L’alternance en France a toujours eu quelque chose d’étrange ; comme le mouvement d’humeur d’un électorat versatile et même puéril qui se tient par la barbichette entre gauche et droite radicalisées, manifestant sa maturité selon l’analyse du « vainqueur » qui s’assied droit dans ses godillots, bonhomme quand le temps est à peu près calme. Un vainqueur qui dispose généralement d’un pour cent d’avantage électoral sur l’ennemi (l’autre moitié du pays donc) et de cent jours pour se faire réduire en charpie par 60 pour cent de ce fumeux électorat versatile mais adulte.
Si le drame n’était pas si magistral aujourd’hui, non seulement sur le plan politique mais en raison de l’état de faillite de l’ultra libéralisme, je ricanerais.Seulement, ce serait insulter la souffrance de millions de pauvres gens qui veulent croire encore et toujours. En l’alternance, en un patronat un peu solidaire dans la pire crise récente, qui risque de les tuer, en l’Etat social plutôt qu’en celui qui pratique une violence institutionnelle en augmentation constante (alors qu’on avait bien cru que...). Heureux les pauvres en esprit, le paradis démocratique est à vous. Il se dérobe ? Croyez comme vous avez cru, vous serez bientôt cuits.
Je dois dire que pour ma part, tant qu’à croire en des chimères ou des utopies, voire en un lendemain où subsisterait un espoir légitime de survie, je me suis gavé de l’Humain d’abord. Tant qu’à croire, nous eussions pu nous tromper assez nombreux pour voir se construire un autre monde, une sixième République par exemple. Personnellement, j’avoue que je n’arrive pas à m’apitoyer sur les déçus. Mon désarroi est d’une telle profondeur, face aux briseurs d’espoir qui ont pensé qu’il suffirait de reconduire les mêmes énarques couleur saumon plutôt que bleu des Vosges pour que « le changement soit maintenant » et gnan gnan, que je sature.
La situation d’aujourd’hui n’est pas cruelle, comme lorsque l’on déboulonne Mitterrand le père, elle est dramatique, et puisqu’on ne s’est pas décidé à mettre en cause le système « vainqueur » du communisme, puisqu’on a estimé que le FDG entendait rétablir le goulag, nous voici rendus à la situation en laquelle personne ne voulait croire dans la moitié du pays. Il est étonnant de voir que tant de gens crédules et désormais décillés (à quelle vitesse, bravo !) aient été foncièrement opposés à l’idée de tenter une refondation politique, économique, sociale et écologique que l’on aurait appelé Révolution citoyenne ! Une révolution oui, car qui oserait dire que tel ne saurait être le changement vital que nous espérions tous, une révolution démocratique et populaire, une révolution de velours, sans cris ni haine, sans effusions de sang. Une révolution qui intéressait non la France seulement, mais l’Europe, raison pour laquelle elle me semblait tellement capitale aussi.
Eh bien nous n’aurons pas l’occasion de nous étendre sur l’éventuelle erreur que nous aurions commise : l’autre révolution qui vient m’a tout l’air de s’annoncer comme guerrière et donc criminelle. Mais quand tout espoir semble perdu...
Oui Fergus, je me suis mal exprimé ; je ne pense pas non plus que ce mouvement soit mort, et je crois volontiers avec Jean-Luc Mélenchon qu’il ne peut que grandir. Je voulais dire que lui représentait cet espoir d’une fantastique mise à l’épreuve portée par le mouvement engagé, celle de la présidence qu’il aurait incarnée, celle de la VIème République, et tout ce que nous savons. Sous cette forme en tout cas, il faut en faire son deuil (un mot très fort, que certains éprouvent).
Et la stigmatisation du FN est également une constante. Personnellement, j’ai tendance à croire que ça le renforce de belle manière. Je ne sais pas s’il existe des études sur cet aspect de la chose concernant cette formation en particulier. Cela devrait, et il aurait fallu en tirer quelqu’utiles conséquences :( De toute manière, il n’est pas normal de mépriser les dirigeants politiques à journée faite. Même si les adhérents ne sont pas désignés directement, ils se sentent visés de la même manière, et c’est parfaitement logique.
Cinq ans à attendre mieux, sans se désunir et sans mourir de la crise, beau défi. Ah bien sûr, si c’est possible, si y’a pas mieux, s’il semble possible de se reprogrammer à ce terme et de faire autant briller les yeux que dans le rassemblements du FDG... Mille pardon pour ma mélancolie.
Merci pour ce complément d’article. J’ai énormément souffert des éclats et de ce que je considère comme excessif chez Jean-Luc Mélenchon. En pleine campagne, l’exprimer eut été la garantie de se faire incendier, alors même que c’était, pour le sympathisant, une occasion de nourrir le débat, d’apporter une réflexion en principe utile. Mais dans la logique d’un guerre idéologique (JLM a souvent répété : oui c’est idéologique), cela a paru inconcevable, peut-être faut-il le comprendre. Mais cela mène parfois à commettre avec une force décuplée des actes qui par la suite apparaissent dans l’aberration que l’on craignait.
Que j’ai souffert de certains abus que je trouvais manifestes, dans des actions verbales violentes, des insultes contre le FN dont je pensais également qu’elles ne pouvaient que braquer des gens dont la légitime inquiétude porte sur leur pays tel qu’ils le voient ou le rêvent. Que j’ai espéré que Mélenchon apporte avant tout les éléments de compréhension permettant de se défaire du FN par l’intelligence de la réflexion et celle du coeur, plutôt que d’en faire cette « tête de Turc » grotesque qu’il n’est pas raisonnable de désigner sur le principe de la vindicte populaire : qui peut-il raisonnablement honnir un parti sans s’exposer à une inquisition du même type ?
Il était également incompréhensible de mener un pareil effort en faveur de la fraternité des peuples de son enfance de manière aussi viscérale qu’il l’a fait. Il m’a semblé qu’il avait été victime de ses rêves intimes, hors des préoccupations réelles du peuple dont il veut porter la parole. A mon avis, il a dépassé de beaucoup ce qu’il pouvait réellement exprimer au nom de ce peuple qui ne s’y est pas reconnu, je l’ai trop souvent ressenti. Le discours de Marseille était humainement remarquable, et très émouvant. Mais sur le plan politique, je l’ai perçu, alors même que je l’écoutais, comme très dangereusement contre productif.
Alors oui, un candidat doit forcer et simplifier son message dans ses rassemblements publics. JLM y a prononcé des paroles remarquables ; il a débuté par un « didactisme » parfois un peu pesant, mais qui honorait ses auditeurs. Son évolution l’a mené vers de grandes perspectives. J’ai détesté ses diatribes contre le FN, mais je n’ai pas trouvé justifiés ses envolées pour l’universalisme et la fraternité méditerranéenne. Oui, la guerre est finie, mais alors pourquoi tant insister sur cette question ?
Il m’a semblé également que pas un candidat n’a parlé de l’inconcevable condition à laquelle sont réduites les cités (pardon, je ne veux pas stigmatiser ses habitants), archétype des inégalités et de l’injustice. Plutôt que de tant parler du FN, j’aurais aimé des heures de parole d’espoir pour ces cités, que bien entendu le programme du FDG englobait dans ses perspectives. Encore eut-il fallu, à mon avis, en faire un thème de campagne fraternellement rappelé. C’est dans de nombreuses interviews ou conférences qu’il faillait aller chercher le fond de la plus belle pensée de Jean-Luc Mélenchon, j’y ai entendu des propos bouleversants.
Qu’il semble facile, une fois la bataille passée (la présidentielle), de prétendre tirer le bilan de ce qu’il aurait fallu faire et dire. Néanmoins, mes craintes durant la campagne même se sont confirmées. Et je suis très affecté par ce que je considère comme un échec. Je crois qu’il faut dire et penser les événements sous leurs différents aspects. Je vois bien la manière dont les militants se remettent en marche, trop souvent dans le déni, ou la manipulation de la réalité.
Et l’on brandit le formidable bond en avant du FDG, parti de 3% à sa naissance. JLM, sur le ton de sa campagne, martèle qu’avant dix ans le Front (du peuple) sera au pouvoir. Jean-Luc, ce ton a été votre atout, mais que savez-vous du fait, acceptez-vous l’idée qu’il a pu aussi vous coûter une énorme part de votes ? Qu’hier, mêlé d’un profond agacement parfois, il a galvanisé pourtant bien des volontés, mais qu’aujourd’hui il n’est plus que la manière du tribun qui chuta ? De telles constatations sont très dures pour moi également, mais je pense qu’il est préférable de ne pas les balayer.
Jean-Luc Mélenchon a souvent dit que le mouvement dont il était le porte-parole ne s’arrêterait plus, et dépassait sa personne. Nous l’aurions aimé son représentant au moins au deuxième tour. Je pense que la France avait un choix extraordinaire à sa portée en ce mois d’avril. Un espoir exceptionnel lui a été offert, qui sous cette forme presque inconnue dans l’Histoire, vient de s’éteindre. Personne ne peut savoir si les promesses dessinées se seraient concrétisées ; je ne parle pas smic ou de la régularisation de sans papiers, mais de la Révolution Citoyenne, qu’il était le seul à proclamer.