Nous avons tous 2 parents, 4 grands-parents, ..., environ 1 million (2 puissance 20) d’ascendants à la 20ème génération : nous sommes tous frères mais nous avons aussi, inévitablement, quelques criminels parmi nos ancêtres.
Le premier, pour cette SCOP, c’est que les centrales d’achat vont faire pression sur elle ... en n’achetant pas ses produits. Un peu comme si un éleveur de poulets voulait vendre sa production lui-même à Rungis : personne ne lui achèterait sauf à la date limite où il céderait tous ses poulets à une valeur inférieure à celle qu’ils lui ont coûté (à Rungis, on appelle ces intermédiaires « indispensables » les « requins » qui ne vivent que sur la marge qu’ils se font sur les producteurs réels, à la manière des centrales d’achat).
Le deuxième écueil est sur le long terme. Le capitalisme ne date pas d’hier. Et c’est la rente sur le long terme qui fabrique les multi-milliardaires (pas leur génie, pitié !). Si cette SCOP marche bien, voire très bien, elle va finir par rendre les actionnaires principaux bien plus riches. Dans une SCOP, les dividendes et les « réserves » (augmentation des fonds propres) avantagent les plus gros actionnaires ... comme dans toute entreprise. De plus, si une SCOP a des règles qui la rende moins injuste qu’une entreprise lambda, elle ne restera pas forcément SCOP indéfiniment. Tout dépendra de la volonté des derniers actionnaires nécessaires pour qu’elle puisse garder son statut. On a eu un phénomène identique avec les mutuelles qui n’ont aujourd’hui pour la plupart que le nom (par exemple, la mutuelle de Bretagne a permis à une certaine prostituée de se voir offrir un immeuble sans aucun apport grâce à un certain Richard Ferrand et ... aux paiements des cotisations des adhérents croyant ne payer que la somme strictement nécessaire pour être assuré, les pauvres !).
Les lois sont écrites pour permettre le vol. Et elles sont conçues pour avantager ceux qui ont le plus volé avant (les banques ne prêtent qu’aux riches). La seule question : est-ce que l’on préfère un système injuste pour avoir l’espoir d’arnaquer un jour les autres (dans ce cas, inutile de changer le système en place) ou est-ce que c’est l’injustice que l’on veut supprimer ? Dans ce dernier cas, seul le travail réel doit être rémunéré (pas de propriété possible). Mais il est vrai que le fait de ne pas pouvoir voler les autres en démotive beaucoup. Et c’est ça le fond du problème.
Que des ouvriers soient heureux de devenir patrons ?
Si j’ai bien compris, ils sont tous actuellement actionnaires à part relativement égales.
Si l’entreprise marche, certains revendront leur part (par exemple lors de leur départ à la retraite) et ne va-t-on pas assister à la naissance d’une banale entreprise ?
Au contraire, si cette entreprise ne marche pas, et que le dépôt de bilan devient obligatoire, ils seront peut-être dans une situation pire qu’avec Unilever (ils ne pourront pas se verser d’indemnités et leur capital aura été annulé).
En somme, tout le monde veut être calife à la place du calife, et c’est pour cela que le capitalisme a de beaux jours devant lui. Les gens ne critiquent pas le système injuste, ils veulent juste en profiter. Et ce n’est pas porteur d’espoir, malheureusement.
C’est à la monnaie et à la propriété (rentes injustes) qu’il faut s’attaquer. Compter sur le fait qu’une affaire collective marche pour pouvoir travailler et être à la rue dans le cas contraire est complètement idiot, en fin de compte. On doit travailler en fonction de la demande, et si quelque chose est moins demandé, on réaffecte les personnes à ce qui est plus demandé, ou on travaille moins si la demande globale baisse. C’est absolument évident : sans la segmentation par les entreprises, la sécurité par le partage et la réaffectation immédiate serait automatique. Il faudrait quand même penser à avantager les plus mobiles.
@JL Je suis un peu imprécis, il est vrai. Pour moi, toutes les formes de propriétés intellectuelles sont une aberration : brevets, droits d’auteurs... La propriété intellectuelle, comme toutes les propriétés, est une interdiction. Pour les brevets, supposons que par une recherche honnête, vous déduisez un « nouveau » procédé de fabrication. Et bien si un brevet a déjà été déposé, vous avez cherché pour rien : soit vous n’utilisez pas vos recherches, soit vous devez rémunérer le possesseur du brevet. Bien sûr on peut imaginer que ceux qui recherchent et finissent par tomber sur un brevet existant sont idiots, mais certains brevets sont en eux-mêmes des aberrations (créés pour des batailles entre avocats et obtention de rentes...) Comme je pense que la recherche ou le développement n’est pas un travail (c’est passionnant), tout ce qui en découle doit être gratuit, librement utilisable (comme l’informatique libre). La concurrence économique est une perte gigantesque, comme la guerre finalement. Les entreprises sont en guerre les unes avec les autres. Tout cela est lié au système pyramidal sous-jacent. Il n’est pas difficile de comprendre que cette guerre et cette culture de la rente (brevets ou plus généralement propriété) ne sert pas la collectivité.
Vous vous trompez sur la monnaie. Je connais l’historique sur le côté pratique. Mais la monnaie existe parce que les premiers échanges ont été basés sur le vol et sur le secret : on ne veut pas dire à celui à qui on vend un objet ou un service comment on l’a fait ou comment on va le faire. Et c’est cette culture du secret qui fait que certains se font avoir (travaillent plus qu’il ne reçoivent des autres) et forcément, d’autres sont gagnants... Si on jouait carte sur table, avec des procédés de fabrication connus et divulgués (la propriété intellectuelle est une aberration, pire encore que la propriété foncière), on pourrait déduire de chaque ressource, de chaque objet ou service en vente, un prix juste, un prix « horaire normalisé » (car certains travaux sont plus pénibles que d’autres). Ces calculs sont compliqués (il faut compter les amortissements d’outils et d’infrastructures) mais il sont faisables. Mais pour passer d’un système économique basé sur le secret et le vol à un système juste il faut que l’économie entière fasse la transition que fait l’informatique (du code secret au code libre et ouvert). Il commence à exister des matériels dont les procédés de fabrication sont divulgués (voitures électriques open source,...). Avec l’impression 3D, et des plans en accès libres sur internet, on pourra finalement revenir à une autonomie perdue sans pour autant revenir à l’age de pierre.
@lephénix Oui, la prise de conscience progresse à la vitesse de l’exclusion que le système génère. Espérons simplement qu’avec les moyens de communication et le niveau d’éducation global (qui est objectivement meilleur qu’en 1929), on accouche d’autre chose que d’une dictature ou d’une guerre... Peut-être que nos parasites ont trouvé un virus sympa pour faire du ménage dans nos rangs. On verra bien.