Je rappelle quand même que l’action qu’il a menée depuis deux ou trois ans était d’opposition alors qu’il avait été élu avec des voix de droites et du centre droit .
Il est vraiment dramatique de voir à quel point on a réussi à imposer aux électeurs, aux journalistes, aux bloggers, aux commentateurs, aux politologues et autres experts, et même aux députés, qu’il n’y a que deux camps, qu’on doit impérativement adhérer à l’un ou à l’autre, inconditionnellement, et surtout s’y tenir quel que soit le sujet.
En 2002 FB avait conduit aux législatives ce qui restait de l’UDF après le départ des 2/3 de ses députés vers l’UMP. Pourquoi le 1/3 restant n’était-il pas parti ? Pour conserver sa liberté de parole et d’action. Il y avait à l’époque alliance entre l’UDF et l’UMP, notamment an matière électorale. Mais pas soumission.
Et de même que sans liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur, sans possibilité de dire non l’adhésion n’a pas de valeur. Non, FB n’a pas mené une action d’opposition depuis 2 ou 3 ans. Il a voté des lois avec l’UMP. Et contre certaines avec le PS. Et oui, il a voté pour la motion de censure du gouvernement Villepin.
Mais n’est-ce pas son droit et son devoir en tant que représentant élu de se déterminer en son âme et conscience sur chaque sujet qui lui est soumis ? D’exercer son mandat de contrôle de l’activité du gouvernement ?
Remarquons par ailleurs que lors de ces marques de distance avec le gouvernement en place il a été suivi par des députés UDF. Pas par tous. Et pas toujours les mêmes. Parce qu’il n’y a pas de discipline de vote à l’UDF.
J’entends déjà les critiques s’indigner : « ce n’est que de la communication, il veut se présenter comme un cavalier blanc, il veut se forger une image pour la présidentielle à venir, mais au fond il est creux, il ne peut se définir qu’en opposition des deux côtés, un ni-ni sans avenir ni projet. En réalité il est d’accord, et ne gesticule que quand cela ne mets pas en risque la majorité qui se fait facilement sans lui ».
Personnellement je préfère croire à sa sincérité mais il n’est pas impossible que des éléments de calcul aient contribué à son action de ces dernières années. Et quand bien même, où serait le problème ? Il a besoin d’exister politiquement et médiatiquement pour espérer peser sur le destin de la France. Et cette communication se fait bien sur le terrain politique et dans le sens des message qu’il veut transmettre.
Et le message le plus important est que chacun doit pouvoir faire entendre sa voix. En particulier les députés. Car les majorités d’étiquette, la discipline de vote sont une insulte à l’intelligence et une catastrophe pour la démocratie.
Il me semble qu’il y a une ligne doctrinale simple, qui est ressortie tout au long de la campagne bien plus que les propositions du programme elles mêmes.
En substance, qu’il est possible et désirable de gouverner sans majorité absolue. Que les majorités absolues sont nuisibles car démotivantes, injustes, brutales, et au final inefficaces.
FB est bien le seul à défendre ce point de vue. La possibilité même qu’on le mentionne fait rigoler à gauche comme à droite, et en premier lieu les médias bien dressés à demander à leurs électeurs de donner à leur champion quel qu’il soit ’les moyens de mettre en oeuvre sa politique’. Et certains électeurs également, qui ne parviennent plus à imaginer une autre forme d’exercice du pouvoir, ou n’en retiennent que des caricatures (parti charnière à vendre au plus offrant).
Je crois pour ma part que c’est une notion importante, qui rend sa dignité à la politique. Et je pense que c’est cette ligne qui a retenu l’attention des électeurs et adhérents.
concernant le programme, celui de campage de François Bayrou constitue me semble-t-il une bonne base de travail. Il existe. www.bayrou.fr
concernant la pathologie schyzophrènique, ce qui me terrorise c’est bien que certains pensent qu’il n’y a que deux ensembles de solutions envisageables pour aborder l’ensemble des questions auxquelles on doit faire face : économiques, sociales, environnementales, industrielles, écologiques, éducatives, militaires, diplomatiques, culturelles, sécuritaires, européennes, mondiales, spatiales, etc, etc, etc.
il y aurait donc une approche de droite, avec ses réponses de droite.
et une approche de gauche, avec ses réponses de gauche.
et évidemment aucune intersection entre les ensembles de réponses.
Donc avec la droite au pouvoir on aura toutes les solutions de droite. Avec la gauche on aurait eu toutes les solutions de gauche. En cas d’alternance, l’urgence serait de casser le travail des autres pour imposer ses propres solutions.
C’est idiot.
Les grands projets ont besoin de consensus larges. Ce qui implique des capacités d’ouverture, d’écoute et de négociation. Le résultat est souvent moins spectaculaire (on ne nique personne) mais plus juste, plus efficace et plus pérenne.
il me semble que votre discours sous-entend que la bipolarisation est en essence acceptable, et que ce serait seulement l’inefficacité de la gauche actuelle qui expliquerait le résultat.
Quand vous écrivez que le rapport des oui aux non était inacceptable pour 18% des Français qui ont décidé que Bayrou proposait un meilleur assemblage vous réduisez le choix électoral à cette pondération de mesures.
Ceci ignore la partie du projet démocratique de FB visant à privilégier les majorités d’idées au détriment des majorités d’étiquettes. Je crois pour ma part que ce concept participe de manière importante à l’attractivité du MoDem. En sortant du binaire, au moins au niveau global.