Les Burgondes, histoire, patrimoine et tourisme
A M. Christophe Siruge, député-maire de Chalon-sur-Saône,
Je viens de lire un ouvrage de Madame Katalin Escher, docteur en Histoire de l’Art et Archéologie médiévale, intitulé "les Burgondes, Ier-VIème siècle après J.C.". Il s'agit d'une étude argumentée et approfondie qui traite de l'histoire de notre région, une histoire méconnue car plus ou moins éclipsée par celle des Francs. Et pourtant, la fin tragique de notre royaume burgonde n'a-t-elle pas inspiré la légende des Nibelungen ce qui en fait un lien culturel qui nous rapproche de nos voisins européens de l'Est ? Aussi me semble-t-il important de soutenir une telle recherche qui devrait déboucher sur une mise en exergue plus exacte de notre patrimoine bourguignon et sur un renforcement de nos liens européens.
Cette fin tragique du royaume burgonde a une date : l'an 534. En se référant à Grégoire de Tours (Hist. III, 11), madame Escher écrit : Clotaire et Childebert se dirigent sur la Bourgogne ; ils font le siège d'Autun, puis, ayant mis en fuite Godomar, ils occupèrent la Bourgogne (page 140).
Il y a là un malentendu dont nous serions gravement coupables si nous n'y apportons pas les rectifications que je propose. S'il est, en effet, assuré que les deux rois francs ont lancé leur campagne dès l'an 532, comme l'explique l'auteure, le dernier acte qui vit la chute du dernier roi burgonde ne se déroula pas à Augustodunum/Autun mais à Augustodunum/Mont-Saint-Vincent, là où je situe l'antique Bibracte. La mise au jour, au pied de la forteresse de Mont-Saint-Vincent, du trésor de Gourdon dissimulé sous une simple tuile en est la peuve archéologique irréfutable, preuve archéologique d'autant plus irréfutable que les monnaies burgondes qui accompagnaient ce trésor s'accordent au point de vue date.
Aussi importe-t-il que madame la ministre de la Culture réponde sans équivoque à la question écrite n°21322 que vous lui avez posée le 19 mars concernant le site du mont Beuvray dont je dis qu'il n'est pas celui de Bibracte mais celui de Gorgobina http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/mont-beuvray-un-oppidum-ou-les-129996
En effet, si, comme je l'affirme, le dernier roi burgonde a livré son dernier combat dans l'ancienne forteresse éduenne, à Mont-Saint-Vincent/Augustodunum/Bibracte, cela change tout. Cela donne à ce site bourguignon une valeur de dernier refuge tout en redonnant au dernier royaume burgonde un centre stratégique et tactique "militaire".
En 357, les murailles d'Augustodunum - Mt-St-Vincent/Bibracte - étaient certes pourries de vétusté (Ammien Marcellin, Histoire, livre XVI, 2) mais au XII ème siècle, c'était encore la place forte des comtes de Chalon, et cela jusqu'en 1161, date à laquelle le roi des Francs et de France, Louis VII, fit raser le château.
Sachant par ailleurs que le roi franco-burgonde Gontran - mort à Chalon en 593 - a maintenu le royaume en faisant de Chalon sa résidence principale, on est bien obligé de constater la permanence dans le temps du système éduen tel que Strabon l'a défini au Ier siècle avant J.C., à savoir, une forteresse à Bibracte (Mont-Saint-Vincent) et une cité, Cabyllinum, à Chalon (Strabon, géographie, IV, 3, 2). Il faut entendre par cité, un territoire habité par des citoyens.
Enfin, comment ne pas faire le lien avec le chant de Walther où il nous est dit, avant l'an 451, que le roi burgonde Herrich se trouvait à Chalon http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/aux-origines-de-la-chanson-des-135168
De 451 à 593, la double capitale éduenne, Bibracte/Cabillo, est donc toujours existante mais elle est devenue burgonde, puis franco-burgonde, et ensuite comtale.
L'énigme de la Sapaudia.
Madame Escher rappelle qu'après leur sévère défaite de 436 qui mit fin au premier royaume burgonde de Worms, la Sapaudia fut donnée au reste des Burgondes, pour être partagée avec les indigènes (page 61 d'après la Chronica gallica de l'an 452). Elle précise que cette localisation est discutée. Je suis tout à fait d'accord avec elle qu'il ne peut pas s'agir, à ce moment là, de l'actuelle Savoie mais d'un secteur plutôt militaire (page 65). Dans mon histoire de Bibracte, l'épée flamboyante, publiée en 1995, j'ai émis l'hypothèse logique que ces mercenaires burgondes ont été établis suivant un dispositif défensif de deux lignes d'arrêt ayant pour but de protéger l'ancien pays éduen - et Rome - de tout risque d'invasion empruntant le couloir Saône/Rhône. Ainsi s'expliqueraient les passages et les séjours de leurs rois/chefs militaires, d'Orléans à Genève, ainsi qu'à Lyon, centre du dispositif, mais aussi à Cabillodunum/Taisey, poste avancé, mais aussi à Mont-Saint-Vincent/Augustodunum, dernier refuge.
Enfin, compte tenu de ce que je viens d'expliquer, je fais l'hypothèse, en toute logique, que cette Sapaudia pourrait être, tout simplement, le Saônois, pays de la Saône, alias Chalonnais, alias ancien pagus de Chalon-sur-Saône dont le rayon d'influence a pu s'étendre jusqu'à inclure celui de Mont-Saint-Vincent. A noter que l'empereur Julien voyait toujours en Augustodunum/Mt-St-Vincent la vieille capitale historique mais qu'il préférait régner dans la ville beaucoup plus confortable et animée de Vienne (Ammien Marcelin, Histoire, XVI, 2).
Il s'ensuit que le roi burgonde Herrich du chant de Walther a pu se trouver au castrum de Chalon/Taisey dès l'an 436/437, qu'il ne s'y trouvait pas par hasard mais qu'il y régnait au nom des Burgondes, de même que Gontran plus tard. Je traduis : Cabillonis sedit Herericus : Herrich siégeait à Cabillo (vers 52 du chant). A noter que ces rois burgondes et franco-burgondes se contentaient d'un logis rustique, au contraire du Romain Julien qui préférait une grande ville.
Etayée par de récentes découvertes archéologiques, et sous condition d'une bonne interprétation, une telle hypothèse nous permettrait une meilleure compréhension de notre antiquité tardive tout en l'appuyant sur un patrimoine existant que l'on pourrait dès lors beaucoup mieux expliquer aux touristes amoureux de notre province.
Une révolution dans la compréhension de notre histoire.
C'est ainsi que le célèbre monastère de saint Marcel fondé par le roi franco-burgonde Gontran (✝ 593) se retrouve dans des bâtiments toujours existants, à Sevrey, aux portes de Chalon. De même que sa basilique dans la très modeste église de cette localité. C'est ainsi que le "clos du roi" et "le bois royal" de l'ancien cadastre nous amènent à penser que ce furent des terres attribuées aux Burgondes ; et que leur furent également confiés les castrum de Mont-Saint-Vincent et de Taisey pour qu'ils assurent la défense du territoire et le maintien de l'ordre. Pendant ce temps-là, les Eduens continuaient à vivre leurs coutumes et leur religion dans la ville des bords de Saône, une ville également fortifiée (depuis le III ème siècle).http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-basilique-du-roi-gontran-en-88356
Etonnant contraste entre ces deux mondes qui, pourtant, se côtoyent mais s'ignorent, l'un militaire plutôt rustre, l'autre beaucoup plus raffiné ayant des évêques pour guides. Un contraste d'autant plus évident si l'on compare la modeste église de Sevrey à la somptueuse cathédrale d'Etienne de la ville, toujours existante. Constatons par ailleurs que le conflit entre les Burgondes et les Francs se régla en pleine brousse autour de la forteresse de Mont-Saint-Vincent, et que ni la ville d'Autun, ni celle de Chalon, ne semblent avoir été impliquées ou touchées.
Or, si les Burgondes se sont limités à leur rôle de protecteurs - comme le dit Sidoïne Apollinaire dans son poème, XII - il apparaît clairement que les Francs ont outrageusement outrepassé leurs droits et qu'ils sont allés jusqu'à s'emparer du pouvoir absolu. Vers 471, vingt ans après la bataille des champs catalauniques, le comte Attale dirigeait toujours la cité éduenne au nom de Rome ainsi que Sidoïne, en Auvergne (Lettres, V, 18). Mais peu de temps après, ce sont les Francs qui s'imposent, et le comte Sidoïne n'a plus comme solution que de devenir évêque.
Tout cela se retrouve sur le terrain : Augustodunum/Bibracte à Mont-Saint-Vincent, Avitacum/Gergovie au Crest. Toute cette histoire peut s'expliquer à partir d'un patrimoine toujours existant qui ne demande qu'à être, au minimum, préservé.
Il n'est pas dans mon intention de dénigrer le site du mont Beuvray, ni le musée archéologique qui s'y trouve puisque j'y situe la montagne de Jupiter, mont Jovis, Montjeu, un lieu sacré qu'authentifient les nombreuses offrandes monétaires qu'on y trouve, lieu également stratégique occupé successivement par les Arvernes, les Germains et les Boïens, d'où les nombreux vestiges d'amphores brisées qui y ont été mis au jour, irréfutables témoignages d'un ravitaillement pour les troupes qui y cantonnaient.
Ce 8 juin, la chaîne Arte a consacré une série d'émissions pour réhabiliter l'image des Gaulois, des Gaulois dont la civilisation n'a rien à envier à celle des Romains. C'est ce que je dis et écris depuis plus de trente ans. Cette nouvelle approche est en totale contradiction avec la thèse morvandelle d'une soi disant romanisation qui nous aurait tout apporté par l'intermédiaire d'une soi disant capitale éduenne perdue dans les hêtres du mont Beuvray et sans ressources agricoles. Je constate la pauvre argumentation du directeur du centre archéologique européen, Vincent Guichard : une trace de poutres en bois dans des murs supposés être des murus gallicus et une affirmation gratuite comme quoi la description de Bibracte par César correspondrait au mont Beuvray... allons donc, soyons sérieux !
Bibracte, oppido Haeduorum longe maximo et copiosissimo (DBG I, 23) : Bibracte, oppidum des Héduens, de beaucoup le plus important et très riche (c'est-à-dire super riche)... qui ne peut être que l'ancienne ville murée de Mont-Saint-Vincent, au centre de la très riche Bourgogne du sud.
Monsieur le Député-Maire, je ne comprends pas que la Ministre puisse, encore à ce jour, couvrir la thèse erronée du mont Beuvray. Merci d'insister. Il est important que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Persévérer, ce serait mentir.
Signé E. Mourey
Copie à Katalin Escher
13 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON









