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Luciole

Luciole

Economiste de formation, mais ayant compris que le vivant ne se réduit pas à l’économie ni le bonheur à l’hyperconsommation.

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  • Premier article le 10/10/2007
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Derniers commentaires



  • Luciole Luciole 12 octobre 2007 15:07

    @ Cassandre

    Merci pour ce lien. J’ai hâte de lire le Clausewitz de Girard, mais la Fnac ne l’avait pas encore reçu la dernière fois que j’y suis passée. Merci également de continuer à suivre mon article, du fond de ses oubliettes !



  • Luciole Luciole 12 octobre 2007 11:39

    @ Pierre Régnier

    Je suis flattée de votre obstination à obtenir de ma modeste personne une réponse à une question aussi vaste. Je vais donc essayer de répondre de façon plus centrale puisque vous insistez, même si j’ai le sentiment de manquer de légitimité pour cela.

    Je suis d’une part d’accord avec Forest Ent pour dire que la violence est endémique aux rapports humains et ne se limite pas aux conflits religieux.

    Toutefois, il faudrait être effectivement aveugle pour nier le fait que les conflits portant sur les questions religieuses peuvent être terriblement sanglants et les guerres de religions qui ont frappé la France, l’Allemagne et les Pays bas au 16ème siècle en sont un exemple effroyable.

    Il y a deux questions qui en découlent :
    - d’une part, est-ce que l’église catholique actuelle cautionne toujours les crimes commis au cours de ces guerres ?
    - d’autre part, pourquoi la religion engendre-t-elle une telle violence, qui est d’autant plus choquante, il faut insister là-dessus, lorsque ces religions prèchent le pardon et l’amour ? En somme, la violence des nazis est moins choquante, parce-qu’ils n’ont jamais prétendu vouloir être gentils...

    Tout d’abord, je me sens quand même relativement mal placée pour défendre l’église catholique parce que je suis profondément oecuménique (judéo-chrétienne, si l’on veut) et que les positions de l’église romaine me déplaisent très souvent. Je pense qu’aucun prêtre aujourd’hui ne serait prêt à dire que le massacre de la Saint-Bathélémy a été commis au nom de Dieu. Par ailleurs, l’église romaine, je crois, a demandé officiellement pardon pour avoir déclenché les croisades. Le problème vient surtout de son positionnement par rapport à des textes considérés comme sacrés alors qu’ils devraient être considérés comme « historiques ». La plupart des chrétiens avec lesquels je discute raisonnent comme des païens, au mieux comme des bouddhistes. Ils n’ont pas réellement accès à la rationnalité des évangiles et aux lumières de l’ancien testament, aussi, par peur de perdre cette transcendance qui créé leur unanimité, ils n’osent pas se positionner de façon critique (mais les protestants le font beaucoup plus déjà).

    Cela m’amène directement à la question de la violence des conflits religieux. René Girard explique bien que le sacré est ce qui permet aux êtres humains d’éviter de s’entre-tuer à l’occasion des rivalités mimétiques. Le sacré est, comme son nom l’indique, fondamentalement sacrificiel. La pensée humaine est naturellement emprunte de chamanisme et tend à l’idôlatrie et au lynchage. Lorsque vous attaquez les dogmes ou les coutumes qui structurent la pensée magique d’un groupe, vous mettez immédiatement en périls les liens communautaires de ce groupe et vous le menacez de dislocation. Or, l’être humain, malgré l’avancée importante de l’individualisme, supporte pratiquement aussi mal de ne plus avoir de groupe que d’être condamné à mort. C’est pourquoi les conflits religieux engendrent des réactions extrêmement violentes, car les personnes préfèrent encore mourir pour préserver les fondements de la cohésion de leur groupe que de voir ce groupe éclater, ce qui anihile encore bien plus leur sentiment d’existence.

    René Girard est convaincu que le travail de sape du message judéo-chrétien a favorisé le développement de l’individualisme tout en évitant aux sociétés modernes de trop sombrer dans la violence (mais Auschwitz et Hiroshima nous ont montré jusqu’où pouvait aller la violence en cas de crises de la modernité). L’être humain moderne est très complexe sur le plan psychologique, parce qu’il n’est pas encore débarassé, loin s’en faut, de sa nature profondément chamanique, mais qu’il a été éduqué par un grand nombre de penseurs qui ont lutté contre la pensée magique. Il vit une lutte continuelle entre ces deux modes de pensée, ce qui le rend très névrosé, comme Freud l’avait noté.



  • Luciole Luciole 11 octobre 2007 20:49

    @ Marc P

    Merci pour votre intervention. Si je peux préciser, non pas ma pensée, mais ce qu’elle a compris de l’oeuvre de Girard, un mode de fonctionnement anthropologique ou psychologique est d’autant plus efficace qu’il n’est jamais explicité, voire fait l’objet d’un tabou complet.

    Prenons une famille dans laquelle l’un des enfants, le cadet, est le souffre-douleur de la famille. Il développe rapidement des symptômes psychopathologiques qui renforcent l’idée de ses persécuteurs selon laquelle l’enfant a mérité les mauvais traitements et persécutions qu’il subit. Généralement, l’enfant se met à les provoquer, par un comportement agressif ou excentrique, dès qu’il sent l’équlibre de la famille en danger. Si une personne extérieure intervient et révèle que l’unanmité familiale repose sur la persécution de l’enfant, le système ne pourra plus aussi bien fonctionner qu’avant. Il y aura comme un grain de sable dans les rouages. La conséquence peut être une crise violente de la famille entière qui est susceptible de se disloquer pour avoir perdu son mécanisme émissaire régulateur.

    Cet exemple permet d’expliquer notamment la phrase étrange des évangiles selon laquelle « dans chaque famille, deux seront divisés contre trois et trois contre deux ». Les évangiles sont parfaitement conscients, selon Girard, du processus apocalyptique dans lequel la révélation du mécanisme de la victime émissaire peut entraîner l’humanité. Au reste, Apocalypse veut dire « révélation »...



  • Luciole Luciole 11 octobre 2007 19:49

    @ Pierre Régnier

    Il est très intéressant que les passages qui vous scandalisent le plus dans l’Ancien Testament correspondent pratiquement tous à l’histoire de Moïse. Il me semble que Girard l’a dit, mais je ne me rappelle plus dans quel ouvrage, Moïse est la grande figure mythologique de la Bible. Elle est beaucoup plus archaïque dans son récit et ses ressorts que l’histoire de Joseph (vendu par ses frères) pourtant plus ancienne « historiquement » mais d’une modernité étonnante.

    L’histoire de Moïse commence comme celle d’Oedipe et de Paris, il est d’abord un enfant trouvé. Son appartenance ethnique aux Hébreux est sujète à caution et Freud l’avait bien noté. Ensuite, comme Oedipe et comme de nombreux dieux ou héros grecs (ou encore germaniques), Moïse présente une infirmité : il est bègue. Qui plus est, il est colérique, comme Héraclès. Les 9 plaies d’Egypte peuvent correspondre à une exagération d’évènements réels, qui sont mises sur le compte de Dieu effectivement, prenant parti dans le conflit qui oppose Moïse à Pharaon. Il s’agit avant tout de la mise en scène imagée d’une grave crise sociale, et il n’est pas exclu que des esclaves juifs aient commis au cours de cette crise des exactions contre les égyptiens pour se venger des persécutions dont ils ont été victimes.

    L’épisode du veau d’or est particulièrement intéressant. Ici encore, la bible relate une crise interne grave au sein des Hébreux réfugiés dans le désert. Moïse prend alors la figure du grand législateur, figure très présente dans l’histoire grecque en particulier et qui correspond, selon Girard, à la mise en place de lois après la mort d’un bouc émissaire. Moïse a-t-il été lynché sur le mont Sinaï ? Le fait est que lynchage ou non, la crise tourne au vinaigre et que les Lévites (compagnons égyptiens de Moïse convertis au judaïsme) commettent un terrible massacre qui finit par calmer le jeu. Il faut absolument comparer cette version avec celle du Coran. Dans ce dernier texte, quand Moïse redescend de la montagne et constate le desordre, son frère Aaron lui dit : c’est le samaritain qui a fait le coup. Les hébreux crèvent les yeux du samaritain (on retrouve encore Oedipe) et le chassent, ce qui rétablit l’ordre.

    Comme pour le massacre des cananéens, il est important de noter que même dans un récit très fondateur et mythologique comme celui de Moïse, la violence n’est pas dissimulée, mais exposée jusqu’à l’écoeurement. Il faut se rappeler que dans les mythologies classiques, ce sont toujours les méchants qui se donnent la mort à eux-mêmes. ils ne sont jamais massacrés par les gentils.

    Voilà, je suis un peu longue, mais il y a tant à dire...



  • Luciole Luciole 11 octobre 2007 15:09

    Bonjour Cassandre,

    Je suis également très intéressée par les aspects neurologiques de la théorie mimétique, d’autant que je m’intéresse pour des raisons personnelles à la question de l’autisme de haut niveau, que l’on soupçonne de reposer sur un dysfonctionnement des neurones miroirs. Or, ce type d’autistes imitent très peu, éprouvent peu d’empathie (mais sont capables d’affection) et n’entrent pratiquement jamais en rivalité avec les autres, ne comprennent ni le racisme, ni le sexisme.

    Merci pour les précisions que vous apportez sur le colloque du 25 octobre.

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