Il n’y a pas chez Heidegger, qu’une pensée adaptée à la mondialisation technique, que présente le soigneux article cité plus haut, où la simplicité ajoute encore à l’intérêt. La première carrière de Heidegger intéressait l’être.
Le lien entre l’oeuvre de la main, l’ouïe fine, la vie simple, décrit une perspective de travail et un profil de compétence artisan, dans lequel Heidegger reconnaissait son propre travail et son existence. Chez Paul Valéry, le ton nostalgique mis à part, décrit cela tout autant.
J’en tire ceci : lorsque le cloisonnement entre le travail conceptuel et manuel est inopérant, il n’est pas pratique d’interchanger ni les produits (peu jetables), ni les « ouvriers ». Bien sûr, l’exemple du tonnelier (présent chez Paul Valéry, et activité du père Heidegger en dehors de sacristain) réduit à la beuverie dans un Essai de Valéry et la misère, était édifiant et a de quoi décourager. Il était épris de simplicité et de persévérance.
Lorsque la classe sociale portant les valeurs du travail disparaît par « délocalisation », seul les métiers où art et technique conservent une unité, peuvent durer s’ils adressent un produit avec forte valeur ajoutée à un nombre réduit d’utilisateurs. Cela comporte un certain degré de changement de méthodes et d’intellectualisation du métier... manuel.
Le médecin surtout généraliste est un exemple de métier Tèkné, parce qu’il exerce un « art » appliqué à une personne particulière. L’époque actuelle tend à le remplacer par MOINS BIEN ET PLUS CHER : le malade effectue lui-même une série de démarches et de formulaires qui soignent surtout de la Médecine. L’excès du propos étant là pour expurger le phénomène de la Doxa (car on trouvera mon propos violent, même si je l’assume pour ma propre vie de plus en plus).
La Technique dont parle tellement Heidegger, a été prortée par la science. Mais la Technique dont il parle, est administrative : elle s’étend par tous les aspects dérivés, les domine jusqu’à les annihiler SANS DETRUIRE LA SCIENCE. Ce moment Négatif n’est jamais capable de conduire Positivement à quoi que ce soit : il est une fin en soi.
Ce moment reflète aussi le Nihilisme dans une version renouvelée, à quoi s’oppose la Volonté de faire quelque chose.
Très bonne présentation adressée à ceux qui méconnaîtraient l’auteur dans le second grand thème de sa philosophie : la Technique.
Tous ceux qui consacreront leur vie professionnelle à des techniques aperçoivent là, le sujet, tel qu’ils doivent produire un raisonnement de défense technique.
La démocratie est une possibilité mince... parmi des formules gravement autoritaires. Les méthodes de « management » des masses empruntent aux modèles les plus anciens et les plus majoritaires qui soient, auxquels il a toujours été reproché la corruption progressive, qui caractérise le destin de ces régimes autoritaires.
Ils se font assez vite passer pour la (ou les) divinité(s) qu’ils vénéraient auparavant et qui les inspiraient. L’histoire est toujours la même et elle recommence.
La démocratie aussi, connaît ce destin, mais a bâti dans l’intervalle et mis en place des moyens qui devaient permettre à l’homme de s’émanciper des pouvoirs d’imposture. Ailleurs, les peuples sont soumis, entiers, et maintenus dans la pauvreté irrémédiablement, et dans le « respect » de l’autorité.
Jean-Pierre Vernant est un intellectuel intéressant et populaire dans son ambition d’historien. Facile à lire.
Effectivement, la Démocratie est d’après moi une invention qui n’a pas été faite ailleurs. Nulle part. Et nulle part elle n’a su durer comme en Grèce, dans le temps de sa domination antique.
Cela dit, la culture est destinée à l’homme entré dans la raison par un parcours calculé en générations, car il naît, voit autour de lui et rencontre par la suite dans l’éducation, ce qu’il tient déjà par un bon bout. Les sages, qui dominent le commun, entrent dans un cadre encore plus restreint (et sont loin d’être élus dans une nation, une foi ou une race particulière).
Mais beaucoup de gens ne sont pas assez serein pour admirer la Création dans l’étude comme dans la vie.
J’aimerais que tu appuies tes affirmations sur des éléments avérés. Non pas que j’aie une admiration sans bornes pour la Démocratie (et n’importe quel Grec), qui n’est jamais l’idéal, mais par curiosité.
Vous parlez, @Sylvain Reboul de quel genre d’héritier ?
Car la majorité des « héritiers », en nombre, bénéficie des oeuvres du travail d’une vie, qui n’a aucune valeur sans cela. Sans biens chéris, et qui traversent plusieurs vies, il n’y a que tradition immémoriale et impersonnelle... inhumaine même.
Quand tout lâcher au fur-et-à-mesure est équivalent à épargner et investir, le travail et l’existence personnelle ne sont vite qu’une abstraction ainsi que le progrès. On n’a pas un toit, on n’a pas une table, une chaise, un lit, un couteau et une fourchette... et on va alors grossir des masses sans avenir non plus, car les instruments sont ailleurs.
Finalement, autant se bourrer la gueule, battre femme et enfant, et puis disparaître en laissant l’addition de l’auberge. C’est là que ça ira.
Déguiser des dépenses de consommation contestables, non plus sous l’espèce de la nécessité mais sous celle de la justice, ne me paraît pas suffisant. C’est même injuste de vendre ou d’acheter des CDs de la StarAc (entre autres). Il y a des caddies, en grande surface, qui en disent long sur le conditionnement social.
La répartition et la redistribution, soit donner, fait partie intégrante de la justice et non de l’injustice.
Donner ne signifie pas donner à des intermédiaires douteux et pour « ne pas se tromper », mais à tel ou tel personnellement et directement, comme témoignage de vie en commun, fût-ce de simple voisinage. Donner un coup de main, donner un abricot... enfin tout ce qui est concret et qui est certainement ridicule dans des esprits qui soutiennent une gauche désavouée.