Les grandes idées, c’est bien beau, mais à part être disciple inféodé et sans espoir d’avoir (par l’élection) un poids quelconque pour appliquer ses idées, ne donner comme unique perspective que le destin hypothétique de son « chef » est un peu léger en terme de motivation.
Je trouve votre commentaire tout bonnement effrayant. A l’avant veille d’élections municipales, les plus ouvertes de toutes, vous semblez admettre que hors de l’UMP il n’y a aucune possibilité d’agir. Que les idées ne comptent pas. Que seul importe l’exercice du pouvoir et ses compensations. C’est affolant...
Qu’on se le dise, le Mouvement Démocrate a vocation à devenir majoritaire. De gagner des élections. D’exercer le pouvoir. Et il en a les moyens car la cote de popularité de son leader reste intacte, malgré une complète absence d’exposition médiatique. Car il y a une base militante active. Car tous les UDF ne sont pas partis et que leur implantation historique reste significative, et que ceux qui sont restés ont fait leur révolution culturelle et admis qu’on peut aller chercher la victoire sous ses propres couleurs. Car il a un projet solide et une structure saine.
Peut-être que je rêve un peu mais je crois que nous sommes nombreux à préférer ce rêve à votre, heu, pragmatisme ?
Au soir du premier tour l’élection est pliée. Tout le monde le sait. La presse fait bien sûr semblant du contraire pour vendre de la copie lors des jours à venir mais les chiffres sont accablants. Pour gagner, SR doit bénéficier d’un fort report des voix de FB. Or celles ci vont se départager en à peu près 30% pour NS, 30% pour SR, 30% à la pêche. Quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise. Sauf maladresse invraisemblable NS a déjà gagné.
Par ailleurs FB a fait une belle campagne sur un projet propre et original, qui lui a donné un score que personne n’imaginait possible au départ (la stratégie était plutôt de l’ordre de ’12% en 2007, deuxième tour en 2012’). Il est dès lors un peu prisonnier de ce score, d’autant plus que tout indique déjà à l’époque qu’il a réussi à fédérer une tranche de la population qui ne s’intéressait plus à la politique car ne se reconnaissant pas dans l’affrontement, à bien des égards caricatural, entre ’droite sempiternelle et gauche sempiternelle’. S’il se rallie d’un bord ou de l’autre il perd l’essentiel de ce capital, qu’il espère non volatile.
Fidèle à sa stratégie de privilégier le projet et les électeurs aux cadres et aux élus, FB ne se rallie donc pas. Son discours du 15/04/2007 dans lequel il étrille les deux camps restants est un modèle du genre.
NS a déjà gagné, au moyen d’une campagne largement fondée sur l’effet d’annonces et la domination médiatique. Il n’a pas besoin de plus de voix de FB que celles qui vont lui revenir naturellement. Par contre le score réalisé par FB est pour lui très inquiétant pour l’avenir, ce qui motive une manoeuvre de neutralisation : en lui offrant le poste de premier ministre, ce qui se saura tôt ou tard, il s’assure soit de stériliser FB si ce dernier accepte, soit qu’on puisse lui reprocher de ne pas avoir voulu participer aux réformes nécessaires s’il refuse. C’est habile, et peut-être un des germes des défections ultérieures des cadres qui ’veulent en être’ quoi qu’il en coûte.
Il ne veut évidemment pas d’un débat qui risquerait de mettre en lumière des sujets déplaisants tels que le financement de son programme ou le problème de la dette. En fait il est totalement furieux de l’espace médiatique que FB parvient à conserver dans l’entre-deux tours.
Pour SR la situation est différente. Elle a déjà lourdement perdu mais elle se doit de donner le change. Son seul espace de conquête est le centre, FB ne ne veut ni ne peut pour les raisons évoquées accepter un poste de premier ministre. Reste l’offre de débat. Pour François Bayrou, c’est inespéré : cela le fait sortir de la diabolisation ’Bayrou c’est la droite’ martelée par François Hollande et lui offre une tribune qui sera suivie avidement par des électeurs socialistes qui en d’autres circonstances refuseraient totalement de l’entendre. Le débat est dès lors évidemment civilisé, FB ne lâche rien : il y a convergence sur certaines aspirations, sociales en particulier, et divergence complète sur les moyens. Aux électeurs socialistes d’y réfléchir... Les éléphants ne s’y trompaient pas qui ne voulaient à aucun prix de ce débat. S’il y a eu faute politique, c’était chez SR, pas chez FB.
Résultat d’une journée de commentaires sur le seul article d’Agoravox traitant (un peu par la bande certes) de l’événement que constitue la disparition/fusion de l’UDF et la création du Mouvement Démocrate, le troisième parti politique Français : 95% de posts et de commentaires relevant de l’attaque ad hominem contre François Bayrou. Sur l’événement lui même, rien. Sur la méthode adoptée, quasiment rien, à part un hommage discret de Voltaire et des dénonciations d’absence de démocratie. Ne parlons même pas du projet ou du programme.
Ca n’est finalement pas différent de l’attitude des media nationaux, ce qui veut peut-être dire qu’on ne mérite pas mieux.
Les aveuglés du MoDem ? Elle est bien bonne. Si après des mois de discussion acharnée sur les statuts, les chartes, la gouvernance, l’organisation du mouvement, les adhérents du Mouvement Démocrate doivent être qualifiés d’aveugles, on se demande bien comment on devrait décrire ceux de l’UMPS à qui on n’a jamais demandé leur avis
Le Mouvement Démocrate est une machine de guerre à vocation majoritaire, qui promeut un projet de société original et cohérent, dont la réalisation passe par l’accession de son leader à la Présidence de la République. C’est aussi simple que cela.
@vivelecentre : vous défendez avec opiniâtreté une conception du centre qui était celle de l’UDF avant 2006. C’est votre droit. On peut admettre jusqu’à un certain point que le ralliement permanent d’anciens UDF au RPR puis à l’UMP, y a joué un rôle régulateur, lui évitant de tomber entièrement entre les mains de Devedjian et autre Karoutchi pour ne citer qu’eux. Cependant, dans la pratique, l’ambition initiale des ralliés UDF de 1998 de changer le parti de l’intérieur a largement échoué, aboutissant au sarkozysme triomphant dont l’aile centriste n’est guère que l’alibi équilibrant l’OPA réalisée sur l’extrême droite et une allégeance indécente à la finance.
On peut comprendre l’ambition des hommes politiques, députés, sénateurs, de jouer un rôle constructif dans la conduite quotidienne de la politique. Mais à un moment se pose quand même la question des valeurs fondamentales qui doivent gouverner cette action, et du point jusqu’auquel on est prêt à composer avec ces valeurs pour exercer ce pouvoir.
Depuis le début de la campagne présidentielle, un fossé s’est creusé qui s’approfondit de mois en mois entre le projet, les valeurs, les moyens utilisés par Nicolas Sarkozy et ceux défendus par François Bayrou et l’UDF puis le MoDem. Malgré leur légitimités élective et militante FB et le MoDem sont en pratique interdits d’action politique nationale. La crise institutionnelle est patente. Pour autant, la stratégie de sortie de crise reste civilisée et démocratique, et non révolutionnaire malgré la disproportion effrayante des moyens des uns et des autres : constitution d’une formation politique qui se veut exemplaire et qui part à la rencontre et la conquête de son électorat. C’est une très bonne nouvelle.
@jps : bien sûr que lors du congrès des amendements ont été proposés et discutés, certains acceptés et d’autres rejetés, qui demandaient plus de démocratie, ou une démocratie différente sur tel ou tel point. Comme cela avait été le cas lors de l’élaboration des 4 versions successives des statuts. Le fait que certains aient été rejetés ne doit pas pour autant occulter l’ensemble du processus, qui a été dans l’ensemble remarquablement transparent et ouvert.
L’exigence directrice, qui a été rappelée par François Bayrou à l’ouverture du congrès, était d’aboutir a des statuts garantissant la pluralité d’expression et de représentation d’une part, et la cohérence dans l’action d’autre part. L’écueil à éviter étant bien sûr la dispersion des énergies dans des luttes internes, qu’il s’agisse de courants (PS) ou d’une fragmentation de la participation qui finit par empêcher toute décision (les verts).
Les statuts finalement adoptés (modulo le règlement interne, ecore à venir) sont plutôt meilleurs que je ne l’espérais. Certes, à l’issue du congrès la composition du bureau exécutif provisoire fait la part belle aux fidèles. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? D’autant que par ailleurs, de nouvelles têtes arrivent et que l’engagement est pris de faire monter une génération nouvelle.
Au final je refuse de bouder mon plaisir : la structure est saine, la barre est tenue fermement, le projet est enthousiasmant. Alors, bon vent au MoDem, à son leader, à ses équipes, à ses militants.