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Ezekiel Von Khayyam Ezekiel Von Khayyam 27 octobre 2009 01:29

« Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu ’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. »

 

Genèse, 11

 

 

À l’évidence, l’islamophobie s’entend de bien des manières, selon celui qui se définit comme islamophobe. Principe aussi valable avec le concept de laïcité. Chacun opère selon ses définitions, ses convictions, etc…à la fin, nulle définition ne demeure, nulle discussion n’est possible.

 

Sur l’islamophobie : un défenseur sincère de la laïcité n’aura pas les mêmes motivations qu’un xénophobe, le premier posera la question musulmane dans son rapport à la laïcité, le second en usera comme un exutoire à sa xénophobie, voir sa haine, et ce sera bien là une forme de racisme, puisque racialement/ethniquement connoté ou s’entendant tel qu’on le conçoit communément. Dans ce dernier cas, l’analyse critique de la religion musulmane qui serait le fait d’un islamophobe athée, anti-religieux, ou « laïcard » est absente ou disparaît rapidement derrière un discours invoquant critères ethniques, culturels, etc…voir établissant un rapport supposé  supériorité/infériorité, non pas lié à une religion mais bien à une origine.

 

De là, la difficulté de définir les limites de ce concept vague et élastique d’islamophobie, tant ses manifestations sont variées, disparates et les discours bien trop souvent dénués de toute analyse critique ou réflexion réelle, simplement fondés sur des préjugés, une lecture rapide de tel ou tel texte religieux, un rapport émotionnel à l’actualité.

 

Le même phénomène opère dans le rapport antisionisme/antisémitisme, certains s’opposant idéologiquement au sionisme ou en faisant l’analyse critique, d’autres usant de cet habillage pour trouver un exutoire à leur antisémitisme.

 

Le panel politique/idéologique est d’ailleurs assez éloquent dés lors qu’on observe un débat sur ces questions, les alliances les plus étranges se produisant, donnant naissant aux hybrides politico-idéologiques les plus improbables. Sans doute, est-ce là une autre manifestation de la fin des Idéologies, mais aussi et surtout de la défaite de la Pensée, puisque nous ne semblons plus à même d’en inventer d’autres, propres à nos sociétés post-industrielles, sociétés de la Connaissance dit-on avec le plus grand sérieux…  

 

Pour en revenir à l’islamophobie, telle qu’elle apparaît le plus souvent sur des forums de ce type, elle relève plus d’un racisme ethno-orienté que d’un sentiment anti-religieux, d’aversion à l’islam, d’analyse critique du fait musulman en Europe. Dans l’espace français, elle se confond facilement avec le racisme anti-arabe, anti-africain, en Allemagne elle se confondra avec le racisme anti-turc, en Grande-Bretagne elle se confondra avec le racisme anti-paki, etc…

 

Bien entendu, ses réactions de type xénophobes, « classiques », se produisant à l’encontre des minorités musulmanes d’Europe, se verront facilement qualifiés d’islamophobes, et donc « légitimes » en occultant soigneusement le fait que : les situations diffèrent largement entre les pays : l’Histoire et les mouvements migratoires (ainsi que les rapports entre pays hôtes/migrants)  étant de nature très différents selon que l’on se situe en France, en  Allemagne, en Grande Bretagne,etc…que les populations immigrées extra-européennes en Europe Continentale sont majoritairement d’origine africaine/turque, et donc principalement musulmanes.

 

Le « clash » se révélant principalement d’ordre social, la religion ou la culture n’apparaissent que comme facteurs aggravants lorsque ni les sociétés d’accueil ni les minorités n’ont su empêcher l’enfermement communautaire et la radicalisation religieuse  qui peut en découler dans le cas particulier des populations musulmanes, la question de la laïcité intervenant a posteriori.

 

Nous touchons bien là à notre rapport aux notions de nation, communauté mais aussi d’attachement, questions bien plus importantes aujourd’hui qu’une simple lecture religieuse qui ne sert que de trompe-l’œil : personne ne pouvant se définir « ex nihilo », c.à.d, en dehors d’une communauté humaine préexistante ; l’attachement à une (« sa ») communauté est naturel, partagé et commun à tous les hommes, que celle-ci soit la nation, le village, le quartier, un cercle d’amis, etc…

 

A l’évidence, le multiculturalisme « imposé » de nos sociétés ne sait pas répondre à ces questions, que celles-ci concernent les communautés nationales d’acceuil, ou les communautés minoritaires issues de l’immigration, et une islamophobie plus xénophobe que critique ne saura pas plus y répondre, ne favorisant que des communautarismes « négatifs » et les dialogues de sourds qui forment l’essentiel des débats sur ce site.

 

Pour revenir à la Tour de Babel de mon introduction, encore une fois tout n’est question de vocabulaire et de langage.

 

« Cet attachement (qu’ont les musulmans) pour la religion…les non-musulmans appellent cela amour de la patrie. »

 

Rifa’a At-Tahtawi

 

l’amour n’étant pas limité sans qu’il y ait nécessité pour cela d’être infidèle, l’attachement pouvant être multiforme sans devenir forcément arrachement, et l’Humain par définition un être sage, et trés changeant : il sera toujours possible de redéfinir ce que nous entendons par « nous » ou « autre ».

 

Comme dirait, l’ami Emil : « Deux ennemis, c’est un même homme divisé. »


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