Nobody knows : Le problème c’est aussi que ce tableau fait partie intégrante d’une série de plusieurs toiles. En outre si on se contente de résumer un tableau aux matériaux qui le compose, je peux aussi te rétorquer que les tableaux de Rembrandt c’est juste de la toile et de la peinture... et que si un de ses tableaux est abîmé, c’est pas grave, un copiste un peu habile pourra en refaire un tout pareil.
J’ai lu votre article et le précédent que vous aviez publié sur la même affaire. Je trouve votre point de vue intéressant, cependant je ne partage pas votre position. Il me semble que vous prêtez à cette dame des intentions qui n’étaient sans doute pas les siennes. En outre, en dehors de toute considération artistique, cette destruction volontaire de l’oeuvre d’autrui me semble vraiment limite d’un point de vue tout simplement moral. Certes, un type comme Duchamp avait posé une moustache sur la Joconde mais il ne l’a pas fait sur l’original, en l’abîmant de façon irrémédiable. Je crois que la moindre des choses, entre artistes, c’est d’accorder un minimum de respect au travail de ses confrères (ce qui n’empêche pas la critique bien entendu). De tous les artistes que tu cites je ne pense pas qu’aucun ai volontairement détruit l’oeuvre d’un autre. Les artistes ayant détruit leurs propres oeuvres, pour divers raison, sont en revanche légion.
Ceux qui détruisent les oeuvre des autres ce sont plutôt les régimes autoritaires fascisant, car c’est un moyen de dire « je n’aime pas ce que tu dis donc je te fais taire ».
L’oeuvre de Cy Twombly avait sûrement un propos, un signification et d’un geste autoritaire et irréparable, cette dame lui impose un autre message, là c’est donc « j’aime ce que tu fais mais je fais le choix de te faire dire autre chose ». C’est un baiser mais je le trouve très violent !
En outre, si l’on tient vraiment à considérer ce qu’elle a fait comme un geste artistique, embrasser quelque chose avec un rouge à lèvre est le procédé le plus basique que ferait n’importe quelle lycéenne... Pour moi ce geste a autant de valeur que les touristes qui se photographient devant la Victoire de Samothrace. Cela part de la volonté, relevée d’un pointe de jalousie ou d’envie, de prendre part à l’oeuvre d’un autre et de s’associer ainsi à moindre frais à son succès.
Bref je ne trouve rien de « grand » à ce geste. A la limite je trouve même ça un peu triste.
Un autre point que je voudrais aborder c’est la différence de traitement ent entre l’art contemporain et l’art classique. Honnètement je n’apprécie pas du tout le travail de Cy Twombly mais je respecte ce qu’il fait. Cependant, j’ai l’impression que beaucoup de gens sont heureux de cette destruction , comme si on avait donné une « bonne leçon » à cet « art dégénéré » que serait l’art contemporain, et je suis sûre que ce sont les même qui se désolent devant la destruction du « Pont d’argenteuil »de Monet. Cependant , le travail de Monet et des impressionnistes, aujourd’hui au goût de tous était aussi considéré comme du sous-art à son époque parcequ’il n’était pas compris. Je suis sûre que si c’était la Joconde ou la Venus que Botticelli qui avaient ainsi été ainsi détériorées, personne ne s’en serait réjouit et tout le monde aurait hurlé au scandale... Pourquoi, lorsqu’il s’agit d’art contemporain, se contente-t-on de petits sourires moqueurs et ironiques, comme si un justicier avaient enfin fait ce que tous approuvent en silence ?
Merci pour votre réponse.
Si j’ai bien compris votre point de vue, je crois qu’il est à la base très différent du mien.
De mon coté, même si j’apprécie Platon pour d’autres facettes de sa philosophie, je n’ai jamais adhéré à son « monde des idées ». Je ne crois pas en une beauté unique, idéale. Je préfère la beauté de la diversité dans notre monde imparfait. Pour moi les idées naissent du monde réel et non l’inverse.
Et un objet peut faire sens en lui même, sans avoir besoin de discours accompagnateur. En revanche, je trouve intéressant qu’un artiste puisse expliquer sa démarche, comme vous le mentionnez, pour proposer, enrichir, mais ce qui me déplaît c’est que l’artiste veuille absolument imposer tyranniquement un sens unique à l’oeuvre, alors que pour moi sa richesse réside aussi dans les multiples interprétations qui peuvent en être faites. C’est sans doute très contestable comme point de vue, mais j’estime qu’une fois livrée au public, l’oeuvre n’appartient plus totalement à l’artiste.
Puisque nous parlons de la Joconde, ce qui fait son intérêt c’est aussi les multiples façons dont le spectateur lambda peut interpréter l’expression de son visage. Ce qui est bien sûre très différent de la démarche de l’historien qui lui tentera à juste titre de comprendre les véritables intentions de l’auteur.
Merci pour cet article demian.
Si je puis me permettre de m’incruster dans la conversation... j’aimerais revenir sur la notion d’idée et de concept dans l’art que tu as abordé dans ta réponse. Il se trouve que c’est un sujet qui m’intrigue et sur lequel je n’arrive à me forger un opinion définitive.
Voilà, j’ai connu pas mal d’artistes, j’ai visité beaucoup d’expo et je me demande si l’art n’est pas en train de se perdre lui même. Je m’explique : plus ça va, plus le discours autour de l’oeuvre prend de l’importance dans l’art contemporain à tel point que l’on se demande si finalement le discours n’est pas la véritable oeuvre d’art. Cela pose pour moi plusieurs problèmes : tout d’abord, si le discours est la véritable oeuvre, a-t-on encore besoin de l’oeuvre-objet, celle qui est exposée ? Le discours seul ne suffirait-il pas ? Et si l’on prolonge encore : si le but est uniquement de communiquer une idée, l’art visuel est-il le médium le plus adapté ? Un essai philosophique ne serait-il pas le support idéal ?
Ensuite, l’oeuvre est-elle entièrement explicable et analysable, n’est-ce pas finalement tuer sa véritable essence de la convertir en mots ? Ce qui fait la particularité des arts visuels, n’est-ce pas justement que c’est une façon de communiquer différente de celle des mots ? N’est-ce pas étouffer toute la singularité de l’art de le réduire au discours parlé (ou écrit). La spécificité de l’art,pour moi, c’est que c’est justement un langage différent, polysémique, qui, en contact direct avec le spectateur, utilise l’ineffable, l’immédiat, le subjectif. Est-il raisonnable de poser un intermédiaire pour « traduire » cela en langage commun, imposer un sens unique et brider l’interprétation personnelle du spectateur : est-ce qu’on ne perd pas à cet instant toute ce qui fait l’originalité de l’art visuel ?
En outre, il me semble que la particularité de l’art tient aussi en ce qu’il est à mi-chemin entre la pensée et la matière, une oeuvre d’art n’est elle pas une pensée, une intention, transformée en matière ? L’interaction perpétuel entre le fond et la forme, chacun transformant l’autre.
Or, toute cette part matérielle n’est -elle pas en train d’être délaissée, oubliée, alors qu’elle fait sens elle aussi, mais pas forcément un sens pouvant se réduire à des mots ?
Vu que tu m’as l’air de bien t’y connaître en art, j’aurais avoir ton avis ou tes explications là-dessus.
Merci beaucoup pour ces explications détaillées. Je crois que comprends mieux : l’expressionnisme abstrait aurait peu à peu dévié de son but originel pour devenir un art plus conceptuel, Jakson Pollock aurait continuer à suivre la théorie de base (expressionnisme, art gestuel), contrairement aux autres qui ont progressivement privilégié la réflexion.
Je n’ai pas souvent l’occasion de discuter avec des spécialistes de l’histoire de l’art et c’est avec grand plaisir que je vous lis. J’espère que vos prochains articles recevront un meilleur accueil.