Nicolas Sarkozy reçoit les applaudissements des apparatchiks de l’Union Européenne pour l’évolution de ses prises de position officielles à l’égard d’une éventuelle entrée de la Turquie. Une opération qui ne pourrait que renforcer le dispositif atlantiste et du contrôle du Moyen-Orient par les puissances occidentales. En même temps, le dossier du « nouveau Traité » européen a l’air de suivre son cours dans un contexte social qu’on voudrait nous présenter avec la devise « Flexicurité : sécurité de l’emploi, flexibilité des travailleurs ». Une bien jolie phrase pour désigner la casse sociale, le dumping social, la dépression, l’institutionnalisation de l’intérim et la généralisation du chômage. Cette « réforme des marchés du travail » (sic !) serait nécessaire, nous dit-on, pour « affronter la concurrence mondiale ». Exit les « vieux » Codes du Travail des pays membres de l’Union Européenne. Dans un tel contexte, le « discours économique » de Nicolas Sarkozy était attendu comme le « moment fort » de l’Université du MEDEF qui a eu lieu du 29 au 31 août.
1. L’allocution de Nicolas Sarkozy du 30 août devant le MEDEF
« Si l’on taxe trop le travail, il se délocalise, si l’on taxe trop le capital, il s’en va », vient de dire Nicolas Sarkozy. Autrement dit, pour le nouveau Président de la République Française, le « travail » et le « capital », c’est la même chose. A savoir, les capitalistes. Les travailleurs n’existent tout simplement pas. Car, qui « se délocalise », si ce n’est les capitaux ? Le décor est bien planté.
C’est marrant, comment un commentaire qui dérange un peu peut se retrouver en un temps record avec une avalanche de votes négatifs pour tenter de la cacher ! Mais l’article cité par Universitaire contient ce morceau très intéressant, et pertinent :
2. Bruits de « crise économique » et financement de l’Europe militaire
La « masse salariale » des pays dits « riches » (plus de 600 milliards d’euros annuels pour la France) constitue un immense magot, sans précédent dans l’histoire, dont depuis deux décennies les oligarchies financières et industrielles ont entrepris de s’emparer. Mais il y a encore plus gros, à court et moyen terme : l’ensemble du patrimoine des « petits citoyens ». Epargne, biens immobiliers... Telle est la cible de l’actuelle opération présentée sous couvert de « crise financière » et qui avait été préparée par deux décennies de promotion du surendettement. De quoi financer, entre autres, l’Europe militaire et l’axe des superpuissances jumelles Europe - USA en perspective.
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Mais cette fois-ci, la mystification est encore plus grossière. D’abord, « on » se plaint d’une « faible croissance » dans les pays occidentaux, alors que depuis les années 1980 les délocalisations ne cessent de s’accélérer. Ensuite, il est question notamment d’une « crise » prévisible et prévue liée, nos dit-on, à des situations de surendettement général. Or, ce sont les mêmes qui s’apprêtent à tirer d’énormes bénéfices de cette « crise » qui reste annoncée, qui ont mis en place, planifié et « suivi » le surendettement. La domination des milieux financiers, c’est bien cela. Enfin, curieusement, l’annonce de cette « crise » qui promet déjà « la fin d’une ère d’argent facile pour les marchés, les entreprises et les ménages », tombe à pic alors que l’oligarchie prépare une opération extrêmement coûteuse : la mise en place de la bi-superpuissance impérialiste euro-US, dont l’Europe militaire sera une composante essentielle.
3. Grande rafle financière mondiale et psychose de la peur
En clair, la « fin d’une ère d’argent facile » signifie une avalanche sans précédent de faillites de « petits épargnants » devenus propriétaires, et le « rachat » de leurs biens par les grands financiers pour une bouchée de pain. Une vaste entreprise de spoliation déguisée en « mauvaise passe pour l’économie ».
Avec les délocalisations, les milieux financiers ont fait sauter progressivement des pans entiers de la « masse salariale » et des avantages sociaux des populations ayant conquis des standards sociaux jugés « élevés ». Et ce qu’on a vu n’est qu’un début. Mais, depuis quelques années, cette mainmise progressive « ne suffit pas » et s’accompagne d’attaques de plus en plus directes contre le patrimoine des « petits citoyens ». Ceux qui croyaient à la viabilité d’un « capitalisme à visage humain » déchantent les uns après les autres. Le temps est bien révolu, où la propagande giscardienne des années 1970 nous annonçait un bien-être incessamment croissant, sans aucun besoin d’un changement social. A présent, c’est le discours : « les temps sont durs »...
C’est vrai qu’il y a trente ou quarante ans, les capitalistes s’inquiétaient d’un « monde menaçant » pour leur pouvoir et leurs richesses, et qu’aujourd’hui la situation leur apparaît très différente. Pourquoi, alors, ne pas reprendre à nos dépens tout ce qu’ils avaient lâché jadis sous la pression du mouvement populaire ? La prétendue « crise des liquidités » constitue un instrument idéal pour s’attaquer aux « petits patrimoines » générés par les acquis sociaux de l’après-guerre.
Et ne peut-on raisonnablement penser qu’il existe un lien étroit entre le renforcement de la logique répressive et les conséquences attendues du massacre économique qui se prépare ?
Ce n’est pas tout. Nicolas Sarkozy aurait-il, de fait, choisi le candidat du Parti Socialiste aux présidentielles de 2012, en aidant Dominique Strauss-Kahn (DSK) a accéder à la présidence du Fonds monétaire international (FMI) ? La question a aussitôt été tacitement posée, et l’hypothèse continue à faire le tour de Toile. Jusqu’au parallèle avec le président sortant du FMI, Rodrigo Rato, démissionnaire avant la fin de son mandat au moment où commence de fait la campagne pour les élections espagnoles de mai 2008. La « demande européenne » d’un parti français à façade « sociale-démocrate » n’est sans doute pas étrangère à l’opération de promotion de DSK. Mais, de toute façon, Sarkozy et Strauss-Kahn ont fait les deux partie, depuis le début des années 1990, des « élites » que rassemblent les cénacles de la « transversalité » française comme le Siècle. Pareil pour Bernard Kouchner et, depuis bien avant, Jack Lang ou Jacques Attali. Ou encore François Fillon, Luc Ferry, François Hollande, plus récemment Didier Migaud ou Rachida Dati, et bien d’autres. Le monde politique est un mouchoir. Mais ces cercles se caractérisent surtout par le rôle qu’y jouent les représentants des milieux financiers et industriels, véritables patrons de la politique réelle.
Dans l’ensemble, les partis politiques sont devenus des courroies de transmission de stratégies qui ne s’élaborent, ni dans leur sein, ni même à l’Elysée ou à Matignon, mais dans les coupoles du monde des affaires. Le reste relève de la mise en scène. Le rôle, de plus en plus symbolique, du Parlement consiste à rassurer l’opinion en lui fournissant une apparence de débat et en opérant quelques mises en forme. Quant aux directions syndicales, elles se sont rapprochées des mêmes cercles et réseaux que le monde politique. Pas seulement en France, où Nicole Notat fréquentait déjà le Siècle dans les années 1990, mais aussi au niveau international. Le rôle de dirigeants de la CGT et d’autres centrales au sein du « think tank » Confrontations Europe est bien connu, de même que l’appartenance du président de l’AFL-CIO américaine John Sweeney à la Commission Trilatérale.
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La « transversalité » à l’échelle mondiale, débouchant sur le règne de la « politique unique » ; le rapprochement Bush-Sarkozy en même temps que la mise en place d’un nouveau Traité européen ; les pressions permanentes sur les régimes politiques « dissidents », jusqu’à la négociation de leur « retour au bercail »... sont-ils autre chose que des signes d’un verrouillage politique de la planète ? Il y a de quoi s’inquiéter. Dans l’histoire de l’humanité, les possibilités d’exil pour les opposants ont été un moteur du progrès. Mais bientôt, il n’y aura plus où s’exiler. Les exemples ne manquent pas, dans le passé, d’empires très stables qui ont stagné et reculé, devenant retardataires et rétrogrades. A présent, c’est un empire planétaire des lobbies financiers et des multinationales qui se met en place. Sans aucune opposition réelle et avec des moyens de domination sans précédent.
Le PS est un parti du système et des réseaux du capitalisme et de l’impérialisme, et ceci depuis la première guerre mondiale. « Socialiste » ou « social-démocrate » ne fait aucune différence, d’ailleurs. Lire un peu l’histoire de la période 1914-18.
Les querelles entre les « sarkosocialistes » d’une part et ceux qui ne sont pas à la même soupe de l’autre, sont sans importance politique. Des circenses pour nous distraire.
Dans la partique, ils se retrouvent tous dans les mêmes réseaux et cautionnent tous la même politique antisociale et pro-impérialiste.
Lire plutôt ces deux articles de la série : « Sarkozy, Bush, médias, lobbying... et ce qu’on nous prépare » :