Dans la série des questions qui ne seraient pas idiotes si on prenait la peine parfois d’y réfléchir :
L’homme le plus pauvre est-il aussi nombreux que l’homme le plus riche ?
Si on définit comme riche ceux qui ont plus que ceux qui représentent la médiane de la répartition des richesses, les pauvres sont strictement aussi nombreux que les riches. On peut aussi choisir un autre critère à condition de le justifier.
Tant qu’on y est, les pauvres meurent-ils plus tôt que les riches, oui ou non ?
Plus intelligent qu’une révolution ? Ben, taxer ceux qui ont trop. Il faudrait être bien monstrueux et cynique pour préférer passer par des bains de sang que de redistribuer un peu plus des bénéfices de ceux qui en ont trop.
Sauf que, en général une famille œuvre en permanence pour l’ascension de sa base on peut même avancer que le plus souvent, les éléments du haut de la pyramide n’ont autre fonction que cette ascension. Le mode de fonctionnement du pater familial n’est pas d’utiliser les ressources de sa tribu pour se constituer un confort personnel de plus en plus éloigné de sa base. Au contraire, son but est, pas ses efforts, d’assurer l’amélioration des conditions d’existence de ses enfants. Comment nier que très souvent une famille ou tribu priorité l’élévation de ses éléments les plus faibles ? La pyramide existe bien entendu en tant que système d’autorité, mais pas en terme d’affectation des richesses, sauf dans les dérives monarchiques de type roi-soleil dont on connait les conséquences naturelles.
J’irais plus loin en avançant que le système d’autorité pyramidale est souvent un moyen et que le but est l’affectation des gains aux éléments les plus faibles du groupe.
L’acquisition de richesse par les éléments faibles au bénéfice des forts est régulièrement désignée comme une monstruosité à l’échelle familiale. Il y a donc peu de raison de la qualifier de naturelle.
Imaginez une tribu primitive chassant l’auroch. Ceux qui ont capturé du gibier ne distribueraient pas aux autres l’excédent de ce qu’ils peuvent consommer… Quelles seraient les chances de survie du groupe ? On pourrait imaginer ça dans une meute, ceux qui peuvent mangent et les autres crèvent. Mais parmi ce qui fait que nous sommes des hommes, n’y aurait-il pas une différence de nature dans le comportement collectif ?
Le système social actuel est complètement perverti puisque ceux qui peuvent gagner juste de quoi vivre donnent plus à ceux qui ont trop qu’à ceux qui n’ont rien. On parle de ça. Ajuster les réglages de cette société pour passer ces temps de crise sans pousser trop de personnes dans la misère.
Si le minimum était garanti en France, il n’y aurait rien à discuter. Mais les resto du coeur ne sont pas vide et les sans-abri sont bien là. La destruction des emplois ne suggèrent pas une régression de la misère. Dans ce contexte, il est naturel de faire contribuer plus ceux qui peuvent contribuer plus sans que ça remettent en question leur confort.
@ Eric : Donc, considérez-vous comme moi et contrairement à Claudec que la structure en pyramide d’une société n’est qu’une construction contingente et ne relève pas du naturel ?
Je n’ai pas la référence culturelle nécessaire pour être adepte du contrat social. Mais les familles existent et les tribus aussi. Et je pense que le comportement collectif humain le plus représentatif de sa nature devrait s’observer à cette petite échelle.
On est d’accord, un constat n’est pas un dogme. Par contre, affirmer que ce constat est d’ordre naturel, c’en est un. Naturel et surnaturel ont ça de commun qu’on les invoque lorsqu’on ne sait pas démontrer. C’est ce qu’est un dogme. Une affirmation non démontrable à laquelle il faudrait croire.
Raconter une histoire de ce qui se passerait si ceci ou cela n’est pas une démonstration. J’espère donc des éléments pour étayer l’idée qu’il serait non naturel pour un groupe humain de veiller à l’enrichissement de ses individus les plus pauvres. Je crois qu contraire que c’est parfaitement naturel. C’est en effet ainsi que se comporte une cellule familiale ou une tribu.
Tout cet article et sa défense repose sur le dogme que la structure des richesses d’une société doit être pyramidale. Or, l’ utilité d’une société serait de réaliser une répartition des richesses et des progrès qui soit par exemple ronde et s’élève continuellement.
Autre remarque : aujourd’hui, nous sommes dans cette pyramide. Mais puisqu’il est l’heure de faire un effort collectif (nous sommes en crise, n’est-ce pas ?), qu’y a-t-il d’anormal, plutôt que de garantir que le sommet continue à monter, de considérer que ce sommet se stabilise ou redescende un peu le temps de remédier à la crise ? Vouloir résorber la crise sans remettre en question la progression de richesse des plus riches a-t-il une autre utilité que précisément lutter coute que coute pour maintenir la pauvreté ?
Est-il inconcevable d’imaginer que cette répartition pyramidale arrive au bout de ce qu’elle peut apporter ?
Alors taxer à 75% ou plus ou moins, là n’est pas la question. La question est de répartir équitablement un effort nécessaire à sauver un système. Après tout, c’est aux plus riches que bénéficie ce système et cette crise. S’ils sont trop bornés pour comprendre qu’il ne suffit plus d’élargir leur champ de prédation, alors malheur à nous tous, nous devrons passer par les heures sombres d’une évolution par rupture violente qu’on nome révolution. Qu’adviendra-t-il ensuite ? Nul ne le sait, mais ce n’est pas tant l’espoir du lendemain qui chante que le refus de l’injustice qui dure qui déclenche les chaos. Alors que les taxes, 74% ou 76%, c’est une façon soft de faire évoluer doucement le système vers plus de justice sans le remettre en cause, juste en réglant un paramètre.
Si j’étais riche, je n’hésiterait pas une seconde.