L’incompréhensible incompréhension des Occidentaux vis-à-vis de la Russie
La Russie, la Russie outragée, la Russie martyrisée, mais la Russie libérée. La célèbre formule du Général de Gaulle quelques heures après la libération de Paris en 1944 s’applique à merveille avec la situation actuelle. Une situation qui échappe complètement à la « sagacité » de nos dirigeants qui n’ont rien compris ni retenu des bouleversements titanesques qui ont secoué le colosse russe au cours du dernier quart de siècle.
Pour ses prises de position hétérodoxes et son refus de se plier au grand jeu d’une mondialisation made in USA, la Russie est décriée, pointée du doigt, caricaturée, comme jamais elle ne l’a été. La propagande occidentale qui visait l’URSS pendant la Guerre froide aurait quelques leçons à recevoir de la part d’une machine politico-médiatique qui couvre Moscou de tous les maux pour mieux cacher l’abandon de tous les principes et vertus qui ont fait de l’Europe – en particulier – le phare du monde pendant plusieurs siècles.
Sans caractère ni bravoure, l’Occident suit aujourd’hui la marche du monde au lieu de la précéder. Les hochets que sont devenues la lutte contre le réchauffement climatique ou l’imposition par la force de la démocratie sont certes solidement emprisonnés entre ses mains. Mais ce sont ces hochets secoués avec la frénésie de celui qui a perdu toute substance raisonnable qui entraînent l’Occident vers une lente décadence. Alors que nous nous enfonçons dans de profonds abîmes, la Russie se relève d’une des pires périodes de sa longue histoire. Chassé-croisé insupportable doublé d’une incompréhension d’un monde – et du monde russe – en évolution.
Des années Eltsine aux années Poutine
Ce que les Occidentaux n’ont pas compris c’est que la chute de l’URSS, plus qu’un tremblement de terre géopolitique, a été le déclencheur d’une paupérisation dramatique qui a jeté des millions de Russes dans la misère quand dans le même temps une infime minorité s’est élevée au rang de maîtres tout-puissants : les oligarques. En quelques années, le communisme tant honni par la population a fait des millions de nostalgiques que seule une campagne menée tambour battant par les équipes de Boris Eltsine a réussi à empêcher un retour au Kremlin. Les Occidentaux auraient-ils été ravis de voir l’ennemi d’hier faire un retour en force ?
Après Eltsine, Poutine. Le style et la politique s’en trouvent radicalement changé et si Poutine a troqué ses habits d’officier du KGB pour ceux plus prestigieux de président de la République fédérale de Russie, un retour du communisme n’est pas envisageable. Communisme non ! Russie oui ! Depuis 2000, Vladimir Poutine a remis de manière spectaculaire la Russie au centre de l’échiquier mondial. Fini le blanc-seing laissé pour frapper et punir les ennemis de l’Amérique. La guerre en Ossétie déclenchée par la Géorgie en 2008 et le complexe conflit syrien sont deux preuves marquantes du retour de Moscou sur le devant de la scène.
Une Russie renaissante qui ne se laisse plus dicter ses choix par un pays étranger. Alors que la France est au garde-à-vous devant Washington et attend le vote du Congrès américain pour pouvoir de nouveau bander les muscles et se donner l’illusion qu’elle est un pays qui compte toujours, la Russie poursuit sa diplomatie réaliste qui suit ses intérêts stratégiques et non pas ceux de ses voisins ou alliés.
Une attitude qui fait peur
Tel un train que rien ne semble pouvoir arrêter, la Russie poursuit ses objectifs de reconquête. Les Occidentaux, eux, gesticulent et se contredisent avec une certaine forme d’euphorie. Faire la guerre aux terroristes au Mali, les soutenir coûte que coûte en Syrie et regretter la radicalisation de certains esprits faibles dans l’Hexagone. La contradiction perpétuelle et insupportable rend mauvais ceux qui voient la Russie sûre d’elle et de sa politique.
Alors certes, la Russie est loin d’être exempte de tout reproche. Son attitude plus que musclée dans le Caucase, ses menaces contre certaines anciennes républiques soviétiques doivent être suivies de près et condamnées lorsque cela est nécessaire. Car il est vrai qu’à force de chercher à restaurer sa position, Moscou franchit parfois la ligne rouge. Pourtant, les Occidentaux ne sont jamais bien inspirés pour condamner les débordements. On les entend à peine quand des exactions ont lieu au Daghestan ou en Tchétchénie alors que tout le monde y va de son petit commentaire quand une loi est votée pour interdire la « propagande homosexuelle » à destination des mineurs.
Quid des menaces russes sur l’Ukraine, ancien grenier de l’URSS qui a choisi clairement sous la présidence Ianoukovitch de rejoindre l’Union européenne et de ne plus marcher dans les traces de la Russie ? Kiev subit un véritable chantage économique depuis plusieurs semaines et voit ses marchandises bloquées à la frontière russe. La raison officielle des autorités russes : les denrées en provenance d’Ukraine sont susceptibles d’être dangereuses pour la santé. La raison officieuse : Moscou refuse catégoriquement tout rapprochement entre l’Union européenne et l’Ukraine. Si le 29 novembre 2013 est signé un Accord d’association et de libre-échange entre les deux entités, la Russie a déjà fait savoir que les relations avec Kiev se dégraderaient singulièrement. C’est ce genre de comportement immoral et illégal au regard du droit international qu’il faut condamner. Le reste n’est que poudre aux yeux pour des opinions publiques peu au fait des réalités géopolitiques.
Quand la Russie se montre intransigeante dans le conflit syrien, son attitude peut être déplorée, mais elle est néanmoins respectueuse du droit et de certains principes qu’il serait bon de ne pas oublier sous nos latitudes. Armer des terroristes ne peut que se retourner contre nous. Une fois la population syrienne massacrée par les fous de Dieu, les armes données seront encore en état de marche et prêtes à être utilisées contre nous. La Russie l’a bien compris. L’Occident beaucoup moins.
Crier pour cacher sa faiblesse
L’Europe ne doit pas se tromper de combat. Ce n’est pas en caricaturant la position de ses partenaires ou adversaires qu’elle retrouvera une puissance qu’elle a délaissée elle-même. Fatiguée par des luttes qu’elle a menées contre elle-même, l’Europe semble avoir renoncé à prendre son destin en main. Choisir et décider demandent trop d’énergie et de constance. L’Europe n’en est plus capable et se complaît dans la posture du donneur de leçons. La France, souvent en tête lorsqu’il s’agit de revêtir les habits de bouffon magnifique, brille de milles feux en ce moment. Mais à force de briller, notre pays finira par s’enflammer. La Russie, elle, continuera son redressement…
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