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Eurasien
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  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Derniers commentaires



  • easy easy 1er novembre 2010 16:03

    « Les jeunes ont le droit ou le devoir de manifester »
    « Les jeunes n’ont rien à faire dans la rue » 

    Nous aurons tout entendu.

    Il ne faut donc pas prétendre qu’il n’y a eu que des adultes déniant aux jeunes le droit de manifester.

    Ce qui est beaucoup plus sûr et constant à mes yeux, c’est que depuis Massada, Carthage et les Sabines sans doute, les adultes ont toujours su instrumentaliser les enfants quand ils manquaient d’arguments.

    Il ne fait aucun doute à mon esprit que les mêmes qui aujourd’hui affirment que les jeunes devraient rester sagement en cours diront exactement le contraire quand ils auront besoin de la présence des jeunes pour peser davantage. Et réciproquement.

    Je ne sais précisément si de nos jours, la jeunesse est davantage ou moins instrumentalisé qu’autrefois. Mais je vois mal quelle échelle objective on pourrait utiliser pour mesurer et comparer cette instrumentalisation dans l’Histoire (et selon les pays).
    Faute de connaissances précises sur le sujet, je vais à considérer qu’on a toujours su implorer pitié pour un bébé comme on a su charger un enfant de 6 ans de la protection de sa mère.



  • easy easy 1er novembre 2010 15:30

    Il sera toujours difficile pour un colonisé de parler purement alors qu’il ne peut le faire que dans la langue de son colonisateur.

    Il vaut certainement mieux s’exprimer en français qu’en wolof pour être un peu entendu des Français. Et du coup, tous les ex colonisés sont obligés de parler le français même entre eux. Le passage par la langue française et la Sorbonne est incontournable à tous les Césaire. Ils ne peuvent pas faire autrement.

    Mais c’est bien dommage. Car toute langue véhicule sa culture et la langue française véhicule sa culture romaine. Plus prétentieuse que modeste.

    Certes on peut dire la tendresse en allemand et en japonais, mais les Français ont tout de même ressenti quelque chose d’étrange quand ils ont entendu les Allemands leur parler entre 1939 et 1945. Il leur semblait que cette langue contenait un je-ne-sais-quoi de particulièrement prétentieux. Il s’est donc dit que la langue de Goethe était faite pour commander.

    Une langue c’est un système cohérent fait de signes linguistiques, vocaux, gestuels et graphiques qui affirment une culture. Et si un colonisteur prend comme première mesure d’imposer sa langue comme officielle, ce n’est pas pour rien.


    En apprenant la voix de son maître, le colonisé apprend aussi les références de son maître. Les colonisés de la France ont donc appris bien plus Vercingétorix et Baudelaire ou Hugo que leurs propres références locales. Résultat, pour faire entendre leur voix, les colonisés ou leurs descendants n’ont pas d’autre choix que de s’exprimer en portant la cravate, en parlant colon et en cirant les pompes de nos panthéonisés.


    C’est dommage pour eux comme pour nous, car nous finissons par ne plus entendre que notre culture et ses écholalies. Cette mise en boucle, cette larsénisation (de Larsen) de nos propres tendances nous rend narcissiques, malgré nous.

    J’ignore si le wolof et le swahili ont le genre et si ce genre va à distinguer entre mâle et femelle. Si ça se trouve ils n’ont pas de genre ou en ont 30 fondés non sur le sexe mais sur dur ou mou ; vivant ou mort ; animé ou inanimé ; coloré ou non ; chaud ou froid ; village A, village, B, villageC, village D...
    Nous entendrions des Africains s’exprimer dans leur langue, pour peu qu’ils pratiquent des genres différents des deux nôtres, nous comprendrions d’office beaucoup plus de choses nouvelles que quand ils s’expriment en Sorbonnien.

    Exemple par un détail que je crois connaître : En Afrique noire, c’est souvent que les hommes palabrent dans des endroits bas de plafond. Il est impossible pour quiconque de s’y tenir autrement qu’assis ou plié en deux. Ca élimine d’office les postures et les gestes de coq.
    Ici, et depuis les pharaons, Darius 1er et Jules César, c’est tout le contraire.

    Alors un Africain qui monte sur une tribune et parle debout, qui fait des gestes à bras tendu et à index pointé ou poing fermé comme l’avaient fait Malcom X ou Martin Luther King (rien que le nom !) véhicule forcément la culture blanche en renonçant à celle de ses ancêtres.

    Cela dit, au sein de notre propre pays, il se pourrait que notre langue soit par exemple trop machiste et que nos femmes aient à subir et à pratiquer une langue qui ne leur ressemble pas. Quand je vois MAM être bloquée par Dahan, elle est certes silencieuse mais ses gestes sont féminins. Inversement, quand elle a préparé son discours et qu’elle se place en hauteur pour parler, quand elle pointe de son index, je ne vois plus trop où se trouve la femme.

    (Il se pourrait que les Françaises aient développé une langue plus à leur image lors de l’épisode de la Préciosité)




  • easy easy 1er novembre 2010 13:51


    J’espérais ce sujet. (mais je voulais qu’il fût présenté par un autre)

    L’habitat est un des points importants de la vie matérielle et il impacte fortement le moral. Il fait le stress ou la tranquillité selon qu’on s’y sent en sécurité ou non. Et de ce stress ou non stress, il découle notre niveau d’investissement. Angoissé, on vit de petites gorgées d’air, rassuré on embrasse les montagnes.

    Que l’on vive dans du dur, de la grotte ou du tipi, la valeur de l’habitat tient à l’assurance ou pas de pouvoir y rester.

    L’espoir de chacun, je prends le risque de prétendre qu’il est universel, est d’avoir un logement sûr, même quand on a la bougeotte, même quand on est nomade. Dans toutes les formules d’habitat, on veut s’endormir en étant sûr de ne pas être attaqué en plein sommeil ou en pleine digestion.
    Il va de soi que si l’on vit absolument seul et qu’on sait dormir à même le sol, on va résoudre ce besoin assez facilement. On s’endort dans un pré ou un fossé et à l’aube on part. No problemo.
    Mais dès qu’on a besoin d’avoir un matelas, une couverture, du linge propre, de quoi se laver, ça devient plus compliqué. Et quand on a des enfants c’est la totale complexité.

    Il se trouve que depuis l’aube des temps, il y a toujours eu des risques à s’endormir. On a toujours risqué d’être attaqué pendant son sommeil, d’être tué ou au moins d’être délogé de force. Je pense que rarissimes ont été les cas où des villageois ont pu s’endormir à 50 sans qu’un seul ne craigne subir une attaque de la part d’un voisin pendant son sommeil. On comprend vite que des villageois ont intérêt à être amicaux entre eux s’ils vivent dans des habitats aux parois minces. 

    Dans tout le règne du vivant il y a compétition pour l’emplacement. On serait même plus souvent menacé d’être délogé que menacé d’être tué. Une belette n’est chassée à mort que par les rapaces mais elle risque constamment d’être délogée par des dizaines de sortes de bestioles qui ne veulent que sa place.

    EN DROIT.

    Je crois que jusqu’à la fin du Monde, chaque être vivant, humain compris, continuera de craindre de perdre son endroit, de minute en minute, de seconde en seconde, seule la mort le débarrassant de ce souci. Et encore...

    « Il y a de la place pour tout le monde »
    Voilà une belle assertion, urbaine, accueillante et rassurante. Elle prouve cependant le problème. Car personne ne dit « Il y a de l’air pour tout le monde »

    Même une limace l’aurait compris, l’air se partage et sauf à l’étrangler ou l’enfumer, on ne peut empêcher quiconque de respirer.
    Pour l’eau, qui semble pourtant tomber du ciel un peu partout, quasiment aussi omniprésente que l’air, c’est déjà nettement plus compliqué et disputé. « Touche pas à mon eau » a prévalu bien avant « Touche pas au grisbi »

    Pour l’endroit, c’est infernal. Tellement que même pour l’Au-delà (qui désigne un endroit) il est question de droit ou visa pour accéder soit à un en-droit frais et sûr, soit à un en-droit brûlant et effrayant.

    Des millions de km² de terres émergées sont sans présence humaine mais ils sont difficilement vivables. Etonnons-nous toujours que des hommes vivent dans des endroits limites.
    L’homme préfère généralement les endroits plans, de climat doux, disposant d’eau et de bestioles à chasser ou élever. Ces endroits agréables étant plutôt rares, il y a compétition et chacun doit jouer des coudes autant que de l’entraide clanique (avec toutes les conséquences sociales et conjugales que par exemple C.L. Strauss aura étudiée) 


    Dans ces endroits agréables, on en arrive vite aux Trois petits cochons. Paille, bois ou brique.
    Plus on est paille, plus on est facilement délogé ; plus on est brique plus on est tranquille (sans l’être jamais complètement, puisqu’une ruine, une invalidité, une saisie, un chômage, une condamnation, une guerre peut nous mettre à la rue).


    Cette peur antédiluvienne d’être chassé, remontant pour certains à l’époque où Adam et Eve auraient été chassés de leur endroit pour en avoir perdu le droit, peut conduire à la paranoïa. Il était prévisible que cette peur folle pousse certains à posséder le plus de briques possible, des pyramides gigantesques faites d’énormes briques.

    En corollaire de ce besoin paranoïaque de se bunkériser, on en serait venu à avoir des véhicules blindés pesant 5 tonnes. « Où que je sois, on ne me délogera pas facilement »

    Par chance, et c’est tout le charme de l’humain, malgré la densification croissante, il reste encore et toujours des gens à paille et à vélo.
    Le fait que des gens se promènent en vélo sur une route où circulent des Hummer sans se faire systématiquement déloger, bémolise la mécanique paranoïaque. Sans la présence des vélos, plus personne n’aurait la preuve qu’il est encore possible de se déplacer sans être protégé par 3 tonnes d’acier et chacun achèterait un char hérissé de piques et de lames.
    C’est miracle que l’ensemble humain comprenne des gens suffisamment confiants pour oser circuler en vélo entre des blindés. Ce miracle qui s’offre en spectacle tous les jours, atténue automatiquement nos trouilles qu’attisent les infos aposématiques et font le climat global actuel où il est encore possible de faire confiance à autrui, où l’on ose encore être nu et sortir sans cuirasse.

    Sur un certain nombre de points mais pas tous, la maison de paille est à la maison de béton ce que le vélo est au 4x4.
    Oui, il est nettement plus incertain de vivre dans une yourte que dans un appartement. Oui on peut être viré du jour au lendemain. Mais que des gens aient le courage ou l’inconscience ou la confiance ou la générosité nécessaire pour le faire, ne peut que rassurer très profondément les autres.
    N’est-il pas rassurant de constater par exemple qu’il est possible de dormir sous un pont dans un carton sans être automatiquement écrasé ?




    Nul besoin de démonstration des Bogdanov pour établir que la formule paille serait la seule qui permettrait à la fois une durabilité des ressources et une durabilité de la confiance entre les humains.

    Mais d’un autre côté, il y a encore des guerres et nous voulons de l’eau propre, de l’électricité, des blocs opératoires placés en salles blanches. Et pour ça, il faut du béton et des tas de briques.

    Utopiquement parlant, il faudrait des structures collectives en dur pour épurer les eaux et fabriquer les pelleteuses qui creuseront les VRD et des structures individuelles en paille pour alléger l’empreinte écologique.

    Mais la structure en paille interdit la superposition en clapiers, nécessite donc un plus grand étalement des cités et il faudrait donc des réseaux VRD encore plus grands.
    Résultat, nous en sommes donc à une formule intermédiaire, ni paille ni blockhaus, plus dense, plus brique, qui mite moins le paysage.

    Car le paysage aussi s’est spécialisé depuis un siècle. Maintenant il y a un endroit pour travailler, un endroit pour faire ses courses, un endroit pour dormir, un endroit pour cultiver, un endroit pour bronzer, un endroit pour les hommes, un endroit pour les ours et un autre pour les murènes.

    Permettre l’habitat de paille sans permis et sur des terrains non prévus pour la construction, aboutirait à ce que 10% de la population choisisse cette option et l’on aurait alors des paysages virant à la favela. Sans réglementation, on se retrouverait vite avec de la yourte contre yourte, des cabanes en bois en plus, des caravanes en plus, des bricolages superposés en plus, des égouts à ciel ouvert, des élevages sauvages, des plantations sauvages, des pollutions en tous genre, des cloaques.


    Pas besoin de dessin pour montrer que les voisins installés là avant et dans de la brique, ne peuvent pas accepter la dévalorisation de leur secteur par un bidonville.


    Mais, à mes yeux, afin de réduire le niveau de paranoïa ambiant, il est indispensable de permettre à ceux qui l’osent, de vivre dans de la paille. Leur présence nous est moralement indispensable. Ils nous offrent une respiration morale.

    Reste alors à réglementer les conditions d’installation de paille.
    Pas n’importe où. Densité limitée. Homogénéité des matériaux. Résistance au feu. VRD. Transports en commun. Impôts...

    Du coup, et au-delà de ces immédiatetés, arrive la question de la durée et de la transmission du droit à l’endroit.
    Est-il toujours valable de considérer qu’on peut s’approprier un endroit à vie et le transmettre à sa descendance ou devons-nous passer à l’amodiation pour toute construction, pour toute utilisation et jouissance d’endroit ?
    Pour ma part, j’irais à en finir avec l’héritage des patrimoines matériels et à préférer la généralisation de la location ou de l’amodiation des emplacements, tout en permettant aux plus pauvres de pouvoir toujours louer à l’Etat un endroit minimum (à un prix très bas donc)

    Il faut tout faire pour abaisser la paranoïa ambiante et favoriser le dépouillement ; la nudité matérielle. Il ne faudrait jamais pourchasser le piéton, le cycliste, le nu, le désarmé, le fauché, le démuni et le pailliste. Il faudrait au contraire respecter ces fragilistes comme il faudrait respecter la fragilité de la Planète.



  • easy easy 30 octobre 2010 22:24

    @ Thaumaetomea

    Quand une abeille pique, elle y laisse son dard et sa glande à venin. Elle en meurt donc (contrairement à la guêpe)
    On irait plutôt à l’écraser avant même qu’elle pique.

    L’automne précédent, j’ai dégagé un essaim d’abeilles d’une cheminée de château. 1,7 m de cellules de cire remplissait presque complètement le conduit en sa partie haute.
    J’ai commencé protégé et progressivement, oubliant un gant ou un chapeau ici, ayant trop chaud là, j’ai fini en T-shirt.

    J’ai démonté le solide bouchon cireux avec une lance massaï en faisant des gestes plutôt lents. J’avais toute la peau à portée de leur dard. Il y avait plein d’abeilles autour de moi. Je n’ai pas été piqué une seule fois. 

    Il y a les sortes d’abeilles et les moments sans doute, mais celles-là, ce jour là, je n’en reviens toujours pas de leur pacifisme.



  • easy easy 30 octobre 2010 21:45

    Je n’ai aucun goût pour les spéculations sur ce qui se passe sous les tables. Je sais qu’il y a des choses invisibles mais je sais que spéculer sur ce que je ne vois pas peut conduire à des scénaris délirants.

    En ne considérant donc que ce qui est visible par tous, à savoir les attentats et les décombres, je me rappelle avoir pensé, lors de l’entrée du second avion dans la tour WTC, que l’attentat allait être désormais différent.
    Quel que soit l’organisateur de ce métattentat, il envoyait les autres terroristes du Monde au rang de rigolos.

    De là, j’avais estimé que les amateurisés allaient cesser leurs gamineries en attendant de se convertir à la nouvelle donne ou allaient faire de la contrefaçon d’AQ, ou allaient faire de la sous-traitance pour AQ ou allaient mettre la clef ou la porte (Cf. ETA) .
     
    Car l’objectif d’un terroriste consiste à être Le terroriste et non Un terroriste.

    Ici, l’auteur nous parle de la nature spécifique du Microsoft de l’attentat terroriste. Elle est effectivement celle qu’il décrit. Mais qui ne l’a pas compris, quel terroriste n’a pas analysé cette signature et le marketing de son super concurrent ?





    Ce qui ne veut pas dire que l’attentat a atteint les sommets d’efficacité, loin de là. 

    La Machine du Monde contre laquelle se dresse Bin Laden n’est en rien affectée par deux ou trois mille morts de gueux. 





    Giap et Ho Chi Minh, les indiscutables vainqueurs de la Machine coloniale française, avaient gambergé très différemment de Bin Laden.


    Je vais essayer de dire cette différence de stratégie.

    Je vais prendre comme premier exemple ce qui s’est passé pendant la Guerre du Vietnam : Vietnamiens communistes du Nord contre Américains installés au Sud.
    Les stratèges du Nord avaient soit à considérer les Viets du Sud comme des Américanistes et devaient alors les traiter en ennemis systématiques, auquel cas ils auraient eu à se battre contre les EU + les Viets du Sud, soit à considérer les Viets du Sud comme des alliés potentiels pour rassembler tous les Viets contre les GI’s

    Il n’était pas difficile de constater que dans la population sudiste, il y avait 80% de gens en situation de misère du fait que tous les efforts du gouvernement sudiste allait à la guerre. Les stratèges du Nord ont alors considérés qu’il ne fallait surtout jamais attaquer les sudistes civils (ils les enrôlaient souvent en utilisant la pression morale mais jamais de façon violente) et qu’il fallait même les soigner

    [sur ce point de la santé, je précise que les Nordistes ayant récupéré Hanoi comme capitale en 1954, ils avaient hérité de l’université de médecine que les Français y avaient installée avant leur chute. Comme à l’époque, il n’y avait nulle part de retours négatifs de la médecine occidentale et que le Pasteurisme était à son apogée, les médicaments, la médecine française étaient très, très bien considérés dans toute l’Indochine, dans toutes les colonies, quasiment partout dans le monde en fait. D’où l’aura, un peu plus tard, des French Doctors]

    Dès les premiers temps de la Guerre du Vietnam, les Américains considérant que beaucoup de paysans sudistes étaient gagnés à l’esprit nordiste, ils se sont mis à tirer comme les hystériques sur des civils du sud (massacre de My lai) et ont parfaitement réussi à être détestés de la population rurale du sud. De là, les nordistes pouvaient se promener dans les campagnes du Sud en toute tranquillité et implanter leurs bastions souterrains aux portes de Saigon, à quelques pas du Headquarter US. Témoignant, par des attaques éclair, qu’ils étaient partout et que les GI’s ne contrôlaient rien. Une plaisanterie disait qu’ils ne contrôlaient même pas le contenu de leur slip. 


    Les dollars déversés par les GI’s dans l’économie de Saigon leur ont valu des amis, mais c’étaient des amis intéressés (cas des putes mais aussi de toutes sortes de commerces susceptibles de fructifier grâce à la présence US). Les amis vénaux ne sont pas des amis de combat.

    Pour la Guerre d’Indochine, contre les Français, c’était un peu plus complexe. On y retrouve les éléments de stratégie que je viens de décrire mais il y avait autre chose en plus. En 1950, Giap n’avait pas manqué de remarquer qu’en France métropolitaine, l’Internationale communiste (via Moscou) avait sa part de succès. Et il avait bien compris que les communistes français se retrouvent non à la direction des entreprises mais dans les chaînes de montage des usines ; (pas dans les campagnes, pas dans les fermes, pas dans le commerce). Or les armes qu’utilisaient les soldats français étaient fabriquées par les ouvriers français dans les usines françaises. Il ne restait plus qu’à les saboter. Et le sabotage, les ouvriers communistes de l’armement, 5 ans après 1945 et le STO, ils savaient faire.

    Oh, non pas que l’impact direct de fusils déréglés de cartouches fuyantes et de grenades mouillées soit énorme sur les champs de bataille, non, c’était d’un impact direct insignifiant. Mais sur le moral des troupes françaises dévorées par les sangsues, c’était catastrophique.

    Au lieu de s’allier avec les Chinois communistes géographiquement bien plus proches mais sans aucune accointance avec Paris, l’oncle Ho avait choisi de s’allier avec Moscou qui taupait largement Paris et en tous cas le PC que lui même avait cofondé à Tours en 1920.




    Selon la même stratégie, il était hors de question pour Giap de considérer tous les Ricains comme des ennemis, pas question de commettre des attentats contre des civils en Amérique ou ailleurs, non surtout pas ça. Tous les tapis rouges étaient déroulés au Nord pour recevoir n’importe quelle star US voulant exprimer son refus de cette guerre. 
    Au moment où Peter Fonda jouait Easy Rider, sa soeur Jane posait parmi des artilleurs Nord Vietnamiens.
    Quelques kilomètres au sud, les Boy’s enfermés dans leurs bunkers, voyaient leur belle dans les bras des Nordistes, en étaient malades et estimaient ne pas être du bon côté. 


    Autre détail. Les Viets connaissent la jungle et les poisons. Alors qu’ils auraient pu très régulièrement empoisonner les GI’s (pour les terroriser surtout) ils s’en sont abstenus. L’empoisonnement ne colle pas avec l’éthique guerrière.
    Inversement, les Américains ont largué des millions de litres de poison sur le pays et ça a cassé leur image de braves qu’ils avaient eue après le Débarquement.


    Giap serait interrogé sur la stratégie de Bin Laden, tout en posant que les combats ne sont pas du tout du même ordre et que celui de Bin Laden est certainement plus désespéré, je pense qu’il dira qu’il s’y prend très mal en attaquant systématiquement tous les Occidentaux, en s’en prenant à des civils. 

    Comme tous les Viets, Giap avait joué du syncrétisme possible entre la morale de son camp et celle de son ennemi. Alors que Bin Laden ne voit aucun intérêt dans le syncrétisme (qu’un Viet saurait trouver) entre sa morale et la nôtre.



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