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Les trotskystes et la révolution cubaine

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La révolution cubaine amène toutes les organisations qui se réclament du trotskysme à se prononcer sur de multiples questions. En voici quelques-unes : s’agissait-il d’une révolution socialiste ? Castro et le « mouvement du 26 juillet » étaient-ils des révolutionnaires ? Quel fut leur rôle dans la révolution ? Quel était leur programme ? Ont-ils appliqué leur programme ? L’état cubain est-il maintenant un état ouvrier ? Quel fut le rôle du parti communiste dans la révolution ? Qui a dirigé cette révolution ? Il y a-t-il eu une direction révolutionnaire ? Il y a-t-il eu un parti révolutionnaire ? La direction était-elle homogène (sans aucune divergence) ? Qui a décidé de mettre en place un régime de parti unique ? Il y a-t-il eu une révolution parce que des guérilleros, avec Castro, l’ont décidé ? Castro a-t-il débarqué à Cuba, le 2 décembre 1956, pour faire une révolution ou pour faire un putsch ? Il y a-t-il eu une révolution parce qu’il y avait une situation révolutionnaire ?

Les organisations qui se réclament du trotskysme ont apporté des réponses extrêmement variées. Ernest Mandel est allé jusqu’à dire que Castro était « un marxiste naturel ». Le SWP, section américaine, s’est posé la question d’amener la direction cubaine au trotskysme. Elle voulait donc faire adhérer Castro et ses amis à la IVème internationale ! La SLL de Gerry Healy a affirmé que l’Etat reconstruit à Cuba était un Etat bourgeois et il a été rejoint dans cette appréciation par les lambertistes de France. Lambert et Just n’ont sans doute pas eu envie de creuser davantage la question, au risque de contredire Healy, dans une période où ils avaient bien d’autres questions en suspens à l’intérieur du CI.

A l’évidence, toutes ces organisations avaient des appréciations, pour le moins, erronées. Cependant, il ne faut pas les renvoyer dos à dos. Leurs erreurs n’avaient pas les mêmes conséquences. Les lambertistes n’ont pas cessé de dénoncer la politique stalinienne de Castro dès lors qu’il s’est aligné derrière l’URSS tandis que les mandéliens ont soutenu cette politique confirmant ainsi leur totale capitulation devant le stalinisme.

La politique extérieure de Castro

Il est apparu, en filigrane, au cours des journées d’études des 21 et 22 octobre 1978 qu’il était nécessaire pour l’OCI de revenir sur sa position officielle. Pierre Fougeyrollas, au cours d’une intervention de 10 mn s’était limité à critiquer la politique extérieure de Castro pour montrer que c’était une politique stalinienne. (Ecouter la bande son). Il s’en était tiré avec une pirouette pour justifier de ne pas aborder la question de la nature de l’Etat cubain.

« Je ne parlerai pas de la nature de l’Etat cubain, bien que ce soit là une question fondamentale, mais il est évident que, si nous discutions de cette question, nous risquerions de passer sur le terrain idéologique, d’aboutir à une discussion académique qui n’aurait pas la portée que nous voudrions donner les uns et les autres à cette rencontre. Il reste que, à propos de ce que Lénine disait à savoir « la politique c’est l’économie concentrée », il faudrait s’inquiéter notamment du maintien de la monoculture sucrière à Cuba, de la façon dont ce sucre circule sur le marché mondial, pour peut-être comprendre mieux les choses en ce qui concerne la nature de l’Etat cubain. Mais, je voudrais simplement évoquer quelques aspects de la politique internationale de Castro car, pour paraphraser à mon tour Clausewitz, je dirais que « la politique étrangère c’est aussi la politique intérieure continuée avec d’autres moyens » ».

Après cette dérobade, Pierre Fougeyrollas montre avec de multiples exemples que la politique extérieure de Castro est pleinement conforme à la politique de la bureaucratie du Kremlin. Il rappelle qu’en 1968, Fidel Castro a donné son approbation à l’invasion de la Tchécoslovaquie et qu’en 1973 il est allé faire une tournée au Chili. Il a donné son appui à l’Unité Populaire contre les cordons industriels (coordinations des comités d’usine) dans lesquels s’organisait la résistance de la classe ouvrière chilienne contre la politique de front populaire qui conduisait au fascisme. Pierre Fougeyrollas évoque ensuite à ce sujet plusieurs pays d’Afrique :

  • Au CongoBrazzaville, Castro, par la présence depuis une dizaine d’années des cubains, militaires, experts de toutes sortes, n’a cessé de soutenir le régime de Ngouabi, lié à l’impérialisme français, puis le régime de Yhombi, régime qui est également complètement lié à l’impérialisme.
  • En Angola, c’est Andrew Young, le représentant du président des EtatsUnis à l’ONU qui le déclare lui-même : depuis l’installation du régime du MPLA avec à sa tête Agostinho Neto à l’Luanda, les cubains n’ont cessé d’exercer leur soutien à ce régime qui dès sa naissance avait réprimé férocement une grève de dockers sur le port de Luanda et qui, en même temps, avait promulgué un code des investissements ouvrant ses frontières à l’impérialisme. Les liens militaires et économiques étroits que Neto entretient avec Cuba et l’URSS vont s’accroître avec le temps.
  • En Somalie, les troupes cubaines, les experts cubains, se sont portés au service de l’Etat Somalien de Siyaad Barre. Ils ont aidé à restructurer l’armée somalienne.
  • En Ethiopie, la guerre de l'Ogaden sur une région frontalière controversée avec la Somalie a été marquée par le rôle important que l’URSS et Cuba ont joué pour assurer la victoire de Mengistu Haile Mariam. La bureaucratie cubaine à l’époque d’Haïlé Sélassié avait vanté la lutte pour l’indépendance nationale des érythréens mais ils se sont quand même engagés comme techniciens comme coopérants militaires, comme participants militaires dans cette lutte d’écrasement du peuple de l’Erythrée.

La conclusion s’impose. En Afrique, la bureaucratie cubaine, maquillée en force tiersmondiste joue son rôle d’Alger à Conakry, de Brazzaville à Addis Abeba contre le prolétariat, contre les masses paysannes quand le mouvement anti-impérialiste disloque les Etats. La bureaucratie castriste intervient dans le cadre de la sainte alliance entre l’impérialisme et la bureaucratie du Kremlin pour sauver l’ordre bourgeois, pour sauver à tout prix les Etats bourgeois. Assurément, cette politique de Castro est pleinement conforme à la politique de la bureaucratie du Kremlin.

Etat bourgeois ou Etat ouvrier

Voyons maintenant l’évolution de la position de Stéphane Just entre son texte de 1965 et celui de 1979. Il publie ce dernier sous sa seule responsabilité en précisant que la question doit être à nouveau discutée au Bureau Politique de l’OCI. Nous remarquons à l’occasion que ni les militants ni même les membres du Comité Central ne sont invités à réfléchir sur ces questions. Cela confirme les critiques que nous avons faites sur le mode de fonctionnement de l’OCI. Voyons maintenant ce que disait Stéphane Just dans son texte de 1965 :

« La direction fidéliste, le « Mouvement du 26 juillet », devenu ensuite « Parti uni de la révolution socialiste » après fusion avec les staliniens, la structure de l'état édifié sont-ils devenus pour cela ouvriers ? Non. Ils ont dû gauchir considérablement, faire appel au soutien des travailleurs, aller jusqu'à inciter ou laisser se constituer des organismes comme les milices. Mais ce ne sont pas les travailleurs qui ont le pouvoir ; les organes du pouvoir restent de type bourgeois ; le parti au pouvoir reste un Parti d'origine sociale petite-bourgeoise. » (…)

« le régime du parti unique donne au « Parti uni de la révolution socialiste » le monopole de la vie politique. Comment peut-on conclure, dans ces conditions, malgré l'ampleur des nationalisations et le monopole du commerce extérieur, que l'état cubain est un état ouvrier, sinon en falsifiant la méthode d'analyse marxiste ? »

La position de Stéphane Just est à cette époque clairement la même que celle de la SLL : L’Etat cubain n’est pas un Etat ouvrier. Ce point de vue serait justifié si on considérait que la force sociale qui a fait chuter Batista était essentiellement de nature petite-bourgeoise à l’image du groupe qui s’était porté à la tête de la révolution avec Castro. Mais, ce point de vue n’est pas justifié si on considère que c’est une mobilisation ouvrière et paysanne qui a fait chuter le régime. Or, Stéphane Just quand il écrit son premier texte est influencé par la version mystifiée de la révolution cubaine qui fait la part belle aux guérilleros. Dans son texte de 1979, il explique au contraire que la révolution est essentiellement un « puissant mouvement des masses » :

« l'éveil d'un puissant mouvement des masses, d'abord dans la paysannerie, mais qui s'est également développé dans les masses prolétariennes des villes. »

« à Santiago, une grève générale contre la dictature éclata dans cette ville. L'échec de la grève générale du 9 avril 1958 n'infirme nullement cette constatation. »

Il montre que Castro ne voulait pas de cette révolution. Pour lui, il ne s’agissait pas de donner le pouvoir aux travailleurs : ouvriers et paysans. Castro déclarait dans son discours au Central Park de New York, le 27 avril 1959  : « La victoire ne nous a été possible que parce que nous avons réuni les Cubains de toutes les classes et de tous les secteurs autour d'une seule et même aspiration. » Pour Castro, une révolution doit rester dans les limites acceptables par la bourgeoisie. Il faut réunir « toutes les classes » et « tous les secteurs  » c’est-à-dire en incluant la bourgeoisie. Mais Castro est débordé par les masses qui se sont mises en mouvement. Stéphane Just l’explique :

« Mais les masses ne pouvaient l'entendre de cette oreille. Le pouvoir révolutionnaire n'était pas capable de les faire refluer, de faire rentrer dans son lit la révolution. Le 17 mai 1959, une première réforme agraire était promulguée. Cette réforme agraire n'avait rien de « socialiste » (…) Cette réforme agraire tentait en réalité de coiffer et de canaliser un mouvement paysan qui n'avait pas attendu pour entamer une réforme agraire de sa façon. »

« Mais le mouvement révolutionnaire qui se poursuit, la réforme agraire, y compris sous cette forme, sont intolérables aux capitalistes cubains, à l'impérialisme américain qui possède d'immenses propriétés et contrôle l'ensemble de l'économie de l'île. Et surtout, l'exemple de Cuba risque d'être contagieux pour toute l'Amérique latine, que l'impérialisme américain contrôle. L'impérialisme américain va passer à l'offensive contre la révolution cubaine et le gouvernement de Castro, obligeant la direction cubaine soit à capituler et à se heurter de front aux masses, soit à aller plus loin sur la voie de la rupture avec la bourgeoisie cubaine et l'impérialisme. C'est sur cette seconde voie que Castro et le Mouvement du 26 juillet vont s'engager.

Dès le 18 juillet 1959, le président Urrutia devait s'en aller à la suite de grandes manifestations de masse. En octobre, les anciens ministres bourgeois quittaient le gouvernement. De son côté, l'impérialisme américain commençait à organiser le blocus économique de Cuba, notamment de la vente du sucre, principale ressource de l'île. La brutalité de la réaction de l'impérialisme américain, les intrigues de la bourgeoisie cubaine liée à lui et celles des contre-révolutionnaires cubains n'ont pas abattu mais stimulé la révolution cubaine, l'activité des masses. Pour résister à l'impérialisme américain et à la bourgeoisie locale, sous la pression des masses, Castro et le Mouvement du 26 juillet ont épuré l'appareil d'Etat : l'armée, l'INRA, la police, la magistrature, l'appareil administratif, la marine. C'est à l'initiative des masses que surgirent des milices ouvrières et paysannes, des formes embryonnaires de pouvoir au niveau local, des comités de défense de la révolution, des comités dans les usines. Fidel Castro et les dirigeants de son mouvement ont été très réticents à ce que de tels organismes se constituent. Ils ont imposé que les comités d'usine soient désignés et seulement consultatifs.

Pour rompre le blocus économique, Fidel Castro et son équipe n'ont eu d'autre recours que de s'adresser à la bureaucratie du Kremlin et aux bureaucraties satellites. L'URSS accorda à Cuba un crédit de 100 millions de dollars et signa un accord qui garantissait l'achat d'un million de tonnes de sucre chaque année pendant cinq ans, 20 % payés en dollars, 80 % en marchandises, dont du pétrole. Au cours de l'année 1960, l'impérialisme américain accentua sa pression : les raffineries qu'il contrôlait à Cuba refusèrent de raffiner le pétrole venant d'URSS. Castro, qui avait déjà précédemment nationalisé une grande partie de la propriété et des avoirs du capital américain à Cuba, nationalisa le reste. 

Bientôt, l'impérialisme américain allait lui-même donner une fantastique impulsion à la révolution cubaine, en organisant la tentative de débarquement des contre‑révolutionnaires à la Baie des Cochons, le 14 avril 1961. Ce n'est qu' « après l'attaque de Playa Giron (que) Fidel proclame officiellement une révolution socialiste qui est déjà réalisée dans les faits » écrit R. Dumont dans « Cuba est-il socialiste ? ».

Un extraordinaire mouvement des masses se dressait contre l'impérialisme et la faible bourgeoisie cubaine, et ne laissait à Castro d'autre possibilité. »

Nous sommes pleinement dans le cas prévu par le programme de transition :

« Il est, cependant, impossible de nier catégoriquement par avance la possibilité théorique de ce que, sous l’influence d’une combinaison tout à fait exceptionnelle de circonstances (guerre, défaite, krach financier, offensive révolutionnaire des masses, etc.), des partis petits-bourgeois, y compris les staliniens, puissent aller plus loin qu’ils ne le veulent eux-mêmes dans la voie de la rupture avec la bourgeoisie. »

C’est bien contraint par « une offensive révolutionnaire des masses » que Castro est allé plus loin qu’il ne le voulait lui-même dans la voie de la rupture avec la bourgeoisie. C’était pour lui la seule solution pour qu’il puisse rester à la tête de la mobilisation populaire. Très vite, dans le contexte de la guerre froide il a dû choisir entre trois possibilités :

  • S’aligner sur la politique des USA c’est-à-dire revenir au capitalisme.
  • S’aligner sur la politique de l’URSS c’est-à-dire sur une politique stalinienne autant en politique intérieure qu’en politique extérieure.
  • Etendre la révolution cubaine à d’autres pays d’Amérique Latine

Fidel Castro a choisi la deuxième solution et Che Guevara a choisi la troisième. Nous ne pouvons qu’approuver le choix de Che Guevara mais nous le faisons avec d’énormes réserves. La méthode de prise du pouvoir préconisée par Che Guevara n’était pas celle des marxistes. Il ne cherchait pas à construire un parti révolutionnaire capable de prendre la direction de la classe ouvrière pour la mener à la victoire dans une situation révolutionnaire. Pour lui, une guérilla pouvait aboutir à une révolution. Il croyait ainsi pouvoir reproduire la révolution cubaine mais, en fait, il n’avait pas compris ce qui s’était passé à Cuba. Il avait participé à l’élaboration et la diffusion d’une histoire mystifiée de la révolution cubaine à laquelle il croyait. De plus, à l’évidence, Che Guevara ne s’est jamais opposé frontalement à Castro. Bien qu’un épais secret entoure les discussions qu’ils ont pu avoir, il semble bien qu’il y ait eu entre eux une négociation qui a abouti à la décision de lancer l’expédition aventureuse en Bolivie.

Mais, avant cela, Che Guevara a accompagné Castro dans sa mise en place d’un régime de parti unique sur le modèle stalinien. D’ailleurs, la véritable force politique qui a reconstruit un appareil d'Etat avec le parti unique, était le parti stalinien. Le PC cubain s'appelait, avant et au début de la révolution, le Parti Socialiste Populaire (PSP). Etroitement dépendant de Moscou, il a, de 1952 à 1958, ouvertement soutenu la dictature de Batista. Ce n'est que peu avant la chute du dictateur que le PSP a rompu avec lui. C’était un petit parti en nombre de militants, mais c’était une organisation stalinienne disposant d'un appareil soigneusement sélectionné par le Kremlin, de militants parfaitement contrôlés. Le PSP avait une solide cohésion contrairement au « Mouvement du 26 juillet » de Castro qui était une organisation petite‑bourgeoise, hétérogène et sans unité politique réelle. En 1961, le « Mouvement du 26 juillet », le PSP et les membres du « Directoire du 13 mars » ont fusionné en une seule organisation qui a donné naissance au parti unique, tous les autres partis étant interdits. Dans ce parti unique, le PSP n’a pas eu de difficulté à imposer sa politique car il était la seule formation avec une véritable cohésion et, de plus, il bénéficiait de la couverture de Castro, lui-même, dès que celui-ci eut fait le choix de placer Cuba sous la tutelle de l’URSS. Ce « Parti uni de la révolution socialiste » deviendra plus tard le « Parti Communiste Cubain » entièrement inféodé à Moscou. Ce parti stalinien a chapeauté, contrôlé, puis s'est subordonné les organisations de masse (syndicats, organisation des femmes, organisations de la jeunesse, comités de défense…) sous le couvert du « Leader Maximo ».

Répression contre les trotskystes

En bon parti stalinien, il devait s’attaquer au trotskysme et aux trotskystes. Dès août 1960, au congrès du PSP, le secrétaire général Blas Roca consacre une importante partie de son rapport aux "ennemis de la révolution cubaine". Il s’en prend notamment aux trotskystes, présentés comme des provocateurs et des espions d'Hitler, puis de l'impérialisme américain. Blas Roca les englobe avec les "titistes" et les "anarcho‑syndicalistes" parmi les agents impérialistes chargés d'attaquer la révolution à partir de positions gauchistes.

Le régime cubain alla donc jusqu’à emprisonner les militants qui se réclamaient du trotskysme et il empêcha l’édition de « La Révolution Trahie » de Trotsky. Après plusieurs procès et séjours en prison, les trotskystes cubains furent tolérés mais interdits de publications et d’activités. Le SI (Secrétariat International) de Mandel, auquel ils adhéraient, a mis du temps avant de se souvenir de leur existence.

Pour être plus précis au sujet de cette répression exercée contre les militants se réclamant du trotskysme, je dois préciser que le dernier petit parti trotskyste à Cuba était affilié à la tendance internationale de Posadas qui était en concurrence avec celle de Nahuel Moreno que je défends. Il s’agissait du POR-T (Parti Ouvrier Révolutionnaire) qui fut fondé le 6 février 1960, c’est-à-dire treize mois après la victoire de la Révolution. En 1961, le POR-T fut officiellement reconnu par le SI (Secrétariat International) de Mandel. Il comptait alors quarante membres. Il était particulièrement implanté dans trois villes : La Havane, Santiago et Guantánamo c’est-à-dire dans les villes où le PBL (Parti Bolchévique Léniniste), ancien parti trotskyste, avait été le plus fort au cours des années quarante. José Medina, un militant de longue date de Guantánamo, fut élu premier secrétaire général du parti. Idalberto Ferrera Acosta et Roberto Acosta Hechavarría (1912-1995), étaient d’autres figures importantes du trotskisme. Ce dernier fut membre du PCC avant d’adhérer au PBL en 1933. En 1956, il fut très actif à La Havane dans l’organisation « Résistance civique » et appuya activement le réseau « Action et Sabotage » du M 26-7.

Che Guevara a lui-même apporté sa contribution à la lutte contre le trotskysme dès cette époque. Le 30 avril 1961, au cours d'une conférence télévisée sur les problèmes économiques, il polémique contre "Voz Proletaria" (petit périodique trotskyste). Il déclare que ses positions, "absurdes du point de vue théorique", sont, « du point de vue de la pratique, une infamie ou une erreur. » A ce moment, il polèmique contre les trotskystes mais il ne se prononce pas pour leur interdiction.

Un an plus tard, le 26 mai 1961, le journal trotskyste est interdit. Le 13 août 1961, le même Guevara déclare au journal chilien "Ultima Hora" que cette interdiction, mesure purement administrative, se justifie par le fait qu'il "n'était pas prudent de laisser le trotskysme continuer d'appeler à la subversion". Il explique ensuite que "le trotskysme est né à Guantanamo", près de la célèbre base américaine, et que cette proximité géographique justifie amplement la mesure. En quatre mois, Guevara est passé de la polémique à la calomnie vis-à-vis des trotskystes. Seule différence avec Blas Roca : il n'affirme pas, il insinue, et il ne parle pas d'Hitler. Ces attaques de Guevara contre le trotskysme ont lieu au lendemain du débarquement manqué de la Baie des Cochons (17 avril 1961), qui a soulevé les masses de Cuba et donné une nouvelle et formidable impulsion à la révolution.

D’autres faits sont relatés dans un article intitulé « La fin du trotskysme organisé à Cuba  » :

« Mi-1963, les persécutions s’intensifièrent encore et l’on obligea plusieurs trotskistes à changer de travail, situation que dénonça l’édition de mai du bulletin. Au milieu de la tourmente, en janvier 1964, le POR-T convoqua son troisième congrès national. Les accusations portées contre un certain nombre de trotskistes, lors de procès réalisés cette année-là, laissaient déjà paraître le langage stalinien à l’œuvre : il était insinué que c’étaient les instructions de l’impérialisme yankee qu’on avait suivies, qu’on propageait la confusion et la division idéologique au sein de la population, que le bulletin était contre-révolutionnaire et diffamant à l’encontre des dirigeants, mais aussi qu’on mettait en cause les lois de la Révolution, qu’on fomentait le renversement du gouvernement, etc. Certains des accusés reçurent des sanctions allant de deux à neuf ans de prison. Début 1965 se produisit l’épisode final de tout ce processus quand plusieurs des principaux chefs de file trotskistes furent arrêtés et leurs responsabilités dans le parti transmises à d’autres. » (…)

« C’est là une partie anecdotique de l’histoire, mais elle est importante dans la mesure où, sauf del Pino et Acosta, personne, à ce que l’on sait, n’a gardé trace de ces événements pour la postérité. Les trotskistes furent arrêtés, leurs papiers et leurs biens confisqués et on les envoya près de deux mois dans la prison de Villa Marista. Del Pino est d’avis que « les trotskistes cubains, que Fidel Castro n’avait jamais pris en compte comme force politique, était un « boccato minore » qui, pourtant, allait endurer les conséquences de l’irritation que le Che avait provoqué en URSS ». »

« On trouve le passage essentiel qui suit dans l’interview que Tano Nariño fit passer à Acosta Hechavarría en 1990 et qui fut porté à la connaissance du public dans le livre de Gary Teenant ainsi que dans ses articles en ligne, souvent relayés ensuite : »

« En 1965, nous publiâmes en édition ronéotypée le livre de Léon Trotski, La Révolution trahie, précédé d’une introduction écrite à Cuba. La Sécurité procéda à mon arrestation — car c’est chez moi que l’on avait édité et imprimé le livre — ainsi qu’à celle d’autres membres de notre parti. Je travaillais alors au ministère de l’Industrie avec le Che. Je fus emprisonné à Villa Marista où mon cas fut traité par un instructeur qui était un vieux communiste et qui tenta avec insistance de me convaincre des bontés de Staline »

Rappelons que ces militants qui se réclamaient du trotskysme étaient dans un parti affilié au SI (Secrétariat International). Au moment où ils étaient jetés en prison Mandel vantait les qualités de Castro devenu un « marxiste naturel ». Il disait notamment :

« le discours prononcé par Fidel Castro le 1er janvier 1965 qui constituait un véritable appel aux masses pour la lutte antibureaucratique »

Che Guevara et tous les dirigeants du « Mouvement du 26 juillet » ont couvert de leur incontestable prestige révolutionnaire cette répression comme toute l'activité contre-révolutionnaire de l'appareil stalinien. En d'autres occasions encore, par exemple à la fin de la conférence « tricontinentale » que les castristes organisent en 1966, Fidel Castro déchaînera toute sa fugue oratoire contre le trotskysme et les trotskystes. L'anti-trotskysme, c'est la lutte contre la révolution prolétarienne. Les spécialistes, les experts de l'anti-trotskysme sont incontestablement les staliniens, parce qu'ils sont les experts, les scientifiques du combat contre la révolution prolétarienne. Les Mandel, Pablo et autres capitulards qui trouvèrent chez Castro des vertus révolutionnaires en allant jusqu’à le qualifier de « marxiste naturel » ont, en fait, apporter leur contribution à la lutte contre le trotskysme.

Nous sommes maintenant en mesure, pour l’essentiel, de répondre aux questions que soulève la révolution cubaine pour les marxistes. A l’issue de son analyse, il devient clair pour Stéphane Just que l’Etat Cubain est un Etat ouvrier. L'expropriation du capital et le développement de la planification en sont la preuve, aucun Etat bourgeois ne pouvant par nature réaliser cela.

La position de Nahuel Moreno

Mais, le seul dirigeant trotskyste qui ait eu d’emblée une analyse correcte de la révolution cubaine fut Nahuel Moreno.

Il comprend d’emblée que la révolution balaie l’ancien Etat capitaliste et met en place un Etat ouvrier. De plus, dès que la tutelle de la bureaucratie du Kremlin s’est manifestée, il l’a combattue. Dans un fascicule intitulé « La révolucion latinoamérica », qui n’a malheureusement pas été traduit en français, il reproduit trois textes écrits en 1960-61 :

  • Les 4 étapes de la révolution cubaine (juin 1960). Publié dans le magazine Que faire n°1 (13/6/60), par « Palabra Obrera ». Traduit en anglais et publié dans The Newsletter, Journal de gauche du Parti travailliste britannique dirigé par Gerry Healy du Comité international du travail Trotskysme orthodoxe.
  • La cinquième étape de la révolution cubaine (août 1961). Publié dans le magazine Que faire ? N° 3, août 1961.
  • La nature de l’Etat cubain (avril 1961). C’est le résumé de l'intervention de Nahuel Moreno au IIIe Congrès National de la Parole Ouvrière, en avril 1961.

Ces trois articles sont d’ailleurs regroupés dans un chapitre dont le titre à lui seul indique clairement la conclusion : « Cuba : premier Etat ouvrier d’Amérique ». Remarquons à propos du premier article qu’il avait été publié par le CI (Comité International) mais qu’il n’y était pas question de la nature de l’Etat cubain sur laquelle Nahuel Moreno était en désaccord avec Healy.

Dans le troisième article, Nahuel Moreno rappelle d’abord la différence entre un Etat ouvrier dégénéré comme la Russie et un Etat ouvrier déformé comme ceux de l’Europe de l’Est. Dans le deuxième cas l’Etat ouvrier est d’emblée construit avec une direction bureaucratique sous un régime de parti unique alors que dans le premier cas cette direction devient bureaucratique au cours d’une dégénérescence quand s’installe un régime de parti unique. Finalement, il décrit Cuba comme un Etat ouvrier déformé mais avec une différence importante par rapport aux Etats des pays d’Europe de l’Est. En 1960 et 1961, quand le nouvel Etat cubain se met en place, il n’est pas bureaucratisé. Les fonctionnaires qui gèrent l’administration du pays n’ont pas des privilèges exorbitants comme les bureaucrates de l’URSS. Cela sera très différent 10 ou 15 ans plus tard. A sa naissance, l’Etat n’était pas encore contrôlé par les staliniens. Les caractéristiques de l’Etat cubain évoluent donc dans le temps. Voici quelques formules employées par Nahuel Moreno qui illustre bien qu’il faut appréhender, dans les premières années qui suivent la victoire de la révolution, une réalité changeante : « Cuba est un État ouvrier en transition, fluide et dynamique, tendant vers la démocratie ouvrière, qu’il n'a pas encore pu atteindre », « à Cuba il n'y a pas de démocratie ouvrière et populaire classique », « La dictature démocratique et ouvrière est remplacée, ensuite, par la dictature du parti unique ». Nahuel Moreno indique aussi clairement que la révolution doit s’étendre : « L'expérience révolutionnaire mondiale nous oblige à être francs : ou la révolution s'étend en permanence à l'intérieur et à l'extérieur, ou elle meurt. En interne, elle doit imposer un véritable gouvernement de la classe ouvrière, soutenu par la paysannerie et la classe moyenne urbaine. Pour cela, il faut surmonter l'ambiguïté petite-bourgeoise du gouvernement actuel ». L’état est assurément de type stalinien quand en 1965 les livres de Trotsky sont interdits et qu’Acosta Hechavarría est emprisonné.

Nahuel Moreno situe très concrètement la révolution cubaine dans le cadre de la révolution dans toute l’Amérique Latine ce qui l’amène à évoquer la révolution bolivienne de 1952 et la révolution de 1944 au Guatemala : « Ces positions ont été pleinement confirmées. Cuba et la Bolivie en sont des exemples vivants. Le processus révolutionnaire ne peut pas stagner : il avance ou il recule, mais il ne peut pas être arrêté. A Cuba la révolution avance, en Bolivie elle s'est arrêtée et pour la même raison elle a reculé. Au Guatemala le revers a conduit au désastre. » Son analyse lui permet surtout de définir une orientation pour toute l’Amérique Latine.

Quand il indique les différentes étapes de la révolution, il donne une ébauche de ce que devrait être une histoire démystifiée de la révolution cubaine.

L’histoire mystifiée est une narration qui met Castro et ses guérilleros du début jusqu’à la fin au centre de l’histoire. Pour ses partisans, la révolution commence donc le 2 décembre 1956 quand Castro débarque à Cuba avec ses guérilléros. Ils décrivent ensuite ses troupes grossissant avec une narration qui a peu de chose à envier à la tirade du Cid « Nous partîmes cinq cents mais, par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port (…) le reste, dont le nombre augmentait à toute heure… ». Certes, personne n’a vraiment donné cette explication. Cependant, l’histoire mystifiée tend nettement à expliquer que c’est Castro et ses guérilleros qui sont les artisans de cette mobilisation. Nahuel Moréno indique l’importance de cette mobilisation :

« Il est important de souligner qu'une grande partie des masses qui ont rejoint le mouvement anti-Batista, ont créé leurs propres guérillas indépendantes. On ignore généralement que Batista est tombé en raison de l'action de divers fronts de guérilla que Castro n'a réussi à coordonner qu'à la dernière minute. Alors que Fidel Castro à Las Villas n'avait que 150 hommes, le Directoire révolutionnaire avait mille guérilleros, et le deuxième front d'Escambray, cinq mille. »

Sur un total de 6 000 guérilléros, Castro n’avait que 150 hommes. Etait-il vraiment l’artisan de la mobilisation des autres guérilléros ? Nous pouvons tenter une explication un peu plus sociologique. L’examen de la chronologie des faits de 1950 à 56 montre qu’il y a eu une forte agitation politique dans les deux universités avec une Fédération étudiante (la FEU) qui a joué un rôle important à partir de 1952. Il est ainsi possible de tracer une histoire de l’agitation politique et syndicale dans les universités sur cette période pour en appréhender toute l’importance. Fidel Castro n’a rien à voir avec cela. Une deuxième donnée nous paraît importante : les conditions de vie des coupeurs de canne à sucre qui constituent sans doute la population la plus pauvre. Ces paysans gagnent en dignité à rejoindre le maquis sans perdre grand-chose sur le plan matériel, avec l’aide apportée par la petite bourgeoisie liée aux milieux intellectuels.

Nous avons maintenant les moyens d’avoir une vision démystifiée de ce que fut cette révolution. Nous disposons d’une Chronologie de 1950 à 1956 qui est intéressante mais qui n’est malheureusement pas prolongée au-delà de 1956. Une autre chronologie avec 395 dates nettement moins élaborée peut être utile. Signalons aussi deux articles du site de « Révolution Permanente » qui donnent un bon résumé (celui-ci et celui-là) si on y ajoute nos observations. Le livre déjà ancien de Carlos Franqui intitulé « Journal de la révolution cubaine » reste intéressant par la quantité de renseignements et de documents qu’il contient.

Rappelons en point d’orgue, pour que personne ne nie le caractère stalinien de la politique de Castro comment il a accueilli l’assassin de Trotsky. Voici ce qu’a dit Luis Mercader, le frère de l’assassin.

« Fidel Castro offrit à mon frère une villa située sur une île. Elle avait appartenu à quelque ancien riche et était entourée d’un jardin avec bananiers et pêchers. Ramon était l’hôte personnel et couvé de Fidel. Il reprit goût à la vie et se remit si bien qu’il put même retravailler — conseiller au ministère des affaires intérieures. »

La révolution cubaine amène toutes les organisations qui se réclament du trotskysme à se prononcer sur de multiples questions. En voici quelques-unes : s’agissait-il d’une révolution socialiste ? Castro et le « mouvement du 26 juillet » étaient-ils des révolutionnaires ? Quel fut leur rôle dans la révolution ? Quel était leur programme ? Ont-ils appliqué leur programme ? L’état cubain est-il maintenant un état ouvrier ? Quel fut le rôle du parti communiste dans la révolution ? Qui a dirigé cette révolution ? Il y a-t-il eu une direction révolutionnaire ? Il y a-t-il eu un parti révolutionnaire ? La direction était-elle homogène (sans aucune divergence) ? Qui a décidé de mettre en place un régime de parti unique ? Il y a-t-il eu une révolution parce que des guérilleros, avec Castro, l’ont décidé ? Castro a-t-il débarqué à Cuba, le 2 décembre 1956, pour faire une révolution ou pour faire un putsch ? Il y a-t-il eu une révolution parce qu’il y avait une situation révolutionnaire ?

Les organisations qui se réclament du trotskysme ont apporté des réponses extrêmement variées. Ernest Mandel est allé jusqu’à dire que Castro était « un marxiste naturel ». Le SWP, section américaine, s’est posé la question d’amener la direction cubaine au trotskysme. Elle voulait donc faire adhérer Castro et ses amis à la IVème internationale ! La SLL de Gerry Healy a affirmé que l’Etat reconstruit à Cuba était un Etat bourgeois et il a été rejoint dans cette appréciation par les lambertistes de France. Lambert et Just n’ont sans doute pas eu envie de creuser davantage la question, au risque de contredire Healy, dans une période où ils avaient bien d’autres questions en suspens à l’intérieur du CI.

A l’évidence, toutes ces organisations avaient des appréciations, pour le moins, erronées. Cependant, il ne faut pas les renvoyer dos à dos. Leurs erreurs n’avaient pas les mêmes conséquences. Les lambertistes n’ont pas cessé de dénoncer la politique stalinienne de Castro dès lors qu’il s’est aligné derrière l’URSS tandis que les mandéliens ont soutenu cette politique confirmant ainsi leur totale capitulation devant le stalinisme.

La politique extérieure de Castro

Il est apparu, en filigrane, au cours des journées d’études des 21 et 22 octobre 1978 qu’il était nécessaire pour l’OCI de revenir sur sa position officielle. Pierre Fougeyrollas, au cours d’une intervention de 10 mn s’était limité à critiquer la politique extérieure de Castro pour montrer que c’était une politique stalinienne. (Ecouter la bande son). Il s’en était tiré avec une pirouette pour justifier de ne pas aborder la question de la nature de l’Etat cubain.

« Je ne parlerai pas de la nature de l’Etat cubain, bien que ce soit là une question fondamentale, mais il est évident que, si nous discutions de cette question, nous risquerions de passer sur le terrain idéologique, d’aboutir à une discussion académique qui n’aurait pas la portée que nous voudrions donner les uns et les autres à cette rencontre. Il reste que, à propos de ce que Lénine disait à savoir « la politique c’est l’économie concentrée », il faudrait s’inquiéter notamment du maintien de la monoculture sucrière à Cuba, de la façon dont ce sucre circule sur le marché mondial, pour peut-être comprendre mieux les choses en ce qui concerne la nature de l’Etat cubain. Mais, je voudrais simplement évoquer quelques aspects de la politique internationale de Castro car, pour paraphraser à mon tour Clausewitz, je dirais que « la politique étrangère c’est aussi la politique intérieure continuée avec d’autres moyens » ».

Après cette dérobade, Pierre Fougeyrollas montre avec de multiples exemples que la politique extérieure de Castro est pleinement conforme à la politique de la bureaucratie du Kremlin. Il rappelle qu’en 1968, Fidel Castro a donné son approbation à l’invasion de la Tchécoslovaquie et qu’en 1973 il est allé faire une tournée au Chili. Il a donné son appui à l’Unité Populaire contre les cordons industriels (coordinations des comités d’usine) dans lesquels s’organisait la résistance de la classe ouvrière chilienne contre la politique de front populaire qui conduisait au fascisme. Pierre Fougeyrollas évoque ensuite à ce sujet plusieurs pays d’Afrique :

  • Au CongoBrazzaville, Castro, par la présence depuis une dizaine d’années des cubains, militaires, experts de toutes sortes, n’a cessé de soutenir le régime de Ngouabi, lié à l’impérialisme français, puis le régime de Yhombi, régime qui est également complètement lié à l’impérialisme.
  • En Angola, c’est Andrew Young, le représentant du président des EtatsUnis à l’ONU qui le déclare lui-même : depuis l’installation du régime du MPLA avec à sa tête Agostinho Neto à l’Luanda, les cubains n’ont cessé d’exercer leur soutien à ce régime qui dès sa naissance avait réprimé férocement une grève de dockers sur le port de Luanda et qui, en même temps, avait promulgué un code des investissements ouvrant ses frontières à l’impérialisme. Les liens militaires et économiques étroits que Neto entretient avec Cuba et l’URSS vont s’accroître avec le temps.
  • En Somalie, les troupes cubaines, les experts cubains, se sont portés au service de l’Etat Somalien de Siyaad Barre. Ils ont aidé à restructurer l’armée somalienne.
  • En Ethiopie, la guerre de l'Ogaden sur une région frontalière controversée avec la Somalie a été marquée par le rôle important que l’URSS et Cuba ont joué pour assurer la victoire de Mengistu Haile Mariam. La bureaucratie cubaine à l’époque d’Haïlé Sélassié avait vanté la lutte pour l’indépendance nationale des érythréens mais ils se sont quand même engagés comme techniciens comme coopérants militaires, comme participants militaires dans cette lutte d’écrasement du peuple de l’Erythrée.

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La conclusion s’impose. En Afrique, la bureaucratie cubaine, maquillée en force tiersmondiste joue son rôle d’Alger à Conakry, de Brazzaville à Addis Abeba contre le prolétariat, contre les masses paysannes quand le mouvement anti-impérialiste disloque les Etats. La bureaucratie castriste intervient dans le cadre de la sainte alliance entre l’impérialisme et la bureaucratie du Kremlin pour sauver l’ordre bourgeois, pour sauver à tout prix les Etats bourgeois. Assurément, cette politique de Castro est pleinement conforme à la politique de la bureaucratie du Kremlin.

Etat bourgeois ou Etat ouvrier

Voyons maintenant l’évolution de la position de Stéphane Just entre son texte de 1965 et celui de 1979. Il publie ce dernier sous sa seule responsabilité en précisant que la question doit être à nouveau discutée au Bureau Politique de l’OCI. Nous remarquons à l’occasion que ni les militants ni même les membres du Comité Central ne sont invités à réfléchir sur ces questions. Cela confirme les critiques que nous avons faites sur le mode de fonctionnement de l’OCI. Voyons maintenant ce que disait Stéphane Just dans son texte de 1965 :

« La direction fidéliste, le « Mouvement du 26 juillet », devenu ensuite « Parti uni de la révolution socialiste » après fusion avec les staliniens, la structure de l'état édifié sont-ils devenus pour cela ouvriers ? Non. Ils ont dû gauchir considérablement, faire appel au soutien des travailleurs, aller jusqu'à inciter ou laisser se constituer des organismes comme les milices. Mais ce ne sont pas les travailleurs qui ont le pouvoir ; les organes du pouvoir restent de type bourgeois ; le parti au pouvoir reste un Parti d'origine sociale petite-bourgeoise. » (…)

« le régime du parti unique donne au « Parti uni de la révolution socialiste » le monopole de la vie politique. Comment peut-on conclure, dans ces conditions, malgré l'ampleur des nationalisations et le monopole du commerce extérieur, que l'état cubain est un état ouvrier, sinon en falsifiant la méthode d'analyse marxiste ? »

La position de Stéphane Just est à cette époque clairement la même que celle de la SLL : L’Etat cubain n’est pas un Etat ouvrier. Ce point de vue serait justifié si on considérait que la force sociale qui a fait chuter Batista était essentiellement de nature petite-bourgeoise à l’image du groupe qui s’était porté à la tête de la révolution avec Castro. Mais, ce point de vue n’est pas justifié si on considère que c’est une mobilisation ouvrière et paysanne qui a fait chuter le régime. Or, Stéphane Just quand il écrit son premier texte est influencé par la version mystifiée de la révolution cubaine qui fait la part belle aux guérilleros. Dans son texte de 1979, il explique au contraire que la révolution est essentiellement un « puissant mouvement des masses » :

« l'éveil d'un puissant mouvement des masses, d'abord dans la paysannerie, mais qui s'est également développé dans les masses prolétariennes des villes. »

« à Santiago, une grève générale contre la dictature éclata dans cette ville. L'échec de la grève générale du 9 avril 1958 n'infirme nullement cette constatation. »

Il montre que Castro ne voulait pas de cette révolution. Pour lui, il ne s’agissait pas de donner le pouvoir aux travailleurs : ouvriers et paysans. Castro déclarait dans son discours au Central Park de New York, le 27 avril 1959  : « La victoire ne nous a été possible que parce que nous avons réuni les Cubains de toutes les classes et de tous les secteurs autour d'une seule et même aspiration. » Pour Castro, une révolution doit rester dans les limites acceptables par la bourgeoisie. Il faut réunir « toutes les classes » et « tous les secteurs  » c’est-à-dire en incluant la bourgeoisie. Mais Castro est débordé par les masses qui se sont mises en mouvement. Stéphane Just l’explique :

« Mais les masses ne pouvaient l'entendre de cette oreille. Le pouvoir révolutionnaire n'était pas capable de les faire refluer, de faire rentrer dans son lit la révolution. Le 17 mai 1959, une première réforme agraire était promulguée. Cette réforme agraire n'avait rien de « socialiste » (…) Cette réforme agraire tentait en réalité de coiffer et de canaliser un mouvement paysan qui n'avait pas attendu pour entamer une réforme agraire de sa façon. »

« Mais le mouvement révolutionnaire qui se poursuit, la réforme agraire, y compris sous cette forme, sont intolérables aux capitalistes cubains, à l'impérialisme américain qui possède d'immenses propriétés et contrôle l'ensemble de l'économie de l'île. Et surtout, l'exemple de Cuba risque d'être contagieux pour toute l'Amérique latine, que l'impérialisme américain contrôle. L'impérialisme américain va passer à l'offensive contre la révolution cubaine et le gouvernement de Castro, obligeant la direction cubaine soit à capituler et à se heurter de front aux masses, soit à aller plus loin sur la voie de la rupture avec la bourgeoisie cubaine et l'impérialisme. C'est sur cette seconde voie que Castro et le Mouvement du 26 juillet vont s'engager.

Dès le 18 juillet 1959, le président Urrutia devait s'en aller à la suite de grandes manifestations de masse. En octobre, les anciens ministres bourgeois quittaient le gouvernement. De son côté, l'impérialisme américain commençait à organiser le blocus économique de Cuba, notamment de la vente du sucre, principale ressource de l'île. La brutalité de la réaction de l'impérialisme américain, les intrigues de la bourgeoisie cubaine liée à lui et celles des contre-révolutionnaires cubains n'ont pas abattu mais stimulé la révolution cubaine, l'activité des masses. Pour résister à l'impérialisme américain et à la bourgeoisie locale, sous la pression des masses, Castro et le Mouvement du 26 juillet ont épuré l'appareil d'Etat : l'armée, l'INRA, la police, la magistrature, l'appareil administratif, la marine. C'est à l'initiative des masses que surgirent des milices ouvrières et paysannes, des formes embryonnaires de pouvoir au niveau local, des comités de défense de la révolution, des comités dans les usines. Fidel Castro et les dirigeants de son mouvement ont été très réticents à ce que de tels organismes se constituent. Ils ont imposé que les comités d'usine soient désignés et seulement consultatifs.

Pour rompre le blocus économique, Fidel Castro et son équipe n'ont eu d'autre recours que de s'adresser à la bureaucratie du Kremlin et aux bureaucraties satellites. L'URSS accorda à Cuba un crédit de 100 millions de dollars et signa un accord qui garantissait l'achat d'un million de tonnes de sucre chaque année pendant cinq ans, 20 % payés en dollars, 80 % en marchandises, dont du pétrole. Au cours de l'année 1960, l'impérialisme américain accentua sa pression : les raffineries qu'il contrôlait à Cuba refusèrent de raffiner le pétrole venant d'URSS. Castro, qui avait déjà précédemment nationalisé une grande partie de la propriété et des avoirs du capital américain à Cuba, nationalisa le reste. 

Bientôt, l'impérialisme américain allait lui-même donner une fantastique impulsion à la révolution cubaine, en organisant la tentative de débarquement des contre‑révolutionnaires à la Baie des Cochons, le 14 avril 1961. Ce n'est qu' « après l'attaque de Playa Giron (que) Fidel proclame officiellement une révolution socialiste qui est déjà réalisée dans les faits » écrit R. Dumont dans « Cuba est-il socialiste ? ».

Un extraordinaire mouvement des masses se dressait contre l'impérialisme et la faible bourgeoisie cubaine, et ne laissait à Castro d'autre possibilité. »

Nous sommes pleinement dans le cas prévu par le programme de transition :

« Il est, cependant, impossible de nier catégoriquement par avance la possibilité théorique de ce que, sous l’influence d’une combinaison tout à fait exceptionnelle de circonstances (guerre, défaite, krach financier, offensive révolutionnaire des masses, etc.), des partis petits-bourgeois, y compris les staliniens, puissent aller plus loin qu’ils ne le veulent eux-mêmes dans la voie de la rupture avec la bourgeoisie. »

C’est bien contraint par « une offensive révolutionnaire des masses » que Castro est allé plus loin qu’il ne le voulait lui-même dans la voie de la rupture avec la bourgeoisie. C’était pour lui la seule solution pour qu’il puisse rester à la tête de la mobilisation populaire. Très vite, dans le contexte de la guerre froide il a dû choisir entre trois possibilités :

  • S’aligner sur la politique des USA c’est-à-dire revenir au capitalisme.
  • S’aligner sur la politique de l’URSS c’est-à-dire sur une politique stalinienne autant en politique intérieure qu’en politique extérieure.
  • Etendre la révolution cubaine à d’autres pays d’Amérique Latine

Fidel Castro a choisi la deuxième solution et Che Guevara a choisi la troisième. Nous ne pouvons qu’approuver le choix de Che Guevara mais nous le faisons avec d’énormes réserves. La méthode de prise du pouvoir préconisée par Che Guevara n’était pas celle des marxistes. Il ne cherchait pas à construire un parti révolutionnaire capable de prendre la direction de la classe ouvrière pour la mener à la victoire dans une situation révolutionnaire. Pour lui, une guérilla pouvait aboutir à une révolution. Il croyait ainsi pouvoir reproduire la révolution cubaine mais, en fait, il n’avait pas compris ce qui s’était passé à Cuba. Il avait participé à l’élaboration et la diffusion d’une histoire mystifiée de la révolution cubaine à laquelle il croyait. De plus, à l’évidence, Che Guevara ne s’est jamais opposé frontalement à Castro. Bien qu’un épais secret entoure les discussions qu’ils ont pu avoir, il semble bien qu’il y ait eu entre eux une négociation qui a abouti à la décision de lancer l’expédition aventureuse en Bolivie.

Mais, avant cela, Che Guevara a accompagné Castro dans sa mise en place d’un régime de parti unique sur le modèle stalinien. D’ailleurs, la véritable force politique qui a reconstruit un appareil d'Etat avec le parti unique, était le parti stalinien. Le PC cubain s'appelait, avant et au début de la révolution, le Parti Socialiste Populaire (PSP). Etroitement dépendant de Moscou, il a, de 1952 à 1958, ouvertement soutenu la dictature de Batista. Ce n'est que peu avant la chute du dictateur que le PSP a rompu avec lui. C’était un petit parti en nombre de militants, mais c’était une organisation stalinienne disposant d'un appareil soigneusement sélectionné par le Kremlin, de militants parfaitement contrôlés. Le PSP avait une solide cohésion contrairement au « Mouvement du 26 juillet » de Castro qui était une organisation petite‑bourgeoise, hétérogène et sans unité politique réelle. En 1961, le « Mouvement du 26 juillet », le PSP et les membres du « Directoire du 13 mars » ont fusionné en une seule organisation qui a donné naissance au parti unique, tous les autres partis étant interdits. Dans ce parti unique, le PSP n’a pas eu de difficulté à imposer sa politique car il était la seule formation avec une véritable cohésion et, de plus, il bénéficiait de la couverture de Castro, lui-même, dès que celui-ci eut fait le choix de placer Cuba sous la tutelle de l’URSS. Ce « Parti uni de la révolution socialiste » deviendra plus tard le « Parti Communiste Cubain » entièrement inféodé à Moscou. Ce parti stalinien a chapeauté, contrôlé, puis s'est subordonné les organisations de masse (syndicats, organisation des femmes, organisations de la jeunesse, comités de défense…) sous le couvert du « Leader Maximo ».

Répression contre les trotskystes

En bon parti stalinien, il devait s’attaquer au trotskysme et aux trotskystes. Dès août 1960, au congrès du PSP, le secrétaire général Blas Roca consacre une importante partie de son rapport aux "ennemis de la révolution cubaine". Il s’en prend notamment aux trotskystes, présentés comme des provocateurs et des espions d'Hitler, puis de l'impérialisme américain. Blas Roca les englobe avec les "titistes" et les "anarcho‑syndicalistes" parmi les agents impérialistes chargés d'attaquer la révolution à partir de positions gauchistes.

Le régime cubain alla donc jusqu’à emprisonner les militants qui se réclamaient du trotskysme et il empêcha l’édition de « La Révolution Trahie » de Trotsky. Après plusieurs procès et séjours en prison, les trotskystes cubains furent tolérés mais interdits de publications et d’activités. Le SI (Secrétariat International) de Mandel, auquel ils adhéraient, a mis du temps avant de se souvenir de leur existence.

Pour être plus précis au sujet de cette répression exercée contre les militants se réclamant du trotskysme, je dois préciser que le dernier petit parti trotskyste à Cuba était affilié à la tendance internationale de Posadas qui était en concurrence avec celle de Nahuel Moreno que je défends. Il s’agissait du POR-T (Parti Ouvrier Révolutionnaire) qui fut fondé le 6 février 1960, c’est-à-dire treize mois après la victoire de la Révolution. En 1961, le POR-T fut officiellement reconnu par le SI (Secrétariat International) de Mandel. Il comptait alors quarante membres. Il était particulièrement implanté dans trois villes : La Havane, Santiago et Guantánamo c’est-à-dire dans les villes où le PBL (Parti Bolchévique Léniniste), ancien parti trotskyste, avait été le plus fort au cours des années quarante. José Medina, un militant de longue date de Guantánamo, fut élu premier secrétaire général du parti. Idalberto Ferrera Acosta et Roberto Acosta Hechavarría (1912-1995), étaient d’autres figures importantes du trotskisme. Ce dernier fut membre du PCC avant d’adhérer au PBL en 1933. En 1956, il fut très actif à La Havane dans l’organisation « Résistance civique » et appuya activement le réseau « Action et Sabotage » du M 26-7.

Che Guevara a lui-même apporté sa contribution à la lutte contre le trotskysme dès cette époque. Le 30 avril 1961, au cours d'une conférence télévisée sur les problèmes économiques, il polémique contre "Voz Proletaria" (petit périodique trotskyste). Il déclare que ses positions, "absurdes du point de vue théorique", sont, « du point de vue de la pratique, une infamie ou une erreur. » A ce moment, il polèmique contre les trotskystes mais il ne se prononce pas pour leur interdiction.

Un an plus tard, le 26 mai 1961, le journal trotskyste est interdit. Le 13 août 1961, le même Guevara déclare au journal chilien "Ultima Hora" que cette interdiction, mesure purement administrative, se justifie par le fait qu'il "n'était pas prudent de laisser le trotskysme continuer d'appeler à la subversion". Il explique ensuite que "le trotskysme est né à Guantanamo", près de la célèbre base américaine, et que cette proximité géographique justifie amplement la mesure. En quatre mois, Guevara est passé de la polémique à la calomnie vis-à-vis des trotskystes. Seule différence avec Blas Roca : il n'affirme pas, il insinue, et il ne parle pas d'Hitler. Ces attaques de Guevara contre le trotskysme ont lieu au lendemain du débarquement manqué de la Baie des Cochons (17 avril 1961), qui a soulevé les masses de Cuba et donné une nouvelle et formidable impulsion à la révolution.

D’autres faits sont relatés dans un article intitulé « La fin du trotskysme organisé à Cuba  » :

« Mi-1963, les persécutions s’intensifièrent encore et l’on obligea plusieurs trotskistes à changer de travail, situation que dénonça l’édition de mai du bulletin. Au milieu de la tourmente, en janvier 1964, le POR-T convoqua son troisième congrès national. Les accusations portées contre un certain nombre de trotskistes, lors de procès réalisés cette année-là, laissaient déjà paraître le langage stalinien à l’œuvre : il était insinué que c’étaient les instructions de l’impérialisme yankee qu’on avait suivies, qu’on propageait la confusion et la division idéologique au sein de la population, que le bulletin était contre-révolutionnaire et diffamant à l’encontre des dirigeants, mais aussi qu’on mettait en cause les lois de la Révolution, qu’on fomentait le renversement du gouvernement, etc. Certains des accusés reçurent des sanctions allant de deux à neuf ans de prison. Début 1965 se produisit l’épisode final de tout ce processus quand plusieurs des principaux chefs de file trotskistes furent arrêtés et leurs responsabilités dans le parti transmises à d’autres. » (…)

« C’est là une partie anecdotique de l’histoire, mais elle est importante dans la mesure où, sauf del Pino et Acosta, personne, à ce que l’on sait, n’a gardé trace de ces événements pour la postérité. Les trotskistes furent arrêtés, leurs papiers et leurs biens confisqués et on les envoya près de deux mois dans la prison de Villa Marista. Del Pino est d’avis que « les trotskistes cubains, que Fidel Castro n’avait jamais pris en compte comme force politique, était un « boccato minore » qui, pourtant, allait endurer les conséquences de l’irritation que le Che avait provoqué en URSS ». »

« On trouve le passage essentiel qui suit dans l’interview que Tano Nariño fit passer à Acosta Hechavarría en 1990 et qui fut porté à la connaissance du public dans le livre de Gary Teenant ainsi que dans ses articles en ligne, souvent relayés ensuite : »

« En 1965, nous publiâmes en édition ronéotypée le livre de Léon Trotski, La Révolution trahie, précédé d’une introduction écrite à Cuba. La Sécurité procéda à mon arrestation — car c’est chez moi que l’on avait édité et imprimé le livre — ainsi qu’à celle d’autres membres de notre parti. Je travaillais alors au ministère de l’Industrie avec le Che. Je fus emprisonné à Villa Marista où mon cas fut traité par un instructeur qui était un vieux communiste et qui tenta avec insistance de me convaincre des bontés de Staline »

Rappelons que ces militants qui se réclamaient du trotskysme étaient dans un parti affilié au SI (Secrétariat International). Au moment où ils étaient jetés en prison Mandel vantait les qualités de Castro devenu un « marxiste naturel ». Il disait notamment :

« le discours prononcé par Fidel Castro le 1er janvier 1965 qui constituait un véritable appel aux masses pour la lutte antibureaucratique »

Che Guevara et tous les dirigeants du « Mouvement du 26 juillet » ont couvert de leur incontestable prestige révolutionnaire cette répression comme toute l'activité contre-révolutionnaire de l'appareil stalinien. En d'autres occasions encore, par exemple à la fin de la conférence « tricontinentale » que les castristes organisent en 1966, Fidel Castro déchaînera toute sa fugue oratoire contre le trotskysme et les trotskystes. L'anti-trotskysme, c'est la lutte contre la révolution prolétarienne. Les spécialistes, les experts de l'anti-trotskysme sont incontestablement les staliniens, parce qu'ils sont les experts, les scientifiques du combat contre la révolution prolétarienne. Les Mandel, Pablo et autres capitulards qui trouvèrent chez Castro des vertus révolutionnaires en allant jusqu’à le qualifier de « marxiste naturel » ont, en fait, apporter leur contribution à la lutte contre le trotskysme.

Nous sommes maintenant en mesure, pour l’essentiel, de répondre aux questions que soulève la révolution cubaine pour les marxistes. A l’issue de son analyse, il devient clair pour Stéphane Just que l’Etat Cubain est un Etat ouvrier. L'expropriation du capital et le développement de la planification en sont la preuve, aucun Etat bourgeois ne pouvant par nature réaliser cela.

La position de Nahuel Moreno

Mais, le seul dirigeant trotskyste qui ait eu d’emblée une analyse correcte de la révolution cubaine fut Nahuel Moreno.

Il comprend d’emblée que la révolution balaie l’ancien Etat capitaliste et met en place un Etat ouvrier. De plus, dès que la tutelle de la bureaucratie du Kremlin s’est manifestée, il l’a combattue. Dans un fascicule intitulé « La révolucion latinoamérica », qui n’a malheureusement pas été traduit en français, il reproduit trois textes écrits en 1960-61 :

  • Les 4 étapes de la révolution cubaine (juin 1960). Publié dans le magazine Que faire n°1 (13/6/60), par « Palabra Obrera ». Traduit en anglais et publié dans The Newsletter, Journal de gauche du Parti travailliste britannique dirigé par Gerry Healy du Comité international du travail Trotskysme orthodoxe.
  • La cinquième étape de la révolution cubaine (août 1961). Publié dans le magazine Que faire ? N° 3, août 1961.
  • La nature de l’Etat cubain (avril 1961). C’est le résumé de l'intervention de Nahuel Moreno au IIIe Congrès National de la Parole Ouvrière, en avril 1961.

Ces trois articles sont d’ailleurs regroupés dans un chapitre dont le titre à lui seul indique clairement la conclusion : « Cuba : premier Etat ouvrier d’Amérique ». Remarquons à propos du premier article qu’il avait été publié par le CI (Comité International) mais qu’il n’y était pas question de la nature de l’Etat cubain sur laquelle Nahuel Moreno était en désaccord avec Healy.

Dans le troisième article, Nahuel Moreno rappelle d’abord la différence entre un Etat ouvrier dégénéré comme la Russie et un Etat ouvrier déformé comme ceux de l’Europe de l’Est. Dans le deuxième cas l’Etat ouvrier est d’emblée construit avec une direction bureaucratique sous un régime de parti unique alors que dans le premier cas cette direction devient bureaucratique au cours d’une dégénérescence quand s’installe un régime de parti unique. Finalement, il décrit Cuba comme un Etat ouvrier déformé mais avec une différence importante par rapport aux Etats des pays d’Europe de l’Est. En 1960 et 1961, quand le nouvel Etat cubain se met en place, il n’est pas bureaucratisé. Les fonctionnaires qui gèrent l’administration du pays n’ont pas des privilèges exorbitants comme les bureaucrates de l’URSS. Cela sera très différent 10 ou 15 ans plus tard. A sa naissance, l’Etat n’était pas encore contrôlé par les staliniens. Les caractéristiques de l’Etat cubain évoluent donc dans le temps. Voici quelques formules employées par Nahuel Moreno qui illustre bien qu’il faut appréhender, dans les premières années qui suivent la victoire de la révolution, une réalité changeante : « Cuba est un État ouvrier en transition, fluide et dynamique, tendant vers la démocratie ouvrière, qu’il n'a pas encore pu atteindre », « à Cuba il n'y a pas de démocratie ouvrière et populaire classique », « La dictature démocratique et ouvrière est remplacée, ensuite, par la dictature du parti unique ». Nahuel Moreno indique aussi clairement que la révolution doit s’étendre : « L'expérience révolutionnaire mondiale nous oblige à être francs : ou la révolution s'étend en permanence à l'intérieur et à l'extérieur, ou elle meurt. En interne, elle doit imposer un véritable gouvernement de la classe ouvrière, soutenu par la paysannerie et la classe moyenne urbaine. Pour cela, il faut surmonter l'ambiguïté petite-bourgeoise du gouvernement actuel ». L’état est assurément de type stalinien quand en 1965 les livres de Trotsky sont interdits et qu’Acosta Hechavarría est emprisonné.

Nahuel Moreno situe très concrètement la révolution cubaine dans le cadre de la révolution dans toute l’Amérique Latine ce qui l’amène à évoquer la révolution bolivienne de 1952 et la révolution de 1944 au Guatemala : « Ces positions ont été pleinement confirmées. Cuba et la Bolivie en sont des exemples vivants. Le processus révolutionnaire ne peut pas stagner : il avance ou il recule, mais il ne peut pas être arrêté. A Cuba la révolution avance, en Bolivie elle s'est arrêtée et pour la même raison elle a reculé. Au Guatemala le revers a conduit au désastre. » Son analyse lui permet surtout de définir une orientation pour toute l’Amérique Latine.

Quand il indique les différentes étapes de la révolution, il donne une ébauche de ce que devrait être une histoire démystifiée de la révolution cubaine.

L’histoire mystifiée est une narration qui met Castro et ses guérilleros du début jusqu’à la fin au centre de l’histoire. Pour ses partisans, la révolution commence donc le 2 décembre 1956 quand Castro débarque à Cuba avec ses guérilléros. Ils décrivent ensuite ses troupes grossissant avec une narration qui a peu de chose à envier à la tirade du Cid « Nous partîmes cinq cents mais, par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port (…) le reste, dont le nombre augmentait à toute heure… ». Certes, personne n’a vraiment donné cette explication. Cependant, l’histoire mystifiée tend nettement à expliquer que c’est Castro et ses guérilleros qui sont les artisans de cette mobilisation. Nahuel Moréno indique l’importance de cette mobilisation :

« Il est important de souligner qu'une grande partie des masses qui ont rejoint le mouvement anti-Batista, ont créé leurs propres guérillas indépendantes. On ignore généralement que Batista est tombé en raison de l'action de divers fronts de guérilla que Castro n'a réussi à coordonner qu'à la dernière minute. Alors que Fidel Castro à Las Villas n'avait que 150 hommes, le Directoire révolutionnaire avait mille guérilleros, et le deuxième front d'Escambray, cinq mille. »

Sur un total de 6 000 guérilléros, Castro n’avait que 150 hommes. Etait-il vraiment l’artisan de la mobilisation des autres guérilléros ? Nous pouvons tenter une explication un peu plus sociologique. L’examen de la chronologie des faits de 1950 à 56 montre qu’il y a eu une forte agitation politique dans les deux universités avec une Fédération étudiante (la FEU) qui a joué un rôle important à partir de 1952. Il est ainsi possible de tracer une histoire de l’agitation politique et syndicale dans les universités sur cette période pour en appréhender toute l’importance. Fidel Castro n’a rien à voir avec cela. Une deuxième donnée nous paraît importante : les conditions de vie des coupeurs de canne à sucre qui constituent sans doute la population la plus pauvre. Ces paysans gagnent en dignité à rejoindre le maquis sans perdre grand-chose sur le plan matériel, avec l’aide apportée par la petite bourgeoisie liée aux milieux intellectuels.

Nous avons maintenant les moyens d’avoir une vision démystifiée de ce que fut cette révolution. Nous disposons d’une Chronologie de 1950 à 1956 qui est intéressante mais qui n’est malheureusement pas prolongée au-delà de 1956. Une autre chronologie avec 395 dates nettement moins élaborée peut être utile. Signalons aussi deux articles du site de « Révolution Permanente » qui donnent un bon résumé (celui-ci et celui-là) si on y ajoute nos observations. Le livre déjà ancien de Carlos Franqui intitulé « Journal de la révolution cubaine » reste intéressant par la quantité de renseignements et de documents qu’il contient.

Rappelons en point d’orgue, pour que personne ne nie le caractère stalinien de la politique de Castro comment il a accueilli l’assassin de Trotsky. Voici ce qu’a dit Luis Mercader, le frère de l’assassin.

« Fidel Castro offrit à mon frère une villa située sur une île. Elle avait appartenu à quelque ancien riche et était entourée d’un jardin avec bananiers et pêchers. Ramon était l’hôte personnel et couvé de Fidel. Il reprit goût à la vie et se remit si bien qu’il put même retravailler — conseiller au ministère des affaires intérieures. »


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60 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Schrek 13 janvier 10:09

    Ca n’empêche pas, Nicolas, que la Commune n’est pas morte !


    • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 10:13

      Vous remarquerez que par une mauvaise manip dont je suis probablement responsable mon article est reproduit deux fois. Il faut seulement arrêté la lecture quand vous voyez qu’on revient au début.


      • Séraphin Lampion Schrek 13 janvier 10:14

        @Jean Dugenêt

        et comment on le voit ?


      • Gégène Gégène 13 janvier 10:14

        @Jean Dugenêt

        la trahison du peuple par les staliniens, une histoire sans fin . . .


      • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 11:03

        @Schrek
        Quand on s’aperçoit qu’on est en train de lire ce qu’on a déjà lu. L’article commence avec les questions que peuvent se poser les trotskystes ( et tout le monde) sur la révolution cubaine. Il se termine avec le témoignage du frère de Mercader (l’assassin de Trotsky) qui raconte que Castro a offert une magnifique villa comme lieu de villégiature à Mercader-l’assassin.


      • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 11:09

        @Gégène

        Effectivement c’est un fait pesant sur l’histoire... Les partis communistes du monde entier sont passés du côté de l’ordre bourgeois faisant obstacle à toute révolution... Il faut regarder cette vérité en face et en faire toutes les déductions nécessaires. Quelques-uns préfèrent faire l’autruche pour ne surtout pas voir cela.


      • amiaplacidus amiaplacidus 13 janvier 17:03

        @Gégène
        À moins que ce soit la trahison des staliniens par le peuple ... où, comment sodomiser les diptères.


      • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 13 janvier 10:25

        J’ai voté contre l’article parce que le même texte est copié deux fois. Je suis fautif de n’avoir pas mis de commentaire, mais la modération n’a pas rattrapé le coup...

        et qu’en 1973 il est allé faire une tournée au Chili.

        C’était en 1971, comme indiqué sous la photo où on le voit avec Pinochet. Donc sous le gouvernement Allende, Pinochet n’avait pas encore fait son putch.


        • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 13 janvier 10:26

          @Opposition contrôlée

           le même texte est copié deux fois

          Ce qui vient d’être remarqué.

        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 11:05

          @Opposition contrôlée
          Bonjour,
          Vos remarques sont exactes. Merci.


        • nemesis 13 janvier 11:17

          @Jean Dugenêt

          Ouais, pour la Pinoche, tu la fous mal...


        • CN46400 CN46400 13 janvier 11:42

          @nemesis
          Et sous un autre angle on aurait pu, aussi, voir Allende, pinochétiste connu.....


        • SEPH SEPH 13 janvier 12:09

          @Opposition contrôlée

          Les trotskystes sont les champions des manipulations historiques.

          Les réussites des gouvernements castristes sont nombreuses : médecine et santé, éducation, culture, luttes contre l’impérialisme US, solidarité avec les

          peuples en difficultés,.......... tout en étant l’objet d’un blocus inique et dévastateur des USA


        • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 13 janvier 12:37

          @SEPH

          Les trotskystes sont les champions des manipulations historiques.

          Non, l’Histoire n’est pas une science exacte, et dans la catégorie des champions, nos régimes bourgeois ne sont en reste. En France, la mythologie républicaine est bâtie sur des manipulations grossières, par leur répétition ad nauseam. Les « trotskistes » ça n’existe pas, en témoigne la myriade de groupuscules qu’on y rattache. 

          Les réussites des gouvernements castristes sont nombreuses : médecine et santé, éducation, culture, luttes contre l’impérialisme US, solidarité avec les peuples en difficultés

          Je suis d’accord. Il suffit de comparer Cuba à la Dominique ou à Haïti pour constater que tout n’est pas noir chez Castro. D’autre part, évoquer la politique extérieur du pays sans faire mention de l’Angola est une lacune impardonnable de cet article, quelles qu’en fussent les conclusions. 

        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 12:43

          @SEPH
          « Les trotskystes sont les champions des manipulations historiques. »

          Vous êtes le champion de l’éclectisme. Admirateur de la nouvelle extrême-droite vous arrivez à soutenir le castrisme en trouvant dans tous les cas une cohérence.

          L’idéologie de la nouvelle extrême-droite inclut évidemment :
          Lutte contre l’Empire (notion de Soral) qui est américain avec la complicité de pays européens comme la France et le Royaume Uni. Cet empire est dominé par les grosses fortunes juives dont Soros est le prototype.

          Toutes les stratégies politiques de l’Empire sont élaborées par la CIA et Soros (Avec d’autres fortunes juives mais Soros en est le prototype). Elles visent essentiellement à s’accaparer les ressources en hydrocarbures de toute la planète. L’Empire est impérialiste. Il veut dominer le monde. La CIA et Soros sont responsables de tous les malheurs : les guerres, les révolutions…

          Vous conviendrez peut-être que les USA n’essaient pas de s’emparer des hydrocarbures de Cuba. Quoique vos amis sont constants en la matière. Ils ont expliqué que les USA voulaient s’emparer des quelques hydrocarbure de la Syrie (quantité minime par rapport aux voisins de la Syrie). Ils sont prêts à expliquer que les USA veulent s’emparer des hydrocarbures du kazakhstan (Ils en sont déjà largement propriétaires)...


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 12:47

          @Opposition contrôlée
          "D’autre part, évoquer la politique extérieur du pays sans faire mention de l’Angola est une lacune impardonnable de cet article, quelles qu’en fussent les conclusions.« 

          Je me permets d’intervenir dans votre discussion. J’ai bien évoqué l’Angola dans l’article et j’ai mis un lien sur une intervention de Fougeyrollas qui en parle aussi. J’ai repris ce qu’il dit dans cette intervention en écrivant :

             » En Angola, c’est Andrew Young, le représentant du président des EtatsUnis à l’ONU qui le déclare lui-même : depuis l’installation du régime du MPLA avec à sa tête Agostinho Neto à l’Luanda, les cubains n’ont cessé d’exercer leur soutien à ce régime qui dès sa naissance avait réprimé férocement une grève de dockers sur le port de Luanda et qui, en même temps, avait promulgué un code des investissements ouvrant ses frontières à l’impérialisme. Les liens militaires et économiques étroits que Neto entretient avec Cuba et l’URSS vont s’accroître avec le temps."


        • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 13 janvier 13:02

          @Jean Dugenêt
          Certes, mais c’est un peu court de résumer à cela l’implication cubaine dans le pays, et ses conséquences sur la région.

          Je crois que le principal biais de cet affrontement entre « staliniens » et « trotskistes » est que les derniers n’ont jamais eu la charge d’un état, et les inévitables compromis que cela implique. Lénine et Trotsky ont largement témoigné que dans la réalité de l’exercice du pouvoir, la « quête de pureté » du socialisme est un exercice de sophistes. 


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 13:29

          @Opposition contrôlée

          Ce qui oppose fondamentalement staliniens et trotskyste c’est la possibilité de réaliser le « socialisme dans un seul pays » pour les premiers et « la lutte pour la révolution mondiale » pour les seconds. Dans l’article, je rappelle à ce sujet la position de Nahuel Moreno qui dit, à sa façon, la même chose à propos de la révolution cubaine :

          Nahuel Moreno indique aussi clairement que la révolution doit s’étendre : « L’expérience révolutionnaire mondiale nous oblige à être francs : ou la révolution s’étend en permanence à l’intérieur et à l’extérieur, ou elle meurt. En interne, elle doit imposer un véritable gouvernement de la classe ouvrière, soutenu par la paysannerie et la classe moyenne urbaine. Pour cela, il faut surmonter l’ambiguïté petite-bourgeoise du gouvernement actuel ».

          Les (vrais) trotskystes ne se poseront jamais la question de prendre en charge un état dans d’autres termes que ceux-là. Il faut étendre la révolution à l’intérieur et à l’extérieur. A l’intérieur, avec de plus en plus de démocratie, pour donner réellement le pouvoir au peuple à tous les niveaux et à l’extérieur en développant la IVème internationale... Faute de quoi une révolution va inévitablement dégénérer ou être confisquée.


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 13:38

          @CN46400
          Ce fut une politique classique de type front populaire menée par Allende. La collaboration de classe des gouvernements de Front Populaire les amène à marier l’eau et le feu. Des intérêts divergents ne peuvent cohabiter. On ne peut défendre le régime capitaliste, qui est par essence le régime de l’exploitation des travailleurs, avec les intérêts des travailleurs. C’est ainsi qu’Allende en est venu à nommer son pire ennemi à la tête de l’armée...
          Il en a été ainsi de tous les fronts populaires. Le gouvernement de Front Populaire de 1936 a transmis en douceur les rênes du pouvoir à Pétain. Celui d’Espagne a permis à Franco de prendre le dessus... Celui de Mitterrand a brisé toutes les conquêtes de 68 et d’avant et il a transformé un groupuscule d’extrême-droite en puissant parti...


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 13:39

          @nemesis
          Je ne te le fais pas dire !


        • SEPH SEPH 13 janvier 14:36

          @Jean Dugenêt
          Ceux qui ne sont pas de votre avis sont nécessairement d’extrême droite, faire de tels amalgames est débile.

          En mettant la photo de Castro au coté de l’immonde Pinochet, vous vouliez montrer, avec perfidie, que Castro côtoyait les fascistes.  

          Voici les faits :

          Castro a été invité par le Président Allende en 1971. Pinochet qui était à cette époque chef d’état-major (*) du commandant en chef de l’Armée chilienne,

          a été mandaté par Allende pour accompagner Castro dans ses déplacements. C’est aussi simple que cela et rien de plus (il n’y pas de collusion entre fasciste et révolutionnaire prolétarien)

          (*) sous Allende, Pinochet était devenu le chef d’état-major du commandant en chef de l’Armée chilienne, le général Carlos Prats. Ce dernier, légaliste, tenta tant bien que mal de maintenir l’armée en dehors du jeu politique et d’éviter qu’elle se lançât dans l’aventure du coup d’état. Cependant, ayant perdu la confiance d’une bonne partie des officiers, Le général Prats décida de remettre sa démission à Allende le 23 août 1973 « pour ne pas servir de prétexte à ceux qui cherchent à renverser le gouvernement constitutionnel ».(1) Et ce fut lui qui conseilla au Président de nommer son principal adjoint, le général Pinochet, dont il ne doutait pas du légalisme. Pinochet devint donc commandant en chef de l’Armée chilienne, le 23 août 1973, après avoir prêté serment de fidélité au président au palais de la Moneda. Il semble qu’Allende n’ait à aucun moment douté de la fidélité de Pinochet, jusqu’au matin du 11 septembre.

          Hélas !!!!!


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 15:18

          @SEPH
          "En mettant la photo de Castro au coté de l’immonde Pinochet, vous vouliez montrer, avec perfidie, que Castro côtoyait les fascistes.« 

          C’est un procès d’intention. J’ai mis une photo qui existe et j’ai expliqué pourquoi Castro se trouvait alors au Chili (avec d’ailleurs une erreur corrigée depuis par »opposition controlée« ). J’ai écrit »qu’en 1973 il est allé faire une tournée au Chili.« . En fait c’était en 1971 comme le dit la légende de la photo.

          J’ai montré (sans perfidie) que Castro côtoyait (c’est littéralement vrai) Pinochet qui a été nommé à la tête de l’armée par Allende. Cela illustre très bien ce qu’est la politique de front populaire et à quoi elle aboutit.

          Votre formulation est à ce sujet fortement pudique : »sous Allende, Pinochet était devenu le chef d’état-major du commandant en chef de l’Armée chilienne (...) Et ce fut lui qui conseilla au Président de nommer son principal adjoint, le général Pinochet, dont il ne doutait pas du légalisme. Pinochet devint donc commandant en chef de l’Armée chilienne, le 23 août 1973, après avoir prêté serment de fidélité au président au palais de la Moneda. Il semble qu’Allende n’ait à aucun moment douté de la fidélité de Pinochet, jusqu’au matin du 11 septembre.« 

          Comme cette réalité de la politique de front Populaire est présentée de façon anodine. Effectivement, quand on veut continuer, contre la pression des masses, à maintenir le systéme capitaliste c’est à cela qu’on aboutit inévitablement même si ce n’est pas intentionnellement.

          Le Front Polulaire de 1936 en France n’a pas intentionnellement passé le pouvoir à Pétain mais il l’a pourtant bel et bien fait.

          La politique du Front Populaire en Espagne a bel et bien permis (in fine) à Franco de prendre le pouvoir.

           »Ceux qui ne sont pas de votre avis sont nécessairement d’extrême droite, faire de tels amalgames est débile« 

          Non ! Là c’est seulement de vous que je parlais en référence au fait que vous faites des copier/coller sur des sites web d’extrême-droite comme »les envahis"...


        • CN46400 CN46400 13 janvier 16:30

          @Jean Dugenêt
          « Le Front Populaire de 1936 en France n’a pas intentionnellement passé le pouvoir à Pétain mais il l’a pourtant bel et bien fait. »
           
          Ce n’est pas sérieux d’écrire cela, en fait, c’est le parlement (Chambre + Sénat, sauf les communistes et 80 socialistes) qui a voté les pouvoirs à Pétain... alors que c’est la chambre seule, au complet, qui avait voté le Front Populaire.


        • CN46400 CN46400 13 janvier 16:41

          @Opposition contrôlée
          Impasse aussi sur la Namibie (Cuido-carnavale) et l’Afrique du Sud. Rien sur les rapports Castro-Mandéla....


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 16:42

          @CN46400
          C’est bien la même chose. Dans un cas c’était la chambre seule et dans l’autre c’était la chambre plus une partie du sénat. Sans la chambre, qui représentait en fait le front populaire, aucune passation du pouvoir n’était possible.
          Je souligne d’ailleurs que le PCF soutenait le gouvernement de Blum mais n’en faisait pas partie. Sa participation à la chambre était par contre décisive. Quoiqu’il en soit c’est bien par un processus purement parlementaire et sans le moindre coup de feu que Pétain s’est retrouvé au pouvoir à la suite du front populaire avec l’épisode intermédiaire du gouvernement Daladier (j’écris cela de mémoire mais je ne pense pas me tromper).


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 16:49

          @CN46400
          j’ai écrit un article (et non pas un livre) avec d’ailleurs un objectif limité : analyser ce que furent les différentes positions de ceux qui se réclamaient du trotskysme au regard de la révolution cubaine. Je me suis centré sur ce seul sujet. Je n’ai évoqué la politique extérieure de Cuba que pour montrer qu’elle était conforme à celle du Kremlin (car tous les trotskystes n’étaient pas d’accord à ce sujet). Je pense que les quelques exemples que j’ai donnés, en reprenant d’ailleurs ceux de Fougeyrollas, sont amplement suffisants pour cela. Mission accomplie.

          Si vous voulez écrire un livre sur la politique extérieure de Cuba depuis la révolution jusqu’à nos jours je vous en laisse le soin. Ce n’est pas mon intention.


        • CN46400 CN46400 13 janvier 16:55

          @Jean Dugenêt
          S’il y a quelqu’un qui a tout fait pour échapper au « socialisme dans un seul pays » c’est bien Castro, et c’est les USA qui, encore, font tout ce qu’il peuvent pour enfermer Cuba dans le piège de l’autarcie.
          Avec toutes les leçons que vous distribuez généreusement, on peut s’étonner du peu d’expériences qui trouvent, à vos yeux, quelques valeurs.....


        • SEPH SEPH 13 janvier 17:02

          @Jean Dugenêt
          Toujours des procès au sujet de 2 copier/coller provenant du site le Saker que j’ai mentionné.

          Non, le site le Saker n’est pas un site fasciste. Il est au coté des peuples et de la classe ouvrière. Ainsi il combat l’impérialisme US partout dans le monde que ce soit en : Syrie,Libye,Irak,Palestine, Amérique latine, Iran, Ukraine,Bosnie, Afrique,Yémen, Afghanistan.........et cela semble vous gênez beaucoup.

          L’impérialisme US déstabilise des pays et massacre les peuples pour piller leurs richesses ou pour y installer des bases militaires d’occupations.
          Les USA utilisent notamment des mercenaires (Daesh, Al quaïda,..) pour préserver les GI et faire le sale boulot à leur place.

          Par exemple, les guerres post-11/09 menées par les USA ont faite plus de   6 000 000 ( Six Millions) de morts directes et indirectes (cf : https://www.les-crises.fr/guerres-post-11-09-plus-de-six-millions-de-morts-directes-et-indirectes-par-nafeez-ahmed/ ). Le tout pour un résultat horrible pour les peuples de ces pays souverains ( Syrie,Libye,Irak,Palestine, Iran, Ukraine,Bosnie, Yémen, Afghanistan, Soudan,....).
          Il en résulte pour ces pays :  le chaos, des blocus iniques, des millions de morts, des milliers de déplacés, la misère. Ce sont bien les USA les agresseurs il faut-être aveugle pour dire le contraire.

          Le coût de la guerre contre le terrorisme et de ses conséquences catastrophiques dans le pays et à l’étranger est stupéfiant : 21 000 milliards de dollars, selon un nouveau rapport. Imaginez ce que nous pourrions faire avec cet argent si nous l’utilisions pour des besoins humains plutôt que pour tuer des gens à l’étranger.


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 18:02

          @CN46400
          « on peut s’étonner du peu d’expériences qui trouvent, à vos yeux, quelques valeurs... »

          Toutes les expériences du mouvement ouvrier sont utiles. Jusqu’à ce jour ces expériences sont surtout négatives. Que je sache, c’est bel et bien le capitalisme qui domine le monde et je ne saurais m’en satisfaire. Je fais tout ce que je peux pour en tirer des leçons afin d’avancer.

          Je pense (et je peux en discuter) que le trotskysme nous a légué des bases solides pour combattre pour le socialisme mais, jusqu’à maintenant il n’a abouti à rien. D’où une apparente contradiction : des bases solides mais pas de résultats tangibles.

          J’écris actuellement un livre intitulé « Défense du trotskysme III » pour essayer d’expliquer cela et faire des propositions. Le présent article sera l’un des chapitres. Je publie dès maintenant les chapitres qui sont rédigés (suivre le lien). Je crois que le mouvement trotskyste a été physiquement liquidé par la répression conjuguée du stalinisme et du nazisme à laquelle s’est ajouté toutes les catastrophes de la deuxième guerre mondiale. En Russie et en Allemagne ce ne sont pas seulement les trotskystes qui ont été anéantis mais tout le mouvement ouvrier en ce qu’il avait de porteur de la révolution socialiste. Ne survivait en effet du côté du mouvement ouvrier que de puissants partis staliniens qui étaient l’antinomie de la lutte pour la révolution socialiste. Dans ces conditions les quelques militants qui a la libération ont tenté de faire perdurer le trotskysme n’étaient pas à la hauteur du projet. Il y avait eu une coupure physique avec la génération d’octobre. La transmission de l’héritage ne s’est pas faite. Ce n’était pas pour rien que Staline tenait tant à assassiner Trotsky. Il n’y avait plus de direction ouvrière capable de disputer la direction du prolétariat aux directions traitres du mouvement ouvrier. Depuis la libération quasiment toutes les organisations se réclamant du trotskysme ont capitulé. Si le lien a néanmoins était transmis c’est d’une manière très fragile. Je parle dans l’article de Stéphane Just et de Nahuel Moreno... Il me semble que l’espoir que le bolchévisme renaisse de ses cendres n’est pas complètement perdu...


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 18:30

          @SEPH
          « le Saker n’est pas un site fasciste »

          C’est un site d’extrême-droite qui se trouve dans la même mouvance qu’Alain Soral et qui est complètement conforme à la nouvelle extrême-droite. j’ai fait l’effort d’essayer de résumer l’idéologie de cette mouvance.

          Ce site affirme effectivement lutter contre « l’empire » comme dit Soral. Voici comment je résume leur position, purement idéologique, à ce sujet :

          • Lutte contre l’Empire (notion de Soral) qui est américain avec la complicité de pays européens comme la France et le Royaume Uni. Cet empire est dominé par les grosses fortunes juives dont Soros est le prototype.
          • Antisémitisme dans la lutte contre « l’Empire » lequel est à la base du projet sioniste. La légitime défense de la Palestine est assimilée à la lutte contre les juifs (antisémitisme).
          • Islamophobie contre les musulmans potentiellement islamistes et djihadistes (les forces les plus sombres du monde). Soudoyés, ils sont en fait au service des grandes fortunes juives pour défendre l’Empire en toutes circonstances.
          • Toutes les stratégies politiques de l’Empire sont élaborées par la CIA et Soros (Avec d’autres fortunes juives mais Soros en est le prototype). Elles visent essentiellement à s’accaparer les ressources en hydrocarbures de toute la planète. L’Empire est impérialiste. Il veut dominer le monde. La CIA et Soros sont responsables de tous les malheurs : les guerres, les révolutions…

          Ils essaient de plaquer cette idéologie sur toutes les situations dans tous les pays à toutes les périodes. Comme vous dites en : Syrie,Libye,Irak,Palestine, Amérique latine, Iran, Ukraine,Bosnie, Afrique,Yémen, Afghanistan...

          Ce qui les amène à faire le contraire de ce qu’ils disent.

          Les USA sont assurément la plus grande force contre-révolutionnaire mondiale qui agit sur tous les continents avec des stratégies différentes en fonction des situations. En Europe ils ont créé l’UE. En Amérique Latine, ils organisent un blocus contre le premier état ouvrier d’Amérique et ils ont fomenté une quantité de coup d’État... Au proche et au moyen orient, ils ont à une période (suite du 11 novembre) développé une politique d’invasion puis, face à l’échec de cette politique, ils ont mené une politique de désengagement. Il est idiot de plaquer la même idéologie sur ces deux périodes.

          En Syrie alors qu’ils étaient entrés dans leur politique de désengagement (depuis grosso-modo l’élection d’Obama) ils ont aidés Bachar el Assad à écraser la révolution syrienne en le laissant massacrer largement au delà des seules forces mobilisées. En Afghanistan, ils ont même échoué dans leur désengagement programmé et ont dû déguerpir comme des lapins. Au Kazakhstan, ils cherchent à protéger les intérêts qu’ils ont dans ce pays avec deux grosses firmes qui possèdent une grande part de l’exploitation pétrolière (évidemment il est difficile de plaquer l’idéologie de la nouvelle extrême-droite sur la Syrie, l’Afghanistan et le Kazakhstan. Il s’agit bien de trois situations différentes). Il faudrait analyser dans ces conditions les relations de frères-ennemis entre Poutine et les dirigeants américains. Ils se sont très bien entendus pour massacrer les syriens.

          The Saker, Meyssan, Soral et les autres, imperturbables voient toujours la même politique avec une quantité d’espions et d’agents secrets qui fomentent des révolutions de couleur car il n’y a jamais de vraies révolutions pour la bonne raison que la lutte des classes n’existent pas. Je ne sais pas comment vous pouvez supporter toutes ces âneries.


        • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 13 janvier 20:24

          @Jean Dugenêt

          Ce qui oppose fondamentalement staliniens et trotskyste c’est la possibilité de réaliser le « socialisme dans un seul pays » 

          Dans les années 1920, oui. Aujourd’hui, l’eau a coulé sous les ponts. 


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 20:47

          @Opposition contrôlée
          C’est exact. Cette question était encore importante avec la révolution cubaine que les staliniens ne voulaient pas voir s’étendre à d’autres pays d’Amérique Latine.

          Aujourd’hui les partis issues du stalinisme ne sont plus liés au capitalisme par l’intermédiaire de la bureaucratie du Kremlin. Ils sont dans la même situation que les parti socialistes. Ils maintiennent ce qui fut la dernière forme de la politique de collaboration de classe du stalinisme pour faire obstacle à toute révolution lors de mobilisations ouvrières dans un cadre de situation révolutionnaire. C’est la politique de « front populaire » avec les « voies pacifiques vers le socialisme » et la construction du « socialisme par étapes » ou la « révolution par étapes ». Évidemment, ils ne veulent jamais dépasser la première étape qui se termine toujours par le retour de la réaction parfois sous des formes extrêmement brutales. Il leur arrive ponctuellement de revenir à la politique du social-fascisme pour refuser le FUO (Front Unique Ouvrier). C’est un peu le cas actuellement en France quand Mélenchon ou Roussel refuse de faire une candidature commune avec le PS chargé de tous les maux alors qu’ils sont fondamentalement tous pareils. L’essentiel étant pour eux de laisser un réactionnaire réaliser les plans réactionnaires prévus dans le cadre de l’UE pour ne pas être contraints d’avoir à s’en charger eux-mêmes comme l’a fait Tsipras.


        • SEPH SEPH 13 janvier 21:23

          @Jean Dugenêt
          Et moi je ne supporte pas vos délires, car les âneries c’est bien vous qui les écrivez. Arrêtez vos amalgames

          qui sont des insultes dignes d’un gamin, et, vos falsifications historiques.

          Notamment au sujet de la Syrie vous écrivez "En Syrie alors qu’ils étaient entrés dans leur politique de désengagement (depuis grosso-modo l’élection d’Obama) ils (NDR :les USA) ont aidés Bachar el Assad à écraser la révolution syrienne en le laissant massacrer largement au delà des seules forces mobilisées" !!!!!!!! Je vous renvoi aux documents suivants :

            Lettre ouverte aux charlatans de la révolution syrienne, par Bruno Guigue https://arretsurinfo.ch/lettre-ouverte-aux-charlatans-de-la-revolution-syrienne-par-bruno-guigue/

            La « révolution » syrienne qui n’existait pas…,par Stephen Gowans https://arretsurinfo.ch/la-revolution-syrienne-qui-nexistait-pas/

          Le livre de Stephen Gowans  : La longue guerre de Washington contre la Syrie

          Paru le : 01/11/2019.

          Dans la guerre des États-Unis contre la Syrie, les représentants de l’élite du pouvoir capitaliste américain, les fonctionnaires de niveau ministériel liés à Wall Street, les hauts fonctionnaires et les membres des groupes de réflexion les plus prestigieux des États-Unis ont passé une alliance de circonstance avec les ennemis islamistes du gouvernement syrien pour faire tomber un gouvernement du Parti Baas arabe socialiste, qui était « un foyer de lutte nationaliste arabe contre la présence régionale et les intérêts américains ».

          Washington avait déjà fait de même contre deux autres foyers de lutte nationaliste arabe : le gouvernement de Saddam Hussein en Irak et le gouvernement de Mouammar Kadhafi en Libye.

          Les trois campagnes ne représentaient qu’autant d’étapes d’une guerre plus vaste destinée à recoloniser efficacement la planète en intégrant les derniers champions arabes de l’émancipation anticoloniale dans un ordre mondial sous commandement américain, dans lequel les intérêts de Wall Street auraient la primauté.


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 14 janvier 10:32

          @SEPH

          J’ai déjà expliqué tout cela. Voir :
          « Honte à ceux qui ont couvert les crimes de Bachar el Assad ». J’explique comment et pourquoi tous les crypto-staliniens du genre de Bruno Guigue (et les autres que vous citez) ont défendu Bachar el Assad.
          « Les amis de Bachar el Assad ». J’explique que toute l’extrême-droite mondiale (en plein accord avec les crypto-staliniens) soutient Bachar el Assad et, en plus, le vénère. Joli front unique dont vous semblez fier : crypto-staliniens + extrême-droite.
          « Etes-vous d’extrême-droite ? ». J’explique que tous ceux qui ont défendu Bachar el Assad doivent se poser cette question surtout quand ils font référence à toute la sale littérature de cette « nouvelle extrême-droite » comme « The Saker ».
          « Les dirigeants américains sont-ils les ennemis de Bachar el Assad ? ». J’explique que les américains ont aidé Bachar el Assad. Ils n’ont jamais pensé à envahir la Syrie (Ils étaient en période de désengagement). Ils n’ont jamais songé à « s’emparer des hydrocarbures de Syrie » car il y en a très peu...

          Je vous laisse avec vos crypto-staliniens alliés à l’extrême-droite mondiale à l’affut des (dés)informations de vos sites web favoris.

          Vous avez une responsabilité dans tous ces massacres. Les syriens qui se faisaient bombarder par les avions de Poutine pensaient : il n’est pas possible que le monde laisse faire ça. C’est de votre faute s’il n’a pas été possible d’organiser une campagne de soutien pour leur venir en aide. Ils n’avaient aucun moyen de se défendre contre des avions qui les bombardaient. Vous avez du sang sur les mains avec tous les crypto-staliniens et l’extrême-droite mondiale au même titre que ceux qui ont couvert les massacres de Staline, de Pol-Pot... Quand cela deviendra une évidence pour tout le monde vous ne vous souviendrez plus.


        • SEPH SEPH 14 janvier 11:23

          @Jean Dugenêt
          C’est le délire le plus complet. 
           
          Pour vous remettre vos quelques neurones en place, je vous propose le film de monsieur Rafic Lutfqui dénonce la désinformation pratiquée par CNN et Al-Jazzera et que tous les médias occidentaux ont repris sans aucune vérification.

          https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=J9U0CNYNGOs&t=0s&fbclid=IwAR1cFEU8e_iRsQg8Q6JxdzW777d7wsg3Gvx4hbBIj9KT_s3WwBvg-q-UkJU

          Si vous visionnez ce film, vous découvrirez l’œuvre de cet homme qui a interrompu le cours de sa vie aux États-Unis pour revenir et se battre contre la guerre médiatique féroce menée contre son pays : la Syrie.


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 14 janvier 15:25

          @SEPH
          « C’est le délire le plus complet.
          Pour vous remettre vos quelques neurones en place, je vous propose... »

          ... je vous propose, une fois de plus, les deux documentaire « The Cave » et « Pour Sama ». Voir des extraits sur YouTube et il faut verser une petite somme pour la visualisation complète afin que les auteurs puissent rentrer dans leurs frais. Contrairement à ceux qui font de la propagande pour el Assad, les auteurs n’ont pas d’autres revenus.

          Il y a mille autres traces audiovisuelles mais ces deux-là sont suffisamment démonstratives. A l’heure des téléphones portables et des petites caméras ce conflit a énormément été filmé. Il faut vraiment ne pas vouloir voir pour refuser la réalité.

          Les faits ! Rien que les faits !
          Osez les regarder en face et il ne sera plus nécessaire de faire des discours !

          Je n’ai pas besoin de votre Lutfqui pour savoir que CNN et Al-Jazzera ne sont pas des marxistes révolutionnaires et je ne vais chercher mes informations ni chez eux ni dans l’extrême-droite ni même chez les crypto-staliniens. Vous feriez mieux de conseiller Noam Chomsky ou « Les nouveaux chiens de garde » (livre et film).


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 14 janvier 15:41

          @SEPH
          Votre documentaire de merde est tellement passionnant qu’il a eu 200 vues en 2 ans. J’ai réussi à regarder 3mn... Bel effort !


        • nemesis 16 janvier 15:54

          @Jean Dugenêt

          Le tort d’Allende est d’avoir désarmé les militants du MIR. Je me souviens très bien de cette époque illustrée par l’excellent film docu : « La Spirale ».


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 16 janvier 20:56

          @nemesis
          Il a assurément commis cette grave erreur. Plus généralement, il a cherché à concilier l’inconciliable : la défense des travailleurs et la défense de la bourgeoisie. Il a refusé de nationaliser les banques et de donner le monopole du commerce extérieur à l’Etat laissant ainsi la réaction organiser toutes les banqueroutes et la pénurie... Il a nommé Pinochet à la tête de l’armée ? I a refusé de donner satisfaction aux cordons...
          Je vais regarder ce documentaire qui est sur Youtube.


        • nemesis 18 janvier 09:46

          @Jean Dugenêt

          Quand on fait la Révolution, il faut garder l’arme au pied longtemps après.
          La Réaction ne désarme jamais, souvent il y a la CIA derrière n’importe où dans le monde. Au Chili c’était la combinaison CIA + ITT ( International Telephone & Telegraph, pour le pognon)...

          Je suis en train de ré-ré-ré-étudier le génocide des Arméniens de 1915, c’est le même topo.
          Le Parti Arménien qui s’est allié avec le Comité Union et Progrès (CUP) noyauté par les Crypto-juifs saloniciens pour mettre à bas le Sultan rouge en 1908, s’est fait rouler dans la farine.
          La Partie arménienne a demandé à ses partisans (fédayis) de déposer les armes après la victoire. Le Comité CUP a réparti des 150,000 soldats arméniens ottomans dans des camps de travail après les avoir désarmés et puis, ont commencé les déportations et les carnages des populations civiles chrétiennes arméniennes et syriaques.
          Quand le Pr W.Wilson installé longuement à Paris pour la Conférence de la Paix (1918-19), a tracé les frontières d’une Arménie souveraine à l’Est de l’Anatolie (120,000 km2 # 20 Dpt français !!!)... les protagonistes (US, GB, F, Russie) savaient très bien que c’était intenable sans population...
          En 2020, ce qui reste de l’Arménie du Caucase (3000 km2) est tourmenté mis à mal par une coalition qui veut sa disparition :
          Azerbaïdjan / Turquie,
          OTAN, CIA, MI6,
          Pakistan, mercenaires syriens égorgeurs de chrétiens,
          Israël et Géorgie
          compagnies pétrolières ( de la Norvège au... Japon),
          même le Pape François qui décore la femme Aliyeva, vice présidente d’Azerbaïdjan

          C’est ce qui s’appelle « petite cause GRANDS effets » à 100 ans d’intervalles


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 18 janvier 10:31

          @nemesis
          Bonjour,
          « le génocide des Arméniens de 1915 »
          J’avoue ne pas avoir étudié ces événements. J’ai une vague idée de ce que fut le mouvement ouvrier au XIXème siècle mais j’écris actuellement un livre sur ce qui se passe principalement après 1920. Je ne peux pas me disperser. Il me semble cependant que l’Arménie actuelle n’est qu’une petite partie de ce que fut l’Arménie avant le génocide.


        • nemesis 18 janvier 11:06

          @Jean Dugenêt

          je peux t’envoyer des ’tonnes’ de doc...
          il y a eu beaucoup de censures aussi après 1920... du moment que les FF :. sont concernés !!!
          je vais essayer de t’envoyer qq extraits de la Vraie histoire si je trouve ton courriel


        • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 18 janvier 13:05

          @nemesis
          Mon courriel s’obtient en concaténant mon prénom et mon nom sans rien mettre entre les deux, puis il faut mettre le caractère arobas suivi de ce qu’il faut pour la messagerie gmail.


        • nemesis 13 janvier 11:15

          Je ne suis ni politologue, ni embrigadé mais, après avoir laissé décanter les derniers siècles et leurs conflits, après avoir observé les peuples qq soit le régime et le niveau économique... j’incline à penser que :

          le succès d’une idéologie populaire dépend du niveau d’adhésion des gens, de leur cohésion sociale.

          Dès qu’il se trouve un motif de clivage (fut-ce le multiculturalisme des temps modernes) ça part dans tous les sens...


          • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 13 janvier 13:55

            @nemesis
            « Je ne suis ni politologue, ni embrigadé... »

            De ce point de vue, je suis comme toi. Sans reprendre tout ce que je dis dans ma présentation je suis au départ un révolté contre l’injustice sociale et je suis, en cohérence avec cela, passé au marxisme par soucis d’avoir une méthode d’analyse rigoureuse afin de passer de la révolte à la révolution.

            « le succès d’une idéologie populaire... »
            Ma démarche, qui est celle des marxistes n’a rien à voir avec une quelconque idéologie. Je combats sans arrêt sur AgoraVox ceux qui, en toutes circonstances, essaient de plaquer une idéologie sur les évènements. C’est le cas de ceux de la « nouvelle extrême-droite » mais c’est aussi celui de ceux qui sont plus ou moins attachés au stalinisme. N’est-il pas significatif à leur sujet qu’ils sont capables de défendre deux politiques extrêmement différentes mais qui ont été l’une après l’autre promue par Staline : la politique du social-fascisme et la politique du front populaire ?

            Dans chacun des sujets que j’aborde je n’essaie jamais de plaquer une idéologie sur les événements. Tout au contraire, je pars des faits et des situations qui ne sont jamais exactement les mêmes d’un pays à l’autre, d’une période à l’autre.


          • nemesis 16 janvier 15:59

            @Jean Dugenêt

            Je fréquente quotidiennement un stalinien que j’essaie de ménager.. amicalement.
            C’est un romantique, extrêmement généreux... alors, parfois je laisse dire et parfois je dis ce qu’il me semble juste. En amitié, la subtilité est dans le dosage... smiley


          • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 16 janvier 20:59

            @nemesis
            bonjour,
            Je me pose souvent des questions de ce genre amis je crois qu’il faut être ferme sur les principes et avec les staliniens il y a une limite que je ne peux pas franchir. Je refuse de laisser trainer dans la boue tous les révolutionnaires qui ont été physiquement éliminés par le stalinisme.


          • nemesis 16 janvier 23:26

            @Jean Dugenêt

            Si tu ne fréquentes que des gens qui sont sur ta ligne politique ça risque de devenir difficile vu :
            qu’il y a autant de dogme que d’individus,
            et que les thèmes de loisirs et les goûts ne sont pas forcément identiques.

            Quand on est jeune, on est plus intransigeant... avec l’âge, on sait que l’on n’est rien. Rien de rien, il n’est que de voir ce que les Séismes ou les ras de marée font de notre « importance ».
            L’intérieur de notre Planète recèle une énergie phénoménale qui peut nous réduire en poussière éparpillée dans l’Univers...


          • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 17 janvier 06:34

            @nemesis
            Bonjour,
            Je ne pose pas les problèmes fondamentaux de la vie dans les mêmes termes que toi. Je suis d’accord pour dire qu’on n’est pas grand chose... Avec l’âge, on commence à sentir que nos jours sont comptés et on est en mesure de faire le bilan de ce qu’on a fait et de ce que cela vaut à côté de ce qu’il faudrait faire. Il m’arrive en discutant avec des personnes que je connais peu et qui me demande ce que je fais de répondre en souriant : « j’essaie de sauver l’humanité ». C’est pourtant bien réellement ce dont il s’agit !


          • nemesis 18 janvier 09:18

            @Jean Dugenêt
            « j’essaie de sauver l’humanité  »

            Salut Ô Messie :
            soit prudent quand même, le précédent a shooté dans les pupitres amovibles des financiers juifs... il a fini sur la croix.
            NB : la semaine passée, la TV nous a montrés une grande peinture illustrant cette scène de colère christique à l’entrée du temple hébreu


          • ticotico ticotico 13 janvier 23:36

            @ l’auteur

            La légende de la première photo est erronée, c’est bien un frère Castro qui est présent, mais il s’agit du frère aîné, Ramon. vérification ici


            • CN46400 CN46400 14 janvier 08:31

              @ticotico
              Dommage, la famille Castro est nombreuse, mais les « castristes » ne sont que deux : Fidel et Raoul et l’un ne doit rien à l’autre.....


            • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 14 janvier 10:36

              @ticotico
              C’est bien ce qui est écrit sur la légende de la photo. J’ai donc deux infos contradictoires. Comment savoir laquelle est la bonne ?
              Dans les deux cas nous avons une preuve supplémentaire de la proximité de Mercader-l’assassin avec la famille Castro.


            • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 14 janvier 10:37

              @CN46400

              Vous cherchez peut être à laisser penser qu’un Ramon Castro n’était pas castriste ?
              Pourquoi donc ? Vous avez des infos à ce sujet ?


            • ticotico ticotico 14 janvier 11:01

              @Jean Dugenêt

              Ramon et Fidel ont le même père et la même mère, tous deux sont grands... Raul a la même mère, mais pas le même père et il est de bien plus petite taille.

              Ramon et Raul étaient communistes bien avant Fidel...


            • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 14 janvier 15:08

              @ticotico
              Merci.
              Je ne me suis jamais vraiment intéressé au lien de la famille Castro mais vous me permettez manifestement de corriger une erreur.


            • CN46400 CN46400 15 janvier 08:20

              @Jean Dugenêt
              Merci de m’avoir fait connaître un autre Castro aussi bien trempé que ses deux autres frères...


            • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 15 janvier 10:53

              @CN46400
              Merci à vous d’introduire ici une nuance qui nous approche de la vérité.

              version 1 : « la famille Castro est nombreuse, mais les « castristes » ne sont que deux : Fidel et Raoul et l’un ne doit rien à l’autre... »

              version 2 : "un autre Castro aussi bien trempé que ses deux autres frères...

              « 

              Ramon avait rejoint le parti »communiste" de Cuba avant Fidel mais il n’était guère impliqué dans la révolution. Par contre, après la révolution, il ne manqua pas de faire partie des privilégiés mis en place par le régime castrite. Il y fut d’ailleurs rejoint rapidement par la maman de Mercader-l’assassin puis par Mercader-lui-même.

              Belle famille !


            • nemesis 18 janvier 09:19

              @CN46400

              Fabius, notre Fafa national, avait même épousé une « Castro »


            • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 2 février 16:56

              @nemesis
              Aucun rapport avec la famille Castro de Cuba.

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