En fait ce n’est pas tout à fait ça. Gödel démontre l’incomplétude d’un système formel. C’est à dire qu’une axiomatique n’est jamais complète et que sa dérivation aboutit à des propositions indécidables. La cohérence d’un système lui-même ne peut être démontré par les propriétés du système. Hilbert niera jusqu’à la fin de son existence la validité de cette théorie qui ruinait en quelque sorte l’espoir de toute sa vie. La réutilisation dans la pensée, des théorèmes de Gödel, se traduit par l’introduction des causes externes au système : Dieu, le hasard et que sais-je encore, mais ces causes ne sont ni démontrables ni réfutables.
En réalité, vous souhaitez faire le tri dans l’histoire française, entre ce qui a contribué positivement à l’histoire universelle et le reste ? Vous vous posez donc en tant que naturaliste qui prétendrait qu’il existe une nature française. Se réclamer de la luminosité française est une bonne chose, mais vous ne pouvez vous dispenser d’occulter le reste.
La manière dans vous présentez les choses laisse à penser que vous croyez que la seule France a participé à l’état d’émancipation des peuples. Ce qui est largement faux.
J’ai bien compris que vous aviez une « idée de la France » que vous souhaitiez promouvoir. Mais c’est parfaitement inutile de se référer à ce que la France a fait pour légitimer ce qu’elle a envie de faire. Il n’est pas besoin de faire appel à la tradition pour promouvoir l’humanisme. Il suffit d’être humaniste.
« L’islam à l’origine de la Renaissance en Europe ? Mais dans quel manuel révisionniste (il est vrai qu’il en a fleuri beaucoup, ces dernières années) va-t-on chercher ça »
Vous mettez le doigt justement sur quelque chose de fondamental : la négation par l’Europe, après la Reconquista, de cette parentée honteuse de la pensée européenne de la Renaissance. Le fait que ce ne soit pas dans les manuels, est en effet un problème historiographique certain. Ne vous en déplaise, pensée européenne (qu’est-ce que l’Europe au Ve siècle avant JC ?) ou pas la pensée grec (comme la philosophie) a été réintroduite dans la pensée européenne par la philosophie arabe.
Votre idée du référendum, non qu’elle soit irréaliste, en plus d’être illégale (article 89 de la constitution : « La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision »,
c’est la toute la beauté de ce texte), est injuste parce que vous présupposez la permanence du résultat génération après génération.
Je vois deux choses contradictoires dans ce que vous dîtes, d’une part une foi telle dans l’idée de la France que vous êtes assuré de sa permanence, et une crainte de la voir disparaître avalée par une espèce de monstre froid qui s’appellerait Europe.
Je connais moi-même, assez bien le mythe de l’histoire de France fait d’abîmes et de sommets, qu’on nous raconte comme un conte, ce qu’elle est peut-être au fond. Ne voyez pas de connotation péjorative dans ce que je dis, bien au contraire. Mais cette histoire je la connais d’un bout à l’autre de sa chronologie, et je sais qu’elle est par sa géographie, fille de l’Europe : Confluent du monde celte, du monde germain, du monde hellénistique, romanisé, puis à nouveau confluent des tribus barbares sans cesse repoussées par d’autres barbares, puis confluent des misères du sud et de l’est de l’Europe. Confluent des idées aussi de la Cordoue musulmane, à la Rome Chrétienne,
des lumières qui appartiennent à toute l’Europe.
Ne croyez-vous pas que votre ami allemand, ne serait pas déçu de voir aujourd’hui la France renoncer aux petits symboles de l’Europe que sont son drapeau, sa devise, et son hymne... de l’arrogance grossière et incantatoire de son président ? L’arrogance pour être tolérée ne peut pas se passer d’esprit...
Si la France a rayonnée si longtemps, ce n’est pas parce qu’elle brillait, c’est parce qu’elle diffusait et se diffusait dans l’autre...
Vous vous focalisez sur mon « quoiqu’il en soit »... Ne l’interprétez par par un doute qui m’animerait quant à la clarté de ces dispositions, mais je tenais à préciser par souci de justesse qu’une règle de droit est parfois modulé par la jurisprudence et dans les faits c’est plutôt cette dernière qui s’appliquent.
Ceci dit, vous avez raison lorsque vous dîtes que les traités européens sont parfois abscons et relèvent du jeu de piste, mais prenez garde de ne pas prendre un mauvais exemple à votre démonstration notamment lorsque vous l’interprétez comme un moyen coercitif injuste (ce qui serait le cas, dans votre interprétation), ça nuit (sans vous offenser) à votre exposé.
Vous avez encore raison quand vous dîtes que cette oeuvre est une oeuvre de médiocres, mais il y a un temps pour les grandes choses, et un autre pour les petites. Raison de plus pour ne pas désigner du nom de constitution un traité de libre échange. Les institutions européennes ne peuvent plus fonctionner en l’état, et encore on est parti pour sept ans de compromission d’alcôves où la Pologne pourra à loisir bloquer à elle seule les discussions avec les Russes (et ce n’est qu’un exemple) marginalisant davantage encore un pays en train de verser dans le nationalisme autoritaire et l’oligarchie...
Je ne suis ni dans le camp des optimistes ni dans celui des pessimistes, mais je ne suis pas non plus dans le camp des complotistes. Ce qui pour moi n’était pas tolérable dans l’idée de la constitution européenne a disparu dans le traité. Libre à chacun de s’exprimer, mais je n’entends pas les raisons de cette opposition autre que « c’est la même chose que la constitution européenne » Ce qui est faux, quoi qu’en dise ce bon VGE, qui ne supporte pas de ne pas laisser une trace dans l’histoire plus importante que celle de président de l’assemblée régionale d’Auvergne...
Je crois qu’il y a un hiatus profond, entretenu par la classe politique depuis au moins 30 ans, sur l’union européenne, louable certainement, consistant à former chez les citoyens une sorte d’identité européenne. Alors qu’à ce jour, l’union n’est que l’assemblage d’une suite de traités veillant à encadrer un grand marché, et c’est sûr, ça ne fait pas rêver, même chez beaucoup de libéraux. C’est pratique c’est tout. Mais la nouveauté (historiquement parlant), c’est que les traités sont encadrés par des juridictions dont les actes disent le droit et un exécutif qui met en oeuvre l’uniformisation des règles d’un état à l’autre. Avant cela dans les traités, les dispositions commençaient souvent par « sous réserve de réciprocité... » En gros, une parti n’appliquait un traité que si l’autre l’appliquait, sans recours juridique possible, ni contrôle efficace, faute de juridiction...
Votre dernier exemple n’est pas possible (sinon ça s’appelle un coup d’état), en vertu de l’article 11 al 3 de la constitution : « Lorsque le référendum a conclu à l’adoption du projet de loi, le Président de la République promulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la proclamation des résultats de la consultation. » N’oubliez pas quand même que la majorité de la classe politique reconnaît dans la pratique de la vie publique, ce qu’on appelle le « pacte républicain ».
Vous considérez peut-être que le traité de Lisbonne est un passage en force de la constitution européenne. Personnellement, je pense que c’est faux. Reste le débat du référendum. Vous pouvez considérer que passer par la voix parlementaire n’est pas conforme à la tradition et à l’esprit de la constitution. Je reconnais que ce dernier point est plus difficilement réfutable.
[Accessoirement, je sais bien que nos chers anciens présidents sont membres de droit et ce à vie du conseil constitutionnel... ceci dit ils sont aussi reconnus pour leurs talents de joueurs de flûte]