Votre raisonnement n’a pas beaucoup de sens : je vous
paraphrase : si les maisons, dont le but est d’abriter les japonais des
intempéries extérieures, n’avaient pas connu de dysfonctionnement du fait du
séisme et du tsunami, il y aurait eu moins de victimes.
>>« le coût
du watt d’une STEP de type Okinawa 100 GWh. »
Okinawa ne ressemble manifestement pas à nombre de concepts
que vous présentez dans votre diaporama. Mais passons.
>> « “Global
turbine contracts signed in late 2010 for delivery in H1 2011 and H2 2011
display very aggressive pricing, with average values at €0.98m/MW ($1.33m/MW).
This is a 7% decrease compared to contracts signed in 2009 (€1.06m/MW) and 19%
down from peak values in 2007-08 (€1.21m/MW).” http://bnef.com/PressReleases/view/139 »
Les chiffres que vous présentez sont de l’ordre de grandeur
de l’éolien onshore. Manifestement, votre Plan A ne peut pas reposer que sur du
onshore, vous devez passer MASSIVEMENT à de l’offshore. L’offshore représente
aujourd’hui grosso moddo 3 GW installés. Un coût de 1€/W pour l’éolien offshore
est manifestement faux. Alpha Ventus à coûté 4€/W. en moyenne dans le monde,
pour des projets pas encore construits, on trouve 3€/W.
De plus, votre plan nécessite vraisemblablement des
éoliennes flottantes, dont le coût est loin d’être établi.
Mix éolien
Vous ne prenez pas en compte ma remarque sur votre mix
50%-50%, que je trouve, et je suis persuadé que je ne suis pas le seul, très
peu crédible. Basez-vous plutôt sur 30 GW d’onshore et le reste d’offshore.
Démantèlement
>>« Vous préférez,
comme EDF, retenir une hypothèse très basse du coût du démantèlement. »
>>« De mon
coté je retiens l’hypothèse des experts non liés à l’industrie nucléaire. […]
Le coût du démantèlement est estimé (il s’agit bien d’estimation) à
environ 1,66€/W. »
Montrez-moi exactement la ligne pour votre source d’un coût
unitaire à 1,66 €/W, nous allons en lire les hypothèses.
>> « J’ai
retenu dans mon document pour le nucléaire une hypothèse de 4,6€/W (3€/W +
1,6€/W). »
Je vous recommande en permanence de lire vraiment le rapport
de la Cours des Comptes, que vous citez, et de vous renseigner sur la notion de
coût actualisé et de provisions. Vous ne le faites pas, et vous persistez à
faire la somme : 3€/W + 1,6 €/W. Vous êtes vous posé la question de la
validité de votre somme ?
Estimons à 100 G€ (d’aujourd’hui) le démantèlement de nos 60
G€ d’EPR (donc VOTRE hypothèses, dont j’attends la source exacte). Vous
construisez vos EPR. Chaque année, vous placez 0,85 G€ à 2% net d’inflation. Au
bout de 60 ans, vous n’avez pas 51 G€, mais 100 G€, en poche. Vous pouvez donc assumer
votre démantèlement par un versement de 0,85 G€/an (dont la charge s’allège par
ailleurs avec le temps qui passe), soit 55€/an pour un foyer de 4 personnes, ou
mieux, 1,3% du chiffre d’affaire d’EDF.
Assimiler le démantèlement à coût d’installation payable
aujourd’hui est une GRAVE erreur de raisonnement.
Vous devez le prendre en compte comme un coût de
fonctionnement, en prenant en compte les frais d’entretien, les salaires,
l’inflation, la croissance économique, les données géopolitiques, tout cela sur
60 ans, et alors votre modèle devient notoirement plus compliqué.
>> « Enfin,
voici un fait : plus une centrale nucléaire vieillit, plus les risques
augmentent. ».
Un fait est quelque chose que l’on observe dans la réalité. Comme il y a eu très peu d’accidents graves vous aurez de la peine à corréler l’âge de la centrale avec la probabilité d’accident grave. Il y a par ailleurs une raison
simple : plus on prolonge la vie d’une centrale, plus la surveillance et
l’entretien augmente. Ca n’aura bien sûr pas à être le cas pour une centrale
dimensionnée, dès le départ, pour 60 ans.
Et bien sûr, un séisme n’attend pas que la centrale soit
ancienne pour se manifester.
>>« Vous
faîtes partie de ceux qui sont prêts à accepter de prendre le risque de
maintenir des centrales âgées de plus de 30 ans, et c’est votre droit. Je suis
de mon coté pas disposé à accepter ce risque, et c’est mon droit. ».
Vous avez effectivement le droit d’avoir une opinion
personnelle, mais à partir du moment où vous la présentez publiquement, avec la
volonté d’influencer des choix politiques et nationaux, vous avez le devoir d’étayer
votre position. Ce que, en l’occurrence, vous ne faites pas.
De plus, quand vous évoquez les risques d’une technologie,
il est généralement considéré comme honnête d’évoquer les risques pour les
autres. Effort que, manifestement, vous ne faites pas.
>> « 200 GW
d’éolien, à raison de 10 MW/km2, c’est 3,6% de la surface française
métropolitaine. »
Couvrir 3,6% de la surface de la France, soit le quadruple
de la surface déjà urbanisée, de pylônes d’acier de 170 m de hauteur n’est
manifestement pas, et ne sera jamais, écologique.
>>« Les
obstacles sont de nature socio-politiques (règlementations non adaptée comme
par exemple la loi littoral etc.). Ces obstacles sont sérieux (réflexes NIMBY
etc.), mais il me semble important de bien identifier leur nature et de ne
pas chercher à faire croire qu’il s’agit d’obstacles physiques. »
Vous sautez les étapes. Les obstacles sont encore de nature
parfaitement physiques, et vous le voyez bien : vos hypothèses très
généreuses, ne permettent même pas d’égaler les hypothèses pénalisantes que
vous prenez pour le nucléaire. Les obstacles sont éminemment physiques et
financiers.
Donc, pour le moment, abandonnez les considérations oiseuses
sur les “réflexes NIMBY” et construisez-nous donc une éolienne flottante de 5
MW à 1€/W qui dure 60 ans. Ce qui serait le minimum (et je dis bien le minimum) pour qu’on
puisse à l’avenir en reparler. Bonne chance.
>> « Il n’est pas
responsable d’envisager de prolonger la durée de vie des centrales nucléaire au
delà de 30 ans pour des raisons
évidentes de sécurité, et a fortiori à l’ère post-Fukushima.
Votre affirmation ne se base pas sur la logique. Fukushima était
ancienne, mais à subi un séisme de magnitude 9 et un tsunami de plus de 10
mètres. TMI avait un peu plus d’un an, Tchernobyl avait moins de 10 ans. Ces
raisons « évidentes » ne sont bien sûr évidentes que pour vous.
>> « Enfin, les
réserves d’uranium 235 sont très limitées (60 ans au rythme de
consommation mondiale actuel selon l’AIEA, 30 ans si cette consommation
double) : il n’est donc pas réaliste, indépendement des questions de
sécurité, d’envisager une durée de vie de 60 ans pour les EPR. »
Je veux bien que vous me montriez le lien donnant ces
chiffres, on pourra alors parler de cette hypothèse pénalisante.
De plus, vous raisonnez mal. Une « réserve » ne
veut rien dire en soit. Aucune théorie déplétioniste n’a jamais eu raison.
Des réserves d’uranium énormes existent sous forme de
sulfates, ou encore des réserves inépuisables dans l’eau de mer. Des japonais [http://www.physics.harvard.edu/ wilson/energypmp/2009_Tamada.pdf],
par l’utilisation intelligente des courants marins (vous allez aimer),
proposent un uranium issu de l’eau de mer proposent un dispositif susceptible
d’extraire l’uranium de l’eau de mer à un tarif de 130 $ la libre d’U3O8. Pas
si loin du marché pour un dispositif expérimental. Le combustible ne
représentant que 10 ou 15% du coût de l’électricité nucléaire, même un
doublement du coût du combustible ne représente qu’une augmentation 20 à 30% du
coût de l’électricité.
Enfin vous oubliez bien sûr le recyclage du plutonium (30%
d’économie), les surgénérateurs, les réacteurs au thorium etc…
10/ Démantèlement
>>« L’Agence Internationale de l’Energie retient 3€/W (sans le
démantèlement dont le coût est estimé à 100G€ par le cour des comptes et la
gestion des déchets sur des milliers d’années), ce qui fait, pour 60 GW, 180 G€ »
Vous citez la Cours des Comptes, mais vous ne l’avez à l’évidence
pas lu. Vous ne maîtrisez pas les notions de coût actualisé, et de provisions
pour démantèlement, par ailleurs imposées par la loi. Vous vous accrochez sur
vos 100 G€ sans comprendre qu’il sont déjà en partie payés, par le tarif
terriblement prohibitif que vous payez tous les mois.
Et si EDF s’est fait taper sur les doigts, c’est que pour le
Cours des comptes, il manquait 7 G€ sur ces provisions, ce qu’EDF est
susceptible de payer sur bénéfices propres (sans augmentation de tarif) en
moins de deux ans. A condition qu’on ne lui extorque par des milliards pour
TARTAM, NOME, bien sûr.
Documentez-vous
>>« Réponse : Démonter une éolienne prend une
demi-journée. »
Démonter 40.000 éoliennes prend 20.000 journées. Enfin, c’est
bon pour dédé qui démonte son éolienne chinois de jardin cassée. A l’évidence
vous n’y connaissez rien.
>>« Le coût est marginal.. »
Je vous demande justement de quantifier ce marginal
>>« L’acier, le cuivre et de nombreux matériaux constitutif
sont recyclables et donc valorisables.. »
A quel prix ?
>>
« avec à la clé de nombreux emplois créés en France. Plus de 300 000 personnes travaillent dans les énergies
renouvelables en Allemagne. »
Juste une expérience : on arrête les subventions et les
obligations de rachat juste un an, et on regarde ce qu’il en reste. Si vous êtes
si sûr de la durabilité de ces emplois (et donc sur leur existence réelle),
vous ne devriez rien craindre.
>>« François Lempérière, polytechnicien,
expert énergie, ex-président du CFGB et président du comité de
réduction des coûts du CIGB »
Ca ne m’impressionne pas du tout.
>>« je ne vois pas quel plaisir on peut prendre en écrivant cela. »
Un calcul d’ordre de grandeur est toujours intéressant.
>>« 30
TWh de (bio)méthane répartis sur 10000 sites de stockage (1 par commune
française en moyenne, stockant la production des agriculteurs, des stations
d’épuration etc.), cela fait 3 GWh (108 TJ) par site. Hiroshima : 63 TJ.
L’explosion de l’un de ses sites serait bien entendu catastrophique pour le
voisinage immédiat, mais ne conduirait pas à une crise du type Fukushima,
pollution qui s’inscrit dans la durée. Le nucléaire est dangereux pour la santé
et l’environnement, avec (Tchernobyl) ou sans (Fukushima) explosion. »
Je suis persuadé que vous afficherez qu’il y a 10.000
Hiroshima qui quadrillent le territoire beaucoup de gens trouveront moins
vendeur votre présentation. Chiche ? Vous l’écrivez ? Pour mémoire :
Hiroshima 70.000 morts. Le jour où vous parviendrez à un tel nombre de morts
dus au nucléaire civil dans toute l’histoire de la planète, on en rediscutera.
Entre une dose de 50 mSv et une explosion je choisis la
dose. On peut guérir les malades. On ne ressuscite pas les morts.
>>« je
vous invite à revoir vos calculs sur la base des éléments sus-mentionnés dans
les différents points abordés. »
En l’occurrence, c’est vous qui proposez un chiffrage ;
je ne referais donc pas mes calculs. Prenez ou pas mes remarques en compte, je
m’en moque complètement. Mais si vous voulez convaincre, votre chiffrage n’est
pas acceptable en l’état, il est partial, incomplet, beaucoup trop risqué, vous
manquez clairement de culture sur le nucléaire pour être crédible, et vous
ignorez les remarques les plus critiques. On change une de vos hypothèses, vos
coûts explosent ; et vous avez tellement chargé la mule sur le nucléaire, que
les coûts n’augmenteront pas sensiblement. Votre analyse n’est pas robuste.
>>« Réponse : Il s’agit de centrales au gaz naturel à cycle
combiné. Le remplacement par le biogaz peut s’opérer dans un second temps.. ».
Jusqu’à maintenant nous résonnions uniquement en termes de
coût d’investissement car éolien, STEP ou nucléaire sont des énergies “de
capital”. Ce raisonnement est erroné pour les centrales combiné gaz dont le combustible
constitue la MAJEURE partie du coût : vous devez nécessairement prendre en
compte l’importation de 2e17 J de gaz naturel. Cela représente selon le cours
du gaz entre 1,4 et 4,3 G€ si tout se passe bien.
Pourriez-vous motiver votre choix d’un coût à 0,80 €/W,
sinon il vous faudra passer à 2$/W
>>« Réponse : Il
s’agit d’un comparatif des coûts d’investissement. Le scénario B 90% nucléaire
comprend également une composante gaz (10%). La
production en ruban du nucléaire a en effet besoin d’être assistée par
du gaz. »
Plan A : Le rôle du gaz pour le nucléaire est de gérer
une partie extrême de la pointe, sachant que les centrales nucléaires ont fait
de très grand progrès dans le pilotage et les variations de puissance.
Plan B : Le rôle du gaz est de se substituer INTEGRALEMENT
a la production éolienne pour les pannes de vent, AINSI que de gérer la pointe.
Il y a donc un investissement triple pour votre plan A (90
GW par rapport à 30 GW). De plus, les progrès en termes de gestion de réseau et
d’effacement de la pointe favorisent votre plan B en diminuant les nécessités
de pointes, mais ne remplaceront pas le manque de vent.
Par ailleurs c’est étrange, les 68 TWh d’hydraulique
français disparaissent de vos tableaux. Avec un peu de progrès sur le réseau,
le pilotage des centrales nucléaires et hydroélectriques, l’on pourrait se
passer de gaz, non ?
>>« (ou par une STEP, mais alors
les coûts sont plus élevés, j’ai retenu l’hypothèse gaz). »
Si c’est ce que vous dites, remplacez toutes vos STEP par du
gaz dans votre plan A, parce que c’est exactement ce qui se produira.
>> « S’ajoute aussi les
frais en combustible nucléaire, mainetenance etc. Bref, l’intégration des frais
0&M rendrait le scénario renouvelable plus favorable para rapport au
scénario nucléaire. »
Il n’y a bien sûr aucune maintenance pour les éoliennes ou
les STEP, ni aucun coût de fonctionnement, ni aucun coût du combustible
biogaz... Soyez cohérent. Par ailleurs, les éoliennes ne consomment
aucun carburant mais mangent à la construction des lanthanides lourds que les
chinois ont par ailleurs décidé de ne plus nous vendre. Prenez-vous donc en
compte ce point dans votre scénario ?
Votre dernière phrase est un acte de foi.
8/Durée de vie
>>« Réponse : La
durée de vie d’un barrage hydro (STEP) est supérieure au siècle.
Vous remarquerez que je n’ai pas touché au coût
d’investissement des STEP
>> « La durée de vie
d’une éolienne est d’environ 30 ans. « Given that many turbines from
the 1970s still operate today, a 30 yr lifetime is more realistic.”(page 154) » Pour ce qui concerne
les éoliennes offshore, nous manquons encore de recul, mais les éoliennes danoises
offshore agées de 16 ans fonctionnent encore très bien aujourd’hui :Oldest offshore wind turbines still in flawless condition
»
Soyons donc optimistes, éolien : 30 ans, EPR : 60 ans.
Toujours ce facteur 2.
Vous êtes coincé : vous devez nécessairement aller vers l’offshore
pour votre plan et c’est la part la plus incertaine de votre plan. Nous verrons
ce que donnera l’avenir, quand les premiers monstres terrestres et flottants
continueront à tenir vaillamment dans les vents puissants, et pour les
offshore, sous le sel, les algues et les mollusques. Vous conviendrez qu’il est
aujourd’hui très hasardeux de se prononcer sur une durée de vie de l’éolien de
plus de 40 ans, non ? Cela doit donc être NECESSAIREMENT estimé dans vos
calculs, vos calculs doivent aller à 50 ou 60 ans.
Et comme vous proposez un changement radical de notre mode de
production, il ne faudrait pas que dans 25 ans, 60 millions de français se
soient rendus compte de l’énorme erreur de calcul.