’avoir raison sur un sujet qui ne s’y prête pas. Nous
avons en commun cette erreur, c’est ce que votre métaphore du
miroir m’a permis de réaliser.
Ce
que je vais vous dire n’est pas à prendre de manière personnelle.
Votre
commentaire est beaucoup trop intellectuel et érudit pour être
intelligent. Vous vous perdez dans une jungle de concepts, de
métaphores et
de démonstrations tarabiscotées,
au lieu de vous connecter à votre esprit. Le
résultat de cette indigeste production mentale c’est qu’on a
l’impression que vous êtes enfermé dans une grille de lecture qui
ne vous fait voir que ce que vous voulez voir. Vous
ne faites que vous convaincre vous-même et,
bien sûr, ceux qui partagent vos idées.
Cela donne une
pensée très habilement défendue, mais dogmatique, ce
qui se voit notamment dans
le fait que vous ne tenez pas compte de ce que je dis.
Par
exemple quand je parle du Prince de ce monde. Comment concilier le
règne de Satan sur la terre avec la prospérité de l’Église ?
Vous
dites que l’Église a persécuté les mauvaises doctrines.
Êtes-vous certain qu’elle a persécuté seulement les mauvaises ?
D’où vous vient cette confiance en la sainteté et en
l’infaillibilité de l’Église ? D’une
pétition de principe involontaire : l’Église est dans le
vrai, donc elle combat les croyances fausses, ce qui prouve qu’elle
est dans le vrai.
Autre
exemple : la folie des grandeurs. Vous dites que je chipote
alors que je me suis contenté de dire que c’est absurde. Je
pensais que je
n’aurais
pas
besoin
de l’expliquer. Pire
qu’absurde,
il s’agit d’une confusion malsaine et dangereuse, et même
criminelle puisqu’elle a servi de prétexte à faire périr des tas
de gens. L’exemple des sorcières devrait vous faire réfléchir.
Quelle est la proportion de véritables sorcières, j’entends des
femmes qui commerçaient avec le diable, parmi toutes les femmes qui
ont été brûlées ? Il
n’y a aucune folie des grandeurs à vouloir suivre l’enseignement
de Jésus. Ce n’est pas parce que certains ont choisi
la voie de l’occulte pour se séparer de Dieu et acquérir
des pouvoirs servant
à renforcer leur ego que
toute quête initiatique est mauvaise et d’inspiration satanique.
Est-ce que vous vous rendez compte de ce que dites ? Je croirais
entendre un inquisiteur.Quandje
dis : « il me semble évident que le Christ a transmis à
ses disciples les plus avancés un enseignement ésotérique...
Je
n’ai pas parlé de
la gnose dans
mon commentaire car je n’avais pas besoin de m’y référer pour
exprimer ce que je voulais dire. Vous
m’avez
donné envie de
m’y
intéresser
à
nouveau.
J’avais lu un bouquin sur les gnostiques il y a très longtemps,
quand j’étais étudiant, je crois. J’avais lu aussi l’évangile
de Thomas commentée par Jean-Yves Leloup. Depuis plus rien. En
attendant de m’y replonger je peux déjà faire quelques remarques.
D’abord
la sempiternelle accusation de folie des grandeurs, probablement
aussi vieille que le christianisme : l’homme
voudrait devenir Dieu. Outre que c’est une accusation absurde (même l’expression « être comme des dieux » ne veut
pas dire « être Dieu »), c’est surtout une accusation
suspecte. En quoi l’élévation spirituelle par la connaissance
serait-elle dangereuse ? Qui a intérêt à maintenir les
humains dans la soumission et l’impuissance ? Qui d’autre
que les détenteurs du pouvoir religieux est menacé par les chercheurs spirituels ?
Il
semble qu’il n’y ait pas que la science à avoir subi la volonté
de l’Église de maintenir les hommes dans l’ignorance.
Nous vivons
une époque très particulière, une période de transition :
nous sommes sur le point de voir advenir un monde nouveau, après des
siècles et même des millénaires d’obscurantisme,
de soumission et de manipulation par les forces occultes de
l’anti-vie.
Pendant des siècles, les religions ont prospéré. Elles ont
prospéré dans une ère de ténèbres, une ère de violences, de
mensonges et de prédation. On devrait se poser cette question de bon
sens : si les religions sont l’expression
du divin, pourquoi ont-elles prospéré dans un monde dominé par le
mal ? Comment
le Prince de ce
monde
a-t-il toléré le christianisme ? Quelques
îlots de spiritualité authentique ont survécu et ont été tolérés
tant qu’ils ne menaçaient pas l’ordre établi, c’est-à-dire
le pouvoir ecclésiastique, mais
ils devaient se faire très discrets et étaient considérés comme
des marginaux :
des
mystiques comme
Maître Eckhart dans
la religion catholique, l’hésychasme des moines du Mont Athos et
les mystiques du christianisme orthodoxe, le soufisme dans l’islam.
Le gnosticisme n’a pas eu la chance de survivre car il a été
fortement combattu par les forces obscures infiltrées très tôt
dans la religion chrétienne. Depuis la découverte des manuscrits de
Nag Hammadi, il semble renaître de ses cendres. Est-ce
un hasard si ces textes resurgissent à l’approche de l’Apocalypse,
période de grandes révélations ? Mais surtout, pourquoi avoir
fait tant d’efforts pour les interdire, pour les brûler, pour les
cacher aux humains ? Cela devrait mettre la puce à l’oreille…
Enfin
dernière remarque, il me semble évident que le Christ a transmis à
ses disciples les plus avancés un enseignement ésotérique. Que cet
enseignement ait pu subir, par la suite, des déformations ou des
interprétations fausses n’y change rien. Si le Christ vivait à
notre époque, je pense qu’il divulguerait cet enseignement. Il va
sans dire qu’il ne serait pas reconnu par l’Église. Mais il
n’aurait pas besoin de l’être car elle ne connaîtrait même pas
son existence. Le terme « ésotérique » ne doit pas être
diabolisé : l’ésotérisme ne contient pas des secrets
jalousement gardés et interdits au profane, c’est simplement un
enseignement avancé qui a dû être tenu secret pour des raisons de sécurité.
L’enfant ne doit pas se prendre pour un adulte, mais il doit devenir adulte. Et le dormeur doit se réveiller.
Je
comprends que ce soit difficile de quitter la maison confortable et
sécurisante du connu. Quand vous dites que vous avez les idées plus claires, cela
veut dire que vous y voyez clair dans ce que vous voulez croire, dans
ce que vous avez choisi de croire. Y voir clair, ici, veut dire :
subjectivement, avoir l’impression d’avoir résolu un problème ;
objectivement, se positionner en choisissant une cohérence
explicative plutôt qu’une autre. La notion de sacrifice s’intègre
à votre grille interprétative, mais vous ne vous posez pas la
question de savoir ce que ça peut représenter pour un être
hautement évolué qui a choisi de s’incarner en sachant ce qui
l’attendait et qui savait qu’il ne risquait rien si ce n’est
d’expérimenter la souffrance dans un corps de chair. Vous allez
dans le passé faire votre marché, dans cette masse d’informations
déformées, incertaines et souvent fausses ou mensongères, au lieu
de vous fier à votre esprit (l’esprit n’étant pas à confondre
avec l’intellect ou le mental).
Le
cycle de l’involution et de la domination de l’astral sur l’homme
est en train de s’achever. Tout ce qui exerce ou a exercé une
domination sur l’homme doit prendre fin, y compris les religions.
Les religions ont aussi eu un rôle positif, comme je l’ai dit, car
elles ont instruit l’homme en attendant qu’il soit capable de
penser par lui-même : elles l’ont nourri de symboles, de
mythes et d’histoires édifiantes en attendant qu’il soit capable
de se nourrir par lui-même.
Je
ne voudrais pas que vous vous sentiez « attaqué », il
n’y a rien d’égoïque dans mes propos, rien qui s’apparente à
un désir d’avoir raison. Je ne suis pas en train d’essayer de
vous convaincre (si je le faisais je ne serais pas cohérent), je ne fais qu’analyser ce que vous me dites, comme
si je le scannais ou le radiographiais. Si ce que je dis provoque en vous une émotion désagréable ou un inconfort psychologique, vous avez le choix entre combattre ce sentiment d’insécurité ou essayer d’en comprendre l’origine. Avoir raison ou tort n’a pas grande importance si on prend conscience que l’essentiel est de se déprendre de son besoin de croire et de faire appel à des autorités extérieures. Les béquilles ne sont pas nécessaires quand on a des jambes saines.
Vous
avez raison au sujet de l’intellect. Dans le supramental on
l’appelle le mental inférieur. Mais l’intellect n’est pas
l’intelligence. Voyez ce qu’en disent Bernard de Montréal ou
Sandra Vimont. La connaissance véritable est au-delà de
l’intellect, qui est limité et qui se cantonne au connu, mais elle
ne se limite pas à l’Amour. Le principe de l’Amour doit être
équilibré par le principe de l’Intelligence, et inversement le
principe de l’Intelligence doit être équilibré par le principe
de l’Amour. La descente de l’Amour sur terre était nécessaire,
d’où la venue de Jésus. La fable de la religion chrétienne a été
utile, comme les contes pour enfants l’ont été dans notre
enfance. Elle ne l’est plus. Elle a été utile pour moraliser
l’homme et, comme les autres religions, pour l’ouvrir à
l’invisible, à ce qui n’est pas matériel.
Si
Pierre a été choisi bien que n’ayant pas eu accès à
l’enseignement profond de Jésus, cela peut s’expliquer par la
nécessité d’éduquer les masses au niveau d’évolution où
elles se situent : pas besoin d’être professeur d’université
pour apprendre à lire aux enfants, pour leur apprendre à compter et
pour les socialiser. L’humanité avait besoin d’un instituteur,
pas d’un initié du niveau de Jésus. Donc Pierre faisait très
bien l’affaire.
L’intellect
doit revenir à sa juste place, comme vous dites, mais ce n’est pas
pour le remplacer par l’obscurantisme et l’impuissance face au
mystère du cosmos. La véritable intelligence doit remplacer
l’intellect, et pour cela il faut s’employer à enlever ce qui
obstrue le canal de la pensée créative. Plus précisément il
s’agit de se libérer du connu, comme le disait Krishnamurti,
c’est-à-dire de la mémoire et des connaissances limitantes.
L’intelligence
sans amour est vouée à se fourvoyer : la personne veut dominer
les autres, les manipuler.
L’amour
sans intelligence aussi est voué à se fourvoyer : la personne
manque de discernement et d’autorité, elle se fait vampiriser par
les autres.