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Campagnes électorales & manipulations

Les campagnes électorales sont, pour tous les prétendants au poste de répresentant du peuple, l'occasion de promesses enjôleuses qui, pour la plupart, ne seront, ou ne peuvent être tenues. On parle alors de manipulations et de mensonges, mais à quoi nous référons-nous exactement en employant ces termes ?

La réponse à cette question est moins évidente qu'il n'y paraît comme vous pourrez en juger en lisant ce qui suit.

Le développement des attaques ad hominen* dans les débats politiques signe l’incapacité de nos édiles et de leurs prosélytes à remporter une élection à l’aide d’une argumentation de qualité, claire et rigoureuse, certes exigeante, néanmoins respectueuse des promesses avancées, des adversaires, des électeurs, de la dignité humaine, etc., et, pour finir, cohérente avec les actions entreprises. Ce seul détail, loin d’être anonyme, mais « ignoré » tant il est banalisé, devrait nous alerter sur les dispositions de nos futurs dirigeants à résoudre les problèmes pour lesquels ils nous proposent tous des solutions miracles.

À chacun ses recettes, mais s’il est bien un sujet sur lequel tous les postulants au titre de représentants du peuple sont d’accord, c’est bien celui de la manipulation. À en croire nos candidats, de droite, de gauche, du centre ou des extrêmes, et ce, quelles que soit les élections en cours, présidentielles, législatives ou communales, etc., leurs opposants sont tous des menteurs. Cela revient à dire, que tous les aspirants à une fonction électorale nous manipulent, et il est désormais « banal » d’entendre les différents prétendants se traiter mutuellement de menteur ou de manipulateur (ce qui, comme nous le verrons, est la même chose) à chacune des campagnes électorales. Plus ils ont de pouvoir, plus ils sont accusés de manipulation et plus ils accusent autrui d’être des manipulateurs.

Triste et sombre constat de ce qu’est devenue notre démocratie, surtout lorsque l’on sait ce qu’est vraiment la manipulation.

Mais à y regarder de plus près… que savons-nous au juste sur la manipulation ?

À vrai dire, et paradoxalement, si beaucoup de personnes se croient à l’abri des manipulations, et des manipulateurs (il n’est en effet guère réjouissant ni très valorisant d’être pris pour le « dindon de la farce »), force est de constater à quel point notre ignorance est grande face à un phénomène qui atteint aujourd’hui de telles proportions que les plus grands spécialistes de la question le qualifient de « Mal » du siècle.

Ainsi, Jean-Marie ABGRALL, psychiatre criminologue auteur de livres références sur la manipulation (« La mécanique des sectes », « Les sectes de l’apocalypse », « Tous manipulés, tous manipulateurs », etc.), nommé au Conseil d’Orientation de la MILS (ancêtre de la MIVILUDE – Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) déclare que la « manipulation est un mensonge » (in « Tous manipulés, tous manipulateurs »). Philippe BRETON, professeur des Universités, reconnu comme l’un des plus grands spécialistes français de la parole et de la communication, auteur de nombreux ouvrages sur la rhétorique et l’argumentation (« L’incompétence démocratique », « La parole manipulée », « Convaincre sans manipuler », « Les refusants », etc., etc., etc.) affirme que la « manipulation est une violence » (in « La parole manipulée », ouvrage récompensé en 1998 par l’obtention du Prix de philosophie morale et politique de l’Académie des sciences morales et politiques). Fabrice D’ALMEIDA, auteur de « La manipulation », livre reprenant l’usage de ce terme à travers l’histoire, nous apprend que « la manipulation, comme système de représentation péjoratif de la ruse, est fille de la modernité politique. Elle en est un des repoussoirs ». Ariane BILHERAN, psychologue clinicienne, reconnue comme l’une des plus grandes spécialistes françaises sur la question du harcèlement (auteure de « Harcèlement, familles, institutions, entreprises », « Le harcèlement moral », « Tous harcelés ? », etc., etc., etc.), nous précise que les techniques de manipulation « qui visent à soumettre, rejoignent l’emprise psychologique, le contrôle psychologique de l’autre. Mais en outre, le système harceleur manie, avec une redoutable efficacité, ce que l’on nomme le conflit de loyauté, et qui est le mode opératoire le plus fondamental de la torture » (in Les Cahiers RPS – Risques Psycho Sociaux –, revue semestrielle parrainée par le Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé pour la prévention des risques d’atteintes psychologiques au travail). Etc., etc., etc.

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris au travers de ces quelques citations, la manipulation porte en germe une destructivité qui ne peut être analysée que grâce à une connaissance pluridisciplinaire absente des formations universitaires. Cette connaissance est bien souvent le fruit d’une longue expérience de terrain, d’une capacité d’analyse et d’un esprit critique particulièrement développés, seuls à même de générer le discernement et la préservation du droit le plus fondamental de notre nature humaine, qui est notre libre arbitre dont la manipulation en nie, tout à la fois, l’expression et l’existence.

Résumons-nous : la manipulation est une violence qui, dans sa forme paroxystique (plus communément nommé « harcèlement », sachant que le harcèlement s’instaure là où la manipulation échoue et ne produit plus les résultats escomptés), revêt le caractère d’une torture mentale, qualifié parfois de « terrorisme psychologique ». Elle est aussi « mensonge ». Or, dans la tradition philosophique chinoise, « l’art du mensonge, c’est l’art de la guerre » (in « Les 36 stratagèmes, manuel secret de l’art de la guerre »).

En quelque sorte, cela revient à dire que les personnes qui visent un mandat électoral pour exercer des fonctions de représentants du peuple, et qui se livrent à des manipulations font la guerre à leurs électeurs tout en prétendant vouloir les sauver du marasme ambiant dans lequel ils les plongent. Histoire de fous comme nous verrons dans cette série d’articles. En effet, un tel écart entre les vœux affichés et l’intention sous-jacente à toute entreprise de manipulation ne peut être que le signe d’une maladie mentale qui n’ose pas dire son nom.

Est-ce grave docteur ?

Assurément bien plus que l’on ne saurait l’imaginer si l’on en croit un certain Carl Gustav JUNG qui disait : « Lorsque tout va bien, les fous sont dans les asiles. En tant de crises, ils nous gouvernent ». Et de ces fous, l’histoire de l’humanité en a croisé plus d’un.

Par ailleurs, je ne voudrais pas complexifier cette problématique qui n’est déjà pas si simple, mais les toutes dernières découvertes en neurosciences et en biologie moléculaire et génétique attestent sans équivoque de l’impact, particulièrement destructeur, de la manipulation sur notre inconscient individuel et collectif, et démontre, sans ambiguïté, les graves atteintes sur la santé physique et mentale qu’elle porte aux individus qui y sont soumis, tant sur un plan personnel que sociétal. Ce que nous aborderons dans la seconde partie de cet article en traitant d’un sujet si cher à nos élus qui l’évoque toujours en jouant outrageusement de l’émotionnel, je veux parler de la violence et de l’insécurité qu’elle génère.

Pour les plus curieux d’entre vous, qui souhaite approfondir leurs connaissances du sujet, lire l’article du Nouvel Obs relatif à la manipulation et à ses conséquences sur les individus : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120330.OBS5128/p...

Pour conclure cet article sur une note humoristique et proposer une solution au marasme actuel de nos sociétés démocratiques, dîtes « civilisées », je dirais qu’il n’existe qu’un seul remède à la crise : virer tous ces fous qui nous gouvernent ou prétendent nous gouverner en proposant un changement qui s’inscrit dans la poursuite des politiques d’austérité mise en place par l’idéologie néo-libérale. Précisons cependant, pour éviter toute confusion, que l’idéologie néolibérale, ou ultralibérale, ne doit pas être confondue, comme le font les anti-capitalistes – l’amalgame permettant bien des dérives –, avec le capitalisme libéral, nécessairement encadré, comme il a pu fonctionné pendant les « trente glorieuses ». Ce n’est qu’au milieu des années 70 que la déréglementation du capitalisme libéral a engendré le « Léviathan » que nous « connaissons » aujourd’hui (en fait, nous ignorons tout de lui, comme près de 90 % des élus qui votent nos budgets, mais il est bel et bien là dorénavant, cf l’article paru sur Hérault Tribune : http://www.herault-tribune.com/articles/10992/les-emprunt...).

 

Philippe VERGNES

 

* L´argumentum ad hominem

« Cette expression latine signifie littéralement : « argument contre la personne » et désigne un des sophismes les plus répandus et les plus efficaces (initialement dans le texte d’origine désigné par paralogisme, mais la distinction entre sophisme et paralogisme relève d’une question de morale – d’éthique – qu’il n’est pas utile de développer ici). Heureusement il est aussi, comme on va le voir, un des plus faciles à identifier.

L´argumentum ad hominem (ou plus brièvement l´ad hominem) consiste à s´en prendre à la personne qui énonce une idée ou un argument plutôt qu’à cette idée ou cet argument. On cherche ainsi à détourner l´attention de la proposition qui devait être débattue vers certains caractères propres à la personne qui l’a avancée.

Souvent, un ad hominem insinue qu´il existe un lien entre les traits de caractère d´une personne et les idées ou arguments qu´elle met de l´avant ; on souhaite par là discréditer une proposition en discréditant la personne qui l´énonce. On appelle joliment cette façon de faire « empoisonner le puits ». Elle consiste précisément à mettre en évidence des traits de caractère négatifs de la personne attaquée que les auditeurs, réels ou putatifs, auront tendance à percevoir négativement (comme un poison) et ensuite à conclure que, pour cela, l´eau du puits (les autres idées et arguments de la personne, et en particulier ceux qui faisaient l´objet de la discussion) est empoisonnée.

On aura compris que le recours à l´ad hominem est fortement contextualisé et que l´habileté du sophiste est d´ajuster son tir — c´est-à-dire ses attaques personnelles — en fonction de l´auditoire » (extrait de « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » écrit par Normand BAILLARGEON, livre didactique très utile en ces temps de crise pour déceler, comprendre et contrecarré les projets délétères des manipulateurs pathologiques).

La politique ne manque pas d’exemples d’arguments ad hominem. Les divers journeaux se font largement l’écho de ce type de rhétorique qui peut parfois aboutir à des dépôts de plainte. Le recours en justice est aussi utilisé par les manipulateurs qui cherchent non pas à faire reconnaître un quelconque préjudice, mais à réduire au silence des personnes trop curieuses, même lorsque cette curiosité s’exerce, par exemple, sur le financement d'une campagne électorale qui, par définition, devrait être « transparent » et communicalbe aux tiers. Dans ce cas précis, la justice est, à son corps défendant, bien souvent instrumentalisée. Elle redoute d'autant plus la manipulation que l'efficacité de certaines techniques parvient, plus fréquement que l'on ne le suppose, à tromper la vigilance des juges.


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