"Attention aux amalgames : « rendre justice » aux victimes ou les venger, considérations qui vous amènent à conclure que c’est la « loi du talion », ce n’est pas du tout la même chose.
De même que « rendre justice » et rendre « la Justice » sont deux choses différentes.
Or on sait bien que, pour se reconstruire, une victime ou sa famille a besoin que La Justice lui rende justice. Quand il n’y a pas superposition des deux, la victime fait appel et si cette possibilité existe, c’est bien qu’elle est nécessaire.« ----
Contrairement à Sisyphe je pense que la justice est aussi là pour »rendre justice« aux victimes et heureusement d’ailleurs.
Mais rendre justice à la victime cela consiste seulement en ceci :
- juger qu’elle a été victime d’un crime et dire lequel - lui accorder les réparations civiles de son préjudice (en général des dommages intérêts)
En revanche la peine n’a jamais eu pour objet de rendre justice à la victime. Elle sanctionne la transgression d’une loi édictée par la société. C’est la transgression qui est sanctionnée en tant que telle et non le tort causé à telle personne en particulier.
Voilà pourquoi la victime ou sa famille n’ont pas le droit de faire appel sur la peine : cela ne les regarde pas.
Il est possible que cela change un jour et que sous la pression de l’opinion publique (car je vous répète que vous êtes des millions à penser cela), la justice devienne une sorte de procédé thérapeutique visant à aider à la »reconstruction« de la victime, au détriment de l’accusé.
Au détriment de l’accusé dont l’innocence ou la culpabilité passeront dés lors au second plan, de même que les circonstances atténuantes qu’il pourrait faire valoir, telles que sa minorité ou son histoire personnelle, ou encore ses capacités de réinsertion, toutes choses évidemment sans intérêt du point de vue de la sacro-sainte »reconstruction" de la victime.
Si cela se produit un jour ce sera une véritable dégénéréscence et une régression de quelques millénaires.
Mais on n’en est pas là et à ce jour le procès n’est pas une thérapie.
« Mais ce qui me gêne, ce n’est pas tellement la durée des peines, ça ne rendra jamais justice à Ilan, ça ne lui redonnera pas la vie et sa famille restera inconsolable, que le fait que tout le monde s’engouffre dans cette affaire pour minimiser, chacun à sa façon en fonction de sa vision personnellle, l’horreur et la gravité des faits. »
C’est votre romantisme exacerbé qui vous laisse croire que vous menez un combat solitaire, mais en réalité il est manifeste que de nombreuses personnes partagent votre point de vue et jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.
Inversement peu de gens cherchent à minimiser l’horreur et la gravité du crime subi par Ilan Halimi.
A mon humble avis le problème n’est pas là : la polémique est née de ce que les parties civiles, appuyées par des organisations qu’il faut bien qualifier de communautaires, ont fait pression et obtenu du Garde des Sceaux qu’il fasse appel d’un arrêt d’assises parce qu’elles estimaient insuffisantes les peines prononcées contre les complices.
Ceci amène deux questions :
- est-il admissible que les victimes, aussi grande soit leur douleur, puissent faire valoir des revendications en ce qui concerne la peine à infliger aux accusés et, a fortiori, est-il admissible que des groupements privés puissent manifester sous les fenêtres du Ministère de la Justice pour réclamer qu’on fasse appel pour que tel ou telle prenne quelques années de plus ?
- est-ce que l’horreur d’un crime aussi terrible déteint de la même façon sur tous ceux qui y ont participé, au point que le Juge soit dispensé de mesurer quelle fût la part de chacun et de prendre en compte leur personnalité, au point que ce juge soit contraint, face à une pareille horreur, de renoncer à juger et qu’il doive se borner à cogner le plus fort possible sans aucun discernement ?
Il est clair que dés qu’on parle de Juifs toutes sortes de passions, pas toujours trés saines, s’expriment.
Mais la Justice aussi déclenche les passions et là c’est heureux.
Or c’est d’abord et avant tout de la Justice qu’il s’agit ici, car la tendance profonde à sacraliser les victimes est générale et ne concerne pas spécialement les juifs, de même que toutes sortes d’associations se hissent largement au niveau du Crif dans ce domaine.
Aux deux questions ci-dessus en ce qui me concerne je réponds non.
Or si l’on regarde les choses en face comme doit le faire une Cour d’assises il est manifeste que le crime affreux dont le jeune Ilan a été victime n’a pas été commis par un commando néo-nazi mais par une bande de pieds nickelés dirigés par un psychopate.
Est-ce que cela minimise l’horreur du crime que de dire qu’un pied nickelé est un pied nickelé et qu’il ne doit être condamné que pour ce qu’il a réellement fait ?
Oui je connais l’issue, mais ce que je conteste c’est que la démarche qui consiste à apprécier la part de responsabilité des différents complices en fonction de ce que, à la fin, Fofana a fait, comme si chacun d’eux l’avait voulu ou même prévu.
La loi est claire et elle n’a rien de répugnant : il n’y a pas de crime ou de délit sans intention de le commettre.
Qui peut soutenir que la jeune « Yalda », par exemple, a eu l’intention de participer à un assassinat accompagné d’actes de torture et de barbarie justifiant la peine maximale ?