Bonjour PIPO,
Merci pour votre
intervention qui me permet de préciser certains points.
Pour cet
article, dont je n’ai écrit que la présentation, il m’a paru important de mettre
en exergue l’analyse d’Olivier LABOURET, psychiatre et président de l’un des
syndicats de cette profession, qui étaye son propos en s’appuyant sur la
théorie de la perversion narcissique afin de dénoncer les dérives de notre
société et la récupération de la psychiatrie par le pouvoir politique.
Son souhait
était que je puisse présenter ce chapitre de livre en l’insérant dans une
présentation qui respecte la continuité de ses écrits et leurs enchainements. Si
j’avais procédé ainsi, cela aurait peut-être atténué l’aspect « c’est la
faute au système » que vous dénoncez fort à propos.
Par fainéantise,
j’ai préféré m’en tenir à la simple reproduction du passage de son livre
présenté ici, sans le modifier. Mon intention n’était que de démontrer que la
théorie de la perversion narcissique avait une autre utilité que celle à
laquelle on la réduit le plus souvent en la limitant à la seule analyse
des couples dysfonctionnels bourreau-victime, harceleur/harcelé dans diverses
situations groupales et familiales (principalement en entreprises ou dans les
cas de violences conjugales). Bien qu’elle ait été développée dans le cadre des
conflits familiaux, cette théorie ne saurait en aucun cas s’y restreindre, car
ce que nous vivons à l’heure actuelle au niveau de la mondialisation
néolibérale est bien une contagion de perversion narcissique.
À ce titre, je
recommande vivement les deux ouvrages d’Olivier LABOURET pour connaître en
détail comment cette contamination s’immisce peu à peu dans notre quotidien.
Ceci dit, vous
avez parfaitement raison en situant la cause originelle de ce fléau au niveau
de l’empathie, car c’est bien de cela qu’il s’agit. J’ai toutefois écrit sur la
question de l’empathie en lien avec la psychopathie dans ma précédente série
d’articles :
Empathie,
conscience morale et psychopathie – Le développement moral (1/3) ;
Empathie,
conscience morale et psychopathie – L’intelligence émotionnelle (2/3) ;
Empathie, conscience
morale et psychopathie – Une nouvelle conscience pour un monde en crise (3/3).
En conclusion de
cette série d’articles, j’écrivais qu’il était urgent de rapidement mettre en
place une pédagogie de l’empathie ; et paraphrasant les propos que tenait Jeremy
RIFKIN sur l’empathie, je soulignais le fait qu’il était curieux qu’au niveau
individuel le lien entre pervers narcissique et sa victime favorite, la
personnalité empathique, n’ait jamais été dévoilé (je crois que j’ai été un des
premiers à le faire dans les médias au travers de mon interview paru sur le site
du Nouvel Obs, Pervers narcissiques : « Les personnes les plus
intelligentes sont les plus exposées ». Mais dans le cadre de cette
interview dont je n’ai pas choisi le titre, je n’ai pas eu la présence d’esprit (tant c’était évident pour moi) de préciser que par « intelligence » il fallait entendre « intelligence
émotionnelle », base sur laquelle peut se construire l’empathie nécessaire
dans nos relations à autrui.
Sur la contagion
de la perversion narcissique : OUI ! Absolument.
Mais cette
contagion n’est pas biologique, et c’est ce qui est difficile à admettre pour
notre égo, elle est psychique et idéologique. Par ailleurs, elle est également,
comme vous le soulignez, transgénérationnelle, mais contrairement à ce que
beaucoup considère, elle provient d’un défaut de maternage. Et c’est là toute l’ironie
qu’il me faudra peut-être tenter d’expliquer un jour, car même si cette théorie
se prête bien mal à une vulgarisation, la transmission transgénérationnelle de
cette « pathologie » se fait essentiellement de façon croisée, c’est-à-dire
père/fille ou mère/fils par le plus grand tabou de notre société : l’inceste,
ou plus exactement la relation incestuelle qui est un substitut d’inceste non génitalement
consommé où la relation inces-tueuse (père/fille,
mère/fils) s’organise par transfert autour d’une ritualisation dans les
échanges d’un objet fétichisé (le plus fréquent étant l’argent).
Voyez, je suis
encore loin d’avoir fait le tour de cette problématique et je dois avouer que j’hésite
parfois à exposer certains concepts sur la place publique.
Concernant l’empathie,
mes trois articles qui y étaient consacrés appellent également plusieurs suites
que j’ai pour l’heure un peu de mal à écrire de part mon manque de temps.
Cordialement.