Pour autant, je crois que nous avons effectivement une approche très
proche, d’un centre qui, s’il n’est pas majoritaire, doit se donner les
moyens de peser réellement sur l’action du gouvernement, mais ce n’est
pas nouveau.
Ce qui a été nouveau dans l’ère Sarkozyste c’est la détemination personnelle du président de la république à éliminer François Bayrou et ses soutiens, comme il l’a reconnu publiquement et l’a montré à de nombreuses reprises. Si vous considérez vraiment Borloo comme un centriste démontrez moi s’il vous plaît (preuves à l’appui) en quoi il aurait pesé sur l’action du gouvernement autrement qu’à la marge.
Il y a chez Borloo et Morin une volonté d’en être quoi qu’il en coûte qui mériterait selon moi quelques années de purgatoire.Ce sont tous les deux des faux-nez de l’UMP, sous perfusion financière et politique. Et de même qu’il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour, quelle preuve ont-ils donné d’avoir des valeurs dignes de la société apaisée que vous appelez de vos voeux ?
Je note par ailleurs que l’indépendance de la justice est absente de votre inventaire.
La légitimité parlementaire du nouveau centre est très discutable. Il ne dispose d’un groupe parlementaire que par complaisance de l’UMP. Il a paradoxalement des élus mais pas d’électeurs... Au final il ne se distingue guère que par son pouvoir de nuisance, en particulier vis à vis de tentatives de réunification de la famille centriste.
Je ne crois pas que Bayrou ait jamais voulu être dans l’opposition systématique. Il s’est trouvé que pendant un bon bout de temps il a été le seul à l’ouvrir (la gauche ne faisait pas le boulot). Et on peut considérer que la sortie de son livre « abus de pouvoir », trop proche des élections européennes, a brouillé le message. Le travail programmatique existe bel et bien, mais il n’est pas médiatiquement sexy, comme le démontre la campagne des régionales, durant laquelle pratiquement aucune mesure ou proposition (de qui que ce soit) n’a été présentée, critiquée ou débattue...
Sur le reste, les voix de Bayrou aux présidentielles dépassaient très largement les UDF et leurs sympathisants. Pour ceux qui avaient effectivement écouté son discours de campagne, la stratégie d’indépendance affirmée au soir du premier tour était totalement cohérente. Elle n’obérait en rien la possibilité de coopérer, en toute indépendance, avec le gouvernement à venir, dont tout le monde savait bien qu’il serait UMP. Un centre libre, indépendant et pouvant peser était sur le point de se mettre en place. Mais là, patatras, certains ont eu la trouille ou n’ont pas pu attendre, et se sont enfuis pour créer un faux nez de l’UMP, dans des conditions dégradantes (voter tous les budgets, la confiance, les lois de financement de la sécu, jamais la censure), donnant ainsi à N. Sarkozy des moyens conséquents pour évacuer Bayrou du paysage politique, comme il avait annoncé vouloir le faire.
Les résultats qu’a connu le Mouvement Démocrate sont en partie la conséquence de cette défection initiale. En face de cela, en deux ans et quelques, les nouveaux centristes ont il pesé sur la politique mise en œuvre ? Si peu. Sont-ils parvenus à faire apprécier des électeurs leur vocation de tâcherons du pouvoir, peut-être force de proposition mais indiscutablement inféodés ? Manifestement pas. Vont-ils être digérés ? C’est déjà fait. Ont-ils endommagé la possibilité de faire émerger un centre indépendant ? Sans aucun doute. Pardonnez moi si j’ai du mal à pleurer sur leur sort.